‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 305 sur 380 · LIVRE III. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE V

d'où il ne rapportait que de belles promesses; gonflé par le prodigieux effet que sa venue semblait avoir produit sur les Italiens, Burcard avait quitté Milan. Le lendemain de son départ, il chevauchait sans défiance avec sa suite , sur la route d'Yirée après avoir couché à Navarre. Mais une embuscade l'attendait à peu de distance de cette dernière ville : les fils de Berthe (1), à la tête d'un parti nombreux, tombent à l'improviste sur lui.

Burcard, attaqué d'une aussi brusque façon, cherche un moment à se défendre ; le nombre des assaillans l'accable de toutes parts ; s'étant fait jour à travers la mêlée, il s'enfuit dans la direction de Novarre de toute la rapidité de son coursier qui, excité par le pas des chevaux lancés à la poursuite de Burcard , ne sent bientôt plus la main qui cherche à le diriger. Arrivé près des remparts de Novarre, le fougueux animal tombe et roule avec son cavalier dans les fossés de la place. On y poursuit Burcard , on le presse , on l'entoure : le malheureux expire enfin percé de cent coups de lance. Ceux des gens de sa suite qui ont pu fuir comme lui , cherchent un refuge dans l'église de San Gau-

(I)Frodoard. — Mdratori. — Giulini.

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denzio; mais on les y aileint, et ils y sont impitoyablement massacrés comme leur maître.

Rodolphe, saisi d'épouvante au récit de cet odieux forfait, suspend sa marche agressive, reprend le chemin de la Bourgogne et renonce pour jamais à l'Italie.

Hugues, pour mieux asseoir sa puissance, avait voulu s'assurer du concours de Rome. Ce fut sans doute ce qui amena ce court interrègne de quelques mois entre le départ de Rodolphe de Pavie et l'apparition de son successeur dans la Péninsule.

L'habile politique du fils de Théobald n'avait pas perdu un moment de vue le drame qui se passait dans la capitale de la chrétienté , car il ne pouvait oublier que Charlemagne , pour mieax s'emparer de la couronne de Lombardie , aussi bien que du sceptre impérial , s'était étayé sur les vœux et l'appel d'un pape.

Le monde chrétien offrait alors un étrange spectacle. Par suite de la situation que leur avaient faite la turbulence de quelques grands, les intrigues de deux femmes dissolues, et l'oubli ou le mépris chez quelques papes eux-mêmes de leur propre dignité, les pontifes romains n'étaient plus à Rome , dans ce centre de la chrétienté, que les instrumens sans puissance

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et les jouels décrédités d'un conflit désordonné d'ambitions rivales. Eh bien, pendant ce temps, leur nom pour le reste du monde catholique était plus que jamais y nous le répétons y un objet de respect et un sûr moyen d'influence. Hugues Tavait bien compris : sa politique avait entrevu la possibilité de faire tourner à son profit le ressentiment secret que Jean X devait nourrir contre ceux qui , après avoir réduit son autorité à néant , le tenaient comme captif dans la capitale de la chrétienté. De loin il avait suivi toutes les intrigues de Marosie tendantes à la rendre souveraine maîtresse dans Rome. Cette femme , sous prétexte de venger le marquis Albéric, son mari, qui avait trouvé la mort dans de récentes querelles qu'elle avait allumées entre lui et le pape, s'était emparée du môle d'Adrien, avec l'aide de ses nombreux adhérons, et dominait ainsi Rome et le pontife. Pour mieux assurer sa puissance usurpée, elle venait de proposer à Guy, fils de Rerthe , de l'épouser et de lui porter Rome pour dot , offre honteuse et hardie s'il en fût jamais (1), mais moins étrange toutefois que l'adhésion qu'elle rencontra à la cour de Toscane.

(1) Guy et IVIarosic étaient l'un le fils, l'autre la fiUe d'Adalbert de Toscane, mais n'avaient pas la même mère. ( LiUTHPRAND. — MiiRATORi et autres. )

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Dans ces momens de détresse et de dernier dénûment où se trouvait réduit le Saint- Siège y Hugues eut l'habileté de se faire secrètement représenter au pape comme un sauveur; et il se montra prêt à s'armer, en faveur .du pontife , contre ce même Guy, son frère utérin, qui , séduit par les habiles manœuvres de sa sœur Hermengarde, avait fait , comme nous l'avons vu, lâchement couler pour la cause de Hugues le sang de Burcard !

* C'était l'âge d'or et tous ses bienfaits que promettait à l'Italie le marquis de Provence. El iln'y eut (pi'une voix dans tout le clergé italien, secrètement influencé par le pape , et chez tous lès princes de la Péninsule entratnés par Hermèngarde, pour l'appeler au trône de Lombardîe. Tous accoururent à Pise; et des cris d'enthousiasme accueillirent sur le rivage , lors dp son débarquement, ce futur réparateur de tant de maux. Là vinrent aussi les ambassadeurs de Jean X, pour l'inviter, au nom de toute Fltalie, h accepter cette couronne, objet depuis si longtemps de sa secrète et ardente convoitise.

De la capitale de la Toscane (1) Hugues îie rend à Pavie où on le proclame roi , et va <îp

(1) Pisa qua* est Tusciœ prainncict cajna, (LlUTHPilAM).)

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