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dont le souvenir^ importunant Hugues au milieu de ses premiers triomphes sur les Maures, avait peut-être le plus contribué à la désertion de ce roi devant des retranchemens près de tomber en son pouvoir, Bérenger, justifiant enfin toutes les appréhensions du despote, s'apprêtait à porter le coup mortel à cette puissance que les mains de son père avaient édifiée en partie. Hugues, tyran voluptueux, violent et farouche, allait , après un trop long règne , céder le trône à un tyran non moins dissolu, non moins fourbe, non moins cruel... Un descendant de Charlemagne par Bérenger, allait prendre la place d'un autre descendant de Charlemagne par Lothaire de Lorraine , pour la céder un peu plus tard à Othon de Germanie.
Le marquis d'Yvrée demandait depuis longtemps , mais en vain , à Othon un corps de troupes qui pût lui frayer le chemin de la Péninsule italique. Othon avait encore dans son royaume trop d'affaires sur les bras , dit Muratori (1), pour prendre prématurément fait et cause dans une querelle dont les suites pouvaient avoir tant de gravité.
Un jeune seigneur, désigné dans l'histoire
(1) Ànn. (rit,, T. \.
318 DËUXlÈMIi; ÉPOQUE.
sous le nom à! Amédée (1), ami de Bérenger, et compagnon de son exil à la cour de Gennanie, conçoit le hardi projet de préparer loi-mème la rentrée de son maître en Italie, sans recourir à la protection toujours dangereuse de rétranger.
<( L'Italie ) » dit Amédée au fils d'ÀdalberU « est lasse de son roi : les grands et le peuple ne » subissent plus qu'avec impatience un joug qui )> fait leur malheur et leur honte : permettez » que j'aille sonder moi-même les cœurs j dis- » poser les esprits et hâter la chute du tyran. »
L'audacieux jeune homme part avec Tass^timent de Bérenger. Travesti en mendiant, armé du bourdon et de la besace , en compagnie de quelques pauvres pèlerins qui faisaient par dévotion le voyage à Rome , il parcourt avec autant d'adresse que de bonheur les Ëtats de Hugues; visite en secret des évoques , des comtes et les seigneurs les plus puissans d'Italie; il sonde leurs scntimens à l'égard du roi, s'ouvre à ceux qu'il trouve les plus exaspérés, et conspire avec eux la ruine du despote. Ses intrigues, bien qu'ourdies avec habileté, ne purent s'envelopper d'assez de mystère pour échapper complètement à Tinquiète inquisition de Hn-
(1) LlDTHPRANI). — MlRATORI. — GUILINl.
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gues, dontle royaume était encombré d'espions.
Des ordres rigoureux pour un renouvellement de surveillance, partirent aussitôt de la cour de Pavie ; mais Amédée, chaque jour et même plu* sieurs fois par jour, changeait de rôle et de déguisement ; sa longue et belle barbe , ornement des hommes de cette époque , ses sourcils , ses cheveux changeaient à chaque instant de teinte et de nuance : tantôt il était borgne, tantôt aveugle, puis sourd ou boiteux. Il osa, sous un de ces déguisemens , se présenter un jour au roi lui-même , au milieu d'une caravane de pèlerins tout courbés sous le poids de l'indigence ; et il obtint une vieille défroque , pour sa part des largesses du souverain.
Quand il eut bien noué ses intelligences avec les grands , quand il se fut bien assuré de leurs dispositions et de leur concours, Âmédée reprit le chemin de la Germanie; mais apprenant qu'aux frontières tous les voyageurs étaient soumis par ordre du roi aux plus sévères perquisitions , il se jeta dans les montagnes , suivit des chemins ignorés, des sentiers inconnus, et parvint enfin à rejoindre son maître à la cour d'Othon.
Noble et beau dévouement ! Pourquoi faut-il que le prince qui Tinspira et qui le mit à profit.
en fût si peu digne ! Les plus belles causes ont des renégats et des félons y comme bien souvent les causes les plus injustes trouvent des cceors loyaux mais abusés y prêts à les soutenir.
La fortune allait abandonner Hugues , et, comme pour T éblouir, comme pour lui cacher l'abîme qui s'ouvrait devant lui , elle lui jetait en fuyant une nouvelle et dernière faveur.
Au milieu de ces sombres préoccupations de Hugues y Romain-de-Jeune y empereur d'Orient, lui fit demander une de ses filles pour épouse. Le roi de Lombardie n'avait plus de fille légitime dont il pût disposer; son audace , sans s'en émouvoir, envoie à Constantinople la jeune fiertlie y enfant qu'il avait eue d'une de ses courtisanes. L'orgueilleuse cour d'Orient y se montrant satisfaite de ce choix, fit à Berthe la plus brillante réception. La jeune princesse , selon l'usage de cette cour, changea de nom en montant sur le trône d'Orient, et fut appelée £frdoxie. . . Ce fut le dernier triomphe de lorgueil du roi Hugues.
Le prince qui avait trahi, persécuté, dépouillé tous ceux qui l'avaient fait puissant, allait à son tour subir les amères atteintes de l'ingratitude. Ceux qu'il avait le plus comblés de faveurs el de largesses, ceux là même dont l'ambition
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toujours inassouvie l'avait le plus entraîné à affronter le blâme public , devaient être les premiers à l'abandonner, à le trahir. Cela s'est toujours vu, cela se verra toujours. Quant à Hugues, jamais prince ne mérita plus que lui de rencontrer dés ingrats : ce qui à nos yeux n'excuse ni l'ingratitude, ni la trahison. Mieux vaut l'homme qui> de bonne foi et même pour son seul intérêt propre , soutient une cause mauvaise , que celui qui la trahit en lâche , quand une fois il en a pris la défense, et surtout quand il a aidé à la compromettre par les excès de sa propre ambition. Ainsi fit Manassès, ce fameux archevêque d'Arles, à qui, sans égard aux lois et aux règlemens de l'Église , nous avons vu Hugues confier les évêchés de Vérone, de Mantoue , de Trente et le gouvernement du Trentin. Manassès, en reconnaissance de tant dé faveurs et de largesses, donne le premier le signal de la' révolte contre celui dont il fut constamment le complice provocateur et la créature là plus rémunérée.
L'importante forteresse de Formigara était la clé de la marche de Trente et de l'Italie. Arf/iplardj affidé de Manassès, en avait le commandement. Bérenger, à la tête de quelques troupes qu'il a ramassées dans la Suève, se présente
3*2â DEUXIÈME ÉPOQUE.
devant cette place qui lui ouvre ses portes (1). Le inarqui8 d'Yvrée^ pour prix de cette première conquête, promet à Adhélard l'évéché de Comoj et à Manassès Tarchevéché de Hilan. Guy y évéque de Modèney séduit par des promesses non moins brillantes , court fortifia le parti du fils d'Adalbert qu'avait rejoint iÊUon , cet ancien comte de Vérone qui, dans le temps, s'était fait le vengeur du meurtre de Bérenger. Le soupçonneux Hugues tenait depuis long-temps Milon captif à sa cour; mais ce comte était parvenu à briser sa chaîne en enivrant ses gardes dans un festin. Il n'était au moins ni traître, ni défectionnaire : persécuté sous le règne de Hugues y n'ayant jamais salué l'étoile triom|Aaiite de ce monarque y Milon en prenant parti contre le despote y en courant se ranger sous les drapeaux du petit-fils de son ancien maître, comprit et fit son devoir en homme de cœur.
A la nouvelle de la défection de révèque de Modène, Hugues rassemble des troupes (2) et va menacer le château important de Vignota (3), situé sur le Panaro et appartenant à ce prélat. Pendant qu'il s'épuise en vains efforts contre
(1) MtRATOKI. — (in MM. — GIAN^O^K.
(2) Ann. (/'/(., T. v, p. 32/i , aniioQftS.
(3) Pairie de Mmalori.
LITRE in. — CHAPITRE 111. 323
cette forteresse y Bérenger se dirige vers Milan où l'appellent Tarcbevèqne Ardéric et les plus paissans seigneurs de la Lombardie qui Taccueillent conune un libérateur y et à qui il prodigue les plus flatteuses promesses (1).
Le roi de Lombardie voit, mais trop tard, que tout lui échappe ; il sent de toutes parts crouler l'édifice de sa puissance ; il comprend alors tout le néant d'une grandeur qui ne repose ni sur ses droits y ni sur l'aSection des peuples, d'une grandeur que la force et l'astuce ont créée^ que la violence et la trahison ont si peu de peine à. détruire*
Une diète s'assemble à Mihn en présence de Bérenger, pour prononcer la déchéance de Hu*^ gués et pourvoir ensuite à la vacance du trône. Hugues retourne brusquement à Pavie ; mais voyant que sa mauvaise fortune a glacé pour lui tonales cœurs, il cède à l'orage; toujours souple, cauteleux y il prend le parti d'envoyer à la diète de Milan , son fils Lothaire , associé par lui à la royauté , jeune prince doux , aimable, bon, que ni le peui^e, ni les grands ne rendaient responsable des fautes et des crimes du père. Il fait représenter aux membres de la diète que si
(1) Nous venons de voir qu'il avait promis àr Maiiasaè» rarchevéché d'Ardéric
la loyauté de* Hugues leur est devenue intolérable, il leur convient de reconnaître et de continuer celle de son fils qui ne leur a fait auciui mal 7 et dont ils pourront diriger eux-mêmes l'éducation comme roi. Le spectacle de rabai^ement du bon Lothaire touche les seigneurs qui , sans que Bé ronger cherche à y mettre <^tacle, le proclament leur roi d'une voix unanime (1). Hugues^ profitant du moment où on le croit abattu par l'adversité ^ amasse ses trésors, les dirige vers les Alpes et suit son riche convoi; mais arrivé au pied des monts élevés qu'il va franchir, il reçoit l'avis que les Lombards , mécontons d avoir changé de maître , et se méfiant de Bérenger à qui ils ont confié la tutelle de Lothaire , songent à lui rendre la couronne. Hugues, qui connatt la versatilité de l'esprit lombard^ croit à cet avis si flatteur pour son orgueil ; il revient sur ses pas (2) avec tout son bagage,
(1) LlUTHPRAND. — MURATORl. — GlULINI. — VEMIY.
Il est, dans ce récit otdans ce qui va suivre, quelques circonstances qui nous semblent un peu étranges et à peine croyables. Il ne nous paraît pas nécessaire de les préciser ici. Nous les reproduisons telles qu*eUes nous sont racontées par les historiens les plus accrédités, les tcmn» stjei^ à caution et les meilleurs sinon les seuls à consulter sur l'histoire de cette époque reculée. Nous avons expliqué ces faits le mieux qu'il nous a été possible.
(2) LlUTHPRAND. — : MURATORI. —GlULU^I, etC