‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 332 sur 380 · LIVRE 111. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE 111. — CHAPITRE III

neuf mois et trois jours. Si son génie , qui le poussa au mal, s'était tourné au bien, ce prince eût été peut-être un grand homme* Le problème d'une si longue domination sur un peuple remuant y indocile , inconstant y une grande habileté seule a pu le résoudre y surtout au milieu des scandales publics et privés dont la cour de ce roi donna le triste spectacle y et qui peutêtre rengagèrent dans la voie périlleuse où il trouva sa perte.

Bérenger, qui le suivit de près sur le trône , eut tous les vices de Hugues sans eu avoir le génie.

Confier Lothaire au perfide marquis d'Yvrée y c'était vouer le jeune prince à des périls incessans 9 à des malheurs plus grands que l'exil ; c'était livrer l'innocente proie aux serres du vautour. Dieu n'accorde pas la faveur de l'exil à tous les fils de rois déchus. Il en est, comme Lothaire, comme le fils de Louis XVI, qu'il livre, jeunes et innocentes victimes , à la férocité de leurs bourreaux ; il en est, comme Joas , que dans sa sagesse providentielle il écarte à propos des marches du trône , pour l'accomplissement de ses vues mystérieuses , lais sant à d'autres les angoisses et les périls d'une {grandeur trop environnée d'abîmes.

Habitué y sous le joug paternel y à ne porter la couronne que comme un joyau brillant, Lothaire y dans les premiers temps de son règne y depuis la fuite de son père y ne connut pas davantage y SOUS Bérenger ^ les droits et les pr^ogatives de la royauté.

La fille de Rodolphe de Bourgogne, Adékûde, d'abord fiancée de Lothaire, était devenue (1) sa fenmte quand elle eut atteint sa seizième année. Absorbé dans la contemplation de la beauté de sa jeune épouse y sous le charme des précieuses qualités et des rares vertus de cette douce compagne , ajoutant bientôt à cette première félicité rivresse non moins grande de se voir renaître dans un enfant adoré (2), tout à ce bonheur intime , calme comme sans mélange, le fils de Hugues ne s'était pas aperçu qu'il ne portait qu'une couronne avilie y et qu'il n'était roi que de nom.

(1) En 967, coutie l'opinion des pères Mabinon et Pagi, qai font remonter les noces à l'année 937. Muratori, se fmdaut sur ce qu'écrit saint Odiilou dans la vie de sainte Aditaule, et sur un document existant dans Téglise de San- Salvador de Pavie , pense avec raison que les fiaoçaifie eurent lieu en 937 ei le mariage en 947. (T. v, p. 235, anno 950. )

(2) Cette onfanl, du nom d'Emma, monta quinze ans après sur le trône de France, par son mariage avec Lotbaire, souverain de ce royaume.

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Le jeuDe monarque, réveillé eofin de son enivrante léthargie par les remontrances dé quelques amis dévoués y parut un moment s'apercevoir que le double bonheur de père et d'époux n'était pas le seul but d'une vie royale ; on lui fît même comprendre tout le péril d'être ainsi à la discrétion d'un homme tel que Bérenger. Mais que faire? Les bras qui enlaçaient la victime n'auraient fait que l'étouffer plus tôt, si eUe eût cherché à se débattre. Il n'était plus temps de recourir à des voies énergiques. Un autre moyen s'offrit au zèle des amis dévoués de Lothaire. Il est probable que les soins qu'on se donna pour conjurer le péril ne firent que prédpiter la catastrophe.

On raconte que Constantin , empereur d'Orient et beau-père de Berthe ou Eudoxie , sœur du jwne roi j prévenu des justes appréhen-^ sionsdesamisde Lothaire, fit représenter à Bé^ renger que la jeunesse du fils de Hugues était confiée à sa sagesse et à sa loyauté ; il lui fît dire encore qu'il verrait avec plaisir des ambassadeurs de Lombardie à la cour de Constantinopie, venir lui porter l'assurance que la tuieUe du jeune roi étailende sûres et fidèles mains (1).

(1) Lu IHPRAI^D. — MlJRATOni. — GllLlKU etc. i

L'historien Liuthprand , éTèque de Crémoae et ancien page de Hugues j était en ce memeoi l'un des secrétaires de Bérenger* Ce fui lui que le marquis d'Yvrée chargea d'aller porto*, ea son nom , à l'empereur d'Orient , lea plus formelles protestations d'amour et de fidélité à son jeune souverain.

Liuthprand raconte qu'il partit pour Gmstantinople y fier et heureux d'être le porteur auprès de l'impératrice Eudoxie de ces consolantes assurances. Mais Bérenger, prodigue de belles paroles , et avare en fait de largesses et de dons, avait feint d'oublier que les ambassades princières n'approchaient du trône impérial d'Orieni que chargées de riches offrandes. . . A la vue des présens magnifiques que portaient aux souverains du Bosphore les ambassadeurs d'Othon de Germanie et deRamire II , roi d'Espagne, Liulhprand fut saisi de honte , lui qui n'avait ri^ à offrir que des phrases pompeuses de la part de son mattre. Plutôt que de se résoudre à parailtre les mains vides au pied de ce trône éblouissant de magnificence , il prit le parti d'offrir à l'empereur, au nom de Bérenger, quelques riches joyaux et quelques élégantes parures qu'il avaii achetée»» de ses propres deniers. Ces présens et les prolcstalions de fidélité présentées au nom

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