LIVRE lit. — CHAPITRE III
du marquis d'Yvrée par un homme aussi connu de l'impératrice que Liuthprand^ reçurent bon accueil à la cour de Constantinople (i).
Tandis qu'on rassurait la princesse Eudoxie sur le sort de son frère j le jeune et malheureux prince approchait du moment où JBérenger allait lui payer sa dette de reconnaissance.
Ses amis dévoués et la vertueuse Adélaïde s'aperçurent bientôt avec effroi d'une grave altération dans la santé de Lothaire. Un mal intérieur, inconnu, rongea sourdement cette jeune existence de roi ; enfin , trois ans , sept mois et deux jours après la mort de Hugues , et dans la vingtième année d'un règne éphémère, Lothaire rendit le dernier soupir (2),
Frodoard , Liuthprand et les autres écrivains qui ont traité ce triste point de l'histoire , ne doutent pas que l'époux d'Adélaïde ne soit mort empcnsonnéy et imputent ce crime au marquis d'Yvrée. Tous les hommes dont la clairvoyance piurut suspecte et capable de soulever le voile de ce sombre mystère , furent écartés , privés de leurs emplois, et bientôt même persécutés par Bérenger.
Liuthprand , en sa qualité d'ancien page du
(1) HisL de l'EgL,\^iïv B.-B., T. v, p. 90, llotel'^
(2) Année 9/i9.
père de la victime^ ne pouvait élre mis en oubli dans cette proscription commune des hommes qui faisaient ombrage au tyran. Il fut dépossédé de son évdché de Cr^one, et pour se soustraire à de plus grandes disgrâces, il se réfugia à la cour d'Othon qui, dans la suite et après la déchéance du meurtrier de Lothaire , 4e rétaUit dsms soo siège èpiscopal.
La dépouille mortelle du malheureux fils de Hugues fut transportée à Milan pour y être inhumée.
Un fait rapporté à cette occasion par Giiiliiii« Verry et d'autres historiens (1), démontre à quel point de stupidité l'ignorance était tombée en Italie vers le milieu du x* siècle.
Ces écrivains racontent que Milan , se trouvant dépourvu de marbre pour la tombe du roTal défunt , on brisa une grande table où était gravée la disposition testamentaire par laquelle Pline (Caius) dotait la ville de Milan pour l'entretien perpétuel d*un bain, d'une bibliothèque, d'un collège de garçons et de jeunes filles. Ce marbre , divisé en plusieurs compartimens , servi l à former le tombeau; on eut soin seulemeol
(I) l'iusTiAM , Cntchi. Iiist., part. lib. J, p. \K — Ai- ':iATi, lib. Il, p. 425. — GiruiM, T. ll, p. 231 el 5uiv — ViiRRv,T. r^ p. V62.
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de retourner vers Tinlérieur (1) les côtés où étaient tracés les caractères qu'avait mutilés et à demi effacés cet acte de vandalisme.
Ainsi , tel devait être dans la Péninsule , au bout d'un siècle et demi , le résultat des efforts persévérans tentés par Charlemagne , son fils , et quelques uns de ses petits-fils pour y rallumer le flambeau des lumières ! .
(1) On lit dans un ouvrage récemment publié, * quVii Orient, là où furent des cita opulentes, nombreuses et civilisées, on ne rencontre plus que de majestueux vestiges , des murs tombés, des théâtres et des aqueducs brisés , et , au milieu de ces restes des temps passés , des populations éparses, rares, dégénérées, è demi sauvages, les exploitant comme des carriâ'es.
Quand ces Grecs, qui ont oublié jusqu'à leur langue originelle , se décident à élever quelques misérables cabanes ou édifices, ils vont chercher les pierres de ces ruines imposantes, et ont grand soin de tourner en dedans les basreliefs et les sculptures où TEurope savante cherche à retrouver quelqu*indice des siècles écoulés.
Ce rapproehemeiit, ces mêmes signes d*ignorance stupide et sauvaîie chez des peuples dégénérés, nous ont paru dignes de remarque.
• Voyage à Cimtianhnople^ dam VAsie-Hineare^ elc, elr., par B. Poiuoii^T. (T. i*'.)