‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 336 sur 380 · LIVRE III. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE IV

ches 9 le prêtre Martin parvient à connaître enûn la chambre où la reine languit captive. Cédant à l'inspiration d'un sublime dévouement ^ il creuse (1) pendant de longues nuits ^ dans la direction du fort, un chemin souterrain, comme des soldats mineurs pratiquent dans les flancs de la terre une secrète voie pour s'élancer à rimproviste au cœur même d'une ville assiégée ; ses persévérans efforts le conduisent sous la tour ; il en perce les fondemens , parvient jusqu'à la triste demeure de la princesse qu'il entraîne avec son unique compagne loin de ses barbares geôliers (2).

Grande fut l'alarme dans la tour quand on s'aperçut de la fuite d'Adélaïde, et non moins grande fut la fureur de Bérenger quand cette nouvelle lui parvint. Partout on envoya à la poursuite de la royale fugitive... Tout fut exploré, fouillé , mais vainement.

Des bois solitaires offrirent un refuge assuré à Adélaïde qui , ainsi que la compagne de sa captivité et de sa fuite, avait dû prendre des vôtemens d'homme ; et de simples pêcheurs furent envoyés là par celui qui veille à tout, pour pour-

(1) Saint Odillon. — La poétesse Rosweha. — Mu- BATOBI. — GiULlNT et autres.

(2) 20 août 951.

voir aux besoins de cette infortunée reine qui , ]dus forte que l'adversité, était appelée à donner bientôt sur le trône impérial l'exemple des jdus rares vertus.

Adhélard, évéque de Reggio, était un des partisans les plus dévoués d'Adélaïde. La veove de Lothaire envoie le prêtre Martin pour lui faire connaître sa situation. Le prélat appeUe aussitôt à lui Albert Azzon , noble et loyal serviteur de race lombarde, qui possédait comme fief de l'évéque , le château de Canossaj forteresse que sa position semblait rendre inexpugnable (1).

Azzon réunit en secret quelques hommes d'armes ; fier de la grande mission confiée à son zèle, il pénètre dans la retraite d'Adélaïde, lui feit agréer les offres de son dévouement, et lui sert d'escorte avec ses guerriers jusqu'au châleau de Canossa.

Tout avait été conduit si secrètement que la vigilance de Bérenger n'avait pu suivre la trace de cette nouvelle fuite; mais on pouvait plus tard la découvrir : d'ailleurs, quelqu'inexpugnable que fût la forteresse, on pouvait, avec le temps, la réduire parla famine. Il fallait au zèled'Adhélard et d'Azzon plus de sécurité pour le pré-

(l) Saint Odillon. — -Muratori. — GiruNi, etc.

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cieux dépôt confié à leur garde qui, en définitive, sauf les respectueux éganls dont on l'entourait, n'avait fait que changer de prison. Il fallait donc d'autres protecteurs... Mais où trouver une puissance qui pût et voulût embrasser contre Bérenger la querelle de la fille de Rodolphe?

Son frère, le roi de la Bourgogne transjurane ?... Mais ce prince, enfant encore, était peu fait pour intimider un roi de Lombardie ; d'ailleurs la voix du sang et de la parenté entraîne bien rarement les grands de la terre à des hostilités que ne leur conseille ni la prudence, ni la politique.

Pouvait-on compter sur la France ?. . . Voyous en quel état était alors ce royaume.

Des descendans de Gharlemagne en occupaient encore le trône qu'entourait le mépris public. Dès la mort de Louis lY, roi de Germanie , nous avons vu les Austrasiens conférer la couronne à Conrad, et fouler aux pieds les droits qu'eût pu invoquer Charles-le-Simple dont ils redoutaient peu le ressentiment.

Ck)mme pour Charles4e-Simple, ce qui restait de la France à son fils Louis d'Outre-Mer n'était plus qu'une agglomération sans unité, informe, monstrueuse de petits Ëtats pressurés par de petits tyrans , jaloux les uns des autres et

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guerroyant entre eux , n'ayant d'autre frein que l'ambition et la cupidité de rivaux plus ou moins puissans. Le roi retenu long- temps prisonnier par Hngues-le-Grand , n'était qu'un fantôme et son autorité qu'une vaine ombre... «Les choses, dans ce malheureux pays, en étaient venues à un tel point de désordre et de désorganisation, qu'il importait peu à la France , à l'Espagne, i la Germanie , à la cour du Bosphore y à lltalie enfin, que le roi de France s'appelât Charies-le- Simple, Raoul , Louis lY ou Lothaire. Où était le roi dans tous ces rois qui s'entrechoquai^l. qui se succédaient? Où était la main qui tenait le sceptre de Pepin-le-Bref ? Il n*v avait jdus qu'une royauté réelle en France, la féodalité.,. Venant en aide aux funestes dévastations de5 barbares , la féodalité avait successivement détruit la filiation des lois, interrompu la succession des coutumes, anéanti la législation de Gharlemagne, et elle finissait d'engloutir dans l'abîme creusé par elle, la royauté des carloVmf(iens qu'elle même avait fondée.

L'Orient ne pouvait pas plus que la France.

Constantin Porphyrogénète avait, comme nous i avonsdit, vu s'asseoir près de lui, sur son trône, Komain Lécopène et les enfans de cet audacieux aventurier. Les intrigues intérieures de la cour

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du Bosphore continuaient à la rendre impuissante au dehors. Délivré enfin de Romain et de ses enfans, Constantin s'était trouvé un moment seul maître de l'empire. Sa faiblesse, sa cruauté et son intempérance donnèrent un libre cours à la vénalité, à l'intrigue et à la corruption. Habile dans les sciences et les arts , il eût pu aider puissamment à leurs progrès, et il les laissa s'ensevelir dans l'abîme commun.

Son fils Romain, le jeune, époux d'Eudoxie, associé à l'empire en 948, et, bientôt las de la tutelle de son père, s'était délivré par le poison de cet incommode collègue que froidement il avait vu mourir dans une lente et incurable langueur. Ce règne, commencé par un parricide, devait se traîner pendant trois ans encore à travers de nouveaux crimes non moins odieux ; et Romain, rongé par la débauche, devait finir à vingt-quatre ans sa misérable existence.

Constantinople , depuis long-temps voyait se succéder sur le trône d'Orient , des maîtres qui osaient bien encore conserver le titre d'empereurs romains , mais pour fomenter des troubles dans la Péninsule, et souvent même pour y favoriser les incursions des Sarrasins, plutôt que dans la pensée de reconquérir hardiment l'autorité en Italie. Enfin , ne venons-nous pas de

voir la cour de Constantinople , cette cour naguère si hautaine, tombée assez bas pour agréer, comme fiancée d*un de ses empereurs , la fille bâtarde d'un simple roi de Lombardie ?

Tandis qu'à l'Occident et à FOrient deux grands empires , jadis rivaux et maîtres l'un après l'autre de l'Italie, traînaient une existence toujours plus compromise au milieu de l^rs propres débris , le Nord avait vu des démembremens épars de l'empire de Charlemagne , se former un royaume que le patriotisme des princes germains avait rendu redoutable , en se liguant sous un seul et même roi , contre les Htmgrois, les Statues, les Vénèdes et autres barbares qui désolaient la Germanie.

Henri qui aux talens du législateur joignait les vertus militaires^ avait reculé les frontières du royaume y chassé les barbares et mis l'ordre dans le chaos féodal ; mais^ trop absorbé par ces nobles travaux, nous l'avons vu peu désireux de compliquer les embarras de sa royauté par la conquête de la Lombardie et même de la couronne impériale des Romains. Un autre devait avoir ce courage. . . . Cette gloire , nous l'avons dit, était réservée au génie de son fils.

Les commencemens du règne d'Othon furent troublés par le soulèvement de ses plus puissan^

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