CHAPITRE I*'. — PREMIÈRE ItPOQliE
peuple sans patrie et avide de s'en faire une y mais avec une armée qui laissait derrière elle familles, clochers et foyers domestiques. Le génie de la gloire et de la conquéto poussa à cette invasion plus que la soif du butin et des rapines.
La domination des Lombards dut rencontrer plus d'obstacles, et conséquemment être défiante et peser sur l'Italie.
Sous la domination des Francs qui fut plus facile, ritalie put, pendant de longues années, oublier qu'il y avait , dans ses belles et riches provinces , des vainqueurs et des vaincus.
Nous n'accusons les Lombards ni d'inhabileté , ni d'un inutile système d'oppression. Nous n'exaltons ni le génie civilisateur, ni la tolérance des Francs : nous signalons l'erreur de certaines assertions , erreur que les faits et des actes publics démontrent. Ces actes ne sont que les effets des causes auxquelles nous venons de remonter, et nous nous applaudissons que les Francs n'aient pas eu à subir la dure nécessité de rendre leur domination en Italie aussi oppressive que celle des Lombards.
La conquête avait peu coûté à Charlemagne ; la conservation fut dans les premiers temps plus mal aisée : mais la turbulence et la révolte de
quelques grands, les intrigues d*Adelchis que soutenait l'audacieuse et jalouse Irène, rinvasion de quelques peuples barbares, les hostilités des Huns, des Saxons, des Sarrasins, ne servirent qu'à mettre en relief le génie du grand homme.
Charlemagne, dans près de quarante ans de guerre et de conquêtes, avait agrandi son patrimoine de plus de la moitié ; déjà , par le foi! et aux yeux du monde , il était le mattre de TOccident , quand Léon III lui en déféra la couronne aux acclamations du peuple romain. Des auteurs en ont induit que Charlemagne avait reçu l'empire des mains du pape !... Cet empire, c'est son épée qui le lui donna : il le tint par le droit d'une conquête juste et légitime.
Les papes, jusqu'à Pépin, n'avaient eu, comme nous l'avons dit, que la puissance spirituelle.
Quelques auteurs ont nié les donations faites aux pontifes par Pepin-le-Bref , son fils, et ses premiers descendans. Ces concessions ne peuvent plus aujourd'hui être sérieusement révoquées en doute.
Ce qui nous paratt avoir été combattu avec plus de fondement , c'est la prétention de quelques papes qui voulurent que dans ces libéralités fussent compris le domaine utile et la souveraine puissance sans contrôle. Nous
croyons avoir établi que les rois , dans tous ces actes ^ se réservèrent, au moins implicitement, les droits de souveraineté... Ces droits, du reste , nous les leur avons vu exercer quelquefois , de l'aveu et sur les instances même de certains papes.
Quelques auteurs disent encore qu'en reconnaissance de ces donations , les papes accordèrent aux rois francs le droit d'investiture des évêchés et des autres dignités ecclésiastiques dans leurs États. D'autres historiens font obser^ ver qu'il n'y eut point là octroi de la part du Saint-Siège , mais simple reconnaissance d'une prérogative comprise dans ce que l'on appelle les droits régaliens. « Et il faut, » dit un auteur allemand (1), « pour contester ces droits à un » souverain , lui disputer ou lui ôter même sa » couronne... » Le même historien compte au nombre de ces prérogatives des empereurs d'Occident, l'investiture des papes.
Rome , si elle avait toujours bien compris sa situation à l'égard des empereurs francs, et, plus tard , à l'égard des souverains d'Allemagne qui tinrent l'empire d'Occident sous leur loi , eût évité de grands désordres , d'affligeans scanda-
(i) De Heiss, Hùt. (VAUem.