CHAPITRE II. — DEUXIÈME ÉPOQUE
cellement de son territoire, par l'incapacité des derniers carlovingiens et par l'ambition toujours plus inquiète des grands vassaux devenus rois ou impatiens de l'être; et, d'autre part, la cour de Gonstantinople plus que jamais livrée aux intrigues et aux collisions intestines, sont l'une et l'autre impuissantes pour répondre au cri de détresse parti du fond de la Péninsule italique.
Il n'en est pas de même de la Germanie dont les rois ont enfin muselé l'hydre féodale et où règne en ce moment un de ces hommes providentiels, solution vivante des grandes crises qui bouleversent les peuples. Cet homme , ce roi , c'est Othon-le-Grand. Son œil rayonnant de gloire a pénétré dans la retraite lointaine de la victime de Bérenger; la voix des amis de la royale exilée s'est fait entendre à son oreille au milieu de l'éclat de ses triomphes. Othon, le tuteur du frère, devient le libérateur et l'époux de la sœur ; accouru en Italie comme soutien de la veuve opprimée, il en chasse le tyran Bérenger et s'empare de sa couronne ; bientôt, comme pour Charlemagne, le royaume de Lombardie lui sert de marchepied pour monter à l'empire.
Ainsi les abus, les excès du principe qui avait fondé la puissance des carlovingiens, conquérans de la Lombardie, ayant amené dans les
esprits un retour à un principe opposé , un grand homme y Othon de Germanie fiit là pour mettre à profit cette nouvelle tendance des peuples y et une grande révolution fut consommée.
Du double couronnement d'Othon à Pavie et à Rome^ date réellement la longue domination de la Germanie sur le royaume des vieux Lombards, et, disons-le, sur l'Italie entière : domination de plusieurs siècles à phases diverses, souvent troublée par de sanglantes collisions, quelquefois suspendue, jamais complètement détruite, et qui, à aucune époque, malgré le bienfait de l'établissement des munioipa/tlés par Othon, ne donna à l'Italie une somme de biens assez forte pour y effacer le souvenir des règnes de Charlemagne, de ses petits-fils, et surtout de Louis IL
La France , depuis cette grande révolution , a parfois tenté de faire flotter encore sa bannière sur la Péninsule italique où l'attirèrenl, de tous temps , ses sympathies plus encore que son ambition ; mais cette glorieuse bannière n'y parut plus que comme une brillante voyageuse sans pouvoir s'y fixer long-temps.
Charles VIII, Louis XII, François I", y laissèrent successivement des traces de grands revers.
Les armées de Louis XIV y ont eu leur fatale