CHAPITRE II. — DEUXIÈME ÉPOQUE
journée de Turin. Sous Louis XV, le maréchal de Maillebois et l'infant don Philippe ne purent réunir, après le désastre de Plaisance (en 1746), sous les murs de Tortone , que seize mille hommes de toute une armée destinée par le roi de France à subjuguer l'Italie.
Enfin, Napoléon s'en vint par des prodiges de gloire venger tous ces désastres.
Conquête brillante et glorieuse autant que passagère !
L'épée de ce nouveau Charlemagne replaça l'Italie sous l'égide et la puissance de la France. Comme au ix* siècle, nous avons vu de nos jours promulguer des décrets, des institutions tendantes à la fusion des mœurs et des coutumes des peuples de France et d'Italie que l'heureux vainqueur avait réunis sous son sceptre.
Un demi-siècle s'est à peine écoulé depuis les premiers triomphes du grand capitaine sur Beaulieu , Alvinzi et Wurmser, et déjà, depuis plus de vingt-cinq ans , les Codes napoléoniens sont rayés de la législation d'Italie, et déjà Milan, déjà Venise ont salué deux rois du royaume lombardovénitien, dans deux empereurs d'Autriche.
Malgré ces vicissitudes, notre orgueil national , notre furia francese nous pousseront peutêtre plusd'une fois encore vers cette belle Lom-
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hardie que parmi nous on se figure être une fraction, une annexe naturelle de la France, et dont les habitans s'appellent eux-mêmes , non sans un sentiment de vanité : les Français de ritalie.
II y avait naguère deux Lomhardîes bien distinctes , comme aussi deux influences opposées qui la subjuguaient.
La Lombardie , nord de la Péninsule italique qu'elle commande et qu'elle protège au besoin, poste avancé d'où l'Europe surveille et menace la France. Cette Lombardie, les traités de 1815 la donnèrent ou la rendirent à l'Autriche. Courbée sous un joug qu'elle détestait , elle rendit long -temps sa position plus dure encore par des conspirations et des révoltes que réprimait tonjours la main puissante do ses maîtres ombrageux et vigilans.
L'Autriche , telle que l'ont constituée les traités de Vienne, aurait incendié et incendiorail encore l'Europe plutôt que de renoncer à ce royaume lombardo-ifénitien , bordé , le long <le ses côtes orientales, par l'Adriatique, et devenu l'une de ses conditions essentielles de vitali!»* politique et commerciale.
Cette Lombardie armée, matérielle, territoriale, est depuis vingt-cinq ans et sera probable-
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ment long-temps encore le partage de TÂutricbe.
Il est une autre Lombardie, brillante , brave, enthousiaste, toute vouée aux progrès des arts et de l'intelligence, amie des plaisirs et de la gloire, peuple à Tesprit vif, pétulant et quelquefois fantasque. Cette Lombardie a long-temps paru se souvenir que les fondateurs de la plus belle de ses capitales franchirent autrefois les Alpes venant de la Gaule , et que des dangers communs et une gloire commune l'ont comme liée aux destinées de la France à une époque récente de fusion... Là étaient des esprits, là étaient des cœurs toujours tournés vers la France comme vers leur étoile polaire.
Eh bien ! il faut le reconnaître , il faut oser le dire : ces dispositions ne sont plus les mêmes ; elles se sont du moins modifiées. Les désillusionnemens , depuis quelques années , ont remplacé des espérances trompeuses ; la génération de l'empire a vieilli ; la jeune et nouvelle génération a reçu dans les collèges de la Péninsule comme au sein des familles , une direction plus calme , plus appropriée aux nécessités de l'époque et des choses; le gouvernement autrichien lui-même , rencontrant moins d'indocilité, a allégé le poids de son joug; certes il n'inspire pas en Lomi^ardie de fortes sympa-
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thies ; mais il n'y rencontre plus du moins de ces haines vivaces j implacables y mortelles, qui amenèrent de si déplorables rigueurs dans les premiers temps de sa domination.
Si nos gouvernans avaient mieux connu la disposition actuelle des esprits dans la Péninsule 9 ils se fussent abstenus , lors de la crise orientale de 1840 , de la menace irréfléchie de soulever, d'incendier ces belles contrées à la seule apparition d'un drapeau.
On souriait en Italie quand on y répétait ces propos malencontreux, qui n'avaient d'autre résultat que de compromettre la dignité de la France , et qui sans doute produisirent sur les bords du Danube le même effet qu'à Rome, à Naples et à Milan. Il ne faut pas prétendre à la puissance d'ameuter, d'électriser un ^peuple, quand on a donné l'exemple d'un appel à la Pologne , suivi d'un si triste abandon , et quand l'épisode d'Ancône est encore vivant comme un reproche dans tous les souvenirs.
Au reste , quand nous avons parlé des vieilles sympathies de la Lombardie pour la France, ce que nous pourrions rendre applicable à l'Italie toute entière, nous n'avons point entendu y faire entrevoir un vœu de ces peuples pour une nouvelle réunion à la France.