LIVRE II. CHAPITRE T
» rans , on ne pensait pas même à se faire lé- » gislateur du peuple vaincu (1). »
Nous trouvons dans l'histoire deux exceptions saillantes à cette coutume générale : l'une^ nous Tavons déjà citée , par laquelle Théodoric , roi des Gothsy soumit les Goths (2) eux-mêmes aux lois et coutumes des Romains. L'autre est
(1) Montesquieu , Esp. des Lois, liv. xxvui, chap. n. Nous trouvons , dans ï Introduction au Manuel du Droit
français, par J.-B.-J. Pailliet, page 7, une opinion toute contraire aux idées généralement admises et que nous avoos adoptées.
• L'Italie , dit ce jurisconsulte , retomba , sous Justin 11 ,
• 10 pouvoir des Lombards, dont Rome et Ravenne seules ■ œ deYinrent pas la conquête. Les lois des vainqueurs 7'em- "t placèrent si complètement les lois justinienrkes , que , dans •le IX* siècte , Charlemagnc , après avoir vaincu Didier, der«
• nier roi des Lombards , et rétabli l'empire d'Occident, vou- » lot faire revivre le droit romain , mais ne put y parvenir ;
• car, malgré toutes les recherches, on n'en put trouver
• dans toute l'Italie un seul exemplaire. Le droit romain *(mxt disparu comme un fleuve qui s'ensevelit sous terre ,
• pour ne reparaître qu'à de longs intervalles, sous de*
• nouveaux cieux et sur une terre nouvelle. »
La perpétuité du droit romain , après la chute de l'empire, est aujourd'hui incontestablement prouvée. Qu'on lise , entre autres discussions , la xr leçon de Y Histoire de la Chnlisation, par M. GUIZOT, T. i"; qu'on lise surtout V Histoire du Droit romain dans le moyen-âge , par M. DE Savigny, et il ne restera aucun doute à cet égard.
(2) Selon Paul Diacre , les Lombards descendaient de.s premiers Goths , et formèrent long-temps un seul et mônu* peuple avec les Gépides.
On les appelait l^maobardi à cause de la longueur de Iciii barbe. C'était une nation tout à fait différente des Lombards
tout opposée : « Les Visigoths en France , dit » M. Guizot (1) y étaient j an commencement » du Ti^ siècle j dans la même situation que les » Bourguignons et les Francs. La loi barbare et » la loi romaine étaient distinctes; chaque peu- » pie gardait la sienne. Quand les Visigoths eu- » rent été rejetés en Espagne j cet état changea. » Le roi Ghindasuinthe (64^652) fondit les deux » lois en une seule et abolit formellement la loi » romaine. »
Ainsi j on le voit j la coexistence de la loi du vainqueur et de celle du vaincu était la règle ; Tabrogation de Tune de ces lois^ l'exception.
La conquête des Francs ayant mis fin à la domination des Lombards en Italie y il convient de fixer nos idées sur une appréciation trop longtemps accréditée et évidemment erronée de cette occupation devancière de la nôtre.
Écoutez presque tous les historiens. Écoutez Muratori (2), Giulini (3); ces hommes si graves vous disent :
« La domination des Lombards était si douce
dont [>arlc Tacite. C'est aussi l'opinion de Gunther, d'Othon de Frise , de Gratins et des continuateurs de Puffendorff.
(1) Hist. de la Civil, , T. i", leç. x% pages 306 et 307.
(2) MiJKATORi, Antiq, ùaL, dissert xxi.
(3) Gn LIM, Star. diMiL, V. i, lib. i , page i.
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» que Romains et Lombards semblaient n'être » qu'un seul et même peuple. »
Écoutez Machiavel (1) :
<( Les Lombards en Italie n'avaient plus rien » d'étranger que le nom. »
Le reste des historiens a adopté y proclamé cette o]Mnion comme Giulini^ comme Muratori, comme Machiavel y et cela y remarquons-le bien, sur la foi de Paul Diacre (2), écrivain lombard !
Maflfiei et Manzoni y ces deux esprits si distingués , s'élèvent contre un tel jugement , le repoussent comme erroné y comme injuste y et le combattent par des argumens qui nous paraissent incontestables et dont nous nous bornerons à ne donner que la substance.
Les Lombards et les Romains, dit-on, ne formaient plus qu'un seul peuple,
(1) JMACHiAyEL, Storiaûor,, lib. i.
(2) Paul Diacre , d'Aquilée , était secrétaire du roi lombard Desiderio. Charles le conduisit en France, le retint à sa coor et rhonora de sa familiarité, par estime pour sa vaste érudition. Paul , accusé d'être entré dans une conspiration tendant au rétablissement de Desiderio, et interrogé par le roi des Francs , lui répondit avec franchise qu'il serait toujours fidèle à son ancien maître. On raconte que le monarque, irrité, ordonna qu'on lui coupât la main ; mais que , rétractant aussitôt cet ordre indigne de lui , il se serait écrié : « Où
• trouverions-nous une main capable comme la sienne d*é-
• crire rhistoire? » Paul se retira auprès d'Aréchis, duc de fiénévent , dont la rébellion ne tarda pas, comme nous Tavons vu , à rappeler Charles en Italie.
Les Lombards nuif aient plus rien d'étranger que le nom.
Nous n'avons , pour bien démontrer l'heureux à propos de cette assertion, qu'à rappeler la loi de Luithprand (l)^ qui défendait^ sous peine de mort 9 tout mariage entre Romains et Lombards.
Certes cette loi ne date pas des premiers temps de la domination ; Luithprand était contemporain de Charles-Martel : les Lombards ont compté vingt et un rois , et Luithprand en était le dix-huitième (2) I
Poursuivons l'examen de cette touchante fusion des deux peuples.
Qui appelait-on au conseil des rois pour les lois et les décrets à publier? Des Lombards, rien
(1) LuiTHP., lib. m , cap. xiv, page 1x19. Cité par 31ansoiii.
(2) La loi des Francs , tant salienne que ripuaire , la loi des Visigoths , la loi des Bourguignons, ne renferment rien qu'on puisse invoquer pour motiver cette prohibition si rigoureuse.
Nous nous bornerons à citer deux textes de la loi de» Bourguignons :
" Titre x , $ l*^ — Que le Romain soit soumis à la même condition que le Bourguignon.
») Titre xii , S 2. — Si une jeune fille romaine s'est unie à un Bourguignon sans Taveu ou à Tinsu de ses parens , qu'elle sache qu'elle ne recueillera rien du bien de ses parens. M
Ici la faute ou le délit n'est |)as dans le mariage en luimême , mais seulement dans rabs(»nre du consentement des parens.