‹ Histore de la conquête de la LombardieChapitre 55 sur 380 · LIVRE II. — CHAPITRE l · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE l

iHHis la source dans le dédain qu'inspiraient les vaincus à ces conquérans barbares ^ qui sans doute auraient considéré comme trop mal employé le temps passé à instruire , dans leur législation^ la contrée envahie? Faut-*il plutôt lattribuer au désir de maintenir toujours lAen distincte la démarcation entre les vainqueurs et les vaincus y de perpétuer le souvenir de la ODoquéte , et de laisser toujours en présence ■ oppresseur et Topprimé? Luithprand, nous TaYons vu , Ta marquée cette limite avec une loi de sang.

Au reste 9 quelques historiens (1) en accueillant et cherchant à mieux accréditer l'assertion de Paul Diacre j ont eu un but qui n'est pas difficile à pénétrer. Grégoire III , Zacharie et Adrien. P% ayant appelé les Francs en Italie ^ ont été la cause première de la défaite des Lombards. En exaltant les bienfaits de ces dominateurs, on rend le Saint-Siège responsable de leur chute et des maux qu'on prétend en avoir été la conséquence.

Les malheurs de l'Italie, à en juger par l'ambition turbulente et toujours inassouvie des Lombards, auraient été , si le nord de la Pénin-

(t) Il ne peut être question ici ni de Giulini ni de Mu-

niori.

suie n'avait changé de maître y bien autrement graves que ceux que nous aurons à raconter.

La conquête de Charlemagne ne frappa que les rois et les grands de la Lombardie ; la nation lombarde, qui vivait dans ces contrées depuis six générations , resta sous la protection de la nouvelle dynastie j aussi bien que la population romaine qui y par ce nouvel ordre de choses y fut tirée de l'état d'ilotisme où la faisait languir la précédente domination.

Le vainqueur proclama, selon l'usage, que les lois et les coutumes existantes chez le peuple conquis seraient respectées et maintenues. On , les maintint, mais non à la façon des Lombards.

« Il résulta de la tolérance des vainqueurs , » dit le comte Verry (1), que les siècles suivans )î offrirent le spectacle de trois nations différen-

(i) Stœna di Milano, T. i" , pages 103 et 106.

Le comte Verry, Milanais, a publié, vers la fui du XYur siècle , une nistoirie! de son pays. Cet historien ^irituel, mordant, ingénieux, est parfois, dans ses écrits, d'une concision qui , trahissant ou de la paresse à réfléchir ou une grande hâte d'arriver au but , le fait paraître , sar quelques points, un peu superficiel.

Le comte GiuUni, autre Milanais , que nous avons déjà cité et que nous citerons bien souvent encore , a publié, eD 1760, dix volumes m-h? sur Thistoire de Milan, depuis Finvasion des Francs jusqu'aux Visr^nti , ce qui comprend l'espace de près de cinq siècles.

Ecrivain patient , infatigable , scrupuleux jusqu'à la minutie dans ses recherches , profond et lumineux dans ses

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" Ivs, naturalisées sur le sol de la Lombardie, " vivant en paix entr'elles, mais dont chacune " était régie par les lois de son origine. Les Ita- " liens, qui, par suite de la longue domination " de Rome, étaient encore appelés Romains, vi- " vaient sous les anciennes lois romaines el " étaient jugés d'après celle législation. Les " Lombards suivirent les lois et les coutumes "lombardes. Les Francs qui s'établirent en ' Italie furent assujettis à la loi salique. "

Au reste, ta loi des Francs et la loi des Lombards avaient plus d'un point de ressemblance. Sortis de la Germanie , ces deu\ peuples (levaient se ressentir, dans leurs mœurs et dans lears usages , de leur commune origine ou de leur long séjour sous le ciel {germanique. Envaliisseurs, l'un dans la Gaule el puis en Ita-

(liscusiûous . il a laissé un inoniiment dont sa jtalrje s'enur- ;;u«jliu à juste tiire.

Verry s'est proposi^ de Irajlcr Inule l'IiÎHloire de son pays <Uas trois Tolumes.

GiaUDÎ a voulu duuucr une liistrare complète de Milan. |>radaal prËs de quatre siècles , soit sous le rapport puremeai poÛtique, soit relativement à ses monumens. à ses untumes, à ses mœurs, c'est plutôt un ouvrage précieux i consnlter pour éclaircir un fait , pour traiter une question ïpcdïle. qu'un livre â suivie dans tousses détails et sesdé- '•■loppemens successifs.

L'un et l'autre historiens ont écrit selon le hui que elindin "l'fiii s'êlail proposé. "' • ' '■ i ■ i l'i'/

lie y l'autre en Italie seulement, de provinces romaines soumises à la loi latine , ils durent souvent se rencontrer dans les modifications que cette situation nouvelle apporta progressivement dans leurs lois et leurs coutumes. Ne serait-ce pas ce motif qui fit que les Capîtulaires publiés par Gharlemagne et ses successeurs en Lombardie j ne furent considérés que comme des additions à la loi lombarde (1)? Nous ne prétendons pas que les lois des peuples nordiques fussent uniformes , nous avons dit le contraire ; mais que Ton observe successivement dans la Grande-Bretagne , les Saxons et les Danois y ces deux peuples rejetons d'une même branche gothique ; que l'on suive les Bourguignons dans quelques parties de la Gaule , et les autres hordes nomades vomies par le nord sur le midi de l'Europe : chez tous ces conquérans barbares se retrouvent j comme chez les Francs et les Lombards , les propriétés natives de leur sol originaire : dans les mœurs , les usages 9 les lois de ces peuples divers on reconnaît, à cette époque, le même fond et la même tendance : ainsi, par exemple, tous, avec

(1) On a doiin^' le nom de Loi lombarde à un recueil de lois publiées par les rois lombards, notamment Aulbaris, Rotharis , I.uitliprand et Rachis.

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