‹ Histore de la maison de Saxe-Cobourg-GothaChapitre 2 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

a maison de Saxe et ses nombreuses branches datent leur histoire de rétablissement du margraviat de Misnie (allem.

Meissen) : c'est à partir de ce point qu'elle îf> traversant les siècles, étendu ses possessions et développé son influence politique.

En passant sous cette dynastie, le landgraviat de Thuringe,et plus tard le duché de Saxe, vinrent agrandir considérablement sa domination , assez restreinte dans l'origine. Attachée au territoire de la Saxe, la dignité de l'Electorat fut également transmise aux margraves de Misnie ; et insensiblement on finit par désigner sous la dénomination collective de .Saxe, tous les territoires qui leur étaient successivement échus.

Par ces agrandissements , le pays de Misnie, insi-

guidant dans le principe, finit par acquérir, ainsi que ses gouvernants, une haute influence dans le système général de la politique allemande, et la conserva pendant plusieurs siècles.

Dans le pays situé entre l'Elbe, la Mulde et la Saale, appelé plus lard la marche de Misnie 1 , nous voyons, dès les premiers siècles de notre ère, plusieurs tribus nomades, d'origine germanique, parmi lesquelles on peut avec quelque certitude désigner les Hemwtidures. Il est vraisemblable qu'au milieu du grand mouvement des nations de l'est vers l'ouest, au iv 8 siècle, la majeure partie de ce peuple aura suivi le courant; car à celte époque son nom même disparait pour faire place à celui des Tlioringietts ou Thuringiens, peuple déjà puissant.

Il est difficile de décider si, comme on l'a soutenu dernièrement encore , les Thuringiens ne formaient avec les Hcnnondurcs qu'un seul et même peuple; ou si, Visigollis d'origine, ils étaient venus s'emparer du territoire que ces derniers occupaient avant eux. 11 est certain toutefois que la dénomination de Thuringiens doit être envisagée comme embrassant collectivement un grand nombre de peuplades , et que c'est cette nation, d'origine germanique, qui, la première après ces migrations, se constitua des demeures fixes et des

' Celle dénomination u'in<li<|uc plu» aujourd'hui <|u'uq enrôle du royaume de Saxe. I.'ancko bourg de Ncissen, dont la marche a tiré son nom, n'e»l plus 'lujonrd'hui qu'une ville de 0 à 7,<XK) a rue* . lenomuice |tar *e* fabrique» de |Mircelaine et renfermant encore de» monument» intéressants louchant l'histoire de la Saxe, comme la cathédrale, et les tombeaux d'un jrand nombre de Huiices de celte maison.

institutions politiques régulières dans la Germanie centrale.

Par suite du développement de sa puissance, développement qui se fait remarquer dès l'an 426, ce royaume, dont les princes avaient leur résidence à Scheidingcn, ne pouvait éviter des collisions avec les Francs, dont les frontières s'étaient étendues jusqu'au delà du Rhin, dans le pays des Galtes. Ces combats continuels contre les Francs, qui plus d'une fois avaient eu les Saxons pour alliés, se terminèrent par la ruine du royaume des Thuringiens en 831, à laquelle contribuèrent surtout les successeurs de Clovis. Ce ne fut plus dès lors qu'une province franque, administrée par des comtes •. Mais avec la Thuringe tomba le rempart qui défendait la Germanie contre les Slaves, dont les irruptions prenaient de jour en jour un caractère plus menaçant. Déjà, en 528, les Sorabes, venant du nord-ouest et appartenant à la race esclavonne, avaient franchi l'Elbe ; et dès 534, ils étaient établis dans le pays arrosé par l'Elbe, la Muldc et la Saale, qui prit alors le nom de Sworbie (Sorabia). L'invasion de ces peuplades csclavonnes (vénèdes) avait pénétré bien avant dans l'intérieur de la Germanie ; car divisées qu'elles étaient en une foule de branches, telles que celles de Lusiz, Daleminci, Milzien, Siufl, W ilzen, Luitizi, Hcvel, Czechen, et d'autres, nous les voyons envahir les provinces germaniques depuis les bords de la mer Baltique

'On culcod aujourd'hui, par la Thuriuce. le pajs situé entre la Iles*<-, la Sjale, ic Hanovre, le Brun»wick cl le nord-rjl <lela Bavière.

jusqu'au golfe Adriatique; et même quelques-unes de ces hordes tentèrent de se fixer dans le Lunebourg et dans les environs de la Rezat, de l'Aisch et du Mein. Il est vrai que plus tard, à ce qu'il est rapporté dans l'histoire de S*. Boniface et de Charleinagne, on engagea même quelques tribus à venir coloniser 1 intérieur de l'Allemagne : toujours est-il certain que les Sorabes, renommés par leurs talents agricoles et leur industrie, contribuèrent pour beaucoup à fertiliser le pays et à y établir des villes.

Des que les Sorabes furent installés, leurs différents chefs (parti) obtinrent chacun des lots de terrain plus ou moins étendus, qu'ils exploitèrent à leur gré. Il serait impossible, cependant, à cause des migrations fréquentes que leur faisaient subir des conflits incessants avec les Germains, d'assigner les limites de ces cantons, qu'ils nommaient zupanies. Nous savons pourtant qu'ils fondèrent, dans les environs de l'Elster, de la Pleisse, des deux Mulde et de la Ghemnitz, des colonies qui devinrent le berceau des villes de Leipzig, de Borna, de Zeitz, d'Altcnbourg , de Griroma, de Chemnitz, de Zwickau, et d'autres.

L'établissement le plus méridional des Sorabes était Saalfeld; Gobourg appartenait aux Germains. La ligne de démarcation suivait le cours de la Saale ; en sorte que les villes de Orla, de Géra, d'Orlamiindc, d'iéna, de Bembourg et de Weltin étaient sorabes ; tandis que celles deWeimar, de Suiza, de Naumbourg et de M ersebourg, étaient franques. Dans les environs d'Eilenbourg,dans la zupanie Quesici, les Sorabes possédaient

la forteresse de Gruna., et dans la zopanie Glomaci (aujourd'hui Lommatscb), celle deGana. L'histoire de ces contrées pendant plusieurs siècles se compose de la relation des hostilités incessantes et des combats que se livrèrent entr'euxles Allemands et les Sorabes ; toutefois il est à remarquer que les faits principaux répondent à l'époque des Carlovingiens, qui, en établissant les marches, avaient eu pour but, non-seulement de réprimer les révoltes fréquentes des Thuringicns, mais encore de se garantir contre l'invasion des Slaves. Ces marches* ou provinces limitrophes, étaient des territoires conquis sur les pays ennemis, et dont la défense militaire était confiée à un commandant nommé marc- (jraye. Quant à l'époque où elles furent établies, ainsi

saxonnes, il est presqu'impossible d'avoir des données positives à ce sujet. Au temps de Charlemagne, toute l'Allemagne orientale était protégée par un réseau de marches ; et dans le partage de l'empire des Francs entre les fils de Louis le Débonnaire, en 857, il est (ait mention expresse des marches de Thuringe et .de Saxe. En l'an 849, les documents de fépoque nous présentent , dans la Franconie orientale , Thachulf investi de la dignité de duc et comte de la frontière sorabe (dnx et cmnes limilia sornbici) ; c'est après sa mort (874), est-il dit, que les Sorabes et les Siufles, qui habitaient les bords de la Mulde, se révoltèrent, jusqu'à ce qu'enfin Luitbert, archevêque

* Ce mol Tlenl de raltenuml mark , qui Renifle frontière (de m?r*<>n. marquer, teloa V<n*lus)

de Mayence, les contraignit de nouveau à se soumettre.

Dès l'an 880, le comte Popon était margrave de la marche Sorabe, avec le titre de duc de Thuringe. Cependant les hostilités contre les Sorabcs recommençant de nouveau, il devint urgent d'élever, pour la défense des frontières, des châteaux et des tours, à la garde desquels fut préposé le comte du district.

Bien que , dès l'an 803 , Charlemagnc s'occupât avec beaucoup de succès d étendre la prépondérance de la Germanie jusqu'aux bords de l'Elbe, et qu'il eût déjà rendu tributaires les Wiltses, les Sorabes et les Czcques ; bien que, d'un autre côté, Louis le Germanique, fils de Louis le Débonnaire, eût pris les mesures les plus énergiques pour la défense des frontières, à la suite du fameux traité de Verdun (843) qui assurait l'indépendance de 1 Allemagne; la faiblesse et le désordre du gouvernement des derniers princes carlovingiens n'étaient point faits pour décourager des voisins belliqueux, alors surtout que, sous le règne d'ArnouIf de Carinthie et de son fils Louis l'Enfant, les Hongrois, excités par la politique imprudente du premier, étendaient leurs ravages jusqu'au centre de l'Allemagne. Quant à Conrad I er , élu roi des Allemands en 914, ses forces se trouvant divisées dans l'intérieur du royaume, il ne put pas lui-même opposer une digue suffisante aux incursions de ces hordes terribles.

Cette tâche était réservée à Henri le Saxon, que son prédécesseur Conrad, en mourant, avait désigné aux princes allemands, comme le plus capable de mettre le pays à l'abri des dangers intérieurs et des agressions

du dehors. Ce fut lui qui trouva le véritable moyen de dompter à la fois Hongrois et Sorabes et de faire jouir ses états du repos et de la sécurité qui leur étaient nécessaires. Il se mit à former et à dresser des troupes nouvelles et à construire des villes et des places fortes ; après quoi il entreprit, et continua de 924 à 932, une expédition contre les Slaves sur toute la ligne de la Bohême jusqu'à la mer Baltique. Il soumit successivement les Hévelliens ou Wiltscs et leur capitale Brannibor ( Brandebourg ) , les Rédariens et les Obotrites habitant plus au nord. Les Daleminciens, en Sorabie, forcés dans leur principale forteresse de Gana entre Lommatsch et Meissen, reconnurent la puissance de ses armes et lui abandonnèrent leurs villes et leurs citadelles. Après avoir fratichi l'Elbe pour attaquer les Milziens, alliés des Bohèmes, il dirigea son armée contre Prague et le duc Wenceslas, qui se rendirent et devinrent ses tributaires. C'est pour se défendre de ce côté, surtout contre les attaques des Milziens, peuple turbulent, habitant la contrée qu'on appela depuis la Lusace supérieure (Oberlausitt), que le roi Henri l'Oiseleur établit la marche de Misnie, du nom d'une petite rivière, la Mcisse (Misnia), et y comprit tout le pays situé entre l'Elbe et la Mulde 4 . Bien que la population se germanisât pour ainsi dire, grâce à des

4 Ditmar de Mersebourg, né en 070, mort en1018,dil dam sa chronique, 1. 1 : « Hic montera nnum, juxta Albltn posltnm, excoluit; ibi urbem faciens, cui de rivoquodam, qui in septentrional! parte ejnsdcm Huit, nomen Misni imposait, quam, ut bodie in utu habetur, pnesidii* et impositionibus cateris munirit. »

Ces termes font plutôt supposer l'établissement d'un hurgraTiat que celui d'un margraviat.

immigrations nombreuses et aux mœurs quelles introduisaient, les Sorabes n'en conservèrent pas moins leurs anciennes possessions, surtout dans le pays plat; car la noblesse, s'étant volontairement soumise, fut réintégrée dans ses fiefs, tandis que les classes inférieures devinrent les serfs des vainqueurs. Aujourd'hui même, on retrouve encore dans les noms de beaucoup de familles d'une ancienne noblesse la trace de leur origine esclavonne. Toutefois, il est à remarquer qu'on ne découvre nulle part le nom du nouveau margrave ; ce qui a fait croire à plusieurs historiens que le château de Mcissen, qui avait une garnison et un gouverneur (burgrave), n'était pas encore alors (928) le siège d'un margrave, et que Henri, tout en décidant l'établissement d'un margraviat , avait ajourne l'exécution de ce projet; ou que, du moins, le margrave était revêtu de quelque dignité plus élevée, qui aurait fait négliger ce titre, encore insignifiant à cette époque. Quoi qu'il en soit, on s'accorde généralement à faire dater de l'an 928 l'institution de la marche de Misnie.

Après la soumission des Esclavons. Henri tourna ses armes contre les Hongrois (932), qui réclamaient le tribut auquel on s'était obligé neuf ans auparavant, mais qui leur fut, maintenant, fièrement refusé. La défaite complète ' qu'ils essuyèrent à la b&tuille de Keuschberg, près de Mersebourg, délivra l'Allemagne de ses principaux ennemis, et consolida l'établissement des marches de Misnie et de la Saxe septentrionale; Henri avait fondé cette dernière à Salzwedel, à la suite de sa victoire sur les Hévelliens. En 965*

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Othon I er , fils de Henri, institua pour la marche de Misnie l'évêché qui porte ce nom, et pour la Thurioge septentrionale et méridionale, en 968, ceux de Mersebourg et de Zeilz. Celui-ci fut plus tard (1029) transféré à Naumbourg. Ces trois évêchés ressor tissaient à l'archevêché de Magdebourg. Quant au gouvernement des territoires enlevés aux Sorabes, une partie échut à 1 empereur d'Allemagne, une autre fut abandonnée au margrave de Misnie, et la troisième au siège épiscopal qui venait d'être établi. La division en zupanies qu'avaient créée les Sorabes disparut, et fut remplacée par celle en cantons (gauen) ; en sorte que le margraviat de Misnie comprit, sur la rive gauche de l'Elbe, les cantons Da le minci », dans lequel se trouvaient les villes de Lommatsch, Dôboln, Muge In, Strehla, Zehren, Riesa, Meissen ; Nisani et Ghutici, renfermant les villes deLôbda, Pester witz, Kostebaude, Bricsnitz, Dresin (Dresde). Au delà de l'Elbe, entre ce fleuve, la Bohème, la Lusace inférieure et le Bobcr, se trouvaient les districts de Budissin (Bauzen), de Gorelitz et de Zagost.

Si les documents historiques que nous possédons ne suffisent pas pour nous faire juger complètement des rapports qui existaient entre le margrave, les propriétaires et les vassaux de l'empire *, ni pour nous donner une idée exacte du droit public à cette époque, cependant on doit reconnaître les traces d'un com-

s « Tcutoolce Daltmrnci, slavonicc Glomaci. » I/cxprcwion Dalemcnci est expliquée par quelques auleun par Thalmenschtn (habitant» de la vallée).

« Il ne faut point perdre de vue le caractère de simple fonctionnaire impérial attaché d'abord à la dîgoité de margraviat.

mencement d'éducation politique dans quelques institutions d'un esprit vraiment germanique. Ainsi, par exemple, nous voyons qu'il y avait, entre le margrave et les vassaux, des conférences déterminées au sujet du ban dans les guerres contre les ennemis limitrophes; d'où l'on peut inférer que les vassaux exerçaient un droit de suffrage, du moins en matière de devoirs militaires. Ce qui donne à ces assemblées un caractère intéressant, c'est que, lorsque le margraviat fut devenu une dignité héréditaire, elles se développèrent et devinrent le berceau des diètes où se réunirent les grands vassaux séculiers et ecclésiastiques.

Malheureusement, des collisions continuelles entre les Slaves et les Allemands entravèrent le progrès du développement moral et intellectuel dans le pays de Misnie. surtout lorsqu'à près la mort d'Othon le Grand (7 mai 973), des querelles éclatèrent entre Othon II et Henri, duc de Bavière, lorsque le premier entreprit son expédition contre les Arabes dans l'Italie méridionale, et à la suite du malheureux événement de Basentello, le 15 juillet 982. Au milieu des différends qui avaient surgi entre l'empereur Othon et Henri de Bavière, celui-ci ayant invoqué le secours des ducs de Bohême et de Pologne, une armée bohème, commandée par un comte Dédon, fils d'un seigneur, cité dans la chronique de Ditmar sous le nom de Tfieodericus e tribu Buzici^ envahit la Thuringe inférieure, saccagea la ville de Zeilz, et pénétra jusqu'à Galbe, sur la Saale. Othon H étant mort (983), Henri fit valoir de nouveau ses prétentions contre Othon III, alors âgé de trois ans,

et sut rallier à sa cause les Bohèmes, les Polonais et les Obot rites. Sous la conduite de Wagion, une armée bohème attaqua Meissen en 984. pendant que le margrave, Riddag, se trouvait à Mersebourg, et s'étant emparée de la personne d'un vassal de Riddag, Frédéric d'Eilenbourg, elle parvint à s'introduire dans la ville. L'année suivante, Riddag mourut, et ce ne fut qu'Eckard, son successeur et son parent, qui reconquit la capitale, occupée par Boleslas de Bohême.

Il serait impossible de rappeler avec précision tous les margraves de Misnie depuis la fondation de celle dignité jusqu'à Conrad de Wettin, sous lequel elle devint héréditaire, c'est-à-dire depuis 928 jusqu'en 4423. On ne trouve, cà et là, que les noms de ceux qui se distinguèrent dans les combats que l'empereur d'Allemagne livrait tantôt à ses grands vassaux, tantôt aux ducs de Bohême et de Pologne, toujours prêts à empiéter sur le territoire de l'Allemagne. C'est à ce titre que l'histoire parle de Riddag que nous venons de nommer : il était probablement parent de son vassal, Frédéric d'Eilenbourg et du comte Dédon que nous avons vu saccager Zeitz, et qui, selon Ditmar de Mersebourg, son contemporain, appartenait à la maison de Buzici, étant, comme Frédéric, fds de Thierri de Buzici. Or il est généralement reconnu que ce dernier est un des ancêtres de la maison de Wettin, et dans la chronique du Petersberg il est qualifié de vit' eyreqiœ libertatis, ce qui signifie un prince libre et franc de toute dépendance féodale.

A Riddag succéda, non l'un de ses fils, mais Ec-

kard I» (985) , qui, depuis trois ans déjà, possédait le margraviat de la Thuringe méridionale (Zeitz).

Ce fut lui qui, accompagnant en Italie l'empereur Otbon III, s'empara du château St.-Ange; qui, après la mort d'Othon, prétendit à la couronne impériale et succomba comme rebelle sous les (ils du comte Siegfried de Nordheim, le 20 avril 1002. Après sa mort, Boleslas de Bohême s'introduisit de nouveau dans le pays de Misnie qu'il dévasta; et ce fut le comte Gunzelin, frère d'Eckard I er selon quelques-uns, mais plus probablement demi-frère de Boleslas même, qui y exerça l'autorité suprême. Hermann, l'un des fils d'Eckard, avait pris la fuite, et pendant plusieurs années, la Misnie fut livrée aux attaques et aux ravages des Polonais. Enfin, en 1010, une assemblée des princes décida la déposition de Gunzelin et investit du margraviat Hermann, fils d'Eckard. Mais au mépris de tous les traités, les Polonais en 1013, incendièrent la ville de Meissen ; et l'on rapporte que les femmes, ayant épuisé l'eau, jetèrent de l'hydromel sur les flammes.

Hermann mourut en 1032, et son frère Eckard II lui succéda jusqu'en 1046, où commença une guerre contre le duc Breteslas de Bohême.

Mais de plus grands désastres encore étaient réservés au pays de Misnie et à la Saxe entière.

Le trône impérial échut à Henri IV en 1056, ce prince imprudent et malheureux, qui par son arrogance provoqua, comme on sait, la haine violente des Saxons, et fit naître enfin la fameuse révolution d'où sortit celle longue série de malheurs dont Henri, devenu

meilleur plus tard, mais non plus heureux, fut accablé jusqu'à sa fin. Dans le vote auquel tous les princes allemands avaient pris part, Eckbert II, margrave de Misnie , s'était déclaré contre Henri : aussi se vitil forcé de céder son titre à Wratislas de Bohême A la vérité, il se réconcilia bien avec Henri IV, en 1087; mais évidemment la politique ambitieuse du margrave restait indécise; car nous le voyons, peu de temps après, figurer dans les rangs des ennemis de Henri et briguer sans relâche la dignité du margraviat. II alla même jusqu'à prétendre au trône d'Allemagne. Un congrès de princes qui se réunit à Quedlinbourg le déclara enfin déchu du margraviat et de toutes ses dignités ; mais il n'en poursuivit pas moins ses querelles avec ses nombreux ennemis jusqu'en 1090, où il pérît, suivant toute apparence, de la main de ses propres gens.

Le congrès de Quedlinbourg avait désigné pour lui succéder le comte Henri d'Eilenbourg , margrave de lOstmark (marche orientale)' depuis l'an 1084, épo-

7 Henri IV, pour récompr nscr les bon* services de Wratislas , qui gouverna la Bohême depuis 1061 à 1093, lui conféra en 1086 le (lire de roi.

» Les conquêtes faites sur le territoire de* Slaves a l'est de la marche de la Thuringe septentrionale (capitale Mersebourg) , Instituée entre 803 et 837, nécessitèrent l'eiahllssemcnl de la marshë orientale proprement dite. L>xten«mn qu'elle prit successivement, eut pour résultat d'amoindrir l'influence de la marche de Thuringe, dont le nom disparaît dès 704, et dont les parcelles finirent par devenir des fiefs héréditaires de quelques dynasties prépondérantes. La dénomination d'Oififwr* comprenait d'abord le pays d'Anhalt actuel , des parties du cercle de Wilienberg jusque dans les environs de Lelpaig et de Btlcem, enfin le territoire qnl fut nommé dans la suite la Basse-Lnsace ; mais, environ dès 1180, elle ne fut pras appliquée qu'a cette dernière province.

que où il avait succédé à son père, Oédon de Wettin*. Il mourut en 4403, laissant sa veuve enceinte d'un fils, Henri, surnommé le Posthume.

L'empereur conféra le margraviat de Misnie au comte Thimon, frère de Dédon et oncle du feu margrave, qui s'était distingué dans les guerres de Henri IV; mais Thimon, solennellement investi de cette dignité dans son camp, fut tué bientôt après, devant une place qu'il assiégeait ; et ses fils, Dédon et Conrad, firent valoir leurs prétentions à la dignité de leur père. Néanmoins , cette dignité leur fut vivement disputée par Gertrude, mère de Henri le Posthume, qui conserva au nom de son fils , à qui elle était due par droit de naissance, les rênes du gouvernement jusqu'à sa mort, en 1H7. En dépit des prétentions légitimes de Henri le Posthume, les fils de Thimon persistèrent à porter le litre de margraves de Misnie. Ils élevèrent d'abord des doutes sur la grossesse de Gertrude; ensuite, celle-ci ayant été constatée, ils contestèrent à Henri sa légitimité, prétendant qu'il était le fils d'un cuisinier, substitué à une fille qu'aurait eue Gertrude.

En H23, nous retrouvons le jeune margrave Henri, faisant cause commune avec Bucco de Halberstadt, en querelle avec Lothaire , duc de Saxe, et bientôt après, avec Conrad de Wettin , usurpateur de son titre. Fait

» Dédon de Weltin, que nous désignons dans U généalogie de cette maison sou» le nom de Dédon II, parait dan* les documenta de l'époque investi du titre de margrave de Misnie, ce qui a fait conclure avec beaucoup de raison, qu'il administra 1rs Étals de Misnie pendant la minorité d'Eckheri II.

prisonnier et incarcéré au château de Kirchberg , près d'Iéna, en 11 23, celui-ci recouvra sa liberté la même année, grâce à la mort de Henri, empoisonné à la fleur de l'âge. Toutefois il ne reprit pas immédiatement possession du margraviat ; car l'empereur Henri V venait de le transmettre à Wiprecht, comte de Groitsch, qui déjà possédait la Lusace supérieure et inférieure. Secondé par Lothaire de Saxe ,0 , et Albert, comte de Ballenstadt 11 , surnommé Y Ours, Conrad attaqua Wiprecht et le beau-père de celui-ci, Wratislas de Bohême, conquit la marche de Misnie, et en fut investi par Lothaire, son allié, qui était parvenu à l'empire après la mort d'Henri V, en 1423. Son frère aîné , Dédon , était mort en revenant de la Palestine ; Wiprecht de Groitsch, son dernier rival , mourut en 4124 dans le couvent de Pégau où , fatigué d'une vie sans cesse agitée , il avait échangé l'épée et la couronne princière contre l'habit de moine.

Dès ce moment , le margraviat de Misnie devint l apanage héréditaire de la maison de Wettin. Sur la foi de certains documents nationaux , mais assez récents, quelques historiens font dater ces événements de l'an 1127; mais des autorités étrangères et contemporaines montrent que la date de 4123 est plus réelle.

L'origine de cette illustre maison de Wettin, qui va

10 Comte de Supplinbourg et de Querfurt, nommé duc de Saxe, après la mort de Maguus (1106), dernier duc de la maison de Billung.

11 Margrave de Brandebourg, le même qui, plus tard, fut investi du duché de Saxe, dont le fameux Henri le Superbe de Bavière avait été dépossédé par rempereur Conrad III.

'« Il Pavait fondé en 1090. (Henken, &r»pf. rer. gtrm., t. I, p. 102.)

XXtl

désormais posséder sans interruption le margraviat de Misnio, a provoqué de nombreuses recherches de la part des généalogistes, et des historiens saxons , dont quelques-uns se sont signalés par une profonde érudition et par une critique savante ". Les uns la rattachent à Wittikind, le célèbre duc des Saxons, qui, dès l'an 787, disparait du théâtre de l'histoire; les autres ne remontent qu'au duc Burchard de Thuringe (Bucco ttuzicio), qui périt en 908 en combattant contre les Hongrois. Néanmoins, tout ce que l'on peut affirmer avec certitude , c'est que la souche est Théodoric , ou Thierri. de la maison de Buzici , qui vivait vers 983. L'héritage de ce vir egregiœ liberlatig était situé dans le Schwabengau " et dans le pays de Mansfeld, dont les comtes, plus tard, entrèrent en relation de parenté avec les Wettin. Près de là se trouvait le Hosgau, composé de divers comtés, dont l'un appartenait à Bio, qui, scion toute apparence, était le frère de Thierri. Ce comté, situé entre la Wipper, la Saale, le Salzsee, dans le pays de Mansfeld, et le Mildenbach, échut, grâce à 1 evèque Gisiler de Magdchourg , à Dédon , fils de Thierri , le même qui reconquit le burgraviat de Zorbici (Zœrbig), ancien fief de ses ancêtres.

,s Consulter sur l'histoire des comtes de Wettin, l'ouvrage suivant : Christ. Ceilarii origines et sucecssloncs comltum Weltinensium, ad Serenissimos nuque Saxonis duces et electores, qui ab illis omnes orti sunt, ex antiquis monuments deducls et illustrai», liai. 1007. 4.

" On entendait par le Schwabengau (canton de» Suives ou Sooabes) un district situé sur la rive gauche de la Saale, entre la Bode et la Wipper, affluents de la Saale, au nord du comté de Mansfeld. Le nom rappelle ceux des Suéves, qui n'ayant point suivi le courant général, se sont Bxés dans le nord, et auxquels on a donné le nom dislinrtif de Soèves du Nord.

On ne sait pas positivement si le comte Ésicon, qui possédait l'autre partie du Hosgau , était un frère 4e Dédon ; nous pouvons l'affirmer avec plus d'assurance de Frédéric, dit d'Eilenbourg, du nom de sou château, à qui s'était soumis le Gau de Suisili. Celui-ci céda plus tard ( 1017 ) son comté à Thierri H , fils de Dédon.

Déjà en 1009, ce dernier avait hérité de son père, tué par Werner, margrave de la Saxe septentrionale, le comté du Hosgau , les biens situés dans le Mansfeld et le burgraviat de Zœrbig. Il avait épousé Mechtilde, fille d'Eckard 1 er , margrave de Misnie, et véritable héritière de ce margraviat. A sa mort (1034), Thierri II laissa six fils, nés de cette union : l'aîné, Dédon, margrave de TOstmark, administrait en même temps le margraviat de Misnie; il avait épousé en premières noces Oda, fille de Guillaume de Weimar, et en secondes noces, Adèle de Brabant. Le second fils, Frédéric, entré dans les ordres, devint évéque de Munster, ou selon quelques-uns, archevêque de Magdebourg. Géron était comte de Brène. Conrad et Riddag sont peu connus , et Thimon, comme nous l'avons vu , se trouvait en 1103 , revêtu du titre de margrave de Misnie. Dédon, l'aîné de ces six frères, déjà riche par lui-même, étendit encore son influence par des relations de famille et acquit enfin une puissance considérable. Le seul fils qui lui survécût fut Henri d'Eilenbourg , margrave de Misnie avant Thimon , son oncle paternel, mort en 1103, et dont le (ils, Henri le Posthume, mourut empoisonné en 1123-

Nous avons vu par quels événements Tliimon, le fils cadet de Thierri II, fut élevé au rang de margrave de Mis nie (H03), et comment son fils Conrad, par de nombreux combats, et après la mort de son rival, le jeune Henri d'Eilenbourg , ainsi que celle de son frère Dédon III, devint non-seulement margrave de Misnie, mais encore héritier des biens de Wcttin, et d'une partie des fiefs de l'empire, devenus vacants par la mort de Henri.

On ne voit pas, avant Thimon, figurer dans les annales de cette maison le nom du château rie Wettin (Wittin), situé sur la Saale u , et d'où le comté et la famille des Wettin prirent leur nom. Celle-ci, indubitablement, n'est point d'origine esclavonne, comme on l'a prétendu, mais d'origine germanique. Car ce n'est qu'après l'occupation du pays des Sorabes par les Germains qu'apparaît le nom du chef de cette dynastie; et si l'on remonte plus haut, il devient constant que la maison Buzici est issue, ou de Wiltikind le Saxon, ou de Burchard de Thuringe ; et la preuve irrécusable résulte de cette circonstance que les biens héréditaires de la famille étaient situés dans le Gau de la Souabe, motif pour lequel les margraves de Misnie figurent comme Souabes dans le Schuxibenspietjd ou le Miroir des Sombes n .

14 A quatre lieues de Halle, et à une égale distance de Eisleben, rctidencr de» anciens comtes de Mansfeld, alliés des Wettin. Dès 1155, l'on rencontre le e hiteau de Wettin qualifié de burgicunlvm.

'* Recueil de traités de droit . publié a la An du XIII- stede. à l'Instar du SarhseHtpttgel .

Le tableau Ji' 1 qui se trouve à la fin de ce volume, donne un aperçu facile à saisir, de la généalogie de la famille de Wettin, depuis Thierri de Buzici jusqu'à Conrad le Grand (4123). On verra que les noms même douteux depuis Thierri I er jusqu'à Wittikind, en ligne ascendante, y ont été indiqués.

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