‹ Histore de la maison de Saxe-Cobourg-GothaChapitre 20 sur 28 · Le 28 avril 1842, le prince Louis d'Orléans, comte d'Eu · texte numérisé non relu

Le 28 avril 1842, le prince Louis d'Orléans, comte d'Eu

2. Le 12 juillet 1844, le prince Ferdinand d'Orléans, duc d'Alençon.

IV. Le cadet des Cls de la famille Cobourg Kohary est Léopoldj né 31 janvier 1824, capitaine de cavalerie au service d'Autriche (régiment n° 1 des uhlans, comte Civalart). On sait que ce prince a été mis eu avant par quelques cours de l'Europe comme un des prétendants à la main de S. M. la reine Isabelle d'Es-

,)a8ne ' tun ^

Le 16 décembre 1790, la duchesse AuguêU donna à son époux le duc François, alors prince héréditaire de Saxe-Cobourg-Saalfeld , un septième enfant que l'on nomma Léopold '.

s L'emperew IA>pold fat son parrain.

Comme nous l'avons déjà fait remarquer dans la préface, les données biographiques qui suivent sur le roi des Belges, sont puisées a un article de la Bioçr*phù dei homme» du Jvur, par MM. Sar rot et Sl-Edme. Cet article n'est d* reste <iu'un e lirait de l'ouvrage étendu, intitulé : MisUdrttUléopolil, premier roi des BiUjm. Bruielles, 1835. Nous avons cru devoir être un peu large sur la vie du prince Léopold avant son avènement an trône de Bcl|;i<iiie, et sur les circonstances qui ont préparé son élection par le Congrès ; d*uo antre coté, cous nous

Déjà la grande Catherine choisissait la princesse Julienne-Henriette pour l'épouse du grand-duc Constantin 7 .

La princesse Auguste pouvait-elle prévoir que son autre fille, la princesse Marie- Louise- Victoire, épouse du duc de Kent, deviendrait mère de la jeune princesse Victoria, héritière du trône de la Grande-Bretagne? Pouvait-elle prévoir surtout que les avenues du trône d'Angleterre s'ouvriraient devant le jeune enfant auquel elle venait de donner le jour, qu'il refuserait le sceptre de la Grèce et qu'il serait appelé à fonder la dynastie des rois belges?

Dès ses plus jeunes années, Léopold montra un esprit bienveillant et facile, une intelligence grave et portée aux études fortes. Il aimait le travail, il cherchait à s'instruire, avec goût, avec le désir sérieux d'apprendre et de connaître.

A quinze ans, le duc possédait des connaissances variées et étendues ; il savait, outre le latin et le grec, les principales langues modernes, l'anglais, l'italien, le française! l'allemand.

Ses progrès dans les mathématiques avaient été rapides ; il connaissait l'histoire, et étudiait le droit public et les lois ; il cultivait aussi avec passion la botanique, la musique et le dessin. La musique a toujours eu pour lui des charmes d'autant plus vifs que, selon Texpres-

somme* abstenu de reproduire ce qui te Iroure dans rendrait cité sor 1c rôle |H>liti(|ue tin prinre en Bclfiique. Je n'ai fia nie de touchrr a îles ÏDd'réU acturh. et je laisse cette tache a ceux qui , dans ce moment, élaborent une histoire

sion de l'un des maîtres de Fart : « tï la comprend et la » mtt aussi bien qu'il la sent et qu'il l'aime. » Quant au dessin, Léopold eût pu, dit-on, briller d'un grand éclat par ce talent seul.

Il suivit très-sévèrement les éludes militaires. On vit bientôt en lui un des princes les plus instruits et les plus brillants de l'Europe. Napoléon , qui peut passer pour bon juge, en parlait avec les plus grands éloges

Au moment où le prince Léopold entrait dans sa seizième année, la révolution française était étouffée, la république n'existait plus. Napoléon régnait, non plus comme premier consul, mais comme empereur ; nt si la France, après s'être montrée impuissante ou inhabile à constituer sa liberté, pliait déjà sous la main de son dominateur, on peut juger des actes d'autorité absolue que les droits de la guerre permettaient à l'heureux vainqueur, dans les pays qu'il avait pu soumettre à sa puissance.

Empereur des Français en 1804, roi d'Italie en 1803, ayant placé deux de ses frères sur les trônes de Naples et de Hollande, Nftpoléon, par le traité du 12 juillet 1806, s'était déclaré encore le protecteur de la confédération du Rhin. Cette protection, on le sait, n'était autre chose qu'une suzeraineté absolue ; l'empereur Alexandre s'opposant à ce traité, la guerre fut rapidement déclarée. La Prusse s'unit à la Russie ; les Français passèrent le Rhin, le théâtre de la guerre s'établit bientôt dans la principauté même des ducs de Saxe-Cobourg.

» Voir le Mémorial de Sainte- Htièn*.

Le duc régnant François , alors gravement malade , s'était retiré dans le château de Saalfeld, n'ayant pour appui que Léopoid, son plus jeune fils ; car le prince Ernest, aux côtés du roi de Prusse, et le prince Ferdinand, dans les camps de l'empereur d'Autriche, étaient esclaves du devoir militaire, et ne pouvaient voler auprès de leur père.

On voit dans le deuxième bulletin de la grandearmée, publié par Napoléon, le 13 octobre 1806, que le maréchal Lannes entra à Gobourg le 8 octobre, et qu'il attaqua, le 10 à Saalfeld, lavant-garde commandée par le prince Louis de Prusse. La canonnade dura deux heures, soutenue par la moitié de la division du général Suchet; la citadelle fut prise d'assaut, et cette première bataille de la campagne d'Iéna fut le champ de mort du prince Louis de Prusse.

Le 7 juillet 1807. on signa la paixdeTilsit; la maison de Saxe-Cobourg fut réintégrée dans ses possessions *. Maison ne rendit pas aux habitants de ce pays dévasté les biens qu'on leur avait enlevés sans autres motifs, sans autre droit que ce droit horrible qu'on appelle droit de ia guerre.

L'année suivante, le prince Ernest, devenu souverain par la mort de son père, fit un voyage en Russie, pendant lequel le prince Léopoid administra le duché, et malgré sa jeunesse et les circonstances difficiles, il justifia la confiance de son frère.

Au mois d'octobre de cette même année 1808, le

» « Le duc de Saie-Cobourg sera remis dans la pleine cl paisible possession de > ses États. » Art. 1» du traité de paix. (Moniteur An 35 juillet 1807.)

prince Léopold se rendit lui-même en Russie, où l'allachaitle mariage de sa sœur ; il parut à Erfurt, à la suite d'Alexandre, à l'entrevue des deux empereurs. Il avait 4 7 ans, et, selon toutes les relations de l'époque, se fit autant remarquer par sa figure, I élégance de sa taille, que par le charme de sa voix et les grâces de son langage.

Le prince avait le grade de général dans l'armée russe. En 1809, Napoléon exigea que le prince Ferdinand&bmdonnât l'Autriche, et que le duc régnant Ernest se détachât aussi de cet empire. L'année d'après, il voulut que le duc Léopold quittât l'armée de Russie; celui-ci, que tout le monde engageait à céder, ne voulut lui-même prendre de parti qu'après avoir vu l'empereur des Français. Il se rendit à Paris. « A ce voyage, dit le prison- » nier de Sainte-Hélène Léopold était un des plus » beaux hommes de Paris ; brillant, plein d'élégance, il » avait dix-huit à dix-neuf ans. » Cependant il fut dit nettement au jeune prince que s'il refusait de quitter les armées russes, le duc régnant son frère serait de nouveau immédiatement dépossédé de ses États. Léopold ne sut pas répondre à une telle logique. Il immola sa position à son amour fraternel ; et l'empereur de Russie lui conservant son rang militaire pour le temps où viendrait le danger, le prince revint à Cobourg où il continua, dans la retraite, l'étude des sciences de la guerre et de l'art du dessin ".

w Voir le Mémorial.

' 1 Napoléon, au dire tic M . «le La» Cases, prétendait qu'à cette époque il ne voulut point du prince Léopold pour son aide-de-camp; nous ignorons ce que celte assertion a d« fondé, mais nom croyons savoir que le roi des Belges nie avoir

Plus tard , lorsqu'à la suite des désastres de l'armée impériale, le Nord se coalisa de nouveau contre la France, le prince Léopold reprit son grade de général : à vingt-deux ans, il combattit à Lutzen (2 mai 4815), commandant un corps de cavalerie russe. Le 20 du même mois, à la bataille de Bautzen, il fut chargé de soutenir la ligne sur divers points.

Le lendemain au soir, son corps de cavalerie eut ordre de couvrir la retraite des alliés; il le fit avec habileté, et rentra plus tard en Silésie.

Après L'armistice du 4- juin, le prince se rendit au congrès de Prague, où Ton parut vouloir poser les bases de la paix; il y soutint avec modération, mais avec àme, les droits de sa famille, et assista à l'entrevue d'Alexandre et de l'empereur d'Autriche.

Les hostilités recommençaient; Dresde était devenue en quelque sorte le quartier-général des armées du Nord. Le général Vandamme, chargé par Napoléon d'attaquer les derrières des alliés, engagés à quelques lieues de là dans les montagnes, se jeta avec vigueur sur un corps d'armée placé en avant du fort de Kœnigstein, à six lieues de Dresde. Ce corps, qui couvrait I arrière-garde des confédérés, était là aussi pour protéger les communications avec la Bohême. Le prince de Wurtemberg le commandait ; se voyant attaquer par un ennemi dont les forces étaient trois fois plus nombreuses que les siennes, il demanda en toute hâte un renfort de cavalerie pour maintenir son importante

jamais fait de» démarches a ce »t»j«.-l ; le Mémorial s'exprime du resle en leimrsvague». (Vote de Fauteur de la notice biographique.)

position. Ce fut le prince Léopold qui se détacha, avec ses cuirassiers, pour venir appuyer le prince de Wurtemberg. Le corps attaqué ne consistait qu'en détachements assez faibles d'infanterie; ils se formèrent aussitôt en deux ailes, s'appuyèrent sur deux villages ; la cavalarie occupa le centre. Le prince défendit pendant cinq heures, malgré son infériorité en nombre, la position dont il s'était fait le rempart, et quoique Vandamme eût cerné les deux ailes, il ne put renverser l'obstacle que lui opposa son jeune adversaire u .

La nuit vint sans que Vandamme eût pu avancer; et le prince de Wurtemberg avoua qu'il devait au courage et à la fermeté du duc Léopold la conservation de son corps d'armée.

Le lendemain, les Français prirent d'assaut Pirna, également à six lieues de Dresde. Us tentèrent ensuite de s'étendre dans les plaines que baigne l'Elbe. Mais le prince Léopold, à qui on avait donné le commandement des corps combinés, les repoussa jusque dans 1a ville; ils n'en sortirent plus que pour des escarmouches sans résultat, et le mauvais temps qui survint empêcha une action décisive. D'ailleurs c'était déjà de la part des alliés un système convenu d'éviter les grandes batailles.

On cite, dans cette guerre de montagnes et de défilés, plusieurs mouvements rapides, habilement conçus par le jeune prince, et heureusement exécutés, pour couvrir la retraite des alliés. Pris dans un défilé avec sa cavalerie, il en sortit on forçant le passage, et sauva un

,J Voir lc< /tel. et Conq H Aixrr* Mémoire* du tempv

grand nombre de blessés russes. La position de Péterswalde était importante pour achever de protéger la marche des armées du Nord, dont le quartier-général s'était porté à Altenberg, près de Kœnigstein. L'infanterie russe et allemande défendait Péterswalde ; le 29 août au matin, elle fut brusquement attaquée par un fort détachement de cavalerie française, qui passa à travers et marcha en avant. Mais les cuirassiers du prince Léopold lui furent opposés et le rejetèrent dans le défilé, où il le contint tout le temps qu'il fallut pour couvrir les colonnes alliées que les Français voulaient entamer dans leur marche.

Napoléon ayant envoyé à l'appui de sa cavalerie une division forte et solide, les cuirassiers furent obligés alors de reculer en échelons et de supporter une ;< fia ire si chaude, que dans un des bulletins de la grandearmée, publiés alors par Napoléon, on apprit à Paris que le prince de Saxe-Cobourg avait été fait prisonnier avec les débris de son régiment. Mais il n'en était rien. Ce prince s'était frayé une route à travers l'ennemi , et il avait rejoint l'armée des alliés qui, sans lui, eût probablement été coupée et mise en désordre.

On le chargea de protéger encore une dernière position, près du village de Prézen; les Français l'attaquaient avec une artillerie formidable, soutenue par un nombreux corps de cavalerie. Léopold reçut bravement le choc, ne s'en ébranla pas, et repoussa même la colonne française. Cependant il n'eût pu tenir longtemps, si un renfort de cavalerie et d'infanterie n'était venu à son aide ; il garda cette position jusqu'à la nuit.

Le lendemain 30, il y eut une bataille. Le général Vandamme ayant traversé la gorge de la grande chaîne des montagnes de Bohême, fut attaqué à Kulm, et fait prisonnier avec six mille Français et toute son artillerie. Ce fut dans cette campagne difficile, qui produisit de grands résultats et qui amena la prise de Vandamme et des généraux Haxo et Guyet avec leurs corps d'armée, que le prince Léopold gagna, au milieu de ses compagnons d'armes, les insignes des ordres, militaires de Saint-Georges et de lUarie-Tlœrèse

D'autres champs de bataille lui amenèrent de nouveaux honneurs.

Le 46 octobre suivant vit, en quelque sorte, commencer la longue bataille de Leipzig. Le centre de l'armée alliée, placé entre les villages de Magdeborn et de Cossa, fut attaqué si vaillamment par la cavalerie française, que Schwarzenberg dut le renforcer. Le prince Léopold reçut l'ordre de se porter sur ce point ; il ramena la cavalerie française, qu'il prit en flanc, et entama deux bataillons qui l'appuyaient ". Chargé de couvrir les batteries russes que les Français canonisaient par un feu vigoureux et soutenu, le prince perdit là beaucoup de monde : il y resta pourtant tout le jour, et s'y maintint le lendemain.

Les deux jours suivants, car cette sanglante bataille dura quatre journées pleines, il prit part, à la tête de ses cavaliers, aux attaques les plus chaudes, et fil parlie ensuite de lavant-garde qui se rendit à Erfurl.

'•" Il reçu! |>lu» tard les insignes des ordres de l'Aigle Noir et de Sairjl-Andr* » Voir les Hctoiixs et Conquête», I. ». page I».

Le prince Léopold alla retrouver alors les souverains, réunis pour la plupart à Francfort. Le 30 janvier 4814, il fut envoyé pour renforcer Blûcher, et il entra en France, où la guerre pénétrait.

Le i er février, le prince joignit la grande armée coalisée au bivouac de Bar-sur-Aube ; il prit part à la bataille de Brienne.

Le 2, il marcha sur Bar-sur-Scinc ; puis il arriva à Troyes, que les alliés occupèrent dix-sept jours. Mais en butte à de continuelles escarmouches de la part des braves paysans de la Champagne, les armées confédérées battirent un instant en retraite devant Napoléon, qui avait reçu des renforts, et qui reprit Troyes, Reims, Châlons et d'autres villes. Bientôt Napoléon fut obligé de se replier de la Marne sur l'Aube.

Le prince Léopold, placé en tête des corps qui marchaient en avant contre les Français, passa les huit jours qui s'écoulèrent du 12 au 20 mars, s'attendant à chaque instant à se voir attaqué. L'armée alliée cependant effectua sa jonction à Arcis-sur-Aube. Là, les Français l'assaillirent avec la. plus ardente impétuosité. Les alliés se battirent déployant une grande vigueur : le prince Léopold, dans cette journée, avait un commandement à l'aile droite. L'affaire fut si chaude, que la ville d'Arcis, où Napoléon s'était retranché, fut abîmée : de sept cents maisons qui composaient cette jolie cité, il n'en resta, dit-on, debout que quinze tt .

"•Ali nuit tombante, dit l'auteur de» Fieloirta et Conquêtes, le feu exerçait - encore tellement ses ravage» de part et d'autre, >\ne Torcy et Arci» étaient de- » venus la |>roie de» flammes. »

Le lendemain, 21 mars, le prince Léopold fut envoyé avec sa cavalerie et quelques pièces de canon pour proléger la communication des troupes qui avaient combattu avec le corps d'armée du prince de Wurtemberg. Il parvint à les maintenir pendant que les Français se retiraient sur Vitry.

Après trois jours, où les deux armées se harcelèrent sans relâche, les alliés prirent, le 2i murs, la route de Paris. L'avant-garde attaqua, le 25, le duc de Raguse à Fère-Champenoise. Le prince Léopold, qui faisait partie de celte avanUgarde, chargea avec sa cavalerie le flanc droit du général français, l'entama, lui prit cinq pièces de canon, et le repoussa de sa position. Au même instant il fut rappelé pour marcher contre le général Pacthod, qui, après une belle défense, fut fait prisonnier dans cette même sanglante bataille de Fère-Champenoise

Le 34 mars, le prince Léopold entra dans Paris avec

sa cavalerie.

La paix était rendue à l'Europe, les grandes maisons princières durent songer à reconstituer leur avenir ; tous les jeunes princes de l'Europe tournèrent leurs regards vers la princesse Charlotte, tille du prince de Galles, héritière du trône de la Grande-Bretagne. Une beauté noble et rare, un esprit cultivé, une âme élevée, eussent fait de la princesse Charlotte l'orgueil d'un prince, quand même elle n'eût pas eu l'un des plus beaux

Voir po«r ta» détail! de celte journée, tas f'ietoim et Comfut*M r i tS. P»B 370 et suivante*.

trônes du monde à offrir. C'eût été, disent tous les biographes cl tous les mémorialistes, une femme accomplie, même dans une condition ordinaire. Aussi, tous ces jeunes prétendante recherchèrent-ils avec empressement la main de la jeune princesse. Parmi eux on remarquait le prince Paul de Wurtemberg, et surtout le fils du nouveau roi des Pays-Bas (le roi actuel), qu'un parti puissant voulait approcher du trône d'Angleterre. Mats Charlotte avait déclaré qu'elle ne se déciderait que d'après les sentiments de son cœur ; et parmi tant de rivaux elle avait distingué le prince Léopold.

H reconnut bientôt qu'il avait fixé le choix de l'héritière d'Angleterre, et ne quitta Londres qu'un mois après les souverains alliés. Il se rendit à Vienne pour les iutéréls de sa famille, et y soutint avec fermeté les droits de son frère régnant. U fit valoir les services rendus à la cause générale par ses frères et par lui, et obtint pour sa famille une augmentation de territoire.

Les débats du congrès de Vienne, que le prince Léopold fut obligé de suivre, duraient encore lorsqu'eut lieu la bataille de Waterloo, qui termina si brusquement les Cent-Jours du second règne de Napoléon. Le jeune prince ne rejoignit l'armée du Rhin que pour rentrer, le 8 juillet, à Paris ; il alla passer une partie de l'hiver suivant à Berlin. C'est dans cette ville qu'il reçut du prince régnant d'Angleterre un message solennel, par lequel la main de la princesse Charlotte lui était accordée. U se hâta de se rendre à Londres.

Fille du prince de Galles, depuis Georges IV, et de

Charlotte-Amélie de Brunswick-Wolfenbùtlel, la princesse Charlotte, née le 7 janvier 1796, entrait dans sa dix-neuvième année. Les tristes dissensions qui avaient germé bientôt entre sa mère et le prince à qui elle devait le jour, avaient aussi affligé ses premières années. Elle ne pouvait voir qu'à certains jours, à des heures données, et surveillée strictement, sa mère qu elle idolâtrait. Elle grandit pour ainsi dire isolée, témoin des vives douleurs de la princesse de Galles, que l'amour de la nation anglaise ne pouvait dédommager des froideurs de son époux.

Lorsque la princesse Charlotte avait été en âge d apprécier les discordes de la famille, elle avait pris hautement le parti de sa mère ; elle avait déclaré avec une fermeté surprenante que rien ne la détacherait jamais délie; que ses torts mêmes, en les supposant réels, s effaceraient devant sa tendresse, et qu'elle aimerait mieux renoncer à la cour qu'au bonheur de consoler dans son abandon celle qui lui avait donné la vie.

La princesse de. Galles, craignant que sa présence ne s'opposât au bonheur de sa Pille, s'éloigna de l'Angleterre ; la princesse Charlotte était demeurée sans appui, lorsque, pour dédommagement de toutes ses peines, on lui donna l'époux qu'elle avait choisi. Tout s'aplanit devant cet hyménéc, qui fut célébré à Carlton-House, le 2 mai 1816.

L'Angleterre, auparavant, avait conféré au prince Léopold le droit de citoyen- Un acte du parlement l'avait assimilé, sous le rapport des honneurs, à la famille royale. Une pension de 50,000 livres sterling

(i ,230,000 fr.) lui avait été assignée avec le grade de général, et le droit de prendre rang immédiatement après la famille royale. Le conseil communal l avait reçu aussi bourgeois de Londres

La résidence de ville des deux époux fut Camelford- Hou8e, et leur maison de campagne, Claremont, que la Couronne leur avait acheté.

La princesse et son époux, ayant tous deux les goûts simples, continuèrent à n'avoir avec la cour que des relations d'étiquette et de convenance. Ils vécurent dans la retraite de Claremont, exerçant, du fond de celle solitude, une bienfaisance active, et se faisant bénir par les malheureux, qui les comparaient avec amour à d'autres princes, remarquables seulement par leurs folies dépenses et leurs longues débauches.

La grossesse de la princesse ayant été déclarée, fut accueillie avec enthousiasme. En approchant de son terme, sa brillante santé paraissait se fortifier de plus en plus. Tout promettait un bel avenir. Ce fut donc avec un mélange d'étonnement et de douleur, que le (i novembre 4817 on apprit qu après un travail de quarante heures elle avait donné le jour à un enfant parfaitement conformé, mais que cet enfant était mort. Cinq heures plus tard, le même jour, on apprit que la jeune mère, épuisée, avait suivi son enfant dans le tombeau.

» On lil dans uu ouvrage (Galerie historique des Contemporains) publié à Bruxelles en 1818, que la ville de Londres lui offrit, le 13 Juillet 1810, ainsi qu'au due de Glocester, une tabatière faite d'un morceau de ebeue tiré du vaisseau the Fhtory, qui portait le pavillon de l'amiral Nelson a la bataille de I rafahjar.

Personne de sa famille ne lui avait fermé les yeux. Son époux seul avait reçu son dernier soupir . .

Après un long temps donné ù la douleur, le prince, décidé à ne' plus quitter Claremont, résolut d'achever dans la solitude les travaux commencés par son épouse, et de poursuivre la carrière de bienfaisance qu'il avait jusque-là partagée avec elle. Un petit temple, commencé par la princesse dans les beaux jardins où elle avait goûté ces joies domestiques si rarement accordées aux princes, fut terminé par Léopold et converti en mausolée. Il reçut, sous sa voûte, le buste de Charlotte.

La sympathie du peuple anglais s'efforça de consoler la douleur du prince. Le Régent l'admit dans sa famille avec le titre de prince royal, lui permit de porter les armes de la Grande-Bretagne, lui conféra le grade de feld-maréchal et les honneurs du Conseil-Privé.

En 1827, au mois de janvier, la France, l'Angleterre et la Russie parurent s'unir pour protéger la Grèce, et un traité fut signé à Londres le 6 juillet 1827, traité par lequel les trois puissances ne s'engageaient à servir la Grèce que par leur médiation, c'est-à-dire à raisonner m<ec le sultan.

Dans le premier projet, la Grèce devait former un Etat à part, soumis à la suzeraineté du Grand-Turc, comme la Pologne était soumise à la suzeraineté du Izar.

**« La douleur publique fullelle qu'en l roi» jours toute l'Aucleterr* fui en deuil , mille rameurs »ini»lr«. mille hruils s* rrpandinul; on eût dit que la destinée de rAiiglctrrtc riait a(larh<> a la destinée < l'un»' jeun*- feiouir de 24 ans... Le peuple perla (tendant trois mois i- deuil honorable pour lui et pour celle qu'il pleurait * (Biogr. des Cont.. par Jaj. Jouj. Arnault et Soi vins.)

Pendant ce temps-là, les Hellènes armés se rédigeaient une constitution à IN au plie. L'espérance avait reparu dans la patrie désolée de Léonidas, au bruit de cet appui sur lequel on comptait. La journée de Navarin, au mois d'octobre de la même année, exalta ces espérances. Mais elles furent sans résultat , et en avril 1828, les journaux anglais et français publièrent que la France, l'Angleterre et la Russie se regardaient comme dégagées envers la Grèce, le traité n'ayant pu se terminer.

Trois mois après néanmoins , on parla en France d'une expédition en Morée. Elle eut lieu l'automne suivant. Avec très-peu d'aide, après de si longs efforts, la Grèce enfin respira sur ses ruines.

A la fin de janvier 1829, à la suite de huit années de guerres affreuses, on vit le commerce oser se remontrer dans le Péloponèse, les villes se repeupler, quoique timidement encore, et relever quelques-unes de leurs murailles.

En novembre suivant, des conférences recommencèrent à Londres. II s'agit alors de faire de la Grèce un État indépendant, mais non plus tributaire.

A la même époque, le prince Léopold était à Paris ; déjà il y était venu au mois de juin 1826, en allant voir sa mère. Il y avait reçu du duc d'Orléans , aujourd'hui Louis-Philippe, l'accueil le plus flatteur. Peut-être son séjour dans la capitale de la France n'avait-il aucun but politique. Quoi qu'il en soit, on répandit dès lors le bruit que les puissances qui protégeaient la Grèce voulaient former de ce pays un royaume, lui donner un

roi, et que Léopold était le prince sur qui elles avaient jeté les yeux. On ajoutait qu'il était venu à Paris pour cette affaire. Sa conduite tendit constamment à détruire ces idées. Nous croyons être en mesure de dire qu'on lui avait fait des ouvertures à ce sujet ; mais que dans une circonstance si importante, il n'avait pas voulu prendre légèrement une résolution. Ce qui n'empêcha pas les journaux anglais du mois de décembre d'annoncer que comme la France, l'Angleterre et la Russie voulaient Léopold, on pouvait le considérer comme roi de la Grèce.

Le prince gardait, lui, le silence sur ses intentions, craignant sans doute de se prononcer avec légèreté. Ceux qui l'entouraient remarquaient pourtant qu'il s'était procuré les livres les plus exacts qui traitaient de la Grèce ; ils le voyaient étudier avec assiduité le pays dont on lui offrait le gouvernement. Le bruit se répandit, le 28 janvier, que les ministres des trois puissances allaient très-sérieusement offrir le trône à ce prince, et qu'il était disposé à l'accepter.

Effectivement, la pièce suivante fut portée à Garemont le 4 février. C'était une note collective, adressée par les plénipotentiaires de la France, de la Grande- Bretagne et de la Russie à S. A. R. le prince Léopold de Saxe-Cobourg.

Londres 3 février 1830.

Les soussignés, plénipotentiaires des trois cours signataires du traite du 0 juillet 1827, ont reçu de leurs gouvernements respectifs l'ordre de faire à -S. A. II. le prince Léopold de Saxe-Cobourg la communication suivante:

. Les puissances alliées désirant donner de nouveaux gages «le stabilité à

l'œuvre de paix dont elles s'occupent, cl prenant en considération les déclaralions émises par la Porte- Ottomane , sont convenues entre elles des bases de l'organisation définitive que recevrait In Grèce. Elles ont résolu de faire au prince Lcopold de Saxc-Cobourg l'offre de la souveraineté héréditaire de cette contrée, avec le titre de prince souverain de la Grèce.

• Les soussignés, en instruisant le prince Lcopold de cette détermination de leurs cours, ont l'honneur de lui communiquer confidentiellement les protocoles n»l,S, 3, en date du 5 février 1830, dans lesquels sont consignées les intentions des hautes puissances, tant en ce qui concerne S. A. R., qu'en ce qui regarde l'organisation de la Grèce; ils se flattent que S. A. R. donnera son adhésion aux dispositions arrêtées dans ces actes, et qu'elle acceptera le témoignage d'estime et de confiance que l'alliance délire lui conférer.

« Les soussignés se félicitent beaucoup d'être les interprètes de leurs augustes souverains, et ils en profitent pour avoir l'honneur d'offrir au prince Lcopold l'hommage de leur profond respect.

» Montmorency-Laval , » Abkudeen, » Libyen. •

Les trois protocoles dont il est question dans cette note, établissaient, le premier, que la Grèce formera désormais un État indépendant, et jouira de tous les droits politiques, administratif* et commerciaux attachés à une indépendance complète; que le gouvernement de la Grèce sera monarchique et héréditaire par ordre de primogéniture; qu'il sera confié à un prince qui ne pourra être choisi parmi ceux des familles régnantes dans les États signataires du traité du 6 juillet 4827, et portera le titre de prince souverain de la Grèce. D'au 1res dispositions limitaient le nouvel État dune manière assez peu favorable.

Les protocoles 2 et 5 étaient relatifs au choix que les

puissances avaient fait de Lëopold. On y lisait ces mots : Les plénipotentiaires des trois cours ont pris en considération que, parmi les personnes qui se recommandent le plus particulièrement au choix de l alliance par leurs qualités personnelles et leur existence sociale, le prince Lèopold de Saxe-Cobourg offre à la Grèce et à l'Europe entière toutes les garanties possibles; que d'après les informations recueillies jusqu'à ce jour, il y a lieu de penser que les Grecs le recevront pour souverain avec reconnaissance.

Le prince Léopold, après une démarche si sérieuse, conféra avec les plénipotentiaires et les ministres qui dirigeaient les affaires d'alors. Dans un entretien qu'il eut, le 9 février, avec lord Wellington, il déclara qu'il ne consentirait à devenir souverain de la Grèce que si on laissait aux Grecs le droit de s'opposer à sa nomination; qu'il réclamerait sur son élection leurs libres suffrages; de plus, qu'il ne croyait à la stabilité du nouvel État grec que sur des limites plus solides, et qu'il ferait de cette nécessité une des conditions de son acceptation.

D'après les espérances qu'on lui donna, il accepta, toutefois, mais avec des réserves, le trône de la Grèce, dans un acte adressé aux plénipotentiaires, en réponse à leur note collective. Nous ne pouvons nous dispenser de rapporter cette pièce importante.

* Clarcroonl, il février 1830.

« Le soussigné a reçu, le 4 février, la lettre que les plénipotentiaires des trois cours signataires du traité du 6 juillet 1827, lui ont fait l'honneur de

lui écrire, et par laquelle Us lui offrent, au nom des hautes puissances alliées, la souveraineté héréditaire de la Grèce.

• Le soussigné sent profondément tout ce qu'a de flatteur pour lui l'honneur que les augustes souverains ont daigné lui faire, en le choisissant pour mettre a exécution leur» généreuses intentions à l'égard du nouvel État grec. Il accepte la carrière utile et honorable que lui ouvrent les hautes puis-

• Cependant, il croirait mal répondre à la confiance qu'elles daignent placer en lui, si en donnant son adhésion aux protocoles n°* 1 , 2 cl 3, en date du 5 février 1850, il ne leur soumettait les observations suivantes :

► 4» Que les hautes puissances signataires du traité du 0 juillet veuillent accorder nu nouvel État grec une garantie complète, ainsi que la promesse d'un secours en cas d'agression étrangère.

■ 3° Que les habitants grecs des tics de Candie et de Samos, qui vont être rendues] à la Porte, aient leur position civile et religieuse tellement améliorée par l'intercession des hautes puissances ainsi que par une ample application du traité du 0 juillet, qu'ils puissent se trouver à l'abri de toutes vexations, cl protégés contre tous les actes qui pourraient amener une effusion de sang. Sur ce sujet, qui est parement dans l'intérêt de l'humanité, le soussigné se réserve encore de plus grandes communications avec les plénipotentiaires des augustes souverains.

• 3» Qu'il plaise aux hautes puissances que la nouvelle frontière a l'ouest soit fixée de manière à continuer de remonter la rive gauche du fleuve Aspropotomos jusqu'aux limites marquées au nord, comme celle du canton de Ylochol, en suivant de (à vers l'est la limite naturelle formée par les montagnes qui joignent le Monl-Oetn, frontière indispensable pour la sécurité de cette partie importante du nouvel État.

• 4" Que loi hantes puissance* daignent assurer au nouvel État grec , jusqu'à ee que ses propres ressources aient repris leur vigueur, des secours pécuniaires proportionnés à ses besoins, puisqu'il est notoire que le gouvernement provisoire n'a pu exister jusqu'à présent qu'au moyen des subsides qui lui ont été fournis par la générosité des hautes puissances.

• S* Que lesdites puissances veuillent bien accorder un secours de troupes au nouveau souverain de la Grèce, jusqu'à ce qu'il ait pu organiser celles qui lui seront nécessaires.

» 6° Qu'elles daignent convenir avec lui du nombre de ces troupes, ainsi que du temps qu'elles pourront rosier à sa disposition, et lui donner quel- SX

que latitude s'il se croyait dans la ncecssilc de les garder au delà du temps

Pué.

» Le .soussigné saisit ectto occasion pour offrir l'expression de ses sentiments les plus distingués aux plétiifwtcnJiairrs des hautes puissances.

? Léoroi n. -

Neuf jours après cette lettre, dans une conférence entre les ministres plénipotentiaires des trois grandes puissances, il fut déclaré qu'on accédait à quelques-unes des demandes de Léopold, mais qu'on ne pouvait protéger que par intervention les Grecs de Candie et de Samos; qu'on ne pouvait revenir sur les limites du nouvel État, tout en reconnaissant que ces limites étaient vicieuses, et qu'on eût bien fait, avant de les admettre, de consulter le prince. On promit un emprunt ; on ajouta qu'on laisserait en Grèce le peu de troupes françaises qui s'y trouvaient (moins de deux milleliommes). Ces conditions ne satisfirent pas le prince, et cependant, quoique son acceptation ne fût que conditionnelle, on se hâta de le proclamer souverain de la Grèce, et de notifier officiellement sa nomination à la Porte et au gouvernement provisoire des Grecs. On lui déclara, en outre, que son pouvoir serait plein et sans entraves, libre de tout engagement, et qu'il pourrait établir a son gré la constitution de la Grèce. Ainsi, les puissances, en publiant l'acceptation de Léopold, sans faire connaître ses réserves, avaient en quelque sorte cherché à en finir avec cette question embarrassante pour l'Europe.

Mais Léopold jugea qu'il se devait au moins à luimême de publier qu'il désirai», avant de se prononcer

définitivement, savoir s'il réunissait les vœux de la majorité des Hellènes ; et des agents envoyés par lui partirent dans ce but pour la Grèce. Bientôt, d'après les renseignements qui lui furent transmis, le prince ne put s'empêcher de manifester son mécontentement sur les mesures prises par les grandes puissances; il sut qu'il y avait en Grèce des factions dont l'une voulait la république ; l'autre-, agitée par Capo d'Istrias, président du gouvernement provisoire, était contraire au nouveau roi sans le connaîtra

C'était donc un trône environné de tempêtes qu'on lui offrait, et on ne lui donnait aucun moyen de les calmer.

La Grèce avait fait, en i823 et 182i, deux emprunts peu considérables, mais elle était pour le moment sans ressources pour les rembourser. Le nouveau roi, frémissant à la pensée d'une banqueroute nationale, demanda encore que les hautes puissances alliées garantissent ces deux emprunts. Dès le commencement de mai, les souverains alliés lui accordèrent tous les arrangements financiers qu'il exigea, quoiqu'ils excédassent de beaucoup ce qu'on avait imaginé ; mais on ne le satisfit point sur les limites : il craignit d'occuper un trône pour lequel la nation grecque ne se prononçait pas d une manière assez unanime. D'un autre côté, la duchesse «le Kent, mère de la princesse Victoria et sœur de Léopold, implorant sans relâche le tendre attachement que le prince avait pour elle, voyait avec chagrin ce départ, et suppliait son frère de ne pas quitter l'Angleterre.

Le 21 mai 1850, le prince refusa le trône, laissant la

lice à un concurrent moins scrupuleux que lui, le prince Paul de Wurtemberg, qui bientôt fut supplanté lui-même par un enfant, Othon de Bavière, aujourd'hui roi des Grecs.

Léopold abdiqua, pour nous servir de l'expression qui fut employée alors, car on l'avait reconnu comme souverain. 11 motiva surtout son abdication sur une déclaration du sénat et du peuple grec, qui, transmise par le gouvernement provisoire, annonçait que la nation grecque ne consentait pas aux dispositions prises par les puissances. Voici l'acte du prince, adressé aux plénipotentiaires des trois cours alliées :

- Londres, 21 mai 1830.

» Le soussigné, après l'examen le plus approfondi, ne peut changer l'opinion qu'il a communiquée aux plénipotentiaires dos cours alliées. Il ne peut admettre que la réponse du président de la Grèce renferme une adhésion pleine et entière aux protocoles. Le soussigné pense qu'elle annonce à peine une soumission forcée à la volonté des puissances; celte soumission forcée est même accompagnée de réserves de la plus haute importance.

» Le caractère et les sentiments du soussigné ne lui permettent ni de se soumettre à être ainsi imposé à un peuple mécontent, ni de se trouver rattaché dans l'esprit de cette nation à une diminution de territoire, à l'abandon de ses forces militaires , et à l'évacuation de la pur! des Grecs de leurs terres et maisons, d'où les Turcs ne les avaient expulses jusqu'à ce moment que par une incursion temporaire.

• Le soussigné redoutait toujours ce résultat. Dans sa communication , adressée au premier lord de la trésorerie, le 9 février, il avait déclaré ne pouvoir gouverner les Grecs, conformément à un traité qui pouvait avoir pour résultat l'effusion du sang et le massacre de leurs frères ; il avait élevé des objections contre les nouvelles frontières, à cause de leur faiblesse sous le point de vue militaire, et réclamé formellement, pour les Grecs, le droit de s'opposer à sa nomination.

* Le soussigné doit faire observer ici qu'à aucune époque on n'a fait des

démarchas pour la rédaction «f un traité dont il n'a regardé le protocole n» 1 du 3 février, que comme les bases sur l'importance desquelles il a appelé l'attention du duc de Wellington dans la même note ». Si ce traité a été relardé, il ne l'a pas été par la faute du soussigné; il n'a jamais caché aux plénipotentiaires que, quelque disposé qu'il fût à faire de grands sacrifices personnels à la Grèce, on n'avait pas le droit d'exiger qu'il allât dans • ce pays sans obtenir, pour lui et les Grecs, cette sécurité que l'on ne peut trouver que dans les disposions d'un traité solennel. Daus un mémorandum du 8 mai, il s'est ci primé en termes aussi positifs : il a annoncé qu'il faudrait conquérir les provinces cédées par les Grecs pour les livrer aux Turcs, et que le nouveau souverain ne pouvait commencer son règne par des mesures de police, pour faire abandonner aux Grecs leurs propres foyers.

• Si le sénat grec n'eût manifesté aucune opinion, ou du moins s'il l'eût manifestée en termes qui permissent d'avoir l'espoir raisonnable qu'il adhérerait plus lard à ces mesures, le soussigné eût pu, bien qu'involontairement, se soumettre à devenir l'instrument de l'exécution des décisions ries puissances alliées; et il se serait efforcé d'en adoucir la rigueur et d'eu prévenir la tendance; mais le langage du sénat est aussi franc que ses sentiments sont naturels.

• Le soussigné se trouve ainsi par sa nomination, dans la pénible position d'être rattaché, parle même acte, à des mesures coéreitives. 11 faudra donc que son premier acte comme souverain soit, ou de forcer ses propres sujets, par le secours des armes étrangères, à se soumettre à la cession de leurs biens et propriétés à leurs ennemis, ou de se réunir à eux pour repousser ou éluder l'exécution d'une partie de ce même traité qui le met sur le trône de la Grèec.

• 11 est certain qu'il sera placé dans l'une ou l'autre alternative, parce que le pays situé entre les deux lignes, i'Acarnanie et une partie de l'Etoile, qui doit être abandonne aux Turcs, est, ainsi que les forteresses, dans la paisible possession des Grecs ; c'est In pays d'où la Grèce peut, avec le plu-* d'avantages, se pourvoir de bois pour la construction des navires, c'est le pays qui a fourni les meilleurs soldats pendant la guerre. Les principaux chefs militaires grecs appartiennent à des familles de I'Acarnanie ou de l'Étolic. Après l'arrivée en Grèce du protocole du 22 mars I82H, et la publication de l'adhésion des Turcs à l'extension îles frontières lixces par le

« Du i> février.

traité d'Andrinople, toutes les familles qui avaient survécu a la guerre reparurent et commencèrent à reconstruire leurs maisons et leurs villes, à cultiver leurs rJtntnps. Os peuples ne se soumettront jamais de nouveau au joug turc, sans résistance, et les autres Grecs ne veulent ni ne peuvent les abandonner a leur sort.

• Dans ces circonstances, le devoir du soussigné envers la Grèce est tout tracé. Dans toutes les transactions, il u'a vu que les intérêts du pays; il a * constamment protesté, dans ses communications écrites et ses entrevues personnelles avec les ministres d'Angleterre et les plénipotentiaires des cours alliées, contre le projot d'entraîner les Grecs par la force dans un arrangement quelconque, qu'ils regarderaient comme contraire à leurs vœux, et destructif de ces droits sur lesquels, comme l'observe justement le président **, leurs grands sacrifices leur permettent d'insister.

• Lorsque le soussigné prévoyait qu'il deviendrait souverain de la Grèce, c'était dans l'espoir d'être reconnu Mûrement et unanimement par la nation grecque, et d'être accueilli par elle comme l'ami qui récompenserait sa longue et héroïque lutte par la sûreté de son territoire et l'établissement de son indépendance sur des bases permanentes et honorables.

» C'est avec le plus profond regret que le soussigné voit ces espérances déçues, et qu'il est forcé de déclarer que les arrangements an-clés par les puissances alliées et l'opposition des Grecs, lui étant le pouvoir de parvenir à ce but sacré et glorieux, lui imposeraient un devoir d'une nature bien différente, celui de délégué des cours alliées pour tenir les Grecs dans la sujétion par la force des armes. Une telle mission serait aussi contraire à ses sentiments et injuriousc à son caractère, qu'elle est directement opposée au but du traité du G juillet, par lequel les trois puissances se sont réunies afin d'obtenir la pacification de l'Orient. En conséquence, le soussigné remet formellement entre les mains des plénipotentiaires un dépôt dout les circonstances uc lui permettent plus de se charger avec honneur pour luimême, et avantage pour les Grecs ou les intérêts généraux de l'Europe.

» Léopotn. >

Passons à'tles événements plus récents et non moins importants.

w Capo iflstrias.

Vers le milieu de 4828, une opposition menaçante s organisa en Belgique. Les catholiques et les libéraux formèrent contre le gouvernement une sorte de ligue qu'on appela l'Union, dans laquelle ils se reconnurent réciproquement la liberté d'opinion et la liberté de conscience.

La fin de 1828, l'année 1829 et le commencement de 1830, se passèrent en pétitionnements. On sollicitait avec constance, mais en vain, le redressement des griefs, lorsqu'au mois de juillet 4830 éclata en France la révolution qui, en trois jours, renversa le trône de Charles X. Les Belges mirent à profit le trouble que cet événemeut jeta dans toute l'Europe. Des le 25 août, une émeute, dans laquelle le sang coula, amena l'évacuation de Bruxelles par les troupes du gouvernement.

Quatre journées de combats soutenus dans Bruxelles, les 23, 24, 25 et 26 septembre, contre dix mille hommes de troupes sous les ordres du prince Frédéric; les victoires de Wahlem et de Berchem, la prise d'Anvers, le soulèvement des provinces, permirent aux Belges de dicter un moment la loi à leur ancien mailre.

Le 27 octobre, les Hollandais n'occupaient plus en Belgique que la citadelle d'Anvers et la place de Maestricht. La révolution se trouvait accomplie par le courage de quelques milliers de volontaires ; l'explosion avait été universelle.

Le mouvement, qui avait été rapide, s'arrêta tout à coup en présence de l'incendie d'Anvers, causé par le

feu de la citadelle. Une expédition dirigée contre la Flandre zélandaise et maladroitement conduite, échoua. Maestricht, qu'avec delà résolution et un peu d'argent on pouvait enlever, soutint le blocus des volontaires belges; et le Brabant septentrional, qui s'ébranlait pour s'unir à la Belgique, resta sous la domination hollandaise.

Dans les premiers jours de novembre, une conférence, composée des ministres plénipotentiaires de France, d'Angleterre, de Prusse, d'Autriche et de Russie, se réunit à Londres à la demande du roi de Hollande, et, le 4, un acte fut signé, qui proposait à la Belgique et à la Hollande, à l'intervention des puissances, une cessation d'hostilités.

Un gouvernement provisoire était installé ; il adhéra, le 40 novembre, à la suspension d'armes. Le même jour , le Congrès belge ouvrait ses séances. Cette assemblée ne repoussa pas des ouvertures d'intervention dans lesquelles on n'apercevait qu'une médiation amicale. Un protocole du 17 novembre vint donner à la suspension d'armes un caractère illimité, mais qui resta dans le vague, parce qu'elle devait être remplacée postérieurement par un armistice plus régulier. Le gouvernement provisoire y adhéra par un acte du 21 . Le roi de Hollande y souscrivit également. Chacun garda ses positions. L'Escaut ne se rouvrit aux navires belges que le 20 janvier; le blocus de Maestricht fut levé à la même époque.

Le Congrès une fois constitué, proclama, le 18 novembre, l'indépendance de la Belgique à l'unanimité

des deux cents membres présents Dans la séance du 22, il adopta la forme monarchique, héréditaire et représentative, sur 487 votants, par 474 contre 43. Enfin, le 24, il déclara tous les membres de la famille d'Orange-Nassau exclus à perpétuité de tous pouvoirs en Belgique ; cette dernière résolution fut prise à la majorité de 461 voix contre 28, nonobstant le désir d'ajournement que le gouvernement français lui-même fit témoigner à l'assemblée.

Un des actes les plus importants de la conférence de Londres fut celui du 20 décembre 4830, par lequel elle reconnut que « l'amalgame parfait et complet que les » puissances voulaient opérer entre la Belgique et la » Hollande n'avait pas été obtenu, » et déclara « qu'elle » concerterait les nouveaux arrangements les plus pro- » près à combiner l'indépendance future de la Belgique » avec les stipulations des traités, les intérêts et la » sécurité des autres puissances et la conservation de » l'équilibre européen. » C'était, d'une part, déclarer la dissolution du royaume des Pays-Bas, mais de l'autre s'emparer du droit d'intervenir, même malgré l'autre pays, pour régler les conditions du partage. Le roi de Hollande protesta, le gouvernement belge souscrivit conditionnellement.

Par ses protocoles des 20 et 27 janvier 4834 , la conférence arrêta, entre la Belgique et la Hollande, des

M Nous trouvons dans certains journaux que le nombre des membres présent* s'élevait a 188. Des notes que nous avons recueillies, et que nous devons supposer authentiques, le portent a 107. — L'indépendance de la Belgique fut proclamée en ces termes : « Le Congres national proclame l'indépendance du peuple hel(je, •• sauf les relations dn Luiemhoiirc avec la confédération germanique. »

bases de séparation auxquelles le roi de Hollande donna son adhésion le 18 février, mais contre lesquelles le Congrès belge avait prolesté , dans sa séance du 1 er février, à la majorité de 163 voix contre 9.

Il devenait urgent de s'occuper du chef de l'État. La direction des affaires était incertaine : on s'effrayait du provisoire. Malgré la déclaration d'indépendance, l'exclusion des Nassau et l'adoption des formes monarchiques, chaque parti, les orangistes, les républicain*, les réunionistes, conservait ses espérances. Le 31 janvier la discussion s'ouvrit enfin sur cette question : mais l'embarras qui depuis deux mois en avait fait ajourner la solution, n'était pas diminué.

Déjà, à la fin de décembre, les regards de quelques hommes politiques s'étaient tournés vers l'Angleterre, où vivait dans la retraite, livré à l'étude, un prince qui, quelques mois auparavant avait, par son refus du trône de la Grèce, ajouté à son nom un nouvel éclat et fait connaître à l'Europe la franchise de ses pensées ; toutefois, sa candidature ne fut point proposée. Le Congrès parut pencher un moment vers le duc de Leuchtenberg, qui, par son nom et les alliances de son père, réveillait de beaux souvenirs militaires. Et cependant le ministère français avait hautement déclaré qu'il ne pourrait le reconnaître. Deux envoyés français, MM. Bresson et Lawœsline, travaillèrent ouvertement pour le duc de Nemours, et ne craignirent pas de communiquer aux membres de la représentation, des lettres attribuées aux sources les plus élevées, qui, en cas d'élection, promettaient l'acceptation du prince. Il fut élu en

effet le 3 février, mais seulement à on second toor de scrutin; sur 192 volants il ne réunit que 97 suffrages.

Le 12, Louis-Philippe transmit» la députation belge, envoyée à Paris après l'élection, un refus officiel, qu'une lettre du président de la députation, M. Surlet de Chokier, en date du 18, avait déjà fait pressentir". Louis-Philippe tacha d'adoucir, par des protestations d'intérêt, la déception que ce refus renfermait pour la nation belge.

Au milieu de ces événements, le Congrès avait discuté et voté une constitution.

11 est difficile de peindre l'époque qui suivit lo relus

** Voici les principaux passages de la réponse officielle faite par Louit- Philippe ans députés du Congrès- belge:

« Si je n'écoutais que le penchant de mon cœur et ma disposition bien sincère » a déférer an vœu d'un peuple dont la paix et la prospérité sont également chères

• et importantes à la France, je m'y rendrais avec empressement. Mais quels que » soient mes regrets, quelle que soit l'amertume que j'éprouve i vous refuser mon « flls, la rigidité des devoirs que j'ai a remplir m'en impose la pénible obligation, ■ et je dois déclarer que je n'accepte pas pour lui la couronne que vous êtes

• charge; de lui offrir.

. Mon premier devoir est de consulter avant tout les intérêts de la France, et

• par conséquent, de no point compromettre cette paix que j'espère conserver

• pour son bonheur, pour celui de la Belgique et pour celui de tous les États de i l'Europe, auxquels elle est si précieuse et si nécessaire. Exempt moi-même de » «oute ambition, mes vœux paternel» s'accordent avec mes devoirs. Ce ne sera

• Jamais la soir des conquêtes ou l'honneur de voir une couronne placée sur la - lele de mon fils, qui m'entraîneront à expostr mon pays an renouvellement

► des maux que la guerre amène à sa suite, et que les avantages que nous pour- » rions en retirer ne sauraient compenser, quelque grands qu'ils fussent d'ailleurs. » Les exemples de Louis XIV et de Napoléon suffiraient pour me préserver de la » funeste tentation d'ériger des trônes pour mes fils, et pour me faire préférer le

> bonheur d'avoir maintenu la paix a tout l'éclat des victoires que, dans la guerre,

• la valeur française ne manquerait pas d'assurer de nouveau a nos glorieux

du duc de Nemours. Les partis se montrèrent de nouveau avec leurs espérances.

Dès le 14, un membre du Congrès, M. Robaulx, avait tenté de faire proclamer la république. Cette proposition, appuyée par une vingtaine de membres environ, avait été écartée sans discussion par la question préalable. En dehors du Congrès, M. de Potter organisa I'Assocution de l'indépendance belge, qui se proclamait républicaine. Les hommes influents du parti monar- . chiste sentaient le besoin de se rallier à une détermination prompte ; et le 24 février, M. Surlet de Chokier fut nommé régent de la Belgique, et remplaça, sous ce nouveau titre, le gouvernement provisoire.

Louis-Philippe accrédita, auprès du nouveau gouvernement belge, le général Belliard, et accueillit officiellement M. Le Hon, son représentant. Mais M. le comte d'Arschot, envoyé à Londres, n'avait pu se faire recevoir officiellement par lord Pal mers ton ; le prince d'Orange avait encore une fois renoué ses intrigues avec ses partisans de l'intérieur. On venait d apprendre que la France avait adhéré aux protocoles des 20 et 27 janvier, qui dépossédaient la Belgique du Luxembourg et de la rive gauche de l'Escaut. Le Congrès avait protesté contre ces deux actes ; mais pour appuyer cette protestation, il n'avait que peu de soldats et point de généraux expérimentés; enfin, de la forteresse de Luxembourg, où il venait d'arriver, le duc Bernard de Saxe-Weimar menaçait toute cette province.

L'association nationale prit alors de l'importance, et à Tiiislant même les menées orangisles se dissipèrent ;

quelques officiers compromis s'éloignèrent ou furent arrêtés. Des démonstrations éclatèrent en même temps à Bruxelles, à Gand, à Anvers, à Liège, à Namur; elles furent rapidement comprimées.

Enfin, le 4 juin donna à la Belgique le spectacle dune séance du Congrès national, qui devait décider du sort du pays. Ce jour-là, les membres de la représentation se trouvèrent plus nombreux. Sur cent quatrevingt seize membres présents, cent cinquante-deux votèrent pour le prince Léopold ; il fut proclamé roi des Belges".

Le roi d'Angleterre, en ouvrant le parlement, annonça que l'accord régnait entre les quatre puissances au sujet des affaires de la Belgique.

Le 26 juin, Léopold reçut officiellement la députation belge en son hôtel de Marlborough-House à Londres, à neuf heures du soir. Elle était composée, par voie du scrutin, de MM. de Gerlache, F. de Mérode, Van de Weyer, l'abbé de Foëre, d'Arschot, H. Vilain XIII I, Osy, Destouvelle, Duval de Beaulieu et Thorn. M. de Gerlache, en sa qualité de président, porta la parole :

a C'est un rare et beau spectacle, dans les fastes des peuples, dit-il, que l'accord de quatre millions d'hommes libres déférant spontanément la couronne à un prince né loin d'eux, et qu'ils ne connaissaient que par ce que lu renommée publiait de ses éminentes qualités. Pour prix d'une noble résolution, Prince, nous ne craignons pas de vous promettre de la gloire, les bénédictions d'un bon cl loyal peuple, toujours attaché à ses chefs tunt qu'ils ont respecté ses droits , cl enfin une mémoire chère à la postérité la plus recu-

13 Quatorze membres volèrent en faveur de M. Surlct de Cholûr. dix-neuf /abstinrent, dix votèrent contre l'élection, un bulletin fut déclare nul.

léc. Ceux d'entre tes Beiges qui depuis quelque temps ont eu l'avantage d'approcher de la personne de Votre Altesse Royale, et d'apprécier les vues cclairces et la fermeté de son Ame, ont osé penser qu'un prince doué de facultés si hautes saurait franchir tous les obstacles , s'il s'en rencontrait pour accomplir ses grandes destinées. •

On trouvera dans la réponse du prince, ainsi que dans la lettre qu'il adressa au régent, et que nous allons reproduire, le germe de toutes les pensées qu'il a constamment tenté de mettre en pratique depuis qu'il gouverne la Belgique. Il dit à la députation :

u Les destinées humaines n'offrent pas de tâche plus noble et plus utile que celle d'être appelé à maintenir l'indépendance d'une nation et à consolider ses libertés.

. Une mission d'une si haute importance peut seule me décider à sortir d'une position indépendante, et à me séparer d'un pays auquel j'ai été attaché par les liens et les souvenirs les plus sacrés, et qui m'a donné tant de témoignages de sympathie.

» J'accepte donc. Messieurs, l'offre que vous me faites ; bien entendu que ce sera au Congres des représentants de la nation a adopter les mesures qui seules peuvent constituer le nouvel État, et par là lui assurer la reconnaissance des Étals européens.

* Ce n'est qu'ainsi que le Congrès me donnera la faculté de me dévouer tout entier à la Belgique, et de consacrer à son bien-être et à sa prospérité les relations que jui formées dans le pays dont Tamitié lui est essentielle, et de lui assurer, autant qu'il dépendra de mon concours, une existence indépendante et heureuse. »

Ce même jour, le prince écrivit au régent de la Belgique la lettre suivante :

. Londres, 26 juin 1831.

- Monsieur le Régent ,

• Cest avec une sincère satisfaction que j'ai reçu la lettre que vous m'avex écrite, datée du 6 juin. Les cireonsUnees qui ont retardé dm réponse

• Quel que sait le résultat des événements politiques relativement à moimême, la conGuncc flatteuse que vous avez placée en moi m'a impose le devoir de faire tous les efforts qu'il a été en mon pouvoir pour contribuer n mener à une fin heureuse une négociation d'une si grande importance pour l'existence delà Belgique et peut-être pour la paix de l'Europe.

• La forme de mon acceptation ne me permettant pat d'entrer dans les détails, je dois ajouter ici quelques explications. Aussitôt que le Congres aura adopté les articles que la Conférence de Londres lui propose, je considérerai les difficultés comme levées pour moi, et je pourrai me rendre immédiatement en Belgique.

• Actuellement, le Congrès pourra d'un coup dtail embrasser la position des affaires. Puisse sa décision compléter l'indépendance de la patrie, et par là me fournir les moyens de contribuer h sa prospérité ! ,

• M. le Régent, veuilles agréer l'expression de mes sentiments distingués.

» UOPOLD. »

Le prince avait accepté la couronne, mais il y mettait une condition : l'adhésion du Congrès belge au traité préliminaire de paix proposé à Londres. De cette adoption dépendait son arrivée en Belgique, et cette difficulté ne laissait pas de paraître considérable. Les 48 articles, après neuf jours d'une lutte mémorable, furent néanmoins adoptés le 9 juillet : sur 196 membres, 126 votèrent pour, et 70 contre l'adoption.

Le 16 juillet, Léopold quitta Londres et débarqua le même jour dans la soirée à Calais, où il fut complimenté, au nom de la France, par le général Belliard.

Le 47, le prince entra en Belgique par la Flandre occidentale, accompagné des députés belges ; il fut reçu et complimenté par MM. de Sauvage, d'Hooghvorst et Waulhier. Dès ce moment, il eut une suite brillante, un pompeux cortège national.

Le roi passa à Ypres, Furnes. Ostende, Bruges, Gand, et coucha le 19 à Laeken, où un grand nombre de membres du Congrès, les ministres, les principaux fonctionnaires du royaume, quelques officiers, se rendirent le soir même pour le complimenter. Partout Léopold entendit un langage simple et franc, que peu de princes auraient pu comprendre. Gand, cette ville que les partis s'étaient disputée comme une proie depuis dix mois, et qui semblait passer d'un excès à l'autre, tantôt orangiste, tantôt patriote et toujours remuante, se distingua par l'accueil qu elle Gt au souverain.

Le 19 juillet, le prince arriva à Bruxelles, aux acclamations des habitants ; le 21, la prestation du serment se fit avec pompe sur la Place-Royale, et le lendemain un Te Deum d'actions de grâces fut célébré dans l'église des SS.-Michel et Gudule, en présence du roi, par levéque de Tournai.

C'est aux historiens belges à retracer les détails de ces jours solennels.

Des rapports d'amitié existaient depuis longtemps avant 1830, entre les deux princes qui gouvernent aujourd'hui deux peuples étroitement unis. Léopold fil plusieurs voyages en France. Les visites qu'il rendait au duc d'Orléans et à sa famille n'étaient, en 1826, que de simples devoirs d'étiquette; elles devinrent, en 1828 et 1829, l'effet d'une familiarité plus intime. En mai 1829, le prince eut pour hôte à Claremont le duc d'Orléans, aujourd'hui roi des Français, accompague

du duc de Chartres, son Gis aîné, depuis prince royal. La princesse Louise-Marie-Thérèse-OiarloUe-Isabelle (née à Palerme, 3 avril 18J2),i'ainée des filles de Louis- Philippe, avait alors dix-sept ans. Elle avait, dit-on, fixé les regards de Léopold.

A l'arrivée de ce prince en Belgique, au mois de juillet 4831, son mariage avec la princesse Louise était déjà résolu. Remis alors, il fut question de l'ajourner encore jusqu'à ce que les affaires de Belgique fussent tout à fait terminées; mais d'autres considérations remportèrent, et il fut annoncé le 20 de ce mois en Belgique, et le 28 en France.

Les noces royales eurent lieu à Compiègne, le 9 août, et quelques jours après, les Belges indépendants saluèrent dans la petite-fille de Marie-Thérèse une reine pleine de jeunesse et de bonté, qui venait s'associer à la grande et belle œuvre de fonder leur nationalité. Il nous siérait mal de proclamer ici les vertus d'une femme dont la première est la modestie, et nous nous gardons bien d'imiter le langage des adulateurs officiels; ce qui nous est loisible d'énoncer, c'est un fait reconnu : la reine Louise est aimée de quiconque l'approche, elle est chère à son peuple, et fait de son trône une source de consolation pour bien des affligés.

Le 24 juillet 4833 naquit à Bruxelles, l'enfant sur lequel on faisait reposer le sort de la nouvelle royauté ;

** S. M. la reine des Français, mère de ia reine des Belges, est fille du roi Ferdinand de Sicile (né 1751 f 1835), et de la princesse Marie-Caroline Louise, archiduchesse d'Autriche, soeur de Marie-Antoinette, reine de France, el fille de Marie-Thérèse et de François de Lorraine.

mais dix mois d'existence seulement lui furent accordés, et sa mort (16 mai 4834) vint jeter le deuil dans la famille royale et la nation entière. Depuis, l'espérance des Belges en la dynastie qu'ils se sont donnée, s'est fortifiée de nouveau par la naissance de deux princes et d'une princesse, qui promettent déjà de répondre un jour à l'attente nationale.

1 . Le prince LÉopoLD-Louis-Philippe-Marie-Victor , prince héréditaire, né à Bruxelles, 9 avril 1835.

2. Le prince Philippe- Eugène- Ferdinand -Marie- €lément-Baudouin-Léopold-Georges , né à Laeken , 24 mars 1837.

3. La princesse Marie-CnARLOTTE-Amélie-Auguste- Victoire-Glémentine-Léopoldine, née à Laeken, 7 juin

Désirant resserrer tous les liens qui unissent à la nation les princes ses fils, S. M. le roi des Belges, sur la proposition du ministre des affaires étrangères, M. Lebeau, conféra, par arrêté royal du 16 décembre 1840, le titre de duc de Brabant au prince héréditaire, et celui de comte de Flandre au second de ses fils. Ces noms, disait le ministre, « en renouant la chaîne des traditions du pays, attacheront à la monarchie nouvelle, symbole et force de l'unité nationale, la puissance des souvenirs d'un autre temps, et viendront confondre sur des létes chères aux Belges, les gloires du passé avec les espérances de l'avenir. »

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