II. III. IV. V
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contre Albert , qui avait osé enlever ce trésor de l'autel de la Vierge même^ où les moines l'avaient déposé. Sans doute il prétendait faire un meilleur usage de cette somme, que les serviteurs de Dieu, qui, dans un sentiment d'indignation, imposèrent à ce prince le surnom d'orgueilleux. Thierri, de son côté, jaloux de celte richesse, en contesta la possession à son frère, prétendant qu'Othon lui avait destiné cet argent plutôt qu'au couvent ; et , trop faible lui-même pour soutenir ces réclamations par la force des armes, il implora lu secours du landgrave Hermann de Thuringe , qui le lui accorda pour le prix d'un mariage avec Jutta ", sa fille. Thierri , renforcé par les Thuringiens, marcha contre Albert , retranché sur le Sybotenberg devant Weissenfels , se rendit maître de cette place et remporta sur son frère, près de Reveningen, une victoire décisive. A peine celui-ci put-il s'échapper et atteindre sa ville de Leipzig , déguisé sous le froc d'un moine (H 94).
Henri VI, qui occupait alors le trône d'Allemagne, et dont toutes les actions avaient pour mobile son intérêt privé , se réjouit de celte querelle, espérant en tirer avantage pour lui-même. Dans ce but , il envoya des troupes dans le margraviat. Albert se hâta d'aller en Italie pour apaiser Henri VI, mais, voyant sa propre vie exposée, il en revint aussitôt pour fortifier Leipzig. Gambourg et Meissen , et pour se préparer à une vigou-
■ < Ce mariage, imposé par la politique cl que Thierri avail longtemps hésité a contracter, ru la laideur de Jtta. fonda, comme nous le verrou», les droit» des margrave* de Misnie sur le landgraviat de Thuringe.
reuse défense. Thierri , lui , avait enlrelemps entrepris un pèlerinage à la Terre-Sainte, et les Bohèmes, sur Tordre du Roi, avaient envahi le margraviat, qu'ils dévastèrent, sans ménager ni couvents ni églises. Le margrave de Misnie n'avait point encore atteint sa résidence, que faisant roule de Freiberg à Meissen, il succombe au poison , qu'un de ses propres serviteurs lui avait fait prendre ( 25 juin 1 195 ) ; son épouse Sophie , princesse de Bohême, empoisonnée comme lui, le suivit de bien près. On est encore dans l'incertitude sur ceux qui furent les instigateurs de ce crime ; si ce furent les moines d'Alten-Celle ou Henri VI. S'il faut en croire la chronique du Petersberg, on inclinerait pour la dernière de ces suppositions.
Henri mourut à Messine en H97, et Thierri, étant revenu de la Palestine en 1198, chassa les troupes impériales de la Misnie, aidé par Hermann de Thuringe , son beau-père , et prit possession de son margraviat.
Cependant les troubles qui avaient menacé son gouvernement, ne s'étaient point encore dissipés. Premièrement il fut engagé, comme tous les princes de l'époque, dans la malheureuse querelle entre les prétendants nu trône impérial, Philippe, de la maison des Hohenstaufen , et Othon IV, le Guelfe. D'abord zélé partisan de Philippe il épousa plus tard, poussé par
'» Il se *cml de «on influence sur Philippe, pour rbalicr le duc de Bohême, Priemislas Odokar, qui avait répudié »* frmme, Adèle, sœur do Thierri (1300), pour épouser uat princesse de Hongrie. La princesse Adèle mourut dans un rlol- Irea Meiiscn. en lil I.
la force des circonstances et son caractère indécis , la cause d'Othon, duquel il obtint ( 1210) , après l'extinction de la branche de Kochlitz, la Lusace inférieure pour le prix de 10,000 marcs d'argent. Lorsqu'Othon, à peine couronné, se fut brouillé avec le pape Innocent III, et que celui-ci eut proposé aux princes d'Allemagne le jeune Frédéric II , fils de Henri VI, comme compétiteur d'Othon IV, le margrave Thicrri changea de drapeau pour quelque temps. Mais en 1212, lors delà nouvelle apparition d'Othon IV en Allemagne, il embrassa de rechef les intérêts de ce prince, qui deux ans plus tard, après la bataille de Bouvines, renonçant à ses prétentions au trône, se retira dans ses terres et mourut en 1218. Cette fluctuation de la politique de Thierri se fait encore remarquer dans ses rapports avec le clergé, qui ne lui manifesta ni une grande estime ni un attachement décisif.
Mais la querelle la plus grave pour lui, fut celte qu'il eut avec la ville de Leipzig, qu'il poursuivit longtemps de sa haine. Othon le Riche, son père, avait déjà accordé à cette cité (dès 1162 jusqu'à 1170) des privilèges considérables, et entr'aulres une juridiction et une banlieue particulières. 11 en résulta que Leipzig acquit bientôt une haute prospérité et devint avec Naumbourg et Erfurt le principal lieu d'entrepôt des marchandises destinées pour l'Allemagne septentrionale. Or Thierri, suivant les conseils du clergé, construisit pour les chanoines réguliers de l'ordre de S 1 Augustin un établissement religieux en l'honneur
de S» Thomas (nommé vulgairement le couvent de S 1 Thomas), et empiéta, par les privilèges et donations conférés à cette fondation, sur les droits de propriété et de juridiction de la ville. En outre, lorsque le margrave, sur l'avis de l'abbé de S 1 Thomas, transféra un couvent de nonnes à Leipzig, dans le voisinage le plus proche des moines Augustins, et fit construire pour les religieuses un chœur dans 1 église de S 1 Thomas , touchant à celui des moines, les citoyens de Leipzig se révoltèrent, et , secourus par une partie de la noblesse misnienne et par l'archevêque de Magdebourg, qui avait ordonné l'éloignement des nonnes d'un voisinage aussi inconvenant, ils chassèrent l'abbé, forcèrent la suspension des travaux et le départ des religieuses. Quelques nobles allèrent même jusqu'à attenter à la vie du margrave, mais ils ne réussirent point dans ce coupable projet. Cette querelle devenant de plus en plus funeste au bien-être de son pays, Thierri se vit forcé de souscrire à un traité (1216), dans lequel il confirma à la noblesse et à la bourgeoisie de Leipzig leurs privilèges antérieurs, et promit particulièrement de ne point construire de fortifications et de tours à mâchicoulis, et d'accorder une amnistie générale pour tous les événements passés. Il est remarquable que ce traité ait été soumis à l'examen et à la sanction des états de Colmcn et de Skoehlen : ce qui prouve que déjà du temps du margrave Thierri, des assemblées générales des états de Misnieetde l'Osterland avaient eu lieu dans ces villes.
Ce traité n'étant imposé que par la force des cir-
constances, Thierri saisit la première occasion pour le violer. Lorsqu'en 1317 ou 1218, il accompagna à Leipzig l'empereur Frédéric 11 on les fit entrer dans la ville avec un petit nombre des personnes de leur suite; mais des soldats impériaux ayant été introduits en même temps par trahison, il se rendit tellement maître des citoyens, que la ville perdit de nouveau ses murailles, ses remparts et ses fossés, que la construction de l'abbaye fut reprise, et que trois nouyelles tours s'élevèrent, gardées par une garnison misnienne, et deslinées à comprimer dans la cité toute velléité de révolte. Une de ces tours, la Plcissenbourg, existe encore aujourd'hui; les deux autres ont été transformées en couvents. Thierri, cependant, ne jouit plus longtemps de cette victoire et succomba le 21 février 1221 au poison que son médecin, corrompu par une somme de 100 florins, lui avait préparé. Tout le règne de Thierri ne fut pour lui qu'une chaîne de tourments, dont la plupart, il est vrai, ont été provoqués par lui-même ".
Deux de ses fils avaient embrassé la carrière ecclésiastique, deux autres étaient morts en bas âge, et ce fut le plus jeune, Henri âgé de 3 ans, qui lui succéda dans le gouvernement. D'après ce qui était arrive sous le règne précédent, et à cause de la disposition d'une grande partie de la noblesse et des bourgeois,
" On sait que cet empereur était ennemi du régime municipal en pénéral " Consulter sur ce prince surnommé VJccablé dam les chroniques de» moines, ses protêts : ff Ucke, Tlcemannus, slvc vita llluslris principis Theoderiei quondam jonioris, ad ductum diplomatum et historicorum conscripla. Lin*. 1734. 4.
4fi
ce fut un grand bonheur, que. scion la volonté de T hier ri, la régence, pendant la minorité de Henri, passa dans les mains de son oncle, le landgrave Louis le Saint de Thuringe. Cet excellent prince, distingué par sa haute moralité, sa sagesse et des avantages extérieurs, sut si bien rétablir l'intelligence la plus parfaite avec les états de Misnie, que ceux-ci lui promirent la souveraineté, dans le cas où Henri viendrait à mourir pendant sa minorité. L'empereur Frédéric lui réserva également en 1226, pour ce même cas, le margraviat de Misnie.
Louis offrit, comme tuteur de son neveu , l'exemple d'une rare loyauté dans les démêlés qu'il eut avec sa sœur Jutta ou Judith, mère du jeune Henri. Julta s'étant mariée secrètement après la mort de son époux, avec Popon XIII de Henneberg ne se contenta pas d'exiger une part de la tutelle, mais prétendit encore à une grande partie du pays de Misnie, sous prétexte que Thierri lui avait assigné presque tous ses biens allodiaux comme douaire. Louis s'étant emparé à force ouverte des principales places du pays, Judith dut s'enfuir avec son fils, et se rendit auprès du duc Léo-
pold VII d'Autriche (de la maison de Babenberg),
" De celt« union naquit le comte Ifermaoo de Tlenncberg, qui détint, comme non* le verront plus tard, seigneur du pays de Cobourg. Il se tint toujours eu bon accord avec son demi-frère Benri de Misnie. Celui-ci lui confia même, pendant la guerre de succrjsion.qul éclata après la mort de UenriRaspon, le gouvernement civil de ses États.
L'auteur a néglige de faire ressortir que Jutta avait réellement exerce, de concert avec son frère, la tutelle de son fils; qu'elle était entrée en jouissance de son douaire légitime et que ses droits ne furent méconnus par Louis le Saint, qu'a cause du mariage avec le comte de lleunchrrg.
auquel elle affecta son apanage pour la somme de 12,000 marcs d'argent ". Le landgrave Louis mourut bientôt après (4327) à Otranto, pendant un pèlerinage en Palestine, et le duc Albert 1 er de Saxe se mit à la lête de la régence.
Henri épousa en 1234 " Constance, fille du duc Léopold d'Autriche , à laquelle son père avait assigné comme dot, les territoires qui lui avaient été affectés par Judith. Il est probable, car nous n'avons aucun document positif, qu'il prit à la même époque les rênes du gouvernement de Misnie. Ses qualités distinguées , qui lui firent donner à juste titre le surnom d7/lustre, le mirent en état d'agrandir considérablement, . suivant la tendance générale de 1 époque, les biens patrimoniaux dont il avait hérité.
D'abord il acquit, après une expédition glorieusement terminée (1237) contre les Prussiens, qui alors étaient encore adonnés au paganisme, le domaine impérial du Pleissnerland, jusqu'alors administré par des intendants impériaux ". L'empereur Frédéric II le lui avait affecté, en 1242, à l'occasion des fiançailles, qui se firent à cette époque entre Albert, fils aîné de Henri, et sa fille Marguerite, pour le payement d'une dot d'une valeur de 10,000 marcs d'argent. Rodolphe de Habs-
•» J alla mou ml vers 1335, après s'élre reconciliée, par )'inlerce»»ion de quelque* princes allemands, avec «on frère le landgrave.
*" La cérémonie eut lieu en présence des roi» Wenceslas de Bohême et Béla de Hongrie, des duc* de Saxe, do landgrave Louis e| de beaucoup de princes et prêtais, avec nue magnificence et un luieeslraordinaires. (Raucb, Oesterreich. Gescblchle, I7S5, t. Il, p. 514, 420).
11 Celle acquisition le dédommagea largement de la perle de quelques places situées dan* la Lnsace, qu'il dut céder aux margraves de Brandebourg.
bourg réengagea ee domaine en 1291; mais déjà après la mort du roi Albert, successeur de Rodolphe, en 4308. les principales villes du Pleissnerland, Altenbourg . Ghemnitz et Zwickau, s'étaient soumises de nouveau. Elles restèrent dès lors réunies au pays de Misnie.
L'événement le plus important qui se rattache uu règne de Henri l'Illustre, fut l'acquisition du landgraviat de Thuringe Elle résulta de l'extinction de la tige mâle de Thuringe, occasionnée par la mort de Henri Raspon, — frère de «lutta de Misnie et de Louis le Saint, — qui lui-même avait obtenu la dignité du landgraviat en conséquence de la mort du fils de Louis, son neveu (le 2 janvier 1242). A cette dernière époque, l'empereur Frédéric II avait accordé au margrave de Misnie, pour le cas que Raspon mourût sans enfant mâle, l'expectative de lui succéder en Thuringe, dans le palatinat de Saxe et dans tous les fiefs qui relevaient de l'empire ou de l'empereur. Henri Raspon ,
* J Le pouvoir laudgravial de la Thui-ingc ou de colle portion de l'ancienne Thuringe, qui, aprt» la destruction de ce royaume en 531. par le» Francs cl les Saxon* réuni», échut aux rois d'AuMrasie, fut établi en 1 130 par l'empereur Lothairc. au profit d'uu comte Louis, <|iii Ctait tin des soigneurs le* plu» paissants de la Thuringe. et qui agrandit encore considérablement son autorité par ton mariage avec llcdwigc. Aile de Gison. comte et seigneur de la lieue, qui lui procura la possession eulierc de ce pays. Quant au palatinat de Saxe, qui échut a la maison de Misnie en même temps que la Thuringe, et qui, ne signifiant primitivement que l'intendance de* bien» impériaux situes sur les confins de la Thuringe, détint plus lard une dignité héréditaire, il avait été dévolu en 1 180 à Louis III, petit-Aïs du premier landgrave de Thuringe, après avoir appartenu d'abord a la famille de Sommerscbenbourg. — Le laudgravial de Thuringe comprenait du temps de Henri l'Illustre, M comtes (entr'autres Bcichlingen , Gleicnen, Hlfernbourg. Schwarzhourg , Grumbach). environ 20 »tigucuries (p. ex. Apolria, Querfurt. Langensalia, Sondersliausen. Trcffinl) et 50 abbayes, |tarmi lesquelles nous citons relie» de Reinhardsltruun, de Gcoigenthal, d'Oldislehen et d'ichtershausen.
— connu dans l'histoire comme le rival de l'empereur Frédéric II et comme l'instrument du pape Innocent IV, sous le nom du Pfajfenkônig, ou roi des prêtres — étant mort sans héritiers le 17 février 1247, Henri de Misnie fit valoir ses droits sur la Thuringe, et prit immédiatement possession de ce pays, ainsi que du palatinat de Saxe. Les vassaux de Thuringe le reconnurent en 1249 dans la ville de Weissenfels, par un traité particulier, comme leur seigneur suzerain et landgrave légitime. Malgré cette reconnaissance, ce droit lui fut énergiquement contesté d'un autre côté, et il fallut que beaucoup de sang fût répandu avant que la Thuringe, pays florissant par ses villes populeuses et son industrie toujours croissante, devint l'héritage assuré et incontesté de la maison de Wettin.
L'opposition la plus violente lui venait de la part de la nièce de Haspon, Sophie, fille de Louis le Saint et veuve du duc Henri de Brabant Elle réclamait surtout en faveur de son fils mineur, Henri, comme un bien allodial devenu vacant, le pays de Hesse, ainsi que les terres patrimoniales que possédait en grand nombre la maison de Thuringe, dans le landgraviat de ce nom. Elle appuyait ces prétentions sur la substitution graduelle de Hermann 1 er ; et comme, d'après le droit féodal, les enfants des frères l'emportent sur ceux des
** Il s'agit ici de Henri II de Brabant (-f 1248) qui avait épousé, en première* note», la fille de Philippe de Souabe, Marie, morte en 1338. C'est lui qui Ait proposé par le pape Inuocent IV, pour le trône impérial d'Allemagne, après la destitution de Frédéric II (1245). Il s'y refusa, comme on sait, en faveur de son n'vrn. le comte Guillaume de Hollande
sœurs, et vu que Sophie était la fille de Louis le Saint, frère du dernier landgrave, tandis que Henri l'Illustre était le fils de Jutta, sœur de Raspon, le droit était, il est vrai, du côté de Sophie. Henri, de son côté, avait pour lui la succession linéale du landgrave Hermann I er , son grand-père maternel, et principalement le brevet d'expectative sur la Thuringc, le palatinat saxon et les fiefs impériaux, qui lui avait été remis par l'empereur Frédéric H.
Quant aux exigences des autres prétendants ù lu succession du dernier landgrave Henri Raspon, elles étaient beaucoup moins fondées et n'exercèrent aucune influence sur la marche des événements.
Mal heureusement, tant pour les parties plaidantes, que pour les administrés , cette querelle soulevée au sujet de la succession thuringienne éclata à une époque où l'Allemagne, après la mort de l'empereur Frédéric H et celle de Conrad IV, pendant le grand interrègne, était déchirée par des luttes intestines. La division parmi les grands vassaux, dont chacun ne visa qu'à son intérêt particulier, avait atteint le plus haut degré, et il n'y avait plus de droit que celui de la force. C'est ce que Henri de Misnie et Sophie de Brabant reconnurent fort bien; aussi terminèrent-ils leurs différends dans une conférence, tenue à ce sujet à Eisenach en 4250. 11 fut stipulé que Sophie laisserait à son cousin le margrave, la tutelle de son fils, ainsi que la jouissance pendant 40 ans, du château de Wartbourg , de la Hesse , et des biens allodiaux en Thuringc. jusqu'à ce qu'une diète de
princes se fût prononcée sur le territoire en litige.
Cependant, en dépit de cet accommodement, la duchesse de Brabant croyait les droits de son fils d'autant plus compromis, que le tuteur s'était fait investir (1252) de ces nouvelles possessions par le roi Guillaume ( ci- devant comte de Hollande). Sophie se mit donc à la recherche de quelque aide puissante et l'obtint auprès d'Albert le Grand, duc de Brunswick, auquel elle donna sa fille Elisabeth en mariage. Dès lors nous voyons s'engager une guerre de sept ans (1256-1263) dans les environs du château de Wartbourg, lutte funeste qui offrit le spectacle varié du courage et de la loyauté chevaleresques, mais aussi d'une cruelle et coupable vengeance. On construisit des châteaux et des bourgs, pour s'attaquer et se défendre avec plus de force, et citoyens et paysans eurent à supporter alors non-seulement les violences de la soldatesque, mais encore toutes les charges accablantes d'une guerre prolongée. Déjà ceux de Brunswick avaient chassé les M isniens de la Thuringe, lorsque Henri se tourna vers la Bohême pour y recruter de nouvelles troupes. Le combat s'engagea avec une nouvelle vigueur. Albert s'était retranché à Besenstadt, près de Wettin, dans un camp fortifié; mais le 29 octobre 1265, il fut surpris par Rodolphe de Vargula, l'échanson de Thuringe, qui s'était mis à la tète de plusieurs centaines de robustes guerriers, au nombre desquels se trouvaient les fils du margrave. Après une lutte sanglante, Albert fut fait prisonnier, et avec lui les comtes de Schwerin, d'An-
liait et d'Eberstein, neuf burgraves, douze barons, cinq cent cinquante chevaliers et hommes «l armes. Les Misniens s'étaient rendus maîtres de la Thuringe, et un traité définitif conclu entre Henri et Sophie mit un terme à ce débat.
Sophie conserva la Hesse, qui sortit ainsi de la dépendance thuringienne et se constitua en Etat indépendant, élevé dans la suite (1272), par Adolphe de .Nassau, roi d'Allemagne, à la dignité de landgraviat. Mais la duchesse de Brabant renonça à tous les biens féodaux et patrimoniaux qu'elle avait réclamés en Thuringe. Le duc Albert racheta sa liberté moyennant une rançon de 8,000 marcs, et dut céder encore le comté de la Werra avec Witzenhausen, Eschwege, Allendorf, Manfried, Sontra, Fùrstenstein et Arnstein, en faveur de Sophie et de son fils.
Par l'acquisition de la Thuringe et du palatinat de Saxe, la maison de Wettin s'est élevée au rang des familles princières les plus puissantes de l'Allemagne ; et le gouvernement des Etats du margrave Henri l'Illustre marcha, tant sous le rapport de la population que sous celui de l'importance commerciale et politique, sur la même ligne que l'Autriche et la Bavière. Un plus grand avenir eût été réservé à la famille de Wettin, si Henri, qui en était alors le chef, n'avait pas suivi les principes politiques de son temps, et brisé par là la force et l'unité du corps de ses États u .
" Peu s'en fallut que le duché d'Autriche et de Styrte De fût transmis a la maison de Mitoic après la mort du duc Léopold VII (1340). dont Henri avait ipouse* la Bile Constance. Les États d'Autriche avaient eux-mêmes offert cette
Avant même que sa querelle avec la maison de Brabant fût terminée, il avait réparti (4262) ses possessions entre ses fils, de sorte que Albert obtint l'administration de la Thuringe, du palatinat de Saxe, y compris le Pleissnerland ; Tmerri , le pays dit Osterland (situé entre l'EIster, la Mulde et la Saale), et par conséquent aussi la ville libre de Leipzig, qu'Henri avait pourvue de nouvelles immunités. Ce prince ne conserva pour lui que le margraviat de Misnie et celui de la Lusace. Gomme Thierri habitait le château de Landsberg, et que, par sa naissance, il avait droit au titre de -margrave , il fut appelé margrave de Landsberg *, bien qu'il n'y eût jamais eu de margraviat réel de ce nom. Un troisième fils de Henri, Frédéric le Petit, (né d'une union postérieure avec Élisabeth de Maltitz), reçut pour sa part quelques villes, entr'autres Dresde.
Cette division renferma le germe de longues discordes dans la famille, et compromit parfois l'indépendance des pays soumis à la maison de Wettin. En 4268 déjà, une violente querelle s'éleva entre Albert et Thierri, et en 1270, Albert osa même se révolter contre l'auteur de ses jours. On ne connaît pas le véri-
! a rno des fils de Constance, de préférence aux antres | étalent le margrave de Bade et le roi de Hongrie ; mais Henri, préoccupé par les affaires de Tboringc, dut céder aux intrigues du roi Wenceslas de Bohême qui
mal de Misnie par la ville de Sayda et le cbiteau de Bukenstein (1263).
15 Déjà Thierri, Ûls de Conrad le Grand, qui construisit le château de Landsberg, se nommait margrave de Landsberg. (Voy. note 10.) Adelung pense que ce titre est fondé sur ce que les environs de Landsberg étaient une partie de l'ancienne marche thuringienne du Nord , de même que l'Ostcrland correspond a la marche tharingienne du Sud.
table motif de cette rupture ; il ne nous reste qu'un document, dans lequel le fils s'engage solennellement à ne point poursuivre ni saisir son père ou ses conseillers, à ne point prendre ses villes ou ses châteaux, et à ne point se coaliser avec son frère contre son père.
Des scènes plus fâcheuses encore se passèrent entre Albert, nommé plus tard le Dégénéré, son épouse et ses fils. Marguerite, fille de l'empereur Frédéric II, lui avait donné trois fils : Henri, Feédé*jc et Dibzmann; mais elle eut à subir les plus mauvais traitements de la part de son époux, qui avait conçu une passion illicite pour une courtisane, Cunégonde de Eisenberg. L'épouse infortunée dut même déjouer des attentats contre sa vie. Un conducteur d'ânes, qui conduisait des provisions à la Wartbourg, avait été corrompu à cet effet ; mais heureusement il trahit ces intentions criminelles, et Marguerite parvint à s'enfuir k Francfort dans la nuit du 24 juin 1^70. En prenant congé du second de ses fils, et dans l'excès de sa douleur, elle l'avait blessé à la joue. De là le surnom de Frédéric le Mordu, qui lui fut donné (Friedrich mit der (jehmenen f fange). Marguerite mourut la même année, et Albert épousa sa maîtresse, dont il avait déjà eu un fils, nommé Apitz, et la fit participer ainsi au titre et à la dignité de landgrave. Les deux plus jeunes fils d'Albert le Dégénéré, Frédéric et Diczinann, furent adoptés par leur oncle, le margrave Thierri de Landsberg; l'aîné, Henri, par son aïeul, Henri l'Illustre de Misnie. Celui-ci lui transmit (1274) le gouvernement du Pleiss-
nerland, qui avait été, comme nous l'avons rapporté, la dot de sa mère. En 41281, on retrouve Frédéric le Mordu avec le titre de comte palatin de Saxe.
Une odieuse querelle, causée par la préférence qu'il manifestait au fils de Cunégonde, auquel il voulait assurer la future succession de la Thuringe, fut provoquée par Albert. Il alla même, dans son aversion pour les fils du premier lit , jusqu'à les priver des nécessités les plus urgentes de la vie et à les forcer d'emprunter à des communautés religieuses.
Aussi quel triste aspect nous offre ce pays infortuné ; le père en guerre avec ses fils, les vassaux suivant, comme le réclamait leur intérêt, tantôt un parti, tantôt l'autre. Dans un combat près de Weimar, Frédéric le Mordu fut fait prisonnier par le comte de Kafernbourg et conduit au château de Wartbourg M . Là, son père le laissa languir jusqu'à ce que par le secours de quelques serviteurs il parvint à s'échapper. Combien Henri l'Illustre dut regretter son funeste partage, lors-
* Cette captivité de Frédéric le Mordu fut on obstacle i ce qu'il acceptât le gouvernement périlleux de quelque» Tille» de la Lombardie, attachée» au parti des Ghibelins, et qni avaient fait offrir la suzeraineté au III» de Marguerite, princesse de Huhcnstaufen. Encore a l'année lit», on trouve dans le» annales des Dominicains de Col ma r le fait suivant : Filius Margravii Thuriagia vtnit in Lombardiam, et quadam civitatet eum Dominum wxeperunt. Ce fut également heureux pour le palatin de Satc ( c'est la le litre que Frédéric portail a l'époque dont il «'agit ), que le» troubles domestiques ne lui permissent point de faire valoir les droits sur le royaume de Sicile, qui lui revinrent par la mort tragique de Conradin. Pierre de Pretio, ci-devant chancelier de Conrad IV, y- avait déjà engagé le grand-père de Frédéric, Henri l'Illustre de Misnie. Il n'est pa» encore constaté, si le gant, jeté par Conradin du haut de l'échafaud, et qne le Truebseas de Waldbourg remit a Pierre d'Arragon , n'était pas destiné à Frédéric de Thuringe.
que, dans ses derniers jours, il lui fallut éprouver la douleur de voir ses fils et ses petits-fils démolir ce qu'il avait édifié avec tant de soin et de constance!
Henri, fils d'Albert, surnommé \eSeigmur sans pays, parce que son grand-père, après lui avoir donné le Pleissnerland, lui avait retiré cette possession, mourut en 4285, et son frère Diezmann fut investi de l'administration du Pleissnerland. L'oncle des malheureux (ils d'Albert, chez lequel ils avaient trouvé un refuge, le brave Thierri de Landsberg, mourut un an plus tard, laissant, pour lui succéder dans l'Osterland et le Landsberg, un seul fils, Frédéric Tutta, surnommé le Bègue. Enfin, celle qui avait été la cause première de tant de troubles dans la maison de Wettin, Gunégonde, mourut en 1286, et Albert se remaria en troisièmes noces avec Élisabelh, comtesse d'Arnshaugk.
Le chef de la maison, l'illustre Henri, qui avait vu mourir et son fils et son petit-fils, prolongea ses jours, à son regret peut-être, jusqu'en 1288. Il mourut à Dresde, le 15 février, après avoir régné glorieusement pendant plus de cinquante ans, et pris part aux événements les plus marquants de cette époque agitée. La meilleure preuve qu'il n'excellait pas seulement dans l'art du gouvernement et de la guerre, et que son âme était susceptible des sentiments les plus nobles et les plus beaux, c'est que son nom brille parmi les troubadours, les Minnesânger de son temps w .
» Consulter sur le mérite poétique de Henri l'Illustre la notice biographique «le M. F. H. fou der ffagen, dans m précieuse rolloetioa de» Minnesdnger. ta 4 tolumes. Leipzig. 1*58. (Vol IV p. 20 et *.). Le» poésie» qui non» restent d«
Ceux de ses héritiers qui survécurent à sa mort, furent : Albert le Dégénéré, fils de Henri, et Frédéric Tutta, fils de Thierri de Landsberg; puis les fils d'Albert, Frédéric le Mordu et Diezraann ou Thierri le Jeune. Le partage de la succession provoqua de nouveaux débats. Albert et Frédéric de Landsberg se partagèrent le margraviat de Misnie, à l'exception d'une parcelle, qui avait été cédée en i 287 au fils du troisième lit de Henri l'Illustre, Frédéric, dit le Petit, et que celui-ci vendit plus tard, pour une rente annuelle de quatre mille cinq cents marcs d'argent, au roi Wenceslas de Bohême. Les fils d'Albert, Frédéric le Mordu et Diezmann, contestant les droits de leur père et ceux de Frédéric, leur cousin, une longue et odieuse guerre fut de nouveau engagée entre les différents membres de la famille; guerre qui fut quelquefois à la veille de se terminer par des conventions, et que l'intervention de princes étrangers, entr autres des margraves de Brandebourg et des empereurs Adolphe de Nassau et Albert d'Autriche, vint encore compliquer s *.
ce prince «ont tirées de la collection de* Manette, manuscrit conservé i la bibliothèque royale de Paris, ancien fonds. n*7260.
18 Frédéric, avide de vengeance, n'hésita point de surprendre son père, entre Eivnach et Gotha, de s'emparer de sa persounc, et de lui infliger une captivité, qu'il n'aurait jamais fait cesser, si quelques seigneurs tburingiens n'avaient intercédé en sa faveur. Le père ne racheta sa liberté qu'à des conditions excessivement dures. La présence de l'empereur Rodolphe de Habsltourg i Erfurt, depuis la fln de l'an 1280 jusqu'en novembre 1300, fut d'une heureuse influence sur l'accommodement de ces désastreux démêlés de famille, entretenus par les fréquentes aliénations d'Albert, sur lesquelles ses fils eurent toujours de nouvelles plaintes a élever.
Trois ans après le décès du dernier margrave, le i6 août 1394, Frédéric Tutta de Landsberg, fils de Thierri, mourut, et Frédéric le Mordu s'empara immédiatement de la plus grande partie de la Misnie ; son frère Diezmann prit possession de l'Osterland. De son côté, Albert le Dégénéré, sous l'influence de la haine qui (animait contre ses fils, vendit l'héritage entier de son neveu Tutta, et même son landgraviat de Thuringe, à l'empereur Adolphe de ISassau, pour la faible somme de 42,000 marcs, et la possession de Landsberg avec les villes de Delitsch et de Sangerhausen, au margrave de Brandebourg. Adolphe pénétra deux fois " dans le cœur des Etats de Wettin, afin de ravir aux fils d'Albert leur légitime héritage, et y sévit avec une fureur peu conforme à la dignité du sceptre impérial. Ces désastres réduisirent Frédéric le Mordu au plus complet dénuement. De 1296 à 1297, errant, sans patrie, il dut invoquer le secours et l'hospitalité de ses amis, tandis que son frère Diezmann se réfugiait dans la Lusace. Heureusement pour les fils d'Albert, Adolphe de Nassau fut bientôt occupé ailleurs par de plus graves intérêts, et ses troupes indisciplinées durent évacuer la Misnie. Aidé de ses partisans, Frédéric parvint à reconquérir Rochlitz et d'autres villes et châteaux, et s'empara même, près de Dôbeln, du général des troupes
M En 1OT4 et 1905. Le successeur de Rodolphe de Habsbourg avait porté set rues sur la Tburlnge sur les représentations de quelque» membres éminents du clergé. Celni-ci ne pardonnait point aux (Ils d'Albert leur qualité de petils-Alsdu Hohenstauren Frédéric II, et les envisageait toujours comme les | l'Église. L'argent britannique a beaucoup favorisé les projets injustes de I reur d'Allemagne.
impériales, Henri de Nassau ". Tenu en échec par son adversaire Albert d'Autriche, fils de Rodolphe de Habsbourg, l'empereur Adolphe dut enfin renoncer à ses projets sur les États de Wettin. Bientôt après , la bataille de Gelnheim (2 juillet 4298) lui ravit et le trône et la vie.
A la suite de ces événements, la situation des lils d'Albert le Dégénéré parait s'être améliorée, et la paix avec leur père rétablie. Du moins l'on rapporte que Frédéric, après la mort de sa première femme, Agnès de Carinthie, épousa la sœur de sa belle-mère, et devint ainsi le beau-frère de son père 31 .
Celte paix, cependant, fut bientôt troublée par les tentatives que fit l'empereur Albert pour se rendre maître des États de Wettin que son prédécesseur Adolphe avait achetés au profit de l'Empire. Des réclamations avaient été élevées par les villes d'Eisenach , de Greuzbourg et de Frankenstein , qui , pendant les troubles , où chacun ne surveillait que ses propres intérêts, avaient pu obtenir la dépendance immédiate de l'empereur, et qu'on voulait forcer maintenant à rentrer sous leur ancienne dépendance. Dans le but d'éloigner les dynastes de Wettin, ces villes engagèrent l'empereur Albert à faire valoir ses prétendus droits sur la
*° Cousin de l'empereur, et gouverneur du pays de Mlsnie, d'après nn document où II est nommé : judex provincialii m ttrra JUitnemi ae PlimenH a Semiittimo Domino Jdolpho Reye amttitutus.
ai D'autres disent une fille de sa belle-mère, ce qui est plus probable. D'après M. Gretscbel, la seconde fille de Frédéric le Mordu, était la jeune Élisabetb d'Arnsbauglc, fille du premier lit de la comtesse d'Arnshaugk, que le landgrave Albert avait épousée en troisièmes noces.
Thuringe. Quant à la Misnie , H l'avait déjà aliénée à Wenceslas de Bohême, qui, à son tour, l'affecta pour 40,000 marcs au margrave de Brandebourg. Frédéric et Diezmann, engagés ainsi dans de nouvelles complications, furent attaqués de deux différentes parts. D'abord par ceux de Mùhlhouse , Eisenach , Erfurt, etc., qui assiégèrent la Warf bourg A peine ceux-ci furent-ils vaincus et la Thuringe pacifiée, que l'empereur Albert, après avoir peu auparavant dévasté la Misnie en venant de Bohême, envahit ces contrées et l'Osterland avec une armée qu'il avait recrutée sur le Rhin, en Bavière et eu Souabe (4507). Mais la fortune ne lui fut point favorable. 11 essuya une défaite complète à Lucka , près d'Altenbourg **, et se retira en Bohême. On sait que l'année suivante cet empereur succomba sous le fer de son cousin Jean de
31 Voici ce qu'on raconte à l'occasion de ce siège Je la Wartbourg : Élisahelh d'Arnsbaugk, épouse de Frédéric le Mordu, venait de donner le jour à une Aile, et, le château étant cerné de tous les côtés par l'ennemi, il ne se trouvait pas d'ecclésiastique pour baptiser cet enfant. Frédéric n'hésita pas longtemps , le prit sur son cheval, et se faisant accompagner par dix hommes d'armes, il sortit du honrg a l'aide de la nuit. Bientôt i! se vit poursuivi des ennemis, et |>our comble de malheur, le nourrisson réclama le sein de la nourrice. Malgré le danger pressant, le père attendri s'arrêta en disant : « Celle traque ne privera point mon enfant de sa nourriture, dussé-jc lui sacrifier tout le pays de Thnringe ! » Les homme* d'armes, prêta a la défense, entourèrent la nourrice, et le* persécuteurs, ayant perdu la trace, passèrent tout près de ceux qu'ils cherchaient. Mencke, script, rcr. Germ. II. 1767.
15 Cette célèbre victoire fait le sujet d'un poème ancien et très-rare, d'un Sicilien de Martalc, l'ancien Lilibée, intitulé : Priami Capot ii, Siculi Lilibit», Fridericeidos liber. Impressum Lipcjyk per Mauritium Brandis 1488, 91 die Novbr. 4. Un ouvrage non moins rare est : Franc. Phthitiandri , hUtorica uarratio pugnttct vtctoriw illutlriss. principis Frederiri, raclas ad Luccam A. C. 1307 verslhu* exposita elegiari*. Lipii. 1383. 4.
Souabe . et la Misnie se vit momentanément délivrée des dangers dont il la menaçait continuellement.
Peu de temps avant la mort d'Adolphe , et après la bataille de Lucka, la mort avait enlevé le margrave Diezmann. D après une tradition douteuse , ce prince aurait été assassiné dans le couvent de St. -Thomas à Leipzig, pendant qu'on y célébrait la messe de Noël , en 4307 M . Par suite de cet événement, Frédéric le Mordu entra, sans que son vieux père y opposât la moindre résistance, en possession des Etats de son frère, et comme Albert venait de lui céder, en échange d'une pension annuelle, la Thuringc et le château de Wartbourg, toutes les possessions de la maison de Wetlin se trouvèrent réunies une seconde fois sous le pouvoir d'un seul, Frédéric le Mordu, à l'exception des comtés de Wettin et de Brène, qui en avaient été séparés en 4290, ainsi qu'il a été dit, et de la Lusace inférieure, qui avait été vendue au Brandebourg en 4305. Henri VII de Luxembourg, nouvellement élu roi des Romains, après avoir fait examiner ses titres, abandonna les prétentions de l'empire sur la Misnie et la Thuringe. La querelle se prolongea seulement avec le Brandebourg, et se termina par l'extinction de la maison ascano-brandebourgeoise en 4319. Toutes les
54 L'épitapbe de son tombeau à Leipzig est attribuée à Dante, qui, dit-on, résidait a cette époque en Saie. Mencke du moini possédait un manuscrit intitulé : Oantis Aligcrti, Florentin), EpitapbiumTiUmanni. Landgrav. Thuring. etMarch. Misu. et Lusat.
Il est plus probable qu'elle a été composée par un historien mksoien du 10* siècle, Erasraos Stella. Il y a 4 an*, il a été dressé dans l'église de St. -Paul à Leipzig, no monument pins digne du margrave de Misnie et de Losace.
parcelles misniennes, qui se trouvaient encore en son pouvoir, furent restituées à Frédéric, à l'exception du Landsberg et de la Lusace, qui se réunirent de leur propre gré au royaume de Bohême.
Le landgrave Albert le Dégénéré mourut âgé de 74 ans en 131-1 M , et la tige mâle de la famille doWettin ne fut plus représentée que par Frédéric le Mordu, et par ses deux (ils Frédéric le Perclus (enlevé Tannée suivante au siège de Zwenkau), et Frédéric le Sérieux. Celui-ci avait été fiancé en bas âge à Julta (Judith), fille de Jean de Bohême, de la maison de Luxembourg, qui avait été élevée avec lui dans le château de Wartbourg ; mais avant que cette union fût réalisée , il la renvoya à son père w et se fiança à Mathilde, fille de l'empereur Louis de Bavière.
Frédéric le Mordu arrivait à la fin d'une carrière remplie de troubles et de vicissitudes. Malgré des attaques incessantes et les plus rudes privations, il ne renonça jamais à ses droits. Les dernières années de sa vie même, pendant lesquelles il aurait dû jouir du repos, furent signalées par une malheureuse fatalité. A la suite d'une espèce de spectacle religieux donné par des moines d'Eisenach, qui avait eu, dit-on, pour sujet les cinq vierges sages et les cinq vierges folles, il fut atteint d'aliénation mentale, et deux ans avant sa mort,
Il termina se» jours 1 Erfurt, od il résidait depuis 7 an*, sans prendre aucune part à la guerre, que les réclamation* de Frédéric avaient allumée entre relui ci et la ville d'Erfurt. Son flls naturel, Apitz, »ire de Tcnnchcre;. l'avait précède de huit an*. En 1316, le dernier de* 01» de Henri l'Illustre. Frédéric le Petit ou de Dresde, vint a mourir également.
5* Elle devint plus tard Pépouse de Jean, roi de France.
le 30 avril 1322, une apoplexie vint lui ôter l'usage de ses membres et la faculté de parler. 11 ne se releva plus avant le jour de sa mort, qui vint enfin, le 17 novembre 1324, mettre un terme à une vie si éprouvée et si rude. Frédéric était âgé de 67 ans
On conçoit facilement que des temps aussi agités devaient être peu favorables au développement du commerce, de la civilisation , de l'industrie et des sciences ; l'absence d'un pouvoir judiciaire régulièrement établi, l'anarchie, les dangers qui menaçaient sans cesse les personnes et les propriétés, s'accrurent à mesure que le droit du plus fort gagna en puissance et fut le seul reconnu. Les villes seules tirèrent quelque profit; car elles se consolidèrent à l'intérieur, et agrandirent par des alliances leur importance politique.
Frédéric le Sérieux succéda à son père à 1 âge de 15 ans dans le gouvernement des États de Wetlin. Après avoir régné quelques années sous la tutelle de sa mère, sa majorité fut déclarée en 1329 par l'empereur Louis, et son mariage avec Malhilde de Bavière suivit de près cette déclaration. Le dessein d'affermir et détendre son pouvoir, manifesté par quelques sages mesures, a pu lui valoir auprès de ses contemporains le beau surnom « le Sérieux » ; mais en examinant de plus près l'histoire de sa vie, l'on découvre facilement que sa conduite lui avait été imposée par la force irrésistible des circonstances.
n Voy. M»r Frédéric Je Mordu : Phil. Melanchthonit, oratio de Friderico, Laudgp. Tbnrmg. el marefa. Mimie, cujun fuit a raatre ad moi sa gena, recitala a Ca*p. Piucero, Vite». 1554.8.; et l'ouvrage de Tvnctl, dan* MencLenii, Scriplom retum Gérai. I. 11, p. 885-tKW.
En 4337, il s'allia avec la ville de Mayence et la Hessc, pour mettre un terme aux exactions des chevaliers brigands de Treffurt , seigneurs du territoire de Treffurt sur la Werra, et du château de Nortraannstein. Ce château fut pris d'assaut, les chevaliers furent dépouilles, et leur pays devint la possession commune des parties conquérantes, qui s obligèrent par un pacte de confraternité à l'administrer et à la défendre en commun **.
Frédéric eut en général le mérite incontestable d'avoir protégé avec vigueur les villes contre les empiétements et les brigandages de la noblesse, dont il s'efforça d'affaiblir la puissance par l'achat de grandes propriétés territoriales.
L'offre qu'on lui fit en i 347 de la couronne impériale, dénote suffisamment la haute estime que les princes de * l'empire avaient pour son caractère énergique et décidé, et pour ses talents administratifs. Son refus, d'autre part, est un éclatant témoignage de sa prudence et d'une parfaite intelligence des intérêts de sa maison. Le parti bavaro-brandebourgeois voulait le constituer le rival de Charles IV; mais Frédéric, intimidé par la puissance de son rival et voisin de la Bohême, préféra la somme de 10,000 marcs que celui-ci lui avait offerte, à une couronne incertaine et dont l'acceptation l'aurait expose à
58 Deui an» plus lard, le landgrave prit part a une expédition dan* les Pays- Bas, contre le roi de France, Philippe VI, contre lequel, comme on sait, le beaupere de Frédéric, Loois de Bavière, s'était ligué en 1M7, avec son bean-frère, Edouard III d'Angleterre. Voy. /o. GotU. Nom, expéditions auxitiari» a Friderico Severo contra Pbilippura , Galll» rtgem, sutcepU» btstoria, in novis Miscellan. I.ipMcn*. t VII, p. 318. sa,.
la proscription, et à étro mis au ban de l'empire, ainsi que Charles l'en avait menacé.
Des événements funestes vinrent troubler les derniers jours de sa vie, qu'il ne prolongea que jusqu'à la trenteneuvième année. Le 25 juin 4348, un affreux tremblement de terre détruisit une multitude de ses villes. En même temps, une épidémie, connue sous le nom de « la mort noire », ravagea ces contrées. Un nombre infini de personnes succombèrent; beaucoup de villes devinrent presque désertes. Erfurt, par exemple, perdit 12.000 habitants en six mois, outre six mille juifs massacrés comme les auteurs supposés de cette maladie, qu'on attribuait à l'empoisonnement.
Frédéric le Sérieux mourut le 18 novembre 4349, et laissa quatre fds : Frédéric le Sévère, Balthasar, Louis et Guillaume /; l'aîné avait 47 et le plus jeune 6 ans. Louis étant entré dans les ordres les trois autres gouvernèrent en commun. Par cette mesure, l'on voulait évidemment se garantir des conséquences fâcheuses d'un partage.
39 Looi», noromé évéque de Bamberg en 1366, reçut du pape Grégoire XI les provision» de l'archevêché de Mayeoccen 1374, ci s'attira par là une querelle avec son compétiteur, Adolphe de Nassau, évéque de Spire, soutenu par un grand nombre de villes et de nobles. Celte querelle, dont Frédéric le Sévère, son frète, et l'empereur tentèrent vainement de le tirer, ne fut pas même terminée par l'indemnité que lui offrit le pape Urbain VI, en le nommant successivement patriarche de Jérusalem, évéque de Cambrai, et (1581) archevêque de Magdebourg. La mort seule intervint à cet effet. Pendant le carnaval de 1582, l'archevêque, grand amateur delà danse,' surnommé pour cette raison taltarellus, avait organisé une féte, qui fut troublée par un iucendie. Prenant une dame à son bras, et suivant la roule qui fuyait, il fit no faux pas, qui lui donna la mort. Son frère Guillaume, également présent, se sauva par la fenêtre. Menckc. Script, rer. Gtrm. t. II, p. Stt.
L'événement le plus important à signaler maintenant, est le mariage de Frédéric le Sévère avec la comtesse Catherine de Henneberg *. Ce mariage fit entrer le district et la ville de Cobourg dans le cercle des possessions étendues des Wettin 41 .
Ce pays de Cobourg, qui se trouve dans les documents les plus anciens sous le nom du lieu saxon de la Franconie (der sdchsische Ort Landes zti Franken), plus tard élevé en principauté, n'était avant le 12* siècle qu'une partie intégrante de la Franconie orientale, dans l'histoire de laquelle il se trouvait confondu. Avant le huitième siècle, le district de Cobourg avait formé une partie de la Thuringe ; mais depuis l'introduction du christianisme par saint Boniface, il fut incorporé au diocèse épiscopal de Wurzbourg et à la Franconie. Durant la division rantonnale ( Gauverfassung) de l'Allemagne, Cobourg était une partie du canton de Grabfeld. Après plusieurs changements , nous ne voyons ce district se former on un corps politique particulier et détaché, que depuis le milieu du i3 a siècle, où les comtes de Henneberg, dont les possessions y étaient fort considérables, parvinrent
*' Fille du comte Hrnri VIII. Ce mariage s'élait Ml en 15 M j mais aprè* une querelle assez violente, qui s'était élevée entre Ict d*ux pères au sujrl de la dot, . il fut décidé que celle-ci (comprenant Cobourg, Scumalkaldcn, rte.), oc serait remise i Frédéric le Sévère, qu'après la mort de» parents de la fiancée. Le comte Henri VIII mourut eu 1547, et sa femme six ans après, en 1553.
41 On rapporte sur celle Catherine de Henneberg un bon mol. adressé au fameux peintre Lucas Cranacb par l'électeur Frédéric le Sage, qui avait chargé cet artiste de peindre les portraits de ses ancêtres : . Vous la pciudrex aussi bleu que possible, car celle poule ( l/ennrberg signifie montagne de poulu ) a pou Ou un wuf pm-icui à la maîsou de Saxe. •
à acquérir les divers domaines impériaux qui s'y trouvaient, ainsi que les biens de la maison de Méran et ceux d'autres familles comtales et dynastiques, et à les réunir sous le nom commun de la nouvelle seigneurie. Les premiers efforts pour cette réunion furent faits par le comte Popon VI, mort en 4245, qui était alors dans ces contrées un des seigneurs les plus riches en biens territoriaux. Sa seconde épouse Jutta, fille du landgrave Hermann deThuringe", apporta une dot considérable à Popon , au moyen de laquelle il agrandit pour une large part ses possessions antérieures et fonda la nouvelle seigneurie , qui fut étendue par son fils du second lit, le comte Hermann i. Par suite du partage fait en 1243 après la mort de Popon VI, Hermann avait reçu les possessions de son père dans le pays de Cobourg, qu'il augmenta considérablement par ses rapports de parenté avec les maisons de Thuringe " et de Méran , ainsi que par son alliance avec le roi d'Allemagne, Guillaume de Hollande 44 .
Outre les biens de Méran *, dont il devint proprié-
4J La veuve du margrave Tbierri de Yisnie, mur et héritière de Henri Ratnon. (Vojr. plu* haut, p. 46.)
** II obtint , outre la succession d'Henri Ratpon, son oncle, la seigneurie de Schmalkalden.
44 Hermann reçut même de l'empereur Rodolphe, en 1370, l'expectative du comté de Hollande; puis il la vendit en 1281 à ton cousin le comte Jean de Hainaut, pour 1,580 livres sterling. 11 ne parait pas cependant que le contrat ail et*} exécuté; car, l'année suivante, il céda tous ses droits sur la llollandea son gendre, lt marprave 01 bon de Brandebourg.
u Cette maison (ducale, depuis 1180) avait ses principales possessions en Bavière et dans le Tyrel, et se nommait auparavant d'après le château d'Andechs, qui en était le berceau. Méran désigne aujourd'hui , comme on sait, une ville dit Tyrol, située dans le cercle de Bolxano.
taire après la mort du duc Othon III de Méran qui ne laissa point d'héritiers en 4248, la principale acquisition qu'il Ht, fut le château et la ville de Cobourg, qui appartenaient auparavant au comte de Wildberg. Cette acquisition a dû avoir lieu entre 1373 et 4288. Le successeur d'Hermann I, décédé en 4290, fut Popon VII. Sa mort, qui survint Tannée suivante, fit échoir tout l'ensemble de ses domaines à sa sœur, la comtesse Judith, mariée au margrave Othon de Brandebourg, et qui avait fixé sa résidence à Cobourg depuis la mort de son époux. (4298). Elle possédait en Franconie 22 villes, parmi lesquelles nous citons Cobourg, Callenberg, Heldbourg, Lauterbourg, Hildbourghausen, Neustadt, Eisfeld, Rodach et Ummerstadt. Elle laissa un fila unique, Hermann, qui portait , du chef de ses biens en Franconie, tantôt le titre de comte de Henneberg, tantôt celui de seigneur de Franconie. A sa mort (4308), ses États furent répartis entre ses quatre enfants : Jean, qui lui succéda dans le Brandebourg, Agnès, Meçhtilde et Jutta. Cette dernière, en épousant, en 4342, le comte Henri VIII de Henneberg '% l'enrichit de la part qu'elle avait eue dans la succession de son père. Le comte Bcrthold VII, beau-père de Jutta, acquit à la même époque, par achat, la part des autres enfants de Hermann de Brandebourg, et réunit ainsi les possessions hennebergeoises qui, en conséquence du mariage de Judith avec Othon de Brandebourg, étaient échues à
44 Elle était parente avec lui au quatrième degré. Auui md époux eut-il de long* démêlé» avec la cour du Rome pour avoir négligé la diipenic que néceuitail cette parenté.
cette maison margraviale, de nouveau à la famille de Heuneberg, d'où elles étaient provenucs. Seulement elles furent partagées, du vivant de Berthold, entre lui et son fils Henri, l'époux de Jutta. Mais la mort de Berthold, arrivée en 1340, fit retourner enfin tous ces biens sous un même seigneur.
Selon la dernière volonté du comte Henri VIII, cette soi-disant nouvelle seigneurie des comtes de Henneberg devait être détachée, comme nouvelle acquisition, de ses autres Etats; les anciennes possessions hcnnebergeoises devaient devenir l'apanage de sa veuve et être partagées, après la mort de celle-ci, entre ses trois filles : Elisabeth, épouse du comte Ebrard de Wurtemberg, Catherine, celle du margrave Frédéric le Sévère de Misnic, et Sophie, celle du burgrave Albert de Nuremberg. Après la mort de leur mère, ces dernières ou plutôt leurs époux, divisèrent le pays conformément à la volonté du père, en sorte que le comte de Wurtemberg eut la partie méridionale renfermant les châteaux et les villes de Kocnigshofen , Minnersladt , la moitié de Schweinfurt, Jommelshausen , Rotenstein, Sternberg, Steinach et Wildberg; le margrave Frédéric de Misnie, le nord-est, c'est-à-dire les châteaux et les villes de Cobourg , Neustadt, Sonncberg , Neuhaus , Schalk.au, Strauf et Rodach ; le burgrave de Nuremberg enfin, le nord-ouest , # c'est-à-dire les villes et les châteaux de Kissingen , (lildbourghausen, Eisfeld , Koenigsberg, Iinmersladt, Schilden, INeullingen, Schmalkalden, etc.
Un an déjà après ce partage, le comte de Wurtemberg céda (1354) sa part au chapitre de Wurzbourg.
Vingt ans plus lard, parle mariage du frère de Frédéric de Misnie, Bullliusar, avec Marguerite, fille aînée du burgrave Albert de Nuremberg 4T , la part de ce dernier vint encore agrandir les possessions franconiennes de la maison de Wellin.
D'autres biens encore furent acquis par achat, comme la seigneurie de Zôrbig, l'ancien héritage de la famille.
Un autre événement remarquable dans le règne de Frédéric le Sévère de Misnie , est le pacte de confraternité, entre les princes de la maison de Wellin et celle
47 Pour résumer et pour éclaircir ce qui a été exposé ci dessus tur le» ancêtre* de Catherine, comtesse de llennebcrg. qui par son mariage avec Frédéric de Misnie, mit la maison de Wellin en possession de ce pays de Cohourg, qui a donné le nom spécial a la famille dont nous traçons l'histoire,^ nous donnons un petit tableau généalogique, fondé sur les indications de l'ouvrage allemand intitulé: Histoire de Cohourg an moyen âge, par J. A. de Sebultes, Cohourg, 1814.
■oral VI •)• 134.1.
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de Hesse, signé en 1370, et sanctionné par l'empereur Charles IV, en vertu duquel ils s'engagèrent, pour tous leurs Etats tant présents que futurs, à une assistance fraternelle en cas de danger et à une succession mutuelle pour la maison survivante, avec exclusion , toutefois, de toutes prétentions du côté des femmes.
Lors du renouvellement de ce pacte, qui eut lieu plus tard , la maison de Brandebourg y fut également admise, mais n'obtint point la sanction de l'empereur.
Outre les quatre fils de Frédéric le Sérieux désignés plus haut, ce prince avait eu encore une fille, Élisabeth, mariée au burgrave Frédéric V de Nuremberg Elle fut la mère du burgrave Frédéric VI, qui après avoir acquis en 4415, de l'empereur Sigismond, le margraviat de Brandebourg, au prix de 400,000 florins d'or, fut investi en 4447 de la dignité électorale de Brandebourg : Elisabeth devint ainsi l'aïeule de la maison de Prusse actuelle.
Le gouvernement commun des trois fils de Frédéric le Sérieux eut une durée d'environ 50 ans, au grand avantage de leursEtats. Mais lesacquisitions multipliées, et le morcellement des Etats de Wcltin motivèrent en juillet 4579 un partage révocable entre les frères. A la vérité ils s'étaient abstenus de se servir du mot départage, et avaient désiré conserver le principe d'union en maintenant en commun les droits de la suzeraineté, de la juridiction suprême, de la répartition des impôts, de l'aliénation et de la collation de fiefs ou de bénéfices ,
* De la maison de Zolleru. originaire do Souabc.
des déclarations de guerre, de la régale des mines et du monnayage; dans le fond, ce n'était rien autre chose qu'un partage d'administration. Le sort décida sur ces parts ; Frédéric obtint lOsterland, Balthasar la Thuringe et Guillaume " la Misnie. L'aîné des frères , Frédéric le Sévère, étant mort déjà deux ans après, en 4 58 1 , sa veuve, Catherine deHenneberg (morte en 4 597) conserva le pays de Cobourg, celui de Weissenfels et la tutelle de ses trois enfants, savoir : Frédéiic, nommé plus tard le Belliqueux, Guillaume et George. Les difficultés que devait rencontrer l'administration commune des Etats de Wetlin se faisaient de plus en plus sentir, et le partage de 4579 n'ayant été fait que pour un terme do deux ans , les fils de Frédéric le Sévère procédèrent le 54 novembre 4582 à la répartition définitive de ces États entre eux et les deux frères survivants de leur père, Balthasar et Guillaume : Balthasar eut la Thuringe; Guillaume, la Misnie, et les fils de Frédéric, TOsterland et le Landsberg; il n'y eut que la ville de Freiberg et les mines qui restèrent bien commun.
Frédéric le Belliqueux qui administrait, en commun avec ses frères, la succession paternelle, agrandit son territoire, tant par achat, que par conquête. Nous citons particulièrement le château et la ville dcSaalfeld (4589), Allenberg près de Iéna (4595), Leuchtenbourg avec Kahla et Roda, et le district de Kônigsberg en Fran-
« Guillaume, qui as»i»ta l'empereur Charle» IV, dan* une expédition contre les Viiconti de Milan (1868), avait agrandi Pinfloence de m maison, par (on mariago atff Marguerite, nlle de Ios»e de MoraTie et nièce de 1'emprretir
conie (4396), les châteaux de Schmôllen , Ron ne bourg etWerda(4400) w .
Le 40 février 4407, Guillaume I er , oncle des trois princes, mourut sans enfants, et Frédéric le Belliqueux exigea le partage égal du pays de Misnie et des accroissements opérés par Guillaume, entre la ligne de Thuringe et celle d'Osterland. Ces' accroissements étaient assez considérables, et renfermaient non-seulement tous les biens des burgraves de Dohna , qu'il avait conquis, et qui comprenaient environ 55 villages, villes et châteaux, mais encore la seigneurie dedolditz renfermant, outre la ville et le château , 52 villages, qu'il avait achetée pour la somme de 4500 marcs.
Peu de temps avant la mort de Guillaume, le second frère de Frédéric le Sévère, Balthasar de Thuringe,
*• En 1588, Frédéric prit part à la guerre qu'avaient élevée les villes de Souabe, de Bavière et de Franconie contre les priuce» et seigueurs, et contribua, avec le burgrave de Nuremberg , a soumettre les villes de Windsheim, Rotenbourg et Nuremberg. En 1371, il combattit pour la cause de Tordra Teutoniqne contra Jagellon, grand -duc do Litbuanie. qui voulait réunir les deux couronnes de Lilbuanle et de Pologne. C'est a cette expédition , qualifiée de croisade, vu le paganisme de la plupart des Lithuaniens, que Frédéric fut armé chevalier.
En 1373 déjà , il avait été convenu entre Frédéric le Sévère et l'empereur Charles IV, que Frédéric le Belliqueux épouserait Anne, fille de cet empereur. Wenceslas, fils et successeur de ce dernier, refusa l'exécution de cette convention, et donna sa sorur au roi d'Angleterre en mariage. Il en résulta entre les princes d'Osterland et Wenceslas de longues discussions au sujet de la dot dont Frédéric le Belliqueux se vit frustré; et ce ne fut qu'en 1397 que celoi-cl fut indemnisé par une somme d'argent et la cession révocable de quelques localités ro Bohême. Frédéric épousa en 1409, Catherine, fille de Ilenri le Doux, duc de Brunswick. ~ Les questions matrimoniales, dont nous venons de parler, ne furent pas sans influence sur l'adhésion des princes de Wettin (MOI) à la ligue qui s'était formée en Allemagne contre l'immoral Wenceslas, roi d'Allemagne, et en faveur de Rupert, électeur palatin.
vint à mourir, le 49 mai 4406, laissant ses États à Frédéric le Simple, son Gis unique. Sous l'influence de son épouse Anne, qui était la fille du comte Gùnther de Schwarzbourg, et de son beau-père lui-même, avant de mourir, Frédéric, prince faible et facile à surprendre, avait plusieurs fois manifesté le désir de vendre son pays ; mais par l'intercession énergique et menaçante de son cousin Frédéric le Belliqueux , il promit de ne rien entreprendre sans le consentement de la ligne d'Osterland, qui témoigna par là de son zèle à soutenir et à étendre la puissance, successivement dévolue à la maison de Wettin.
Ce qui jette le plus vif éclat sur le règne de Frédéric le Belliqueux et de son frère Guillaume II (Georges était mort à 24 ans, en 1401), c'est la fondation de l'université de Leipzig. Depuis près de deux siècles, cette ville avait pris une extension considérable, et depuis 4388 elle avait atteint, par le développement de son commerce et de son industrie, à un haut degré de richesse et de prospérité. Déjà Frédéric le Sérieux s'était efforcé d'assurer à cette ville la prédominance de 1 élément germanique sur l'élément esclavon, qui s'y était toujours conservé. La langue slave dut céder à la langue allemande ; les rues reçurent des dénominations germaniques, et le nom de Lipzk 41 se modifia en celui de Leipzig. Le commerce, qui allait croissant dans toute l'Allemagne, par l'activité des bourgeois réunis en corporations , se fil de plus en plus sentir comme un puissant levier de la vie intellectuelle ; et les villes de commerce étant de
" Lipïk signifie tilleul.
tout temps des foyers de lumière, nous voyons à I époque dont il s'agit, les villes d'Erfurt, Mersebourg et autres, se distinguer à la fois par leur activité commerciale et leur mouvement intellectuel. La puissance de Leipzig s'était accrue principalement en 1588, époque à laquelle celte ville entra en rapports avec Nuremberg et Augsbourg, et reçut sa part dans le commerce du Levant. Les Sorabes apportaient leur toile renommée et leurs pelleteries sur le marché de cette ville, et les échangeaient contre d'autres marchandises, étrangères à leur pays. Les articles principaux du commerce de Leipzig étaient les draps, les feutres, les voiles, le verre vénitien, le viri de Rhin et de Malvoisie, les harengs, la soie, les épiecs, et les objets d'orfèvrerie. Ce mouvement rapide fit naturellement sentir le besoin d'écoles publiques; aussi le pape Boniface IX accorda en 1395, la permission d'établir la première école communale, et le conseil était autorisé à installer, sans le concours du prévôt de St.-Thomas, les professeurs de grammaire et des arts libéraux.
Du temps de Frédéric le Belliqueux, les seules universités existantes en Allemagne étaient celles de Prague, Heidelberg, Cologne et Erfurt.
Huss et son ami , Jérôme de Prague, qui s'étaient imbus de la doctrine de l'intrépide Anglais , Jean Wicleff, initièrent la ville de Prague à une existence scientifique jusqu'alors inconnue ; et c'est de là que partirent les premières attaques qui ont ébranlé le système hiérarchique qui pesait sur la chrétienté , et que des vues plus claires et élevées en matière religieuse
se répondirent peu à peu. Les nouvelles idées que la chaire théologique de Prague dissémina parmi la jeunesse allemande, ainsi que les collisions fréquentes qui y surgirent entre les professeurs et les étudiants des trois nations étrangères et ceux de la nation bohème, eurent non-seulement une influence notable sur la disposition des esprits en général, mais ces dissensions réitérées donnèrent aussi la principale impulsion à la création de l'université de Leipzig. Pour comprendre ces dissensions, il faut savoir qu'à l'instar de l'université de Paris, il existait à Prague une division des professeurs et des étudiants d'après les quatre soi-disant nations; savoir celles de Bohême, de Misnie (ou de Saxe), de Pologne et de Bavière. Or, dans 1 élection du recteur, comme dans d'autres affaires d'administration académique, ces quatre nations avaient un suffrage égal ; et cette concession faite aux trois nations étrangères, mécontenta justement les Bohèmes , qui se virent, dans les votes, presque toujours dominés par la volonté des étrangers. Jean Huss fit décider, en 1408, que dans toutes les délibérations académiques, les Bohèmes auraient trois voix, et les étrangers collectivement une. Le désappointement fut maintenant du côté de ceux-ci. Considérant cette mesure comme un outrage tant à la Saxe qu'aux autres pays représentés à Prague; s emparant du moins de cette interprétation , le prince d'Osterland conçut le projet de la fondation d une université dans ses propres États. Ce qui le confirma dans ces projets, fut l'émigration croissante des étudiants de Prague, et le déplaisir qu'il dut
éprouver en voyant que la vogue des universités étrangères emportait des sommes considérables hors de ses États.
Le M mai de l'an 4409, près de 2,000 docteurs, maîtres et étudiants avaient quitté Prague, sous la conduite de Jean Hofmann, de Jean Otto, du Silésien Othon de Munsterberg (petite ville de la Silésie), et de Henning Boldcnhagen, et vinrent solliciter du margrave Frédéric la permission de s'établir en sa ville de Leipzig. Vincent Gruner, bachelier en théologie et maîlrc-ès-arls, qui avait quitté la position de professeur à l'université de Prague, pour accepter une chaire dans la fameuse abbaye d'Altencelle, intercéda avec succès en faveur des savants émigrés. Déjà le A décembre, on procéda en présence de Frédéric le Belliqueux, de son frère Guillaume, et d'une quantité d'évèques et de prélats, à l'inauguration solennelle du nouvel établissement, qui deux mois auparavant avait reçu l'approbation du pape Alexandre V. C'est ainsi que les études sérieuses trouvèrent, grâce à la protection des princes de la maison de Wetlin, un nouveau refuge à Leipzig, « cet endroit vaste et populeux (c'est ainsi que s'exprime le bref du pape), situé sous un ciel bienveillant ; pourvu, comme un champ particulièrement béni, de tout ce qui est nécessaire à la vie; peuplé de gens renommés par leurs bonnes mœurs et leur esprit de conduite. » Cette institution honore d'autant plus ses fondateurs que le siècle où ils vivaient se ressentait encore de la funeste influence de l'esprit belliqueux qui caractérise le moyen âge, et de ce droit du plus fort qui, sans
relâche, couvrait le pays de querelles et de sanglantes discussions; et leur gloire brille avec d autant plus declal dans l'histoire, que la création des margraves, dès l'origine jusqu'à nos jours, n'a jamais cessé, malgré les troubles religieux et politiques qui suivirent, do poursuivre sa haute mission et de vouer à la science progressive un culte fidèle et persévérant. — Le premier rectorat fut dévolu à Jean Otto, de Munsterberg, qui fut élu parmi la nation des Polonais (Silésiens) M .
Deux ans après la fondation de leur université (i 44 4), et le partage de la succession de leur oncle, Guillaume de Misnie, ayant été définitivement arrêté l'année précédente entre eux et leur cousin de Thuringe, les deux frères, Frédéric et Guillaume, opérèrent entre eux une division révocable de leurs Etats pour un terme de quatre ans. Après ce terme, il fut convenu que le frère ainé aurait le droit de conserver sa part, ou de l'échanger contre celle de son frère. Frédéric obtint la plus grande partie de la Misnie , avec Leipzig, se soumettant ainsi à la charge de salarier les maîtres et docteurs de la nouvelle université; Guillaume reçut la majeure partie de l'Ostcrland proprement dit. En 4415, il y eut effectivement un nouveau contrat, par lequel Frédéric fit la cession de Leipzig contre léna M .
Tandis que dans les Étals des princes de Wettin on s'efforçait de cultiver la paix, et qu'on travaillait avec
« l.Vvêqne «le Mersenourc hit crée par le pape chancelier de l'université. Voy. Uuhner, Fridcricus ilcscriplu*. liai. 1700, 4.
•« La cession de Leipzig, quoique stipulée par les i 1415, nVmt réellement lieu que huit ans après, en 1425.
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ardeur au développement social et à l'affermissement des institutions politiques, il se préparait au sein de l'empire allemand et même dans toute l'étendue de la chrétienté, des troubles inquiétants, qui ne tardèrent point d'éclater. Dans le règne politique, trois rois se disputaient à la fois le sceptre de la chrétienté et la couronne impériale : Wenceslas de Bohême, Josse de Moravie, et Sigismond de Hongrie M ; dans l'Église, trois paj)cs se suscitèrent des obstacles, pour s'emparer du siège pontifical de St.-Pierre, offrant aux fidèles le scandaleux spectacle d'anathèmes réciproques. Le Concile de Constance, convoqué en 1414 par l'empereur Sigismond , devait mettre un ternie à la querelle hiérarchique, et imposer au pape l'autorité suprême de ses décisions.
Le margrave de Misnic, Frédéric, ne manqua point de se rendre à l'invitation de l'empereur, et assista aux premières délibérations du Concile, entouré d'une cour nombreuse et brillante; mais s étant éloigné de Constance, il n'y reparut que le 13 août 1417, plutôt pour recevoir de l'empereur Sigismond , l'investiture de ses États, que pour prendre part aux discussions du Concile. La magnificence qui fut déployée à son entrée, dépassa, selon le chroniqueur Tylich **, celle de
M Tous trois de la maison de Luxembourg. A la mort de Josse (8 janvier 141 1), Sigismond, fils de Charles IV, margrave de Brandebourg, licau-Rls de Louis le Grand de Hongrie, fut nommé a l'unanimité roi d'Allemagne. Son frère Wenceslas mourut en 1418.
»» Jean Tylicb, prétol de St.-Maurice près de Naunibourg, niais résidant à Leipzig, continua les annales de l'abbaye d'AIlcncelle, depuis l'an Iô7'> jusqu'à 1422. Voy. Mcnckcu, Scriptt. rrr. Gtrm. t. Il, p. 2180 s.j.
tous les autres princes du Concile. « Les chasseurs, portant des faucons et des éperviers, précédaient le cortège ; venaient ensuite les écus et les insignes princiers du margrave, portés par un palefroi richement caparaçonné ; suivaient les écu vers , et au milieu d'eux le prince isolé , après lequel se rangeaient, deux à deux et dans la plus splendide armure, 18 comtes, ■100 vassaux, barons et nobles. » Celte cérémonie devait mettre dans tout son jour 1 opulence du prince misnien, comme, d'un autre côté, l'accueil honorifique que lui firent à Constance l'empereur et les princes, témoignait de l'estime dont ce vassal jouissait généralement en Allemagne.
il est heureux pour sa mémoire, que Frédéric, par suite de son premier départ de Constance, n'ait point eu part aux injustes mesures prises par l'empereur et le Concile contre Jean Huss et sa doctrine : le manque de foi, dont l'empereur d'Allemagne s'est rendu coupable, et le bûcher sur lequel on fit subir au théologien de Bohême, une mort si terrible, terniront à jamais le souvenir de cette « sainte » assemblée. Aussi la punition et la vengeance ne tardèrent point, et les ravages de la guerre des Hussites furent le fruit immédiat du sang innocemment répandu de Jean Huss et de Jérôme. Frédéric le Belliqueux, bien qu'il ne partageât point la culpabilité d'une si atroce injustice, manifesta , dès le commencement de la guerre, son ancien dévouement à l'empereur, et redoutant avec raison les dangers soulevés par la sédition bohème, il se rangea, de même que son frère et son cousin , Frédéric
de Tburinge, du coté du roi de Bohême et de son chef, l'empereur Sigismond. Il fournit, de concert avec son frère, un contingent d'environ 20,000 hommes aux armées impériales, et justifiant le surnom qu'il porte dans l'histoire, il sut acquérir par une bravoure remarquable, de nouveaux titres à sa gloire et à la reconnaissance de l'empereur. L'intrépide Ziska avait pris une position sur le Calvaire près de Prague, et c'est à Frédéric que la lâche fut imposée de l'en chasser avec ses braves soldats. Le sommet de la montagne , où les ennemis s'étaient retranchés , fut emporté d'assaut, et Ziska allait tomber entre les mains des Misniens, lorsqu'une sortie de la Neustadt contraignit ces derniers à la retraite, 43 juillet 4420. Le 19, les princes de Misnie furent publiquement investis par l'empereur de tous leurs États et possessions.
L'année suivante, Frédéric remporta une éclatante victoire sur les Hussites qui assiégeaient Brix en Bohême ; mais ses efforts avaient épuisé ses ressources, et les préparatifs de la nouvelle expédition annoncée pour l'année suivante, portèrent la somme de ses dépenses à 90,000 florins. A titre de garantie, l'empereur lui engagea les châteaux, villes ou abbayes de Stolberg, Schôneck, Myla, Battendorf, Sparenberg, Mùhlberg, Osseck et Lentschûtz.
Une possession d'une valeur infiniment supérieure allait récompenser les services éminents qu'il venait de rendre à l'empire.
L'année 4422, au mois de novembre, le dernier électeur de Saxe-YViltenberg de la tige mâle d'Ascanic,
Albert III, vint à mourir, et l'empereur, mû par un juste sentiment de reconnaissance, investit, par un acte provisoire daté du 6 janvier 1423, Frédéric le Belliqueux du duché et de la dignité électorale de Saxe. Quelque temps auparavant, Sigismond, pressé par le défaut de ressources pécuniaires, avait affecté, et plus tard vendu définitivement, l'électoral de Brandebourg au burgrave de Nuremberg, Frédéric de Zollern. Celui-ci, se fondant sur ce que son fils Jean avait épousé Barbe, fille de lavant-dernier électeur de la ligne ascanienne, éleva aussitôt des prétentions sur la Saxe, et se mit en possession de ce pays. Il y renonça cependant, sur la promesse que lui fit l'empereur de lui payer une somme consistant en 10,000 schock de gros de Bohême, et sur la déclaration formelle de Sigismond qu'il défendrait Frédéric contre toute contestation étrangère.
La maison de Saxe-Laucnbourg, issue de la même souche que celle de Saxe-Wiltenberg qui venait de s'éteindre, représentée alors par le duc Eric V, ne fut pas plus heureuse que l'électeur de Brandebourg à faire valoir les prétentions qu'elle élevait sur la Saxe électorale, et dut délaisser cette importante possession à Frédéric de Misnie, qui en fut solennellement investi le i* r août 1425, après avoir été présenté, à la diète de Bingen, au collège réuni des électeurs.
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