‹ Histore de la maison de Saxe-Cobourg-GothaChapitre 5 sur 28 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

e territoire occupé du temps de Chariemagne par la redoutable nation des Saxons, a perdu de bonne heure avec son unité la dénomination de Saxe, du moins quant à la principale partie de son étendue ; et ce que nous désignons aujourd'hui par ce nom, ne correspond ethnographiquement, que pour une part insignifiante à la valeur primitive de ce mot.

Le berceau des Saxons se trouve, comme on sait, dans le royaume actuel de Hanovre, ou, pour rappeler l'ancienne division territoriale de l'empire, dans le cercle de la Basse-Saxe, depuis l'Eyder ou l'Elbe jusqu'aux contrées arrosées par le Rhin. Us étaient bornés au nord par les Frisons, les Jutes et les Danois, à l'est par les Slaves, et touchaient au sud et à l'ouest au royaume des Francs et des Thuringiens. Divisés en

trois grandes tribus , les Westphaliens, sur le Wéser, les Angriens, entre le Wéser et l'Elbe, et les Ostphaliens, sur les deux rives de l'Elbe, les Saxons jouissaient sans entraves de la primitive liberté des Germains, sans chef suprême, soumis en temps de paix à des juges ou des comtes (grafen 1 ), et pendant la guerre à des ducs (herzoge '). « Au commencement de la guerre, ils nommaient le chef de l'expédition, et lorsqu'elle était terminée, chacun vivait de nouveau en égale jouissance et de droits et de pouvoir. » Ennemis des Thuringiens, ils se liguèrent avec les Francs, renversèrent, en 53J, l'ancien royaume de ïhuringe, et s'emparèrent, pour leur part, des contrées thuringiennes qui touchent au Harz, et qui formèrent dès lors la Thuringe septentrionale. Plus tard, l'alliance des Francs et des Saxons fut dissoute, et les deux peuples se disputèrent avec acharnement leurs nouvelles conquêtes, jusqu'à l'époque où Charlemagne , après une guerre de trente et un ans (772-803), parvint à briser la vigoureuse résistance des Saxons, et à les placer, par la paix de Selta, sous le joug de sa puissante domination. Dans celte longue guerre des Francs et des Saxons, on rencontre principalement des ducs à la tête des différentes provinces saxonnes, tels que Hessi, Alboin et le fameux Wittikind. Après la paix de Seltz, Charlemagne établit dans le

1 La dérivation du mot gmf de gmu (gris) a été justement réprouvée par H. Grimai. Ce savant, qui le met en rapport arec un ancien mot ludevquc rdro signifiant (eefum, tfomtu, lui suppose ridée de sociut, cornet.

*Ce root vient du tudesque Air, armée , et tog, radical auquel se rattache liehen, p. lieçen, marcher. I.e mot correspond donc au latin dux et au grec

pays conquis les évéchés d'Osnabruck, de Minden, de Werden, de Brème, de Paderborn , de Munster et de Hildesheim pour développer parmi les Saxons le christianisme forcément adopté, et pour implanter, par là même, le germe d'une culture intellectuelle et morale plus élevée. L'administration des districts fut confiée, comme ailleurs, à des comtes, surveillés eux-mêmes par un commissaire royal {inissus regius), revêtu en' même temps de l'autorité militaire supérieure pour toute la province. Lorsque le vaste empire de Chariemagne, grâce à la faiblesse de ses successeurs, à la désunion et à l'anarchie qu'elle produisit, menaça ruine ; lorsque les attaques incessantes des races esclavonnes au nord de la Saxe, rendirent une résistance énergique de plus en plus urgente pour conserver l'indépendance que l'Allemagne venait d'obtenir sous Louis le Germanique par le traité de Verdun (84-3), il fallut agrandir les pouvoirs des comtes de district. Il fallut laisser à ceux d'entre eux qui se signalaient par leur influence, et surtout à ceux qui dirigeaient les provinces menacées du dehors, le droit de convoquer de leur propre chef le ban et l'arrière-ban, et leur conférer ainsi le caractère et le pouvoir de ducs. D'abord ces fonctions ducales ne furent aucunement des dignités héréditaires; ces ducs n'étaient autre chose que des gouverneurs provinciaux, munis d'un pouvoir essentiellement militaire; mais, puissants déjà par l'étendue de leurs biens et le nombre de leurs serfs, et augmentant encore leur influence par la durée de leurs pouvoirs extraordinaires,

1 L'archf véché Je Hambourg ne fut créé qu'en S>1 .

ils transmirent peu à peu leur dignité à leurs fils qu'ils croyaient le plus capables de suivre leurs traces, et devinrent ainsi des ducs, dans le sens que l'oa attribua généralement dans la suite à ce titre. C'est ainsi que dès 845 nous rencontrons dans l'histoire, muni d'un pouvoir ducal étendu, Ludolphe, possesseur de vastes biens héréditaires en Qstphalie, issu delà famille de Wittikind et marié à une fille de lu maison de Bitlung. Son fils ainé, Brunon (le fondateur de Brunswick , 86 1 ), lui succéda, et lorsque ce dernier fut tué en combattant contre les Normands en 880, le duché de Saxe échut à son frère, second fils de Ludolphe, Othon dit rillustre.

En Thuringe nous rencontrons également depuis 8i9 des ducs , parmi lesquels on cite particulièrement Thachulf ( + 873) 4 , Rodolphe .( + 889) et Popon. Ce dernier, issu de la puissante famille franconienne des Bahcnberg, fut destitué de sa dignité ducale en 893, et par suite de l'abdication volontaire de Conrad et de la mort de Burkhard, qui tous deux avaient hérité pour très-peu de temps de la Thuringe, Othon l'Illustre parviot à réunir la plus grande partie de ce pays à son duché de Saxo. Après l'extinction de la famille carlovingienne dans In personne de Louis l'Enfant, en 944, les Saxons et les Francs offrirent la couronne d'Allemagne au duc Othon, mais celui-ci la refusa en considération de son âge, et dirigea le choix sur Conrad, un comte de la Franconie, dont le père avait été margrave de Thuringe. Othon mourut l'année suivante (012).

* Il » dfji *»< mcnlionnit plu» baul. lotroducl p. xi.

Le nouveau roi Coorad adjugea dangereux d'investir Henri, fils d'Othon, de tous les biens que son père avait laissés, et réclama le retour de ses fiefs clans les mains du roi. Hais Henri s'y refusa avec énergie et maintint ses possessions. Toutefois cette résistance obstinée du duc de Saxe n'empêcha point le roi Conrad, qui avait reconnu sa valeur et son mérite, de proposer Henri pour lui succéder sur le trône d'Allemagne. Quoique la couronne qu'il portait lui imposât des occupations multipliées, Henri, surnommé 1 Oiseleur, ne renonça pas à l'administration du duché de Saxe; mais son fils, Othon le Grand, qui songeait au rétablissement de l'empire franc, tel que Gharlemagne l'avait constitué, et qui possédait aussi les qualités nécessaires pour concevoir et poursuivre un plan d'une aussi vaste portée, préposa, avant son départ pour l'Italie, à la gestion des affaires militaires dans son duché, un vaillant et fidèle Saxon, Hermann Billung & , et lui conféra plus tard de fait la dignité ducale de la Saxe, dont il lui fit formellement la cession.

Cette famille de Billung possédait le duché de Saxe encore en 1406, où elle s'éteignit dans sa tige mâle. Le dernier de ce nom, Magnus, laissa deux filles, dont l'une, Elice, avait été mariée au comte Othon d'Ascanie, fils d'Albert de Ballenstâdt et d'Anhalt, et l'autre, Wulfilde, à Henri le Noir, duc de Bavière. La première

* Le duché de Saie, qui fut Iraotni» par Otnon le Grand a Billung, ne doil point «Ire considéré comme comprenaul tout lu territoire ultué cuire l'Elue et le Rhin, llwl probable que le pouvoir de kdluoR ne s Vt coda il que sur 1rs conlrocs du Bas Elbe.

devint ainsi la mère d'Albert l'Ours de Ballenstadt, et la seconde celle de Henri le Superbe, père de Henri le Lion.

A l'extinction de la maison de Biilung, l'empereur Henri V investit du duché de Saxe le comte Lothairc de Su ppl in bourg et de Querfurt et lorsque celuici, à la mort de Henri V (1125), fut monté lui-même sur le trône d'Allemagne, il remit la Saxe à son beaufils, Henri le Superbe, duc de Bavière, dont la mère, avons-nous vu, était fille du dernier des Biilung, et qui réunit ainsi sous son sceptre les deux duchés de Bavière et de Saxe. Lothaire mourut en 4157, et le puissant Henri, duc de Bavière et de Saxe, se crut assez digne pour aspirer à la couronne impériale. Mais non-seulement il dut laisser la victoire à son compétiteur , Conrad III, de la maison de Hohenstaufen; son refus obstiné de reconnaître le choix qui venait d'être fait, entraîna aussi sa mise au ban de l'empire et la confiscation de ses fiefs. Le duché de Saxe revint à Albert l'Ours de Ballenstadt , cousin de Henri ; celui de Bavière à Léopold, margrave d'Autriche ( 1158). Lorsque Tannée suivante, Henri le Superbe étant mort, les Saxons eurent repris courageusement les armes pour défendre le jeune fils de ce prince, Henri le Lion, Albert fut forcé non-seulement d'abandonner son duché de Saxe, mais il perdit encore le margraviat de la Saxe

* Celui-ci était déjà poissant par ses biens palriroooiaux et par la dot que lui apporta Richrnce, Allé du comte Henri le Gros de Nordheim. L'empereur Henri V négligea donc alors la maison îles Guelfes, dont un mcmhre, Henri le Noir, avait épousé la Aile aînée du dernier de* Rlllung.

septentrionale 7 et ses Etats patrimoniaux d'Anhalt. Par suite de la réconciliation de Conrad III et de Henri le Lion (H 42), celui-ci reçut l'investiture formelle de la Saxe, et le comte d'Ascanie rentra dans la possession de son margraviat et de ses biens de famille, qu'il agrandit encore des terres enlevées au prince esclavon, Pribislas de Brandebourg. Le titre ducal, qu'il avait le droit de porter à cause de la Saxe, ainsi que la charge de grand-maréchal de l'empire qui donnait droit à l'élection des rois d'Allemagne, furent transmis par Albert à ses nouvelles acquisitions, qui, jointes à la Marche du Nord, constituèrent plus tard ce que l'on a compris sous le nom de margraviat de Brandebourg. Les possessions patrimoniales de la dynastie ascanienne, la Marche actuelle de Brandebourg, et les conquêtes faites par Albert sur le moyen Elbe, sur le territoire des Slaves, — auxquels il fit adopter la doctrine du Christ, et dont il favorisa les travaux agricoles par l'introduction de colons, appelés des pays rhénans ou flamands *, — tous ces territoires, disons-nous, formèrent bientôt dans le nord de l'Allemagne un Etat d'une influence politique assez considérable. Pour élever un rempart contre les irruptions esclavonnes, Albert l'Ours 9 fil construire plusieurs burqwarts, en-

1 Ce margraviat, fondé en 0,31 par Henri I , fui donné par Lotbaire en 1 155 au comte d'Anhalt, Albert l'Ours, après l'extinction de la famille de Plôlikc, qui crt avait été investie jusqu'alors. La capitale de ce mragraviat était Salrwedel.

* Les noms propres de kemberg (Cameracum), Brttck (BrUgge), Niemeck (Neomagum), rappellent la Flandre, ainsi que le nom de Fïaming, que portail un districtcoosidérable de ce qui fui plus tard le cercle électoral (Rurkreis).

» Plutôt son successeur.

tr'autres ceux de Wieteburg, ou le bourg hfanc (devenu pins lard Wittcnberg), Zahna, Elsterraùode, Kossewita, Dobien, Wiescnbourg, etc.

La mort d'Albert, arrivée en 4470, amena entre ses fils le démembrement des territoires ascaniens. Othon reçut l'Altmark (l'ancienne marche de la Saxe septentrionale) et Brandebourg, qui restèrent à sa maison jusqu'à l'époque de son extinction en 4320. Herniann obtint la partie ascantenne et la Thuringe, avec les villesd'Orlamùnde, Arnstadt, Weimar, Plassenbourg, Cnlmbach et autres; Thierri hérita de Werben et «Vautres terres allodiales, provenant de la succession d'Elice, fille du duc Magnua de Biilung. Albert, dont la fille était mariée à Othon le Riche, margrave de Misoie, eut pour sa part le comté de Ballensladt ; Bernard enfin, le plus jeune des fils d'Albert l'Ours, Anhalt et les acquisitions esclavonnes.

Lorsque Henri le Lion, par suite de son démêlé avec l'empereur Frédéric 1» de Hohenataufen, eut été mis au ban de l'empire (1480) et déclaré déchu de ses fiefs impériaux, Bernard d'Ascanie augmenta son patrimoine du duché de Saxe. Du reste, cette investiture ne loi rapporta guère autre chose que le titre de duc, les droits de suzeraineté et la dignité de grand-maréchal de l'empire ; car il fut incapable de s'opposer au démembrement que l'on fit alors subir à l'ancien duché de Saxe. L'archevêque de Cologne, Philippe, se rendit maître de la Westphalie et de l'Angrie ; les princes de Meklembourg et de Poméranie devinrent vassaux immédiats de l'empire, et les divers évoques de Saxe

affranchirent également leurs fiefs respectifs de la suzeraineté du duc de Saxe. Quant à Henri le Lion, de toutes ses grandes possessions, il ne conserva que ses biens allodiaux en Westphalie, dont le centre était Brunswick l0 . Ce qui arriva plus tard en Souabe, après la mort de Conradin, où princes, évéques, abbés, et villes libres, se partagèrent les lambeaux du manteau ducal de ce pays, devint déjà maintenant, sous Bernard, le sort de la Saxe : ce vaste et ancien duché ne désigna plus qu'une dignité sans valeur. A partir de ce temps, le nom de Saxe ne s applique plus au pays originaire des Saxons; il fut transmis par Bernard d'Ascanie aux terres que son père, Albert l'Ours, avait conquises sur les bords du moyen-Elbe dans les pays esclavons.

Naturellement ce nouveau duché de Saxe, dont la ville de Wittenberg devint la capitale, était, tant sous le rapport de l'étendue et de la population , que sous celui de l'influence politique, sans aucune importance, et s'affaiblit encore davantage par les démembrements subséquents. Bernard étant mort vers l'année 4211, le duché de Saxe, ainsi réduit, échut au plus jeune de ses deux fils, Albert 1", tandis que les possessions patrimoniales ascaniennes ou d'Anhalt, qui dès lors restèrent séparées, devinrent l'héritage de Henri, surnommé le Gras 11 . Le petit duché de Saxe fut divisé de nouveau à

*■ Ces possession* constituèrent ce qui fut oommft plus tard le duché de Brunswick, dont les gouvernant* actuels sont les descendants de Henri le Superbe, fils de Guelfe, margrave d'Esté et de Bavière.

» Il est la souche de la maison actuelle d'Ascanie, qui e lis te encore aujourd'hui dans les trois branches d'Aohalt-Dessau, d'Anbalt-Berahourg, et cTAnball-Co-

la mort d'Albert I«* (1260). Jean, son fils aîné, eut Lauenbourg en partage ; Wittenberg échut à Albert II. Le premier devint le fondateur de la branche saxonne de Lauenbourg et le second celui de la branche de Wittenberg. Toutefois les deux princes n'en gardèrent pas moins le titre et les privilèges de la dignité ducale. Albert II reçut plus tard du roi Rodolphe " le palatinat saxon d'Altstadt en Thuringe , et les comtés de Brène, avec Bitterfeld , Herzberg, Schlieben et Prottin Les deux frères acquirent encore en commun, pour la somme de 12,000 marcs d'argent, le burgraviat de Mngdebourg.

La ligne saxonne de Lauenbourg dura jusqu'en 4689. Celle de Wittenberg s'éteignit en 1422, comme il a été mentionné, dans la personne d'Albert III. Ce prince se trouvant un jour à la chasse , y fut surpris par un accident qui le força de s'abriter dans une maison de paysan. Pendant la nuit, cette maison prit feu si subitement, que le prince eut peine à échapper aux flammes avec son épouse. La frayeur qu'il en ressentit occasionna sa mort, et amena l'extinction de la maison ascano-wittenbergeoise. Malgré les contestations auxquelles donna lieu la parenté des maisons de Lauen-

thrn, dont les f.lals réunis couvrent une surface d'environ 48 milles carré* f;f ,> 0|;Mplii<]ii i-s.

'* Proprement Polabtnbourg ce mot cksigue lchourg. construit par lernird, pour se garantir contre les Slaves, dans le pays que son père avait enlevé aux Polabes. peuplade esclavonne, nommée ainsi d'apré» l'Elbe, dite Lobe on t.abia ehea le» Sorabes.

« Il avait Épousé sa nile, A C ues.

« Ceci eut lien après l'eitinclion de la branche de Brène de la maison de Wettln. en 1200. Voy. plus haut, p. 39 el 40

bourg et de Brandebourg, l'empereur Sigismond considérant le duché de Saxe ,s comme fief réversible, et guidé par un juste sentiment de reconnaissance, en inféoda, comme nous l'avons vu au chapitre précédent, Frédéric le Belliqueux, margrave de Mis nie w .

Nous reprenons le fil de l'histoire de ce prince.

La mort du frère unique de Frédéric. Guillaume II, arrivée deux ans après l'acquisition de la Saxe, réunit de nouveau la Thuringe, la Misnie et le duché de Saxe sousun seul gouvernant, Frédéric de Misnie. La dynastie

>» Depuis 1556 la dignité électorale était attachée au duché rit- Saxe, mais ce ne fui que Rodolphe II, qui prit le titre d'électeur.

" Voici la généalogie de la maison saxonne, depuis Albert l'Ours Jusqu'au dernier duc de Saxe de la maison ascaniciiiie :

Otiioi ,

R#Çvil la luarebr de Srandirltoarg.; Rernît 1«» b mi» ji«lrtmnniau& ; Hall* inirlut te U dtBrowlir- deiiaui 1 180 rf»c <<♦ AW»,"j' 121 1 .

AimmI. dus detou.

t 12rHJ.

do maitoui dWoh.lt actuelle

Ai»" Il ,

Fondateur d« U Ugo« du .Si/i. gooebe de la lignrde Su*t-H i/(r»4»iy ctm.lc cl> IMH. - I 20V

Rue titrât | (

Rnitairm tl ,

Olhnn, t 1340.

Wnculu, Electeur depuis 1JÎ0, t '383-

Albert, 7 1385. i*4>i»pétitear i mu onrlr W encealae

■lnaoïrai III,

ac mu rnx lr w ,»i»la. x Ul „ . ,„ ,„„, MoMf , „„, !,„,„„,

1 i t'iT"'" ^ ,urt P" U thul ' 1«2. l«linriio«JeU ddpke 11. d ..,„ lou , „, |W6 m..»» de Satt-W.l-

tf!lbrT({. L4I 8*XC |)«t»C

• la m*t*on4c WriHn.

«o«« fnslritclr Brlli-

de Wettin était ainsi parvenue à obtenir une influence remarquable dans les affaires politiques de l'Allemagne, et le duché de Saxe, insignifiant dans le cours des deux derniers siècles sous les Ascaniens, occupa la place la plus élevée parmi les États de l'empire, du moment qu'il fut réuni aux États de Wettin. Dans les guerres des Hussites, à l'époque de la réformation religieuse et jusqu'au règne du grand électeur de Brandebourg, l'électorat de Saxe n'a cessé de tenir le premier rang, après la maison d'Autriche, parmi les pouvoirs politiques de l'Allemagne et même de l'Europe.

C'est à l'époque où Frédéric le Belliqueux fut élevé à la dignité ducale et électorale de Saxe, que recommence la funeste guerre des Hussites et le fardeau le plus lourd en retombe sur Frédéric , le vassal éprouvé de Sigismond, et sur ses sujets ; car, malgré les appels les plus instants, les princes de l'empire ne mirent aucun empressement à fournir leur contingent. Ainsi en 1425, les Misniens perdirent 4,000 hommes devant Brix, que l'on voulait délivrer , et les Hussites emportèrent les unes après les autres, les places fortes que les troupes misniennes avaient successivement occupées. L'électeur Frédéric se trouvait à Nuremberg, pour lâcher d'obtenir une coopération plus énergique de la part des princes germaniques, lorsque les hordes ennemies menaçaient Aussig, situé sur l'Elbe en Bohême. La nécessité d'un secours était devenue ur-

" Voy. Jacques V Enfant, Histoire de la guerre de* Huuilc» et du Concile de Sale ; S lom. Amsterdam, 1751. 4. Supplément a cel ouvragr. par M. de B$autobre. Aaitirrdam. 1746. 4

gcnte. C'est alors que Catherine, la digne épouse du belliqueux Frédéric, apparut au milieu des braves Misniens et rassembla par ses propres efforts, près de Freiberg, une armée de 20,000 hommes, qu'elle dirigea aussitôt en Bohême". Mais le 45 juin de l'an 1426, fut pour cette armée le jour d'une sanglante défaite. Malgré la bravoure la plus ardente, dont les troupes et les chefs y donnèrent des preuves, l'on ne parvint pas à pénétrer dans Aussig, et les Hussitcs ayant attaqué les Saxons épuisés de fatigue, en firent un terrible carnage. Douze mille Allemands, et parmi eux neuf mille Saxons, Misniens et Thuringiens, restèrent sur le champ de bataille, tandis que les Hussites, de leur côté, n'avaient perdu que 3,000 de leurs soldats. Aussig se rendit le lendemain ; la garnison et les habitants furent massacrés, et la ville devint la proie de l'incendie. L'année suivante, Frédéric le Belliqueux conduisit lui-même son armée en Bohème, mais il en revint sans avoir mieux réussi. La seule récompense qu'il en retira fut le burgraviat de Hartenstein situé dans le pays de

»• Elle les passa en reTue sur les champs de Hobritx prêt de Freiberg, et les enflamma par une allocution chaleureute, et en même temps pleine de sages conseils sur la tactique des ennemis.

" L'auteur s'abuse sur le burgraviat de Hartenstein. Il s'agit du burgraviat de Meisseo,qui, par les efforts de la famille de Uartenslein, t'était émancipe delà suzeraineté des margraves de .Misnie. A la mort de Henri II, de la maison de Hartenstein, Frédéric le Belliqueux revendiqua les anciens privilèges de ses ancêtres; il se mit en opposition avec l'empereur Sigismond, qui avait conféré le burgraviat ainsi que d'autres possessions provenant des Hartenstein, i Henri de Plauen. La cession du fief n'eut pas lieu, comme le dit le texte, par la convention d'Arnsbaugk, — au contraire ce document renferma la renonciaUon de Frédéric Ifi Doux, successeur du Belliqueux, — mais en 1430 seulement!, sous l'empereur Albert II.

Mi suie, qui lui fut cédé par suite de la mort du burgrave Henri II, que le combat d'Aussig avait emporté , et en vertu d'une convention faite à Arnshaugk, le 7 septembre 4428.

La vie agitée de Frédéric le Belliqueux se termina le ii janvier 1428, au château d'Altenbourg *°. Sentant l'approche de sa mort et dans sa sincère sollicitude sur l'avenir de ses Etats, il fit appeler ses fils et les exhorta « à l'affection mutuelle, à la concorde, à la paix et à la douceur envers leurs sujets, à la modération dans la colère, à l'affabilité, mais aussi à des mesures sévères contre les empiétements de la noblesse. » Il leur recommandait de suivre l'exemple de Frédéric le Mordu, et d abhorrer celui d'Albert le Dégénéré. C'était un beau testament qu'il léguait à ses fils ; la prospérité, la grandeur et la puissance de la dynastie et du pays de Saxe en auraient retiré un beau résultat , si les dernières exhortations du père avaient mieux été suivies par ses enfants.

De ses quatre fils, Frédéric II, surnommé le Doux, succéda dans le duché de Saxe et dans l'électoral ; quant aux biens patrimoniaux, il les administra conjointement avec ses trois frères Sigismond, Henri et Guillaume. Après la mort de Henri, 1435, les pays de Misnie et de l'Osterland furent partagés en trois, en vertu d'un pacte conclu pour neuf ans, de manière que chacun des frères devait administrer une part pendant trois ans, et alterner ensuite avec ses frères. Cependant la retraite

40 Le meilleur ouvrage à consulter »ur ce prince , est le suivant : Nom, Lebens-und HeMengcschirhlc llerrn Friedrich» des Slreitbareo. Churfursten tu Sacbseu. Leip*. 1733, 4.

de Sigismond, qui embrassa l'état ecclésiastique, modifia cette convention en ce sens, que Frédéric II conserva sa part, et que les États de Sigismond et de Guillaume furent administrés par deux intendants (1457)". Sur ces entrefaites, les Hussites avaient renouvelé leurs excursions dévastatrices et les avaient poussées en 44-28 jusque dans la Lusace, la Silésie, et même dans l'Autriche. En 1429, Procope Rasus ayant fait irruption dans le pays de Misnie, désola de vastes contrées, occupa Dresde, détruisit les mines de Scharfenberg, et mit à feu les villes de Strehla et de Belgern. Les ravages de 1430 surpassèrent encore les précédents; plus de 100 villes et châteaux, ainsi que 1,300 villages furent détruits, et le butin qu'ils emmenèrent en Bohême, fit la charge de 3,000 chariots. L'année suivante, une armée d'au moins 80,000 hommes, dont Frédéric de Saxe et le landgrave Frédéric le Simple de Thuringe, faisaient partie, s'avança contre les Hussites, sous le commandement supérieur de l'électeur de Brandebourg. Mais le nom seul de ces hordes effrénées suffit

* Guillaume, né en 1425, «ait encore mineur à l'époque de ce partage. Quant a Sigismond, sa prise «l'habit n'était nullement la conséquence de m «en liment» religieux. C'est la passion qu'il nourrissait envers une nonne de haute naissance et d'une rare beauté, recluse dans un cloître près du château de Weyda, qnl I'itsK déterminé à cette mesure. Ces relations iUiciies engagèrent Frédéric son frère, à le confiner a Frcibourg sur l'Unalrul. Bientôt après, il obtint un canonicat a Wurzbourg, et en 1440 le siège épiscopal même. Sa vie désordonnée fit que le chapitre le déposséda de sa dignité. Comme il en était résulté une querelle entre les margraves de Brandebourg et les ducs de Saie, l'empereur Frédéric prononça formellement en 1441, la destitution de l'évêque Sigismond, et celui-ci, ayant quitlé l'evéché, ourdit avec le mirgrave de Meissen, le sire de Plauen et quelques nobles de la Bohême, une conspiration, dont la découverte lui valut son confinement à RochliU, où il mourut en 1465.

pour jeter la terreur parmi les soldats impériaux, et Procope le Grand, les chassant sans peine devant lui , et dans le plus grand désordre , tua douze mille des fuyards. Les discussions du Concile de Baie, entamées depuis 14-31 , menèrent à un accommodement les affaires des Hussites, et le traité d'Iglau (4436) établit enfin la paix. Celle-ci ne fut troublée depuis qu'en 4438; mais l'électeur Frédéric II, à la téte de ses 5,000 soldats, remporta pour le roi Albert II, successeur de Sigismond, entre Brix et Bilin, une glorieuse victoire sur les Hussites.

La mort de Frédéric le Simple, landgrave de Thuringe (1440) M , eut pour suite un nouvel accroissement de territoire pour la Saxe et la Misnie , si fortement épuisées par les derniers événements. L'extinction de cette branche collatérale fondée par Balthasar de Tburinge, fils de Frédéric le Sévère, dans la personne de son (ils, fit échoir la Thuringe à Frédéric le Doux et à son frère Guillaume. Le partage qui en résulta et qui eut lieu à Altenbourg, le 10 septembre 1445, entraîna de funestes démêlés entre les deux frères. Le frère cadet proposa les lots, laissant à l'aîné le droit de choisir, contrairement à l'usage traditionnel, qui statuait que l'aîné proposât et que le cadet choisit. La Misnie et la Thuringe formaient les bases du partage; l'Osterland devait être divisé en égales moitiés , et les possessions franconiennes furent comprises dans le lot de la Thuringe. Frciberg et les mines, le monnayage et les dîmes restèrent bien com-

*» Foy. p. 74.

foi

mun; les dettes, qui s'élevaient à une somme de 283,053 florins, furent partagées. L'électeur Frédéric choisit pour sa part la Misnie, ce qui fit échoir à Guillaume la Thuringc et les terres franconiennes. A l'instigation de son conseiller, Apel de Vitzthum, Guillaume réclama encore le partage de la Saxe °, et en général mécontent de son lot, il conçut le projet de faire passer laThuringe, après sa mort, au roi Ladislas de Bohême. Frédéric exigea de lui qu'il destituât les conseillers qui lui étaient opposés, et qu'il rompit toutes les négociations entamées avec la cour de Bohême ; mais ses réclamations ne furent point entendues. L'électeur , se faisant justice à lui-même, marcha sur Rossla, domaine et résidence de Vitzthum". Guillaume, courroucé de cette mesure violente, dont son conseiller fut la victime, fit (octobre 4446) à ce dernier la cession des possessions franconiennes de Cobourg, Hildbourghausen, Heldbourg, Rodach, etc., en échange des biens de Vitzthum en Thuringe, et pour une somme accessoire de 42, 000 florins; puis il assaillit la ville de Géra, pour se venger de Henri Reuss, seigneur de Géra, qui avait défendu la cause de Frédéric, et fit mettre à mort, dans l'intérieur d'une église, 5,000 habitants de cette ville. Ce n'était là que le commencement d'une lutte terrible entre les deux frères, lutte qui se prolongea jusqu'à l'an 1451 , où l'empereur Frédéric III

» Le duché et électoral de Saie revenait de droit à l'aloé rie la famille, au* terme* de lu bulle d'or (1S5G).

« Le margrave de Brandebourg avant intercédé en faveur de ViUthutn. ce château ne fui point a«iiégé.

et l'électeur de Brandebourg opérèrent enfin une réconciliation, et raccommodement des intérêts en litige Plusieurs des vassaux thuringiens avaient déjà auparavant abandonné la cause du turbulent Guillaume, pour se joindre à Frédéric.

Cette guerre, que signalaient déjà tant d'horreurs présente encore dans ses conséquences un événement, unique dans l'histoire, triste exemple de celte grossièreté et de ce caractère farouche que nous montre si souvent le moyen-âge : c'est le fameux enlèvement deg jeunes prince* saxons.

Il y avait à la cour de l'électeur Frédéric un vaillant chevalier, nommé Kunz (Conrad) de Kauffungen, revêtu de la dignité de maréchal , qu'il s'était acquise par des services militaires dans la guerre contre les Hussites et dans celle que s'étaient faite les deux frères. Dans cette dernière, Kunz de Kauffungen avait vu donner à Apel de Vitzthum, les biens qu'il possédait en Thuringc; mais Frédéric lui avait donné en compensation les biens de ce même Vitzthum situés en Misnie. Lors de la réconciliation des deux frères, il fut obligé de reprendre ses propres domaines en Thuringe et de restituer ceux qui lui avaient été provisoirement concédés en Misnie ; ce à quoi il refusa de se soumettre.

** Quoique le trahi de Pforte (27 janvier 1451) n'eût point déclaré nul l'abandon des possession» franconiennes, fait à Vilxlhum, et qu'il fût même sanctionné le 1 1 mars par l'électeur Frédéric, le duc Guillaume, désabusé sur les ioteulions de son aucien conseiller, le somma d'annuler le contrat qui avait été passé entre eux, le 8 octobre 1448. Vitzthum s'y étant refusé, le duc lui opposa la force armée, et le dépouilla a la fois de ses biens tburingicus et franconien*. Cobourg passa donc ainsi de nouveau sous la domination desd'ics de Saie.

Apel fut réintégré par la force dans ses possessions primitives, et l'électeur promit à Kauflungen une réparation toute légale. Le noble chevalier n'attendit point, cependant. les résolutions de son maître, et conçut contre la famille de Frédéric des projets de vengeance qui le forcèrent à quitter la Misnie et à fuir en Bohême *. S étant fait instruire par un garçon de cuisine, nommé Schwalbe, de tout ce qui se passait à la cour d'Altcnbourg, et familiarisé avec toutes les localités de cette place, il choisit, pour y revenir, le moment où 1 électeur devait se trouver à Leipzig. Profitant de cette absence, il escalada les murailles du château, dans la nuit du 7 juillet 1455, pendant que les officiers de l'électeur se trouvaient en ville, réunis à un banquet chez le chancelier. Il était assisté dans son entreprise par deux de ses amis , les chevaliers Guillaume de Mosen, et Guillaume de Schônfels. Lelectrice Marguerite " était demeurée dans le château avec ses deux fils, Ernest, âgé de U ans, et Albert, âgé de i± ans. La sentinelle, à laquelle seule la défense du château était confiée, fut garrottée, et rien ne s'opposa plus à leur introduction dans l'intérieur du palais. Les jeunes princes furent enlevés en dépit des cris d'une inère désolée. Kauflungen prit la direction de son château d'Isenberg en Bohême,

** En fuyant il prononça la menace : qu'il se vengerait sur le propre sang de l'électenr, a quoi celui-ci aurait répliqué : « Von Conrad, prends gardo que lu ne me brûles point le* paissons de mes étangs ! »

* 7 Elle était Aile de l'archiduc Ernest le Ferré d'Autriche , distinguée au tant par ses talents administratifs auxquels son époui laissa souvent l'occasion de se déployer, qne par sa tendresse maternelle. Cependant elle est citée, comme a) a ut provoqué en 1411 une persécution contre les juifs.

avec le prince Albert ; Mosen et Schônfels, chargés du prince Ernest, suivirent au galop la route de Zwickau. Le ravisseur voulait, par cet acte d'une brutale violence, attendrir I électeur, et espérait, qu'arrivé à son château, il le ferait plier à ses injustes exigences.

Kuuz était parvenu, avec sa victime, jusqu'au Fùrstenberg , près du village de Ruschau, sur les frontières de Bohème, lorsque le prince manifesta le désir de se reposer. Kunz le fit descendre de cheval et lui permit de cueillir quelques fraises ; mais le prince ayant rencontré un charbonnier, nommé Georges Sehmidt , il s'empressa de se découvrir à cet homme. Celui-ci et sa famille donnent l'alarme dans tous les environs. On saisit Kunz de Kauftungen, qui avait eu le malheur de s'empétrcrle pied dans son étrier, ainsi que son valet , qui se défendit vainement. Ils furent menés près de l'abbé Liborius de Grùnhayn, qui , sans retard, fit conduire les prisonniers à Zwickau, et ramena le prince à ses parents, à Al ten bourg.

Ce fut un beau spectacle, dit l'histoire, de voir, à cette occasion, le cortège splendide, que conduisait un noir charbonnier, armé de son immense fourgon.

Quant à Mosen et Schônfels , qui étaient chargés du prince Ernest, ils se cachèrent quelques jours dans la Grotte du Diable, nommée plus tard la Grotte des Primes, aux environs de Stein; car le tocsin qui retentissait partout, avait mis toute la contrée en éveil, et empêchait les chevaliers ravisseurs de poursuivre leur chemin. Des bûcherons les ayant informés de ce qui était arrivé à Kunz , ils prirent la résolution de

renvoyer le prince , sous la garantie d'une pleine amnistie, ou de le livrer à la mort. Le capitaine du district, Frédéric de Schônbourg, leur garantit la vie et la liberté, et le prince fut rendu sain et sauf à son père. Les chevaliers prirent la faite, pour se soustraire à l'indignation générale. Kunz fut condamné à mort , et décapité sur la grande place de Freiberg, le 14 juillet 1455. Schweinitz, son valet, et Schwalbe, le garçon cuisinier, furent écartelés. Le charbonnier Schmidt, auquel l'électeur avait permis de demander le prix qu'il voulait, et qui n'avait sollicité que l'exemption des impôts daps l'exercice de son métier , non-seulement obtint celte faveur, mais encore un domaine dans le village d'Eckartsbach près de Zwtckau, et annuellement quatre boisseaux de froment. A partir de cet événement, lui et ses descendants portèrent le nom de Triller, « parce que, disait-il , il avait bravement taboulé (allemand : trillen) le chevalier Kunz de Kauffungen *. )>

Le bonheur domestique de Frédéric le Doux ayant été ainsi rétabli par le courageux dévouement de chélifs vassaux; l'avenir du pays et de la dynastie étant rassuré, un autre danger vint subitement menacer celte sécurité. Le frère de l'électeur, Guil-

** L'enlèvement des princes usons, a la mémoire duquel on monument fut érigé en 1832 sur le Furstenberg , a fait l« sujet d'une foule de monographies. Nous citons, parmi les plus renommées les «leux suivantes : Dan. Cramer, Plagium, Comœdia rte Alhtrio et Emttto tubrrptii. Vitcmb. 1M>5, 8*. (Cet ouvrage a en plusieurs éditions latines et allemandes.) — Triller (Dan. Guill ). tâchiischer Prinzenranb. Francfort, 1743. 8". La poésie dramatique et le roman s'en sont

laume III de Thuringe, turbulent et impétueux de son naturel querelleur infatigable, ne se plaisait qu a former des projets tendant à l'agrandissement de son pouvoir, et à la satisfaction de son goût pour les armes. La mort de Ladislas de Bohème, son beau-frère, lui en fournit l'occasion. Elle lui ouvrit la perspective de porter la couronne de ce pays w . Cependant, les Bohèmes, sur les recommandations du puissant ecclésiastique, Jean Rokyczana , élurent, en 1458, Georges Podiebrad, le Hussite, et celui-ci renouvela bientôt les prétentions qu'avait déjà soulevées l'empereur Sigismond, au sujet de la suzeraineté sur 65 villes et châteaux de Misnie.

Pour terminer ces différends, on convint d'un double mariage entre le duc Albert, second fils de Frédéric, et la fille de Podiebrad, Zédéné (Sidonie), d un côté, et entre le fils du roi Hinko (Henri) et la (ille de Guillaume , Catherine , de l'autre. Ces unions amenèrent la confraternité de succession entre la Bohème et la Misnie, et quant aux prétentions élevées par le roi de Bohème, elles furent respectées, grâce à l'intercession de l'électeur de Brandebourg, en ce sens , que les princes saxons rendraient à la Bohème leurs domaines conquis précédemment dans ce pays, savoir : Riescnbourg, Brix et Dux, ainsi que la montagne de la Landskrone près

» On disait de lui : . Quand le duc Guillaume aiiacbe ses éperon», et traverse la cour du château de Weimar, Il fajjt trembler toute la Thuringe. »

39 Leduc Guillaume arait épouse en 1440, pendant que »on frère attaquait VtUthum a Roula, la princesse Anne, saur cadette du roi Ladislas >l Bile d'Albert II, roi des Romains, dont il eut deux ailes, Marguerite et Catherine.

31 II devint plus lard duc de .Vunsterberc.

de Gôrlitz, et qu'ils reconnaîtraient la suzeraineté du roi de Bohême sur les 63 villes et châteaux de Misnie en question, parmi lesquels on cite Pirna, Donna. Kônigstein, Sachsenbourg, Eilenbourg, Hohnstein, Tharant, Auerbach, etc. Seulement, fut-il stipulé, cette suzeraineté féodale n'entraînerait pas de services féodaux.

Peu de temps après cet accommodement, Frédéric le Doux décéda à Leipzig, le 7 septembre 1464-, âgé de 52 ans. Il fut regretté par ses sujets comme un prince excellent, actif et d'une rare bienveillance , et par les siens comme un père de famille doux et d'une sincère piété Ses deux fils, Ernest et Albert, lui succédèrent, gouvernant en commun tous les Etats de la maison de Wettin. Cependant Ernest, l'aîné, hérita seul du duché de Saxe et de la dignité d'électeur, et se mit également en Misnie à la tète de l'administration générale. Leur oncle, Guillaume III, s 'étant résolu, vers la fin de sa vie, à une vie retirée et pacifique, se maintint dans le gouvernement de la Thuringe. Tout ce qui fit encore parler de lui au dehors, fut le malheureux sort, qu'injustement il fit subir à son épouse, Anne, fille de l'empereur Albert, et ses relations avec une veuve, nommée Catherine de Brandenstein,dontil fit son épouse après la mort de sa femme 85 . Il survécut 18 ans à son frère, et

** Frédéric le Doux fut le fondateur de l'ordre saxon de St-Jérome(1450). Vojr. nom, Jfitt. ffandbibliothek. p. 873 et ».

M La duchesse Anne, princesse estimable sous tous les rapports, fut confinée dans le château d'Eckartsberga, en 145(5, où elle fut en butte aux traitements les plus durs de la part de son époux. Elle mourut de chagrin, après un emprisonnement de 8 ans, le 13 norembre 1402. Le mariage arec Catherine de Branden-

mourut le 47 septembre 1482, sans laisser de postérite, et après avoir remis ses États entre les mains de ses deux neveux, Ernest et Albert.

Ces deux frères administraient leurs Etats avec un accord remarquable , et plusieurs fois ils profitèrent de l'occasion de les agrandir. En 1466, ils conquirent les possessions de Henri II, burgrave de Misnie, soigneur de Plauen, qu'ils conservèrent dès lors comme fiefs de Bohème. Plus lard, ils se procurèrent, par achat, la seigneurie de Sagan en Silésie pour la somme de 50.000 florins, qu'ils retirèrent des filons d'argent nouvellement découverts près de Schneeberg, et firent t'-galement l'acquisition des seigneuries de Sorau, de Beeskow et de Storkow , pour 62,000 florins rhénans.

L'indivision qu'ils avaient observée jusqu'ici dans le gouvernement de leurs États, vint à cesser par la mort

tleio, célébré avec pompe à Weimar et béni raftue par un arcbevéqne de Ma 6 dchourg, fut toléré par l'électeur, frère de Guillaume, parce qu'il n'y avait plus aucune espérance qu'il en résultât des enfants. L'infidélité de Guillaume fut punie par celle de Catherine, doot la vie déréglée était notoire a la cour, uns toutefois que son époux eût assez de force pour lui retirer son affection.

En 1401, le duc Guillaume III entreprit avec une suite de 01 personnes un pèlerinage à Jérusalem, sur lequel la bibliothèque de Gotha renferme de curieuses relation* manuscrites.

Sur les démêles que le duc Guillaume III d- Saie eut avec Élisahetbde GorliU, épouse d'abord du duc Antoine de Brabant, et en secoudes noces de Jean de Bavière, évéque de Liège, au sujet du duché de Luxembourg, du comté de Cbiny et de l'advocatie d'Alsace, qui lui revenaient i titre de dot de sa femme Anne, petite-Aile de Sigismond; — voy. Dewea, Uittoirt générale de la Belgique, Bruxelles, 1837, septième époque, chap. VI, vol. IV, p. 349 et suiv.

?' Cette seigneurie de Sagan forme aujourd'hui un duché relevant du roi de Prusse, et renferme sur une étendue de 31 mètres carrés. H villes, 147 villages.

de leur oncle Guillaume, qui leur fit échoir la Thuringe. Albert, qui n'avait joui jusqu'ici que d'un revenu annuel de H ,000 florins, assigné sur certaines villes et chàtellcnies, se montra encore disposé à faire continuer pendant 40 ans, le statu quo,en échange dune augmentation de3,000 florins, et sous condition que le pays n'en subit aucune nouvelle charge. Mais quelques différends survenus déjà auparavant entre les deux princes, le désir naturel de doter leurs enfants respectifs, et, comme il y a lieu de le supposer, les instigations de quelques avides conseillers, aboutirent à un partage formel, ratifié à Leipzig le 26 août 4485. Ce partage est une date remarquable dans I histoire de la Saxe ; car, à partir de cette division, l'unité et la force de la maison et des Etats de Wellin n'ont plus jamais été restituées.

Selon l'ancien droit des Saxons, d'après lequel l'ainé partage cl le cadet choisit, Ernest jeta les bases du partage et Albert obtint le choix pour la somme de 25,000 florins. La Misnie et la Thuringe constituèrent la base du partage ; mais on avait annexé à la dernière les possessions dans la Franconie et le Voigtland (Plauen, etc.). Le Pleissnerland et l'Osterland furent partagés en deux moitiés. Le duché de Saxe et l'électoral n'entrèrent point dans le partage, étant considérés comme la part naturelle de l'ainé. A l'effet de maintenir des rapports amicaux entre les deux branches, et de

«7,000 habiUnU.II appartient actuellement au prince rt'gnant de Hohi-n/olkrn- Hechingen, qui en a hérité de sa mère la princesse de Courlande, pctitr fille du célèbre Biron, ministre de Bus nie sous le règne d'Anne, devenu dur d<- Caurlandc. Pierre, flls de Biron. acheta en 178S le dnché de Sagan.

no

diminuer les chances d'une guerre intestine , chacun des deux intéressés obtint, sur le territoire de l'autre, un certain nombre de domaines. L'évèché de Naumbourg-Zcitz fut assigné à la Thuringe, et celui de Mersebourg à la Misnie. Restèrent communs : l'évéché de Misnie; la principauté de Sagan, et les seigneuries de Biberstein; les mines, le patronage des villes d'Erfurt, Gôrlitz, Nûhlhausen et Nordhausen ; enfin les dettes, les expectatives et les collations de fiefs. De plus ils stipulèrent la succession mutuelle, et une somme de cent mille florins pour celui qui obtiendrait la Thuringe, province moins productive que la Misnie. Cependant Albert, en choisissant la Misnie, ne paya que 80,000 florins, mais dut céder le bailliage de léna. Quant au palalinat de Saxe et au burgraviat de Mugtlcbourg , rien ne pouvait être décidé alors, vu qu'Albert insistait pour qu'ils fussent compris dans le partage, et qu'Ernest les considérait comme inhérents au duché de Saxe. Or, la bulle d'or avait déclaré ce duché indivisible; et cette question donna sujet, dans la suite, à de longues discussions.

Cette division reçut la sanction de l'empereur Frédéric III, le 21 février i486, et les deux princes furent solennellement investis de leurs États. Toutefois Ernest, en projetant cette division, avait espéré que son frère se déciderait pour la Thuringe , et conserva toujours quelque dépit secret du choix que son frère avait fait.

C'est à dater du traité de 1485 que la maison de Wettin se divise en deux principales branches, la

brandie ernestme ou aînée, et la branche (libertine ou cadette. Les principales possessions de la première sont : Arnshaugk, Altenstein , Adorf, Altenbourg, Buttstadt, Borna, Creuzbourg, Cobourg, Coldiz, Dùben, Gotha, Gerstungen, Grimma , Heldbourg. Hildburghausen, Ëisenberg , Eilenbourg, Eisenach, k ahla, Kônigsbcrg, krimmitschau, Lùcka, Leissnig, Neustadt, Orlamûnde, Oelsnitz, Plauen, Pansa, Rossla, Ronnebourg, Saalfeld, Salzungen , Schmôllc, Schilda. Tenneberg, Triptis, Auraa, Weimar,Weida, Waltershausen, Wartbourg, Werda, Ziegenrùck et Zwickau.

La part d'Albert renfermait : Cambourg, Ghemnitz, Dresde, Dippoldswalde, Delitscli, Dornbourg, Eckartsberge, Frauenstein, Freibourg, Freiberg , Gebensee , Hohnstein, Hayn, Iéna (qui fut cédé à Ernest), Kindelbruck, Langensalza, Leipzig, Lommatscfa, Luckau, Meissen, Mitweyda, Oschatz , Oederan, Pirna, Pegau, Rochlitz , Radeberg , Senftenberg , Sachsenbourg , Schellenberg , Sangerhausen , Tharant , Hennstàdt , Thomasbruck, Wolkenstcin, W eissensee, Weissenfels, Zschoppau.

Cette longue série de localités donne en même temps la preuve d'une nombreuse population, concentrée dans des villes où le commerce et l'industrie avaient produit un état de prospérité, que n'avaient pu ébranler les horreurs qui accompagnèrent la guerre des Hussites. D'un autre côté, une multitude de lois sompluaires, qui datent de cette époque , et dirigées contre le luxe, ainsi que des lois établies contre la dépravation des mœurs, prouvent que les longues guerres, tant à Tinté-

rieur qu'au dehors, avaient exercé une funeste influence sur la vie du peuple et surtout sur les habitants des

cités.

La principale ressource du pays étaient les mines et le commerce, qui gagnait de plus en plus en extension. /Eneas Sylvius, qui devint plus tard, comme on sait, pape sous le nom de Pie II, s'est exprimé de la manière suivante sur la situation intérieure de l'Allemagne au xv 4 siècle : « S'il est vrai que là où sont les marchands, il y a la richesse, l'Allemagne n'est certes pas pauvre. » Cette remarque s'applique particulièrement aux pays saxons, qui se sont distingués de tout temps par leur travail et leur activité. Les sciences ne furent point retardées par les progrès de l'industrie ; elles ont toujours trouvé en ,Saxe la culture la plus empressée et la plus éclairée. Deux universités, Erfurt et Leipzig , illustrées par des hommes distingués, eurent une large part dans la formation et la propagation d'un esprit plus éclairé, moins farouche, qui se manifesta bientôt, tant dans l'administration que dans la législation , et qui conjointement avec le ressort le plus puissant de la civilisation moderne , l'imprimerie , allait saper les deux despotes du moyen-âge , la papauté et la philosophie scolastique.

Page 1