IV
L'estime dont il était généralement entouré, lui valut également la présidence du conseil de régence, qui siégeait à Nuremberg, et connu sous le nom de Reichsregiment. Cette charge lui fut dévolue à la diète qui fut tenue à Augsbourg Tan 1500, et devait lui rapporter un revenu annuel de 6,000 florins. Malheureusement le but de ce conseil ne fut jamais réalisé, et il fut dissout déjà deux ans après son installation. Frédéric retourna dans ses Etats où l'appelait un projet dont l'exécution eut les conséquences les plus grandes tant pour les temps qui suivirent immédiatement, que pour l'avenir en général.
Le partage de 1485 avait assigné l'université de Leipzig à la branche Albertine, et Frédéric, si vivement intéressé aux progrès des lumières, dut nécessairement concevoir le plan d'une institution analogue au sein de ses propres États. Le 24 août 1501, l'électeur et son frère annoncèrent, par une proclamation datée de Weimar, l'érection d'une université à Wittenberg, et le 18 octobre 1502, celle-ci fut solennellement inaugurée. La proclamation accordait, pour un terme de trois ans, l'obtention gratuite des grades académiques, à tous les étudiants de la nouvelle école. Le médecin privé de l'électeur, le docteur Pollich, en avait projeté la première organisation, en se conformant au modèle des universités de Tubingue et de Bologne. 11 s'écarta
Domma de noureau Frédéric le Sage lleutcuaol-géuéral «le l'empire {imperii locumtenms generalit), charge dont il l'acquilta pendant un an. En 15W, il la refusa, aimi que celle de fcld-marécbal-général de l'empire dans la guerre contre le» Véuiliea». pour raison de sauté.
de la division en quatre nations, adoptée à Prague et à Paris, et, proposant celle en quatre facultés, il remit l'administration académique entre les mains d'un recteur et des quatre doyens des facultés. Les hommes distingués auxquels on avait confié les nouvelles chaires, tels que Philippe Schwarzerd, plus connu sous son nom grécisé Melanchthon , et envoyé de Tubingue par le célèbre philologue Reuchlin ; Jean de Staupitz , vicaire-général de l'ordre des Augustins, et autres, augmentèrent en peu d'années la réputation du nouvel établissement scientifique à un tel point, qu'il devint difficile de trouver des logements suffisapM pour les élèves qui affluaient de toutes parts. Jusqu'en 1507, les frais d'entretien de l'école de W iltcnberg avaient été supportés en commun par les deux princes fondateurs ; mais à cette époque, ils lui incorporèrent l'église cathédrale de cette ville, qui était richement dotée, ainsi que tous les biens et villages qui en dépendaient.
En 1508, sur l'avis de Jean de Staupitz que nous venons de mentionner, et qui fut le premier doyen de la faculté de théologie, l'électeur offrit à un simple moine de l'ordre des Augustins, nommé Martin Luther, portant l'habit de prêtre depuis l'année précédente, une chaire de philosophie. Ce jeune docteur, à peine âgé de 25 ans (il était né à Eisleben, le 10 novembre 1485). mais doué d'une intelligence précoce et d'un esprit ardent et courageux, joignit plus tard à, ses leçons de philosophie des cours d'exégèse biblique, et prépara l'événement mémorable, qui ébranla l'Allemagne et l'Europe et qui signale un des points lumineux de l'his-
toire de l'humanité. Nous dépasserions le cadrç de notre, tâche, si nous voulions parcourir toutes les phases de la réforme religieuse opérée par le moine de \yit(enberg ; cependant, nous ne pouvons nous dispenser de retracer ici sommairement la marche générale de ce grave événement, puisque ce furent en première ligne les princes de la maison de Saxe et surtout de la branche ainéé qui favorisèrent la réforme, et que cette réforme elle-même réagit si fortement sur la situation politique de leurs États.
Le règne de l'empereur Frédéric III (1440-1493), couvait déjà d'importants changements. Quoiqu'on ne puisse nier les intentions sincères de ce prince, dont le gouvernement avait duré au delà d'un demi-siècle, il n'en est pas moins vrai qu'il fut dépourvu de la fermeté et de la force nécessaires pour conjurer les troubles et les agitations de son temps. L'Allemagne paraissait manquer de chef suprême ; princes, villes et chevaliers libres, se livrant à l'arbitraire le plus désordonné, n'étaient préoccupés que de l'extension de leur propre pouvoir et de raffermissement de leur existence personnelle. Ainsi que d'une part, les esprits se préparaient à des transformations sociales et politiques d'une vaste portée, des faits d'un ordre non moins élevé signalent, d'une autre, le mouvement intellectuel. Rappelons les grandes œuvres qui caractérisent cette époque climatérique du quinzième siècle : la renaissance des études littéraires; l'invention de la typographie; les expériences dans l'art nautique, qui firent connaître le chemin des Indes orientales : la découverte de l'Amérique; les change-
ments dans le système militaire et dans les transactions commerciales. Enfin, des vues plus claires sur l'organisation de l'Église et sur le pape, propagées par les Wiclef. les Huss, les Jérôme de Prague et autres précurseurs de Luther, proclamées sans réserve dans les conciles et les assemblées ecclésiastiques, durent nécessairement mûrir l'idée d'un affranchissement religietix. L'esprit de l'homme, fortifié par la science et la connaissance du passé, s'émancipait de plus en plus d une aveugle soumission à la domination de Home, et mûrissait la pensée, que l'antique constitution de l'Église devait s'écrouler, étant contradictoire tant avec la doctrine du Christ même, qu'avec la saine raison de l'homme. 11 ne fallait, dans de telles conjonctures, qu'une impulsion du dehors, qu'un léger incident pour que la réformation s'opérât,
Cette impulsion, cette cause immédiate, se présenta dans le conflit qui divisait alors les humanistes, qui prédominaient dans les universités, et les théologiens, qui marchaient dans la vieille ornière de la scolastique; elle s'offrit surtout dans l'impudence avec laquelle les agents de Rome faisaient en Allemagne le débit public des indulgences pontificales. C'est contre ce honteux « trafic d'âmes, » que Luther, se conformant à l'usage académique, afficha les fameuses 93 thèses à Wittcnberg, le 31 octobre 1347. Disséminées par d'innombrables copies, ces thèses se répandirent avec une rapidité extrême dans les Etats de l'empire germanique et à travers l'Europe entière , et sapèrent les fondements de l'ancien édifice d'Hildebrand. L'auda-
cieusc démarche du professeur saxon fut accueillie par les applaudissements les plus bruyants de l'Allemagne éclairée : son courage, et la force de ses raisonnements excitèrent l'admiration générale. Non-seulement les étudiants qui assistaient à ses cours , se rallièrent à sa cause, mais il sut ranger sous sa bannière des hommes, tels que le chevaleresque Ulrich de Hutten, le brave Sickingen, le fougueux Carlstadt, le pacifique Melanchthon et le prudent Spalatin. Il était dans la nature des choses, que les théologiens scolastiques, ces adversaires-nés des humanistes, se missent en émoi et entamassent une polémique aussi véhémente que dangereuse, lançant contre Luther non-seulement l'accusation de novateur ecclésiastique, qui aurait attaqué moins le dogme catholique que l'autorité même du pontife, mais aussi celle d'un révolutionnaire politique.
Le pape Léon X ne vit d'abord dans cette affaire qu'une simple dispute de savants, qu'une querelle de moines, et lui laissa libre cours, d'autant plus qu'alors l'attention du souverain pontife, comme celle de tous les pouvoirs séculiers, s'était portée sur les choses politiques , et surtout sur l'élection prochaine du successeur de Maximilien. L'électeur Frédéric le Sage lui-même, dès le principe le protecteur généreux de Luther, ne considéra la polémique engagée par celui-ci que comme une attaque dirigée contre les abus de la hiérarchie, et n'intercéda point avant que le célèbre Érasme de Rotterdam, qu'il avait consulté sur les tendances de Luther, eût émis son jugement en faveur du mouvement.
Sur les représentations réitérées des ennemis de Luther, et pressé surtout par les dominicains, le pape dut enfin changer de conduite, et prit en 4518, la résolution d'engager l'électeur à faire exclure Martin Luther de l'ordre de St. -Augustin , à s'emparer de sa personne et à l'expédier à Rome endeans soixante jours. Frédéric,' quoique élevé dans les anciens préjugés, modifia peu à peu ses vues sur les pouvoirs de la papauté, depuis que la décadence de cette institution fut mise au grand jour par le jeune docteur de Wittenbcrg. D'un autre côté, appréciant la salutaire influence, que Luther exerçait sur la prospérité croissante de l'université, il ne pouvait se montrer très-disposé à obtempérer bénévolement jàux injonctions du St -Père. Tout ce qu'il crut pouvoir accorder, sur l avis des membres de l'université, fut de laisser partir Luther à Augsbourg, pour s'y présenter devant le légat de Léon X, le cardinal Cajetan. On sait qu'il ne se rétracta point, dans trois entrevues qu'il eût avec ce prélat (octobre 1318), des principes qu'il avait posés et défendus, en interjetant appel « du pape mal informé au pape mieux instruit », (a potitifice non bene informaio ad nieliua infonnandufn).
Peu de mois s'étaient écoulés depuis le voyage de Luther à ÀUgsbourg, que Maximilien, le dernier empereur germanique au caractère chevaleresque, venant à 'mourir le 12 janvier 1519, Frédéric de Saxe fut chargé, d'après Tes dispositions de la bulle d'or, du vicariat de l'empire dans tout le territoire où régnait le droit saxon. Cet événement avança sous deux rapports
le succès de la réformation. D'abord, sa position nouvelle permettait à l'électeur d'entourer le professeur persécuté, qui faisait la gloire de son université, d'une sûreté personnelle mieux garantie; d'autre part elle dut commander à la cour de Rome plus de circonspection dans ses mesures, et de ménagements envers Luther, que protégeait un prince qui figurait lui-même sur la liste des candidats à l'empire, et dont le vote devait, en tout cas, puissamment influencer l'élection prochaine de l'empereur d'Allemagne.
Au reste, la doctrine de Martin Luther avait déjà jelé de profondes racines dans les esprits. Charles de Miltitz *, chanoine de Mayence, chargé par le pape de mettre un terme à la querelle religieuse, c'est-à-dire d'engager Luther à la rétractation, écrivit à Léon X qu'il ne s'aviserait pas de conduire Luther en Italie, sans être escorté d'une armée de 23,000 hommes. Le réformateur, de son côté, ne discontinua point de faire marcher son œuvre par ses écrits et sa prédication.
Âpres avoir géré le vicariat pendant cinq mois, l'élec-
* Charles de MilliU. gentilhomme de Misnie, résidant à Rome, que nous voyons ici jouer le rôle de nonce du pape, avait en même temps reçu la mission de remettre a l'électeur la rose d'or bénite,, dont les papes ont coutume d'honorer annuellement un des princes de l'Europe, et que Frédéric avait demandée a une occasion précédente. Cette mesure de courtoisie pontificale avait pour hut de captiver la bienveillance de l'électeur.
C'est ce qui résulte des paroles suivantes d'une lettre de Léon X, écrite à Frédéric au sujet des propositions qu'il lui ferait faire par HilliU : quœ MiUitiut propotiturxu sil, contidgrtt, et pretioso munere omatus Rotœ suavilatii odort lattvs, tanto lubtntiu* tt promtiut exequatur. La rose d'or ne parvint que le M septembre 1519 dans le» mains de l'électeur, qui, ne voulant point assister lui-même à sa réception solennelle a Altenbourg, y délégua trois de ses conseillers.
leur de Saxe se rendit à Francfort, où , comme d'habitude, l'élection de l'empereur devait avoir lieu. Soutenu par Frédéric, qui avait refusé la couronne pour lui-même, le petit-fils de Maximiiien , Charles I er , roi d'Espagne, fut élu roi des Romains, le 28 juin 1519, et prit comme tel le nom politique de Charles-Quint
* C'est a Frédéric le Sage surtout, qu'est du l'établissement d'une nouvelle loi fondamentale de l'empire, U capitulation impériale. Elle était provoquée par le* justes apprélicusions qu'iuspirait aux États germaniques la puissance d'un prince qui.au* posassions b crédita 1res de la maison d'Autriche, réunissait la monarchie espagnole. Depuis Charles-Quint, tous les empereurs ont signé de pareilles reversâtes, posant des barrière* à l'autorité impériale.
Quant i la noble conduite, tenue par l'électeur de Saxe dans cette question d'élection, j'ai jugé a propos de reproduire une lettre entière d'Érasme, adressée de Louvain, au chapelain de Frédéric. Spalatlu, p a rce qu'elle touche également la question religieuse. La traduction en est due au célèbre Français, Pierre François le Courayer, qui, aprt* avoir do s'expatrier pour un écrit $ur la validité des ordinations de l'Eglite Anglicane (1723). vint en Angleterre, où il reçut de la reine Caroline (femme de Georges H) et des princesses royales un accueil bienveillant. C'est a leur usage qu'il fit la traduction des lettres d'Érasme, dont le manuscrit étant devenu la propriété de S. A. R. la princesse Charlotte, morte en 1817, se trouve actuellement dans la bibliothèque particulière de S. H. le Roi des Belges.
Lbttrk d'Érasrr * George.» Sfautiv
Alexandre, jeune homme plein de candrur, m'a remis vos lettres si souhaitées avec deux médailles qui me représentent au naturel l'image de votre excellent prince. Ce présent m'a fait plus de plaisir que s'il m'avait envoyé un talent d'Or attique. Il s'est envoyé lui même à moi en argent, et moi je m'envoie a lui en cuivre. La matière répond au mérite de l'un et de l'antre. Car qu'y a-t-il en ce prince qui ne soit tout or, lui qui par une grandeur d'dme plut qu'héroïque a méprieé l'empire qu'on lui offrait unanimement, lui dont aucun avantage u'apn tenter l'intégrité et la vertu, ni le portrr a accepter une dignité, quoique tout le monde le jugeât seul capable de la soutenir avec gloire, lui qui a refusé constamment de si grandes sommes que les nôtres lui offraient, lui qui par une prudence et une dextérité singulière embellit et enrichit ses États, sans faire injustice à ses voisins, mais pour l'avantage commun de tout le monde, loi enfln qui a enrichi la chrétienté d'une nouvelle académie, qu'eu peu d'années il a rendue très- florissante par l'étude des langues et des belles-îettres, de froide et de peu
Coïncidemment avec cette élection se faisait à Leipzig la fameuse dispute théologique entre le docteur Eck d'ingolstadt, et Luther 7 . C'est en conséquence de ce duel scientifique que le premier se rendit à Rome
fréquentée qu'elle était, favorisant les bonnes études avec tant de modération, que les fauteurs de l'ancienne doctrine ne trouvent même aucune raison de s'en plaindre. Les lettres seraient très- ing rates, si elles ne consacraient par quelque monument immortel les mérites de ce héros. Je lui dois moi-même beaucoup eu mon particulier, mais beaucoup plus au nom public des études. Et plaise a Dieu que je puisse élrc assez heureux pour visiter un jour cet illustre prince et sa florissante académie. Comme je dois aller cet automne faire un tour en Allemagne, si je ne - me trompe, je tacherai de vous aller voir, si je le puis faire en sûreté. Je conserverai cependant l'image de ce bon prince parmi tout ce que j'ai de plus cher, et je la porterai toujours pour en faire mes délices.
J'ai écrit depuis peu a Philippe Melaochton, de manière que je crois avoir écrit à Luther par le même moyen. Je prie J. C. de conduire tellement l'esprit et la plume de Luther, qu'il avance les intérêts de la piété évangélique. et qu'il iuspire de meilleures dispositions a ceux qui recherchent leur propre gloire aux dépens de celle de J. C. et leur profit aux dépens du sien. Parmi ceux qui attaquent Luther, j'en vois beaucoup qui respirent beaucoup plus le monde que J. C.,et cependant on esl en faute des deux cotés. Plût à Dieu qu'Hutten dont j'aime extrêmement l'esprit, e/l écrit d'un style plus modéré. Je souhaiterais aussi que Luther s'abstint un peu de toutes ces disputes. En traitant les affaires de l'Évangile avec simplicité, sans y mêler ses ressentiments et ses passions, les choses peut-être auraient eu un meilleur succès. Au lieu qu'en agissant comme il fait, il attire sur les bonnes éludes une baioe qui nous est pernicieuse et qui ne lui fait aucun bien à lui-même. Il y a même un grand danger que la corruption ouverte des mœurs que tout le monde avoue demander un remède public, ne se fortifie de plus en plus, comme une peste qu'on remue . Il n'est pas toujours nécessaire de produire la vérité, et il importe beaucoup de quelle manière elle est produite.
Porte* vous bien, mon cher Spalatln . et faites-moi la grâce de me recommander à votre prince.
De Louvain, celi juillet 1520.
* - Deux fils de paysans représentèrent deux tendances d'opinions, qui, ainsi qu'alors, partagent encore aujourd'hui le inonde. De l'issue de leur combat, des résultats de l'un dans son attaque, de l'autre dans sa résistance, dépendait pour une large part l'étal futur de l'Église et de l'État.» Ranke. Histoire de l'Allemagne a l'époque de la réforma non. il, p. 404.
(janvier 1520) pour y faire décréter la bulle d excommunication contre son vigoureux antagoniste. Celui-ci répondit à ces mesures par des pamphlets , tels que ses traités des Bulles del'antechrist, de la Captivité de Babyloiie, et son appel à Ut noblesse chrétienne de l'Alletnagne, etc., mettant à nu tous les vices de la hiérarchie romaine et de l'autorité pontificale, et invoquant le secours du bras séculier contre les injustices de la hiérarchie. Heureusement pour l'auteur de ces écrits, le vicariat de I électeur Frédéric se prolongea durant les seize mois qui s écoulèrent entre l'élection de Charles- Quint et son couronnement. Sommé par le pape de prendre des mesuresénergiques contre l'impétueux réformateur, le prince répond il en ces termes : « L'Allemagne n'est » plus ce qu'elle fut ; les arU et les sciences y fleuris- » sent, le peuple brûle de connaître les Saintes Écri- » tures ; et si l'Église use de force, rejette les proposi- » lions de Luther, repousse l'examen de sa doctrine, dé- >• daigne de réfuter ses principes par des raisons valables » et sur la base de la Bible, il n'en résultera qu'une agi- » tation croissante parmi le peuple, mais aucun avan- )» tage pour le pape. » Voici , d'un autre côté, le langage qu'il tint à son protégé lui-même pour l'exhorter à la modération dans ses démarches : << Je n'ai pas encore » lu vos ouvrages et j'en laisse la critique à l'autorité » suprême. Toutefois je désire que certains points soient » examinés avec humilité, sans envie, sans àpretc in- » jurieuse et sans esprit de rébellion. Nous apprenons » tous les jours avec peine et à notre grande affliction, v que quelques-uns de ceux qui se disent publiquement
>• les docteurs de la religion du Christ et qui exercent » une haute autorité, élèvent une violente controverse » sur des questions dont un vrai chrétien ne se préoc- » cupe guère, telles que la question de l'autorité du » pape, s'il est le chef de l'Eglise chrétienne de par les » hommes ou de par la parole de Dieu, ensuite celle du » libre arbitre et autres. Ils se disputent là-dessus » comme s'il en valait la peine. Chacun défend avec » acharnement et arrogance ses opinions erronées, et » poursuit encore ses adversaires de calomnies et d'in- » jures. C'est ainsi qu'une multitude d'opinions dénuées » d'intérêt et de raison se communiquent à la masse, » qui déjà commence à chanceler, à être entraînée à la » désobéissance, et à s'exposer ainsi à des périls innom- » brables. »
Résolu de garantir Luther contre toute condamnation arbitraire et précipitée, il ne donna pas suite à la bulle de Léon X, se fondant peut-être sur le jugement d'Érasme, qui avait déclaré que l'opposition contre Luther émanait d'une source méprisable, savoir la haine pour toute science véritable. « Plus on est honnête homme, » avait-il dit, « et dévoué à l'Évangile, moins on peut être l'ennemi de Luther *. »
• La bulle du pape avait été remue a Frédéric de Saxe à Cologne, où il se trouvait après le couronnement de Cbaries-Qnint, par les légats Aléandre et Caraccioli. L'électeur fut indigné de la précipitation avec laquelle la cour de Rome avait agi, convaincu surtout qu'il était, que Lutber était innocent. Aussi résolut-il de ne point céder au pontife, et il réitéra sa demande, que Lutber fût interrogé par des juges égaux, savant» cl pieux et dans un endroit sur. Il ue voulut rien entendre de la bulle. C'était là aussi l'opinion de sa cour, de son frère et de son neveu, qui devaient nn jour lui succéder, de tout le pays.
Érasme, qu'il avait vu a Cologne, lui avait déclaré que tout le crime de Lutber
Les difficultés qui s'élevaient de toutes parts contre le champion de l'indépendance religieuse n'arrêtèrent point celui-ci dans la poursuite courageuse de ses projets de réforme. Il fit un pas décisif, le 40 décembre 1520, lorsque, entouré des étudiants, des professeurs et d'une foule d'autres spectateurs, il brûla solennellement la bulle qui le frappait d'anathème, les livres du droit canon et quelques œuvres de ses adversaires, secouant ainsi ouvertement toute dépendance qui l'attachait encore à l'autorité du Saint-Père, dont il avait définitivement reconnu les faux fondements.
Enfin, Charles-Quint était arrivé en Allemagne, et avait reçu la couronne impériale à Aix-la-Chapelle, le 23 octobre 4520. Les affaires concernant Luther et sa réforme allaient être discutées à la diète de Worins, où le moine fut cité sous la garantie d'un sauf-conduit. Cette citation était principalement l'œuvre de Frédéric, qui insistait pour que les questions religieuses fussent examinées par des juges équitables, pieux et savants, et que la doctrine de Luther fût réfutée par des arguments tirés des Livres Saints, avant de lui infliger aucune punition. << C'est le propre de la liberté germanique, » disait l'électeur,» dans des questions douteuses, de préférer les doux procédés à tout acte de violence. » L'admirable intrépidité que Luther manifesta à la diète de Worms, le ton de conviction sincère et profonde, avec lequel, à cette occasion solennelle, il défen-
conii»Uit en ce qu'il avait attaqué la couronne du pape et le feolrc de» moine*. Voy. Jxiomata Erasmi Hoterodami pro cauta Luthtri Spalatino traàUa, Xtwc. 1520, tn Luthtri Opp. Lot. Il, p. 314.
dit sa conduite, renforça, d'un côté, l'affection et l'estime de ses amis, mais redoubla, d'un autre, la haine de ses adversaires, et fit aggraver même son excommunication par sa mise au ban de l'empire. On pensait par cet acte, qui figure dans l'histoire sous le nom d'Jtditde Wormt, avoir terminé les querelles et conjuré l'agitation. Mais celui qui écrivit à la fin d'une de ses lettres les paroles suivantes, l'Espagnol Alphonse Valdez, présageait mieux l'avenir : « C'est pour eux la fin de la tragédie ; pour moi je n'y vois que le début. »
En dépit de l'engagement pris par l'empereur et les princes, d'observer le sauf-conduit qui avait été accordé à Luther, l'électeur de Saxe n'en conçut pas moins des appréhensions sur la sincérité de ces promesses, et fit enlever le prisonnier par des chevaliers masqués au milieu d'une forêt. 11 fut conduit, sous le nom de Sire Georges, au château de Wartbourg, près d'Eisenach. L'exécution de ledit de Worms rencontra cependant de nombreux obstacles. Charles-Quint dut s'éloigner par suite de troubles éclatés en Espagne et de ses démêlés avec le roi de France, et quant aux princes de l'empire, bien peu d'entre eux se trouvaient disposés ou se sentaient capables d'arrêter un mouvement, qui comptait d'innombrables partisans dans toutes les contrées de l'Allemagne. La diète de Nuremberg, convoquée l'année suivante par le conseil de régence, n'effectua pas non plus la réalisation des décisions prises à la diète précédente. L'électeur repoussa avec indignation la sommation du pape d'abandonner la cause de Luther, et la diète ne recula point devant la déclaration
formelle, que la non-exécution de 1 edit de Worms provenait de ce que les plaintes élevées depuis longtemps contre la cour de Rome étaient trop fréquentes et sérieuses ; que les écrits de Luther les avaient encore mieux fait apprécier : que l'exécution de 1 edit ferait croire au peuple, qu'on protégeait les abus et les impiétés signalées, ce qui pourrait facilement amener la sédition populaire. En outre , on demanda, que pour empêcher la confusion et les désordres, le pape convoquât, avec l'autorisation de l'empereur et en déans un an, un concile général dans une ville quelconque de l'empire germanique.
Si désirable que fût un développement pacifique de la réorganisation de l'Eglise, on ne pouvait l'espérer dans l'excitation générale des esprits. Des gens exaltés ou fanatisés, des hommes faisant parade d'un faux savoir, aussi bien que des savants d'un mérite réel s'étaient emparés de la réformation. Les iconoclastes sous la bannière de Garlstadt , et les anabaptistes sous celle de Thomas Mûnzer, avaient provoqué des désordres, fomentés et augmentés par une partie de la noblesse indépendante, dans laquelle nous remarquons en première ligne le fameux Franz de Sickingen. Viurent les mouvements de ces paysans révoltés, qui dans le sentiment légitime de leur état d'oppression et de misère, voulaient appliquer les principes de liberté chrétienne, dont ils entendaient tant parler autour d'eux , à leur condition politique. Qu'on ne s étonne donc point de ne voir à cette époque qu'une société déchirée, se laissant entraîner par le courant des idées dans les direc-
lions les plus opposées, semblable a la mer qu'agite la tourmente, et incapable de rentrer dans son courant ordinaire. C'est au milieu de cet ébranlement de l'édifice social, que l'électeur Frédéric le Sage fut enlevé à la terre, le 5 mai 4525, âgé de 65 ans, après avoir pris la Cène sous les deux espèces. « Que ferais-je encore plus longtemps ici-bas, » dit-il quelques jours avant sa mort ; « je n'y verrais jamais l'amour, la vérité et la bonne foi. »
Frédéric avait été un appui solide et puissant de la réforme religieuse, sans qu'il eût cependant jamais déclaré, publiquement et positivement, son entier dévouement à la cause du luthéranisme. Malgré cette réserve, du vivant de ce prince, Charles-Quint même n'osa point comprimer le mouvement luthérien par l'emploi de mesures énergiques. La Saxe acquit sous le règne de Frédéric une influence qui se fit ressentir dans le gouvernement dés affaires générales, et cette valeur aurait immensément gagné, sans le partage qui précéda son avènement au pouvoir.
Frédéric ne s'était jamais marié, par affection, diton, pour son frère, auquel il ne voulait pas ôter l'expectative de lui succéder un jour dans le gouvernement de ses Etats.
Dès son avènement au trône de Saxe, Jean le Constant fit connaître sa pleine et entière adhésion aux innovations luthériennes, et procéda aussitôt à une organisation des églises et des écoles, conforme à l'esprit et au caractère de la réformation. Une des premières
manifestations de ses dispositions anti-catholiques fut
le pacte d'alliance, qu'il fit signer à Torgau, par les ducs de Brunswick, le landgrave Philippe de Hesse et quelques autres princes ou villes impériales, ayant pour but «< de maintenir la Sainte Parole, d'abolir les abus du culte, et de se prémunir contre toute violence qui pourrait frapper leur corps et leurs propriétés, leur pays ou leurs gens*. » Quelque temps auparavant, plusieurs des princes partisans de Home ,0 s'étaient également coalisés à Leipzig pour l'exécution de la sentence prononcée contre la doctrine luthérienne à la diète de Worms.
Les changements introduits par Jean dans l'administration de ses Etats, concernaient d'abord la visite des églises. Mclanchthon en avait élaboré le projet. Sa réalisation mit dans son plein jour la décadence de la papauté, l'ignorance et l'abrutissement du peuple, et la dégradation morale et intellectuelle de la plupart des prêtres. Ce nouveau règlement des églises et des écoles s'étendait principalement sur les sujets à traiter par les prédicateurs dans leurs sermons, sur l'érection des écoles, sur le maintien des mœurs, sur l'emploi des donations faites aux églises ou aux établissements de bienfaisance, sur l'entretien des pauvres, etc. Des fonctionnaires spéciaux , nommés superintendants, furent préposés dans chaque district aux minis-
» La ligue <U- Torgau date du A mai llîaft. Deux jour* après, le ci devant grandmaltre de l'ordre Teutonique. Albert, duc de Prusse (de la maison franconienne de Brandebourg), conclut une alliance spéciale dans le même sens avec l'électeur de Saxe.
»« L'électeur de Maycnce. Albert de Brandebourg, le duc George* de Saxe (de la ligne Albrrtine), le duc Henri de Brunswick, et révfqoe de Strasbourg.
très du culte et aux instituteurs. Cette organisation ecclésiastique se prolongea de 1527 à 4529.
Sur ces entrefaites Charles-Quint, qui se trouvait en Espagne, avait convoque une diète impériale, qui s'assembla à Spire le 43 mars 4529 ; les mesures à prendre contre les Turcs et relativement au mouvement religieux, firent le principal sujet des délibérations. Un recez très -défavorable à la cause des partisans de la réforme, excita l'opposition formelle de ceux-ci, et c'est cette protestation qui donna l'origine à la dénomination de protestants. Il est par conséquent erroné de voir dans ce nom même le caractère dist.rutif du parti qu'il désigne, savoir celui de la protestation, de la négation en général. L'admission de l'Évangile, tel qu'il se trouve déposé dans les Saintes Écritures, comme seule autorité en matière de foi, n'est certes pas dénuée d'un caractère affirmatif et positif.
La protestation publique, interjetée par les luthériens contre les arrêts de la diète de Spire, amena la convocation de la diète d'Augsbourg en 1530. Les protestants y furent autorisés à présenter les principaux dogmes de leur doctrine, tels que Melanchthon les avait formulés, ainsi que la liste des abus dont ils requéraient l'abolition 11 . Tous les princes protestants avaient comparu en personne, et particulièrement l'électeur Jean, le chaleureux protecteur de Luther". Les divi-
" Celte profession de foi psi ce qui? l'on connaît généralement tous le nom de confnsionà'Jugshaurg (wnfesslo fiilei Augustana.)
'* Jean le Constant s'était rail accompagner de «on Ai», dos théologiens Juste Junat, Melanchthon et Spalalin. Quant à Luther, il jugea à propos de le laisser au château de Cohourg. C'est là que le réformateur séjourna, pendant que sa doc-
sions que ta question de l'Eucharistie avait provoquées parmi les protestants eux-mêmes, disparurent en face de l'assemblée impériale, lorsqu'il s'agissait de défendre le principe de l'indépendance religieuse. Les résolutions de la diète ayant tourné encore une fois au désavantage de la réforme, les princes réformés se réunirent le ±2 décembre 1550, et de nouveau le 27 février i33i, dans la petite ville de Schmalkalden, et formèrent une ligue, dont Jean de Saxe 11 el Philippe de Hesse furent nommés les chefs. Bien que la ligue de Schmalkalden ne fût faite que dans l'intention de s'assister mutuellement contre toute contrainte en matière religieuse, et celle d'une coopération commune dans la rédaction des
trine était discutée à Augsbourg. La chambre qu'il habitait alor», excite encore aujourd'hui la curiosité des étrangers, qui ne manquent pas d'emporter comme une précieuse relique, un morceau de ce qu'on leur signale comme le véritable lit du réformateur. C'est dans cette retraite de Cobourg également, qu'il consacra la plus grande partie de son temps à sa grande œuvre nationale, la traduction de la Bible; c'est de Cobourg encore qu'il fit retentir pour la première fois les vigoureux accents du cantique : . Un fort rempart est notre Dira* {Ein> fttU Burg ut unëtrGott). dont le compositeur des Huguenots a si bien fait sentir la puissance et la richesse.
" La courageuse conduite que Jean de Saxe avait montrée dans la défense de se* convictions religieuse* à la diète d'Augs bourg, et qui lui valut son surnom te Constant, avait fortement irrité l'empereur a son égard. Il lui refusa l'investiture définitive de ses États, quoique Jean l'eût déjà reçue éventuellement et conjointement avec son frère, Frédéric le Sage. De plus, il ne voulut point ratifier le contrat de mariage, passé déjà en 1526, entre Sibylle, princesse de Julien el de Clé vos, el son fils, Jean-Frédéric, et en vertu duquel ce dernier rl ses descendants devaient obtenir les duchés deClèvcs ride Julicrs, pour le cas que les parents de Sibylle mourussent sans postérité mâle. La ratification de ce contrat ne fui accordée qu'en 1M4.
Jean-Frédéric avait été fiancé, déjà eu 131», a la sœur de Charles-Quint, Catherine; mai» cette union ne fut point réalisée par suite des troubles religieux et de l'adhésion du prince à la doclrincdr Luther. V. Raule, 1, p. 372.
conditions de paix avec les adversaires, elle eut à la fois une haute signification politique qui n échappa point au chef de l'empire, et dut rassurer les protestants par le seul fait de son existence. Les effets de cette coalition ne tardèrent pas à se montrer. Effrayé par l'attitude menaçante des coalisés, l'empereur consentit à des négociations de paix, qui aboutirent au traité de Nuremberg (23 juillet 1532). Celui-ci garantit le statu quo jusqu'aux décisions du Concile universel projeté, ou de quelqu'autre décret impérial ; il interdit en outre toute mesure d'hostilité contre les protestants, soit par voie de justice soit par force armée.
Quelques semaines après la conclusion de ce traité, la mort vint surprendre 1 électeur Jean le Constant, le 16 août 1532. Voici le témoignage que Luther nous en a laissé : « La piété s'est éteinte avec lui, la sagesse avec sou frère ; la réunion de ces deux caractères aurait été une merveille de la société humaine ". »
Le successeur de Jean le Constant dans l'électoral de Saxe, fut son fils aîné, Jban-Frédebic 1 er , surnommé le Magnanime. Jean-Ernest, son fils cadet, âgé de 11 ans
'* Celle signification m trahit surtout par la protestation qu« les alliés interjetèrent contre l'élévation de Ferdinand, frère de Charles-Quint, à la dignité de roi d'Allemagne, cl que le prince héréditaire de Saxe. Jean-Frédéric, fut chargé de remettre à l'assemblée de Cologne (2tf décembre 1550).
u Les procès instruits derant la chambre impériale contre les protestants devaient rester suspendus. L'inexécution de celte clause donna lien a de fréquentes discussions entre les deux partis.
" Jean avait été marié deux fois ; d'abord avec Sophie, princesse de M reliera bourg, et après sa mort (1503) avec Marguerite, princesse d'An liait (f lôâl). Deux Als et deux Biles lui survécurent : Jean- Frttlt rie son successeur ; Jtau-Er- Mël; Marte, épouse .le Philippe, duc de Poméranie. <t MarymrUe, née 1518. t 1555,
à la mort de son père, reçut en 154-2 le pays de Cobourg, et un apanage de 14,000 florins, dont il jouit jusqu'à sa mort, cjui arriva en 1553.
Jean-Frédéric joignit à d'excellentes qualités intellectuelles, développées dès son enfance par des hommes tels que Spalatin et Crosner, une fermeté de caractère qui dégénéra même quelquefois en obstination. Son zèle ardent pour la cause de la réforme l'emporta trop souvent sur le raisonnement, et le lit manquer de prudence dans ses actes politiques. Il était pieux, actif, courageux et magnanime, mais, d'un autre côté, on lui fait le reproche d'avoir été susceptible, soupçonneux et opiniâtre.
Le testament que son père avait laissé, renfermait un paragraphe dans lequel il recommanda tout particulièrement l'université de Wittenberg. Un des soins les plus empressés du fils fut donc d'augmenter les ressources de cet illustre établissement et le salaire des professeurs, moyennant le revenu de quelques couvents sécularisés. Ensuite, il procéda à une nouvelle visite des églises, et fit disparaître toutes les entraves qui retardaient encore l'exécution du règlement adopté par son père. Mais ce qui occupa le plus son activité, fut l'avancement même de la réformation.
La mésintelligence entre les deux partis allait croissant, malgré la pacification de Nuremberg ; et ce ne fut qu'avec un esprit d'accommodement simulé, que le pape Clément Vil poursuivit la convocation d'un Concile général. Le but vers lequel il marchait, se trahit par l'injonction qu'il fit d'avance aux protestants, de se
soumettre sans réserve aux décisions du Concile qu'il allait réunir. Cette prétention mécontenta justement les États protestants; et l'électeur Jean-Frédéric les convoqua (juin 1533). à Schmalkalden pour délibérer sur les propositions du pontife, qui furent rejetées ". En 4535, l'union de Schmalkalden fut renouvelée pour un terme de 40 ans, et les Etats, qui depuis le traité de Nuremberg, s'étaient rangés sous 1 étendard de la réforme, y furent solennellement reçus. On comptait parmi ceuxci le duc Ulric de Wurtemberg, Barnim et Philippe de Poméranie, trois princes d'Anhalt et onze villes L'union décida, qu'en vue des dangers imminents elle armerait 10,000 hommes d'infanterie et 2,000 cavaliers, qui serait placés alternativement sous le comman-
17 Le congnHdosconfédérés de Schmalkalden eut encore pour hul de protester contre la chambre impériale qui s'était refusée d'exécuter le» décision» prise» a Nuremberg l'année précédente . L'année suivante, 1534, fut conclue la pais de Kadau, qui termina les différends existant entre Ferdinand d'Autriche, cl Jean Frédéric de Saxe, au sujet de la nomination de Ferdinand, comme roi des Romains. (Jean-Frédéric ne Tarait point encore reconnu comme tel), et de la restitution du duebéde Wurtemberg à llrlc, qui en avait été dépossédé au profll de Ferdinand. Celui-ci n'ayant point rempli les conditions de la paix de Katlan, Jean Frédéric continua de contester l.i légitimité du titre royal de Ferdinand, jusqu'en 1544, où le différend fut levé à la diète de Spire.
En conséquence de la paix de Kadan, l'électeur de Saxe fut solennellement investi par le roi Ferdinand, qui en avait été chargé par son frère, l'empereur, à Vienne, le 20 nov. 1.155.
'* Le parti catholique se coalisa également de nouveau, le 10 juin 1538, et forma la soi-disante. tainte-alliance. Il fui représenté par le cardinal-archevêque de Hayence, l'archevêque de Salzbourg. les deux duc* de Bavière, Georges de Saxe (relui-ci mourut un an après), les ducs Henri le Jeune, el Eric de Brunswick. Le 20 mars 1551). l'empereur signa lui-même à Tolède, lis statuts de la coalition. — Les monarques d'Angleterre et de France, guidés par une politique d'égolsme, s'étalent fait représenter à l'assemblée des États protestant* à Schmalkalden, mais quittèrent bientôt ce parti.
dément supérieur du landgrave de Hesse et de teur do Saxe, conjointement avec *3 conseillers de
Des deux côtés on se préparait à des démonstrations militaires; mais aucun parti ne voulut le premier tirer répée. L empereur surtout se trouvait dans la géne, tant à cause des Français, qu'à cause des Ottomans, et ménageait ainsi, autant qu'il pouvait, les princes protestants. Des tentatives réitérées d'accommodement pacifique, des colloques religieux et des assemblées impériales n'amenèrent point la paix. Des incidents nouveaux vinrent toujours aggraver la situation des partis. Ainsi les protestants rétablirent sur son trône, le duc lllric de Wurtemberg, que la confédération des villes souabes avait destitué, et dont celle-ci avait vendu le duché à l'Autriche au profit de Ferdinand. D'un autre côté, ils attaquèrent eux-mêmes, à l'instigation du landgrave de Hesse et de l'électeur de Saxe, le duc Henri le Jeune de Brunswick, et le chassèrent de son pays. Un des principaux sujets de discussion, fut en 4341, la sécularisation du chapitre de Naumbourg, ordonnée par Jean-Frédéric, en opposition avec la décision de l'empereur, qui contradictoirement à la constitution impériale avait reconnu les trois évèques de la Misnie, comme princes immédiats de l'empire.
Ce qui occasionna le commencement des hostilités, fut le Concile général, que le pape Paul III avait enfin
i» Surtout celle de Ratisbonne (1541), à laquelle, malgré les instances de remet les prières de son allié, le landgrave de
d by Googl
Uf
assemblé à Trente, le 43décembre 1545. Charles-Quint, que la paix de Crespy (18 septembre 4544) avait délivré d'un de ses principaux soucis, s'était enfin rapproché du Saint-Siège, et avait pressé la convocation du Concile. Il nourrissait plus que jamais le projet de revendiquer par la force ses droits impériaux, qu'il voyait si gravement compromis par les mesures de plus en plus hardies, par l'insubordination croissante de la ligue de Schmalkalden.
On sait que les membres de cette ligue refusèrent de reconnaître le Concile, tel que Paul III l'avait organisé, et réclamaient un Concile indépendant de l'autorité et de l'influence de la cour de Rome. Le pape se félicita de ce refus; car ce qu'il voulait, n'était point la pacification de l'Église, mais le rétablissement de l'ancien état des choses Toutefois, on ne peut le nier, les protestants dans cette circonstance ont méconnu leurs intérêts, et Jean-Frédéric de Saxe a donné plutôt preuve d'une confiance inébranlable en l'assistance divine, que de prudence et de circonspection. Il se plaignait de la
•J'ai trouvé la preuve du peu d'intérêt que le pape Paul III vouait aux affaires de la chrétienté, dans les paroles de Charles-Quint même. Dans les Instructions de Charles-Quint a l'Infant don Philippe, son flls, datées d'Augsbourg, 18 janvier 1548, et faisant partie des papier* d'État du cardinal de Granvelle, d'après les manuscrits de la bibliothèque de Besançon , publiés sous la direction de M . Ch. Weiss,T. III, p. 267 et s., on lit ce qui suit, a la page 379 : * Quant au pape actuel Paul III, tous connaissez déjà ses procédés a mon égard et principalement sa négligence a remplir les conventions arrêtées entre nous à l'occasion de cette dernière guerre, dont il m'a laissé tout le fardeau. Vous n'ignorez pas non plus le peu de zèle qu'il apporte aux intérêts publics de la chrétienté, spécialement en ce qui concerne la célébration du Concile, bien que dans IVspoir d'exciter son zèle en ces diverses affaires, J'eusse consenti au mariage de ma «Hc Marguerite avec le duc Oclav<\ son petit-fils. »
tiédeur et de l'inconstance de ses alliés, repoussait toute proposition d'intervention de la part des Suisses ou des « perfides » Français, ou du « tyrannique » roi d'Angleterre, et s'opposait surtout à l'admission dans la ligue du duc Maurice de Saxe, de la ligne Albertine , malgré les conditions favorables auxquelles celui-ci était disposé à souscrire *\ Mais d'un autre côté, il fit exhorter le peuple, du haut des chaires, à la repenlance et à l'amendement de sa manière de vivre, afin de détourner les désastres dont il était menacé. Celte inaction de l'électeur est d'autant plus surprenante, qu'il ne pouvait ignorer que l'empereur se préparait à la guerre, malgré les sentiments pacifiques et les intentions paternelles dont il protesta si longtemps. La convocation de la diète de Ratisbonne ne pouvait aucunement disposer à la sécurité celui qui avait l'œil attentif sur ce qui se tramait dans le camp opposé.» Il est inutile, disait l'électeur, de se mettre dans une attitude militaire; l'assemblée qui va s'ouvrir passera sans suites graves, comme les précédentes, et nous en sortirons sains et saufs comme nous sommes revenus de celle d'Augsbourg. »
C'est à cette époque aussi, que Luther, l'auteur involontaire des troubles qui agitaient l'empire germanique,
« Les sources à ma disposition ne m'ont rien fait découvrir touchant les offres du dnc Maurice, dont parle le texte. Il s'agit plutôt d'une tentative du landgrave de liesse, de réconcilier son hcau-Ats avec l'électeur de Saie ; tentative qui eut lieu au moi* de mars \M3, mai* qui n'eut point le résultat espéré. Au contraire, dès le 21 janvier lUii, Maurice avait déclaré son refus d'accéder a la ligue. l.e refroidissement qui «ail survenu a cette époque entre le landgrave et l'électeur parait avoir été de quelque influence dans l'éloignemcnt que Maurice manifestait pour son rnusin.
descendit dans la tombe. Il mourut le 18 février 1546, âgé de 63 ans. Les derniers événements avaient profondément affligé le vaillant réformateur, et hâté la fin de sa carrière. Mais il lui fut épargné d'être témoin des sanglants combats que les princes de l'Allemagne allaient se livrer au sujet de sa doctrine religieuse.
Charles-Quint avait quitté les Pays-Bas, et ouvrit la diète de Ratisbonne, le 5 juin 1546. Jean-Frédéric n'y comparut point en personne, quoique l'empereur l'eût particulièrement désiré. Ce fut un mauvais présage pour le succès de la réforme, que dès le commencement les Etats se placèrent, ce qui n'avait point encore eu lieu, suivant leur confession religieuse. Les catholiques demandaient que la controverse théologique fût abandonnée à la décision du Concile, et que l'empereur obligeât les protestants à se soumettre aux décrets de l'assemblée ecclésiastique, qui venait de se réunir dans la ville de Trente. Les protestants, de leur côté , ne repoussaient pas les transactions pacifiques, mais ils voulaient une paix établie sur des bases plus solides; de plus, ils réclamaient un Concile national et une conduite plus franche et plus équitable à leur égard. Leurs propositions ne furent point acceptées par Charles-Quint : il exigea d'eux une soumission absolue au Concile, s'ils ne voulaient èlrc considérés comme rebelles. Dans ces dispositions, il s'allia avec le Saint- Père, qui s'engagea à lui fournir, pour six mois, un contingent de 12,000 soldats italiens, cl de 500 hommes de cavalerie légère, et à lui payer un subside de 200,000 couronnes. Charles, de son côté, leva des troupes dans
diverses parties de l'empire, et même dans les Pays-Bas. 11 eut assez d adresse pour déclarer qu'il faisait abstraction complète de la question religieuse , et qu'il ne s'agissait pour lui que de maintenir la paix et l'ordre dans l'empire ; qu'il n'emploierait la force que contre la faction politique, qui sous le nom de l'union de Schmalkalden, avait porté atteinte à son autorité d'empereur. II voulait se prémunir ainsi contre le reproche d'avoir allumé la guerre en obéissant à ses passions personnelles.
Un conflit décisif était devenu inévitable. Les protestants, trompés par le chef de l'empire, avaient de justes motifs d'hostilités ouvertes. Toutefois ils no firent aucune démonstration sérieuse et agressive. N'eussent-ils même pas voulu temporiser, ils manquaient malheureusement de concert et d'un plan bien conçu. Charles, voyant la faiblesse de ses adversaires, ne recula plus devant les mesures extrêmes. 11 prononça, le20 juillet lîiio, la sentence du ban contre te landgrave Philippe de Hesse et l'électeur Jean-Frédéric de Saxe, « étant des hommes désobéissants, infidèles, |>arjures, récalcitrants, révolutionnaires, outrageantla majesté impériale et violant les règlements de la paix universelle. >» Leurs sujets furent déliés de leur devoir d'hommage et d'obéissance; ceux qui se rendraient complices de leurs actes ou projets, furent menacés de la même punition.
Un langage aussi blessant fil sortir les princes évangéliques de la réserve qu'ils avaient observée jusqu'alors : mais, tout en se levant avec vigueur contre I arrêt de
l'empereur M , ils négligèrent ce qui seul pouvait assurer la victoire, savoir cette tactique intrigante, ces artifices de conduite, qui firent le grand avantage de leurs ennemis. Nous n'entrerons pas dans les détails de cette guerre dite de Schmalkalden, dont l'histoire, ne concernant pas la Saxe seulement, mais l'Allemagne et l'Europe, a déjà été décrite par une multitude d'écrivains. Elle fut malheureuse pour la cause des protestants, funeste surtout à la Saxe électorale, malgré le dévouement, le courage et les talents militaires de Schârtlin de Burtenbach, général du contingent des troupes liguées de la Souabe.
Avant de parler de l'issue de celte campagne . reportons notre attention sur la Saxe, et sur les faits importants qui, pendant la guerre de Schmalkalden, venaient de s'y accomplir. Il sera nécessaire de retracer en traits généraux l'historique de la ligne Albertine, dont les derniers événements vinrent si rapidement agrandir l'influence.
Lors du partage des États de la maison de Wettin, en 1485, la Nisnie était échue, avons-nous vu, a dlbeï't k Courageux, qui fonda la ligne Albertine et dont le roi de Saxe actuel est en ligne directe le descendant. Ce prince avait pris une part active et glorieuse aux luttes de son temps. La vigoureuse assistance qu'il avait prêtée à l'archiduc Maximilicn, roi des Romains, plus tard em-
n Le 1 1 août, ils adressèrent à Charles-Quint, qui te nomme empereur romain, une déclaration de guerre, ainsi que l'exposé des motifs qui les auraient poussés à cette démarche. Nais l'empereur renvoya cette pièce aussitôt, a»ec la copie des sentences prononcées contre les chefs de la ligue.
pereur d'Allemagne, dans les démêlés de ce prince avec les villes de Flandre c ; les importants sacrifices qu'il Gt dans la défense des intérêts de l'Autriche, lui valurent, comme on sait, le stalhoudérat de la Frise. En 1499, Albert fit une convention avec ses fils, Georges le Barbu et Henri le Pieux, d après laquelle le premier, après sa mort, aurait à lui seul le gouvernement de la Misnie, le second, pour lui et ses descendants, celui de la Frise. Pour le cas que ce dernier pays ne pourrait être main* tenu par Henri, il lui fut assuré les bailliages de Freiberg et de Wolkenstein, avec les droits de suzeraineté, et la quatrième partie des revenus du pays en général. Une clause spéciale stipulait que, si l'un des frères venait à mourir sans enfants mâles, l'autre hériterait de ses Étals, et que le gouvernement passerait chaque fois au fils ainé, sans partage ou division du pays, à moins que l'incapacité de l'aîné n eût été reconnue et constatée par l'assemblée des vassaux.
Des deux fils d'Albert, Henri fut celui qui réunissait le moins les qualités nécessaires pour maintenir une dignité aussi entourée de difficultés que le stalhoudérat de lu Frise. 11 la céda à son frère Georges M , et fit réaliser par conséquent les garanties
» Il fui nommé gouverneur-Rénera! <1« I» Belgique, en 14M>. Son rôle, quelque brillant qu'il foi, n'a jioiot laissé le» plus beaux souvenir* eu Belgique. D'odieuses dévastations ont signalé son passage. Des milliers d'babitau'.s îles vil toges du Bralianl furenl brilles vif* dans les églises, «desquels, dit Molinet. - fut oys les plus piteux cris et lamentations qui jamais furent faits, earceulx . qui les ouïrent n'en sceuraienl parler sans amertume de cœur, sans soupirer et « répandre des larmes. >-
" Celui-ci, a son tour, l'abandonna pour 200.000 florins, à l'arrbuluc Ourles d'Autriche.
accordées, pour ce cas, par la convention de 4499.
Henri s'était mis en bon accord avec la branche électorale de sa maison. Il introduisit la réformo dans le petit territoire qui lui était soumis, tandis que son frère se montra l'adversaire décidé de Luther et de ses principes. Ce n'est pas que Georges méconnût les vices de l'Église, mais il était de lavis qu'ils ne pouvaient être corrigés que par l'observance la plus stricte des statuts hiérarchiques de la part du pouvoir pontifical, et par un Concile convoqué parle chef de l'Église. Ces opinions si opposées à celles de ses cousins de la Saxe électorale, et d'autres collisions encore entre les deux familles, avaient donné lieu à une froideur dans leurs rapports mutuels, qui ne cessa qu'à la mort de Georges, arrivée en 4559. Son fils étant incapable de . gouverner, vu la faiblesse de ses facultés intellectuelles, le gouvernement passa entre les mains de son frère, Henri le Pieux. Celui-ci, s'étant déjà auparavant fait recevoir dans la ligue de Schmalkalden, appuya de toute son autorité la propagation de la doctrine de Luther dans les États de Misnic, d'autant plus qu'à l'exception d'une partie du clergé et de l'université de Leipzig, la majorité du peuple était portée vers la réforme. Le 7 août 4541, le duc Henri remit le gouvernement entre les mains de son fils ainé , Maurice , et mourut quelques jours après , le 20 août.
Ce jeune prince, qui à cette époque avait à peine atteint sa vingl-et-unième année, avait reçu une éducation distinguée. Il avait été formé à différentes cours
de l'Allemagne *, et possédait, outre une pénétration d'esprit remarquable, une énergie peu commune, et une ambition qui portait ses projets bien au delà des limites resserrées de son duché. Dévoué aux principes réformés dès son séjour à la cour de son cousin Jean- Frédéric (1538), et marfé plus tard (4541) à la fille du zclc défenseur de la doctrine luthérienne, le landgrave Philippe de H esse, il ne mit aucune entrave à l'introduction du luthéranisme dans l'intérieur de ses Etats. Néanmoins il ne jugea point à propos de s'allier à la ligue de Schmalkalden, bien qu'avant son avènement, il en eût signé les statuts avec son père. Ce désir de séparer sa politique de celle des princes confédérés, était le résultat de ses tendances ambitieuses, dont la poursuite lui paraissait impossible par une confédération dénuée d'énergie et d'ensemble, et qui, du reste, ne lui accordait qu'un rôle secondaire à jouer. 11 s'attacha donc, au contraire, aux intérêts de l'empereur, et celui-ci ne refusait pas son affection particulière au jeune duc à l'esprit entreprenant, à lame ardente, dont il sut estimer les précieuses qualités, si brillamment démontrées dans les guerres contre les Turcs et contre la France, qualités qu'il comptait exploiter au milieu des différends soulevés par la réforme. Les intentions de l'un n'étaient pas pluspureset plus sincères que celles de l'autre. Des deux parts c'était une alliance inspirée par I cgôïsme, et, de la part du prince saxon , par une am-
* Surtout à celle» de l'archevêque de Mayenne, Albert de Brandebourg (et les mœurs n'y étaient pas des plus pures), de son oncle Georges df Mnnle, de son cousin, l'électeur Jean-Frédéric, et de Philippe de liesse.
bition effrénée. Elle fut conclue secrètement à Katisbonne, le 19 juin 1546. Maurice, pour s'assurer la protection de Charles-Quint, promit fidélité à l'empire et à la maison d'Autriche, et son concours militaire dans la défense des intérêts de l'empereur et de sa famille ; de plus, il s'engagea à se soumettre aux décisions du Concile de Trente, si d'autres princes allemands s'y soumettaient également, et à ne prendre dans ses Etats aucune mesure nouvelle en matière ecclésiastique. Celte secrète transaction, par laquelle Charles espérait semer la discorde dans le camp des princes protestants, constituait une trahison de la part du duc Maurice, sinon envers ses convictions religieuses, du moins envers ses coreligionnaires. Ceux-ci en ressentirent bientôt les plus douloureux effets.
Le défaut de promptitude dans l'exécution des manœuvres, l'irrésolution des chefs, divisés trop souvent entre eux-mêmes, d'autres circonstances fâcheuses firent échouer tous les beaux projets que Schartlin de Burtenbach avait formés pour détruire la puissance de l'empereur, infiniment inférieure, sous le rapport des forces militaires, à celle de la ligue. Toute l'Allemagne méridionale fut abandonnée aux troupes impériales, les protestants s'étant désistés du siège d'Ingolstadt, où l'empereur avait pris position dans un camp retranché. C'était en septembre. Les troupes des confédérés allaient se disperser pour reprendre les armes au retour du printemps. Subitement la nouvelle se répandit dans le campdeGiengen, queleduc Maurice avait envahi le territoire de l'électeur, et elle ne tarda point à se constater.
La trahison était indigne. Jean-Frédéric, avant de partir pour la Haute-Allemagne, avait chargé son cousin, Maurice, de protéger ses Etats en cas d'invasion, et Maurice y avait consenti. Ce n'est que, rassuré de ce côté, que I électeur de Saxe avait entrepris l'expédition contre l'empereur, et put se livrer aux préoccupations politiques et militaires du moment. 11 ne se doutait pas que, dès le i w août, son cousinétait porteur d'un décret impérial, qui lui ordonnait de procéder à la prompte exécution de la sentence, prononcée le 20 juillet sur Jean-Frédéric. C'était un arrangement pris, sans doute, à la mystérieuse entrevue de Ka Lisbonne. Comme vers la même époque, le frère de Charles-Quint, Ferdinand, roi des Romains, était entré dans le Voigtland avec des troupes bohèmes, Maurice feignit d'abord d'occuper les Etats de l'électeur , dans le but de les garantir contre l'invasion étrangère. Nais Jean-Frédéric eut bientôt pénétré les véritables intentions de Maurice, telles qu'elles furent dévoilées publiquement dans la suite, et l'opinion publique ne larda pas à se traduire dans de nombreux |M»mphlets et de poignantes épigrammes à l'adresse du duc de Saxe. Avant la ûn de l'année, celui-ci s'était emparé de toute la Saxe électorale, à l'exception des villes d'Eisenacu, Gotha et Wittenberg. Bien que l'électeur de Saxe, à la première nouvelle de l'irruption déloyale de Maurice, eût dirigé ses troupes dans la plus grande hâte sur la Thuringe, il ne gagna la frontière de ses Etats que vers la fin de décembre. Toutefois il parvint à reconquérir en peu de semaines — Maurice avait déjà fait prendre à ses
troupes leurs quartiers d'hiver — tout son territoire, et à s'emparer même du duché de Maurice, les villes de Dresde et de Leipzig exceptées.
Au printemps suivant (tîf47), les hostilités recommencèrent. Jean-Frédéric remporta près de Rochlitz une victoire sur l'allié de Maurice, le margrave Albert do Brandcbourg-Culmbach, qu'il fit prisonnier (2 mars). Maurice avait pris la fuite, et négocia un armistice do quatre semaines, que Jean-Frédéric fut assez imprudent d'accorder, pour aller observer les Bohèmes, qui avaient hautement manifesté leur dévouement à la cause de l'électeur, et qui avaient nettement refusé de prendre les armes contre lui.
Sur ces entrefaites, l'empereur s'était rendu maître de la Haute- Allemagne, où nul de ses ennemis n'osa plus lui opposer aueune résistance. Il s'avança vers la Bohême, et y ayant réuni, le S avril, son corps d'armée à ceux de son frère et de Maurice, il se dirigea sur la Saxe **. L'électeur, qui se trouvait à Meissen depuis la victoire de Rochlitz, et ne s'était point attendu à une aussi prompte apparition de l'empereur, avait dispersé ses troupes, et ne se trouvait en ce moment soutenu que par un corps d'environ 18,000 hommes. Dès qu'il fut informé de l'approche des ennemis, il partit de Meissen, brûla le pont de l'Elbe derrière lui (21 août) et marcha sur Mûhlberg , où il dressa son camp. Tandis qu'il
* Dè» le 23 maw, Charles Qui al a»ail émis an décret a PadreMc dM vanaut de Maurice, par lequel il le* préTcuait de «a prochaine arrivée en Saie, et dans lequel il qualifiait déjà le duc de Saxe éleeleur H grand-maréchal d« i'empirt.
assistait au sermon dans l'église de l'endroit, les troupes impériales se présentèrent en masse sur la rive opposée, et, par les indications d'un meunier, qui respirait la vengeance pour une injure qu'il avait essuyée des électoraux, la cavalerie passa l'Elbe à gué, et se mit aussitôt à la poursuite de l'électeur, qui battait en retraite dans la direction de sa capitale Wittenberg. Il fut atteint sur la plaine de Lochau , où une affreuse mêlée s'engagea. L'électeur fît preuve d'un courage héroïque (ils étaient 9,000 électoraux contre 36,000 impériaux) ; sous le mot d'ordre « la parole de Dieu ne périt point, » les Saxons tinrent pied jusqu'avant dans la nuit. Mais la surprise et l'irrésolution plutôt que la supériorité numérique de l'ennemi avaient produit le découragement et la confusion. Les cavaliers saxons prirent la fuite, et entraînèrent après eux toute l'infanterie. La bravoure personnelle ne pouvait plus réparer l'absence d'une tactique prudemment combinée. Blessé à la joue, Jean-Frédéric se rendit à un gentilhomme de Nisnie, Thilo de Trotta. « Si tous avaient combattu comme l'électeur, » disait plus tard le roi Ferdinand, « il n'aurait point été vaincu, ni fait prisonnier. » Son fils, également blessé, parvint à échapper avec 400 cavaliers. Ce fut l'affaire la plus chaude et à la fois la plus funeste dans la vie du chevaleresque et magnanime Jean- Frédéric".
n On connaît le mot de l'empereur sur cette victoire : f eni, vidi, Detuvidt. Une relation de la bataille de Mobilière, datée du camp sur l'Elbe à deux lieues deAttiuen le jour même, se trouve dan» le* papiers d'État du cardinal de Granvelle (voy. note 30, p. 141) T. III, p. 302 et ss.
Conduit devant Charles-Quint, il l'aborda en ces termes : « Empereur très-clément, le sort m'a rendu » votre prisonnier ; ce que je vous demande, c'est une » prison digne de mon nom et de mon rang. — Ah ! » répliqua Charles avec emportement, maintenant vous » me nommez empereur ; jusqu'ici vous me nommiez » de toute autre sorte ; je n'étais • pour vous que » Charles de Gand. Vos péchés vous ont réduit dans » l'état où vous êtes; vous serez traité comme vous » le méritez. » L'électeur baissa la tête et se tut. Un tribunal de guerre, formé aussitôt sous la présidence du duc d'Albe, lo condamna à la peine de mort. Le prisonnier jouait aux échecs avec le duc Eric de Brunswick, quand on vint lui signifier cet arrêt. Sans aucune émotion, et avec une résignation remarquable, il prononça ces paroles : « L'on me condamne à la mort, parce que je ne veux point livrer Wittenberg ; cela profitera peu à l'empereur, et chacun de mes fils pourra me remplacer tt . »
Cette constance imperturbable devait inspirer le respect même à ses ennemis les plus acharnés; Charles-
M Pour comprendre cet paroles, H faut savoir qu'après la défaite de Jean-Frédéric, et après avoir pris Torgau, les troupes impériales, dénuées de munitions.
Sibylle et de sa famille. On prétend, qu'incapable de se reudre maître de cette place, l'empereur eut recours à Tarte inconstitutionnel d'une condamnation a mort. A la vérité il n'avait point l'intention, malgré les Instigations du duc d'Albe (et celles du roi Ferdinand, dit-on), de la mettre a exécution ; toujours est-41 que Charles Qutnt, à cette occasion, outrepassa les limites de son ponvoir. Au reste, le procédé qu'il observa danî la mise au ban de Jean-Frédéric était non moius en contradiction avec le droit public de l'Allemagne, vu qn'il n'avait point consulté, conformément aux termes de la bulle d'or, le collège des princes électeurs.
Quint, dont la sévérité envers lui n'avait sans doute qu'un caractère simulé, reconnut qu'il s'était trompé sur la valeur de ce prince. Il prêta volontiers l'oreille aux intercessions de l'électeur de Brandebourg, du duc Maurice et d'autres princes, et conclut le 19 mai 1347, avec l'électeur Jean-Frédéric, la capitulation dite de Wittenberg, qui anéantit d'on seul coup tous les avantages que Frédéric le Belliqueux, avait conquis et que son fils avait lègues à la branche Ernestine.
Aux termes de cette capitulation, Jean-Frédéric w renonce pour lui et ses descendants à tous droits sur l'électoral de Saxe, sur Magdebourg, Halberstadt et Halle; remet les forteresses de Wittenberg et de Gotha à l'empereur ; rend la liberté, sans rançon , au margrave Albert de Brandebourg; se constitue prisonnier tic l'empereur pour vivre soit à sa cour, soit à celle de Philippe d'Espagne, aussi longtemps qu'il plairait à Sa Majesté; et s'engage à se soumettre aux jugements de la chambre impériale, et à ne prêter aucune assistance aux ennemis de l'empereur.
Tous les biens confisqués et titres de l'électeur furent conférés au roi Ferdinand et au duc Maurice. Celui-ci cependant contracta l'obligation de fournir aux enfants de Jean-Frédéric un revenu annuel de S0,000 florins, à prélever sur les bailliages, villes et chàtcllenies de Gerstungen, Brcitcnbach, Eisenach et la Wartbourg, Creuzbourg, Tenneberg, Waltcrshausen, Kahla et Leuchtenberg, Roda, Orlamûnde, Gotha .(dont les fortifications furent démolies), Icna , Capcllendorf, Rossla,
» Le telle de la capitulation le qualifie tout simplement J*tn~Fndéric, aini.
Weimar , Wachsenbourg , Dornbourg , Gambourg , Bullslëdt, Buttelstiidt, Arnshaugk, Weida et Ziegenrûck, la seigneurie de Saalfeld, et un certain nombre de couvents
Jean-Ernest, frère del'ex-élccleur, conserva Gobourg, mais dut céder le bailliage de Kônigsberg à Albert de Brandebourg-Gulmbach; son apanage de 44,000 florins fut réduit de moitié.
Celte convention a considérablement resserré l'étendue de l'ancien électoral de Saxe, puisque le duché de Sagan, les acquisitions faites dans les évècbés de Magdebourg et de Halbersladt, ainsi que les nombreux fiefs de Bohême, en furent séparés. D'un autre côté, la capitulation de Wittenberg a complètement bouleversé les dispositions territoriales du partage de 4485. La ligne AJberline, sous Maurice, fut investie de la dignité électorale et de la majeure partie des Étals qui se trouvaient précédemment sous la domination de Jean-Frédéric. Elle absorba ainsi tout le pouvoir de la ligne Erncsline; et les quelques bailliages, villes, cbâlellenies, seigneuries, mentionnés ci-dessus , qui restèrent aux enfants de Jean-Frédéric et qu'ils tenaient comme des fiefs nouvellement accordés par la grâce de l'empereur, formèrent une nouvelle principauté des ducs de Saxe de la branche Ernestine.
Maurice avait atteint son but. Quoi qu'il ait fait de grand dans la suite, qui pût faire oublier son indigne conduite envers son cousin, il n'effacera jamais le
» Parmi les abbaye» nous citerons : Rrfnhardstmiim, Gcorecnthal, Icoten-
reproche d'avoir trahi la liberté, sa patrie, sa famille, ses amis et la religion. La bassesse de ses sentiment», et les vils mobiles qui le firent agir, ressortent encore davantage, si Ton considère que dès le 42 décembre 1346, six mois avant la capitulation, il avait exigé des vassaux de 1 électeur, l'hommage de leur obéissance féodale, sous peine d'une dure punition. Quel contraste avec la conduite noble et généreuse de l'infortuné Jean- Frédéric ! Il avait tout perdu ; sa vie ne dépendait que de la grâce de l'empereur. Néanmoins, quand celui-ci lui demanda n encore sa soumission au Concile de Trente, il répondit avec fermeté, qu'il souscrirait aux conditions extrêmes, avant de sacrifier sa liberté de conscience. Charles-Quint se désista de sa demande, et les Espagnols eux-mêmes ne refusèrent pas leur admiration aux sentiments élevés et au caractère inflexible du Saxon.
Le 23 mai, l'empereur fit son entrée à Wittenberg. L'évêque d'Arras, Granvellc, lui ayant fait l'odieuse proposition , d'exhumer les ossements de Luther et de les livrer aux flammes, il répondit : « Laissez-le dans sa tombe ; il a déjà son juge ; je ne fais pas la guerre aux cadavres » **. Même des changements dans le culte évangélique, introduits par l'arrivée des soldats impériaux, ne furent point approuvés par l'empereur. On prétend qu'il aurait confessé avoir trouvé les choses dans ce pays sur un pied tout différent de ce qu'on lui en avait assuré.
« CVst Granvellc qui wrvil d'interprète a l'injooctioo de l'empereur. s * Ce fait n'e$t point a»eré.
Après avoir, le 4 juin, remis 1 électoral et la dignité de grand maréchal de l'empire entre les mains de Maurice ", Charles-Quint partit de Wittenberg.
" L'investiture solennelle de Maurice ne te fil que Tannée mirante à la diète, d'.\ug!boiirft, le 24 février, en présence de I'ex-électeur prisonnier. Aussitôt après la conclusion du traité de Wittenberg, Jean-Frédéric avait rendu cette ville, et délié ses habitants de leurs devoirs envers lui. Lorsque la ville fut occupée par des troupes étrangères, l'électrice Sibylle fut introduite en costume de deuil et assistée des archiducs d'Autriche et de rélecteur de Brandebourg, auprès de Charles-Quint. Elle se prosterna devant lui, et demanda que son époux ne fût point conduit hors du pays. L'empereur lui préseuU la main pour la relever, et n« voulant pas lui agréer sa demande, Il lui accorda la liberté de suivre son époux et la permission de le consoler en personne , autant qu'elle le pourrait. Jean-Frédéric eut encore une fois la faveur de revoir la ville de ses pères, et se sépara des siens le 3 Juin 1547.
Voici ce qui est raconté par MM. Henné et Wouters , dans leur Bittoire de ^rusette* (Bruxelles, 1845), tom. I, p. 306, sur la foi de la Nieuwe Ckronyke van Brabandt : Les prisonniers de Charles, l'électeur de Saxe et le landgrave de liesse, furent dirigés sur Bruxelles, ou ils arrivèrent le 17 septembre 1548 vers une heure de l'après-midi ; le premier était dans un chariot découvert, le second montait un petit cheval, et tous deux étaient escortés par de nombreux cavaliers et fantassins espagnols. L'électeur fut logé a la maison dite les TYois Fontaines, en face de la Chapelle, et le second au Bois {in 't If'out) au marché au bétail. Leur impitoyable vainqueur, qui les faisait traîner ainsi de ville en ville, fil partir le 90, le prince saxon pour le château de Pamele, et le même jour il entra triomphalement a Bruxelles par la porte de Caudeoberg.
riï ATPt'T'Wt? \Xf
la capitulation de Vk'lttenberg , Jnaqu'à la farinai Ion d>a
a captivité de Jean-Frédéric I er , — qui, depuis la capitulation de Wittenberg, avait pris le titre d'électeur-né de Saxe — eut une durée de cinq années entières. Pendant ce temps, son fils aîné, Jean-Frédéric le Moyen, avait administré la principauté, qui revenait à la maison Ernestine en vertu de la capitulation , tant au nom de son père, qu'en son propre nom et en celui de ses deux frères mineurs, Jean-Guillaume et Jean-Frédéric le Jeune.
La première année de cette régence est signalée par un acte d'une haute importance morale, et tout à fait conforme à ce vif intérêt pour le développement des sciences et des lettres qui a toujours distingué les prin-
ces de Wettin. La catastrophe de Mùhlberg venait d'enlever l'université de Witlenberg, que Frédéric le Sage appelait si tendrement sa chère fille, à la branche Ernestine. Tant pour réparer cette perte, que pour neutraliser l'effet du crypto-calvinisme qui depuis la mort de Luther s'était de plus en plus introduit au siège même où le réformateur avait enseigné sa doctrine, il fut fondé à Iéna, sur la demande de l'électeur prisonnier lui-même, le 19 mars 1548, une nouvelle école académique, qui reçut la sanction neuf ans plus tard, le 15 août 1557, de l'empereur Ferdinand.
La bibliothèque de Wittcnberg , qui, fondée par Frédéric le Sage et Jean le Constant, avait été considérablement agrandie par les achats faits par Spalatin à Venise *, et qui était restée la propriété de l ex-électeur, fut cédée par ce dernier à la nouvelle université. Celleci acquit bientôt une haute réputation, fondée sur le mérite de ses professeurs et sur la polémique violente que ses théologiens eurent à soutenir contre ceux de Wittenberg et de Leipzig*.
Les traitements que l'on faisait subir à la cour de l'empereur, au captif Jean-Frédéric I» r , n'étaient pas toujours les plus délicats. Ainsi, par exemple, on le mit dans la nécessité d'être le témoin oculaire de la solennelle investiture de l'électeur Maurice, son successeur, qui eut lieu sur une place publique de la ville d'Augs-
1 Bile comptait lors de ta translation a léna 2,159 rotantes .
1 L'anintosilo qu'ils y mirent n'était que le reflet des sentiments dont les membres de la ramille Ernesliue étaient alors animes contre la branebe électorale ou Albertine; animosilé qui, dans la suite, s'est manifestée a diverses occasion» dans les relations politiques des deux cours.
bourg, pendant la diète qui se tenait alors (1548) en cette ville. Lorsque, à cette diète encore, l'empereur eut fiait rédiger, pour terminer les différends religieux, le soi-disant Intérim (déclaration qui traçait la conduite à suivre, par rapport aux points controversés, en attendant la fin du Concile général), et qu'il en exigea l'acceptation par tous les États allemands catholiques ou protestants, Jean-Frédéric ne l'accepta point, et ne se laissant ni effrayer par les menaces de l'empereur, ni amollir par l'aggravation de sa captivité, il persista dans son refus.
Dès les événements qui suivirent la capitulation de Wittenberg et surtout dès l'arrestation de son beaupère, le landgrave de Hesse, Maurice avait poursuivi avec non moins d'adresse que de courageuse résolution, le plan de se mettre à la téte du parti protestant en Allemagne, que les mesures prises à Augsbourg avaient de nouveau éclairé sur les tendances outrées de Charles- Quint. A la diète d'Augsbourg déjà, il s'était montré moins soumis dans la question de V intérim, à la volonté de l'empereur, que celui-ci ne s'y était attendu. Cependant, la confiance presqu'illimitée que Charles-Quint lui vouait encore, lui permit facilement de se faire charger de l'exécution de la mise au ban de l'empire, qui, dès 1547, avait été prononcée contre la ville de Magdebourg, le seul des membres de la ligue de Schmalkalden qui opposât encore une vive résistance à l'empereur. Cette mission lui fournit non-seulement l'occasion de renforcer son armée, sans éveiller de soupçons, mais aussi les moyens matériels et diploma-
tiques de préparer un coup décisif \ Charles-Quint, voyant les protestants humiliés et soumis, avait licencié ses troupes. Maurice, traître une seconde fois, noua des relations secrètes avec les protestants et le roi de France 4 , auquel il permit d'occuper les villes de Cambray, Toul, Metz et Verdun, et de les conserver, comme vicaire de l'empire, sous la souveraineté de l'empire d'Allemagne. Les opérations dont il avait été chargé devant Magdebourg, furent à dessein tirées en longueur, et, suffisamment préparé, il se dirigea à marches accélérées dans l'Allemagne méridionale, et surprit l'empereur, que la goutte retenait dans le Tyrol (1552). Toutefois Charles-Quint parvint à se sauver à Villach en Carinthie. Ce revirement do fortune lui fit signer, le 51 juillet 4552, le traité de Pa&sau, en vertu duquel il fit droit aux principaux griefs des protestants, jusqu'à ce qu'une diète qu'il prit l'engagement de convoquer endéans les six mois, et un concile national
* Il recevait, pour le siège de Magdebourg, 00,000 florins par moi*, et 100,000 florins pour les frais qu'il avait faits précédemment.
* L'alliance entre Maurice et Henri II fut conclue a Friedewalde dans la Messe, le 5 octobre. Les principaux négociateurs étaient d'un côté, le sire de lleydeck, et de l'autre, l'évéque de Rayonne, Jean do Freine. Ce n'étaient pas les Intérêts religieux que le rai de France, qui persécutait les protestants dans son propre royaume, pouvait alléguer en signant cette alliance; c'était pour défendre la liberté germanique contre les empiétements du pouvoir impérial, qu'il promit son concours. Mans uno lettre adressée aux Étals de l'Allemagne, datée de 1552, il se nomma : vindex libertatit germanicce et principum captivorum.
Aux termes du traité de Friedewalde, le roi de France promit un subside de 340,000 écus, et le payement de 60,000 écus par mois pour le commencement de la guerre. Les États protestants s'engagèrent aussi à donner 'curs suffrages au monarque étranger ou à la personne qu'il désignerait, pour le cas d'uue élection impériale. Le traité de Friedewalde fut signé par le roi Ileuri II, à Cuambord, le 15 janvier 1553.
eussent définitivement terminé les différends religieux.
Ces événements eurent une influence marquée sur le sort du malheureux Jean-Frédéric.
Déjà le 19 mai, à la première nouvelle de l'approche de l'électeur Maurice et de ses alliés, l'empereur lui annonça son élargissement prochain. Le même jour, le roi Ferdinand se présenta chez lui, à l'effet de s'assurer s'il n'avait pas reçu, de Maurice ou de ses associés, des propositions quelconques, et s'il était disposé à se faire employer contre les projets de Maurice. Le roi trouva Jean-Frédéric dans les meilleures dispositions à son égard, animé d'une profonde indignation contre Maurice, et plein d'une humble et pieuse résignation à la volonté de son maître. En effet, les coalisés avaient tenté de le gagner, lui et ses fils ; mais tant par l'éloignement qu'il ressentait pour son cousin, que dans la persuasion qu'une résistance contre l'empereur le rendrait coupable d'un grave péché, il avait décliné toutes les offres, et signifié à ses fils de se tenir également à l'écart des menées politiques.
Le même jour que Jean-Frédéric fut rendu à la liberté, le soir à neuf heures, l'empereur et sa cour quittèrent en grande hâte la ville d'Insbruck. Jean-Frédéric le suivit le surlendemain, et l'ayant rejoint le 24, il lui présenta ses remercîments pour son affranchissement, et offrit en même temps ses services et l'hommage de sa fidélité.
Charles lui répondit « qu'il n'exigeait nullement ses remercîments, vu qu'il avait agi suivant l'impulsion de
son cœur, et qu'il protégerait désormais de sa bienveillance lui et toute sa famille. »
Le traité de Passau ne fit aucune mention de l'exélccteur de Saxe, mais celui-ci obtint sa réintégration définitive à Augsbourg, le 27 août 1552, par décret ii
Ce document, qui lui fut dûment remis et avec les formalités reçues, porte : « Que, en considération de la noble conduite observée par le duc de Saxe, Jean- Frédéric I, pendant sa captivité, et de la fidèle exécution de ses serments, manifestée par le rejet des propositions faites par les ennemis de l'empereur, qui comptaient sur ses services, Sa Majesté a rompu les chaînes dudit prince ; lui rend sa grâce pleine et entière; lui fait pardon de tout fait de guerre entrepris par lui précédemment contre les intérêts de Sa Majesté; le restitue dans sou ancien rang et honneur , dans ses titres et armoiries, comme prince de l'empire, duc de Saxe, landgrave de Thuringe, et margrave de Misnie ; le décharge du ban de l'empire et de toutes ses conséquences ; lui rend tous biens et gens, en tel nombre qu'il a été convenu dans la capitulation de Wittenberg, ainsi que l'autorité paternelle sur ses fils et enfants. »
Avant de quitter Augsbourg, le duc signa un acte par lequel il s'engagea pour lui et ses fils à ne point se venger de Maurice, à ne pas chercher à récupérer la dignité électorale ni le territoire y attaché. Quant à la question religieuse, Jean-Frédéric déclara que dans les choses qui regardaient la conscience et le salut éternel, il ne consentirait nullement à un accommodement par Con-
d by Googl
eile, et qu'il était déterminé de persister jusqu'à la mort dans la doctrine, telle qu'elle est énoncée par la confession d'Augsbourg.
Le 2 septembre, le duc de Saxe sortit d'Augsbourg. Le 4-, "il arriva à Nuremberg, et y fut solennellement reçu par les députés du magistrat, et au bruit des acclamations du peuple. Devant Cobourg il était attendu par son frère, le duc Jean -Ernest, qu'il n'avait pas revu depuis le jour fatal deMûhlberg, et par toute sa cour. Toute la jeunesse ornée de crancelins s'était rangée sur la place du marché, et entonna un Te Deum laudamus en plein air, au moment que le prince, chéri de tous, fit son entrée. L'épouse du duc, Sibylle, ne put supporter sans faiblir l'émotion du revoir ; elle déposa le costume de deuil, qu'elle n'avait point quitté depuis cinq ans, et reprit ses joyaux. A Saalfeld, Jean-Frédéric se présenta à l'assemblée de ses vassaux, qui lui accordèrent la caution exigée par l'empereur pour l'accomplissement de l'acte d'assurance signé à Augsbourg.
A Iéna il fut salué par les professeurs de l'université et les étudiants, à la téte desquels on remarquait huit élèves issus de familles com talcs. Dans sa joie de revoir les étudiants et leurs maîtres en cortège, et avec cette douce familiarité qui lui était propre, il dit au peintre Lucas Kranach l , le compère de Luther,
* Ce peintre allemand, dont le véritable nom est Lucas Sunder de Cranach, ne 1470, mort 1553, se recommande! l'estime d<- la postérité sous un triple rapport : d'abord comme artiste — le musée royal de Paris conserve trois tableaux de Cranach, un Sacrifice d'Abraham et deui portraits de son protecteur, Jean-Frédéric } — en second lieu, pour son active coopération i l'œuvre de la réforme ecclc-
qui n'avait point quitté le duc durant toute sa captivité et qui se trouvait prés de lui dans la voiture : Siehj das ist Bruder Studium , paroles empreintes d'un cachet tellement original, que nous renonçons à les transmettre en français. II reçut, la tête découverte, les félicitations du corps des professeurs, et y répondit de la manière la plus affable.
A Weimar, les marques de bienveillance et d'affection delà pari de son peuple l'émurent jusqu'aux larmes, et dans son humilité, empreinte d'une profonde piété, il dit à son chapelain : « Gomment, moi, pauvre pécheur, puis-je être l'objet de si grands honneurs ! »
Ainsi, son retour de la captivité ressemblait au triomphe d'un vainqueur. 11 fut reçu par son peuple comme le martyr de la foi protestante.
Le 6 février de l'année suivante (1553), Jean-Ernest de Cobourg vint à mourir*. Cette circonstance agrandit la principauté saxonne-ernesline, que la capitulation de Witlcnbcrg avait constituée, du soi-disant lieu saxon de Cot>ourg, comprenant les bailliages, villes et châteaux de Cobourg, Sonneberg, Hildbourghausen , Held-
siasliquc, cl enfin, pour »oo noble dévouement à la cause dos prince» de la maison Ernest lue de Saxe, surtout a celle de l'infortune Jean-Frédéric. Cnarics-Qulul aurait dit un jour a ses cavalier* , en faisant allusion à cet artiste : Je ne confiai* pas de prince plus heureux que le duc de Saxe; il possède au moins un ami véritable. Déjà en 1508 Cranacb avait obtenu la noblesse ; en 1537, il fut nommé bourgmestre de Willcnberg, ou il s'était établi.
Nous avons mentionné plu» haut ( p. 1 18) le voyage en Palestine qu'il fit a la suite de l'électeur Frédéric le Sage.
* Jean-Ernest est celui des gouvernants de Cobourg, qui transféra la résidence princière du château dans la ville, et bâtit a cet effet, en 1547, le palais dit Ehrenburg, dont legout distingué do feu duc régnant de Saie-Cobourg a fait une des plus brillantes résidences de l'Allemagne.
bourg, Veilsdorf et Schalkau. Cette succession réglée, Jean-Frédéric délibéra avec ses Étals au sujet du rétablissement des fortifications de Gotha, que l'empereur avait accorde. Ce fut au milieu de ces occupations qu'il apprit la nouvelle de la mort de son cousin l'électeur Maurice, qui, à 52 ans, succomba à la blessure qu'il avait reçue à la bataille de Sievershausen, livrée au margrave Albert de Brandebourg-Culmbach, le i 1 juillet 4553. Ce grave événement fit naître en lui l'espérance de récupérer son ancienne position , quoique le frère du défunt, Auguste, eût été investi, à la diète d'Augsbourg en 1548 \ conjointement avec son frère, de 1 électoral de Saxe. C'est sur le fait de cette investiture que le duc Auguste fonda ses prétentions à la succession de son frère, tout en se montrant disposé à aplanir tous les différends par la voie des négociations. Après de longs pourparlers, il fut eulin conclu, le 24 février 1554, par l'intervention du roi des Romains et du roi de Danemark *, la convention de Naumbourg. qui fixa les rapports des deux branches saxonnes sur la base de la capitulation de Wittenberg et du décret impérial de restitution. La branche Ernestine obtint comme surcroit de territoire les château, ville et bailliage d'Altcnbourg, les bourgs de Luckau et de Schmôlle, les bailliages de Sachsenbourg, Herbisleben (sans Tennstadt) et Eisenberg, de plus le bailliage de Sclrwarzwald, les villes de Neustadt sur l'Orla, Auma, Pôsneck et Triptis. En vertu de cette conven-
1 Voy. p. 163 cl s.
8 Auguste était le beau-fil* de ce mooarquc.
tion, il fat érigé à Wittenberg des archives communes pour les deux branches '. Le titre d'efccleur-n^ que Jean-Frédéric avait toujours porté, au grand mécontentement de Maurice, lui fut laissé de droit pour toute sa vie. Les anciens pactes de succession mutuelle furent renouvelés. Enfin, une somme de 100,000 florins vint compléter les avantages qui résultèrent pour la branche Ernestine de la mort de Maurice. En cas de différends, la convention de Naumbourg portait , que, s'ils ne pouvaient point être levés à l'amiable , il serait nommé des deux parts six conseillers fidèles, dégagés de leurs devoirs d'obéissance, et assermentés spécialement pour leur mission extraordinaire, lesquels jugeraient des questions présentées d'après les principes du droit saxon.
Trois jours avant la conclusion de ce traité, Jean- Frédéric le Magnanime eut la douleur de perdre son épouse, Sibylle. Elle n'avait atteint que sa 42« année, et n'avait joui que dix-huit mois du bonheur que le retour de son époux lui avait rendu. Lorsque le secrétaire du prince demanda les ordres de ce dernier au sujet du tombeau de rélectrice, il reçut cette réponse : a Dites aux maçons qu'ils me réservent une place à coté de ma femme; je ne tarderai pas à la suivre. » Cette prévision se réalisa bientôt : la santé du prince empira de jour en jour, et huit jours après le décès de Sibylle, le 3 mars 455'4, le lendemain de la signature du traité de Naumbourg il mourut en disant :
' Cet archive* ne furent séparées qu'en 1802.
10 Ce traité fui ligné, outre les parties contractantes, par Ferdinand, roi des
« Que Dieu me prenne en sa grâce. » 11 était âgé de cinquante ans et huit mois. Avant de mourir, il avait reçu des mains d'Amsdorf, le célèbre collaborateur de Luther, les consolations de la religion, et exhorté ses fils à observer la parole de Dieu, à maintenir la justice envers leurs sujets, la concorde entre eux, et à n'entreprendre la guerre qu'à la dernière extrémité.
On ne s'arrête pas sans émotion à la mort d'un prince qui, par ses qualités, était digne du sort le plus heureux, et que le destin a si cruellement éprouvé " .
D'après le testament de Jean-Frédéric I, dressé le 42 décembre 1555, ses trois fils, Jean - Frédéric II (né 1529), Jean-Guillaume (né 4530), et Jean-Frédéric III (né 4538), devaient administrer le duché sans partage et « chrétiennement. » Une clause spéciale leur recommandait de ne s'engager dans aucune alliance, « ayant éprouvé qu'il n'y a dans les alliances ni foi ni sincérité. » Mais ces sages conseils furent maintefois négligés.
Jean-Frédéric II, dès 4547 administrateur des territoires laissés par la capitulation de cette année, con-
Komalns, Chriatiern, roi de Danemark, Joaehim, électeur de Brandebourg, Guillaume, doc de Julien, Philippe, landgrave de H es te, élu ne foule de vassaux, tels que les comtes de Stolberg et Weruigerode, de Mansfcld, le tire de Scbotv bourg, les bourgmestres et députes des villes de Wittenbcrg, Leipzig et Salza, du côté d'Auguste. Parmi les signataires du côté de Jean-Frédéric, on remarque le comte deGJdchen (qui, ainsi que le comte de Schwarabonrg, était devenu vassal de (a maison Ernestine en vertu du traité même), Frédéric de Wangcnhelm, et le bourgmestre de Saalfeld.
" • C'était no grauri homme, a ditdeTbra,qui de l'aveu môme de ses ennemi*, égalait par la douceur de son caractère, par sa constance, par sa grandeur d'âme,