Née à Monttislt «o 1S
316 LOUIS XIV. (MM^nB)
\itc, parce que. Dieu étant dans un repos infini, il faut que l'àme, afin de pouvoir être unie à lui, participe à son repos. On peut arriver à la possession non pas dos dons de Dieu, niais de Dieu même, dès cette vie, et passer aÎFisi à un état de vie dtiformc, à une vie nouvelle et toute divine. L(îs Torrents cnseipment la voie qui y conduit. A travers dï'tranges ténèbres, il y a dans ce li^Te nne grandeur d'images et une profondeur de sentiment surprenantes. Les âmes doot il s'agit sont des torrmU sortisse Dieu, qui n'oQt point de repos qu'ils ne soieot retournés se perdre en lui et pour ne jamais se retrouver : Us ne perdent pas toutefois leur nature ni leur réalité, mais leur qualité... L'âme ne ?oit plus IHeu comme distinct et hors d'elle» l'ayant en eUe. Plus de désirs; plus même d'amour, de lumières ni de connaissance; plus de conscience, mais VidentiU. Tout est égal à cette Ame; car tout loi est également Dieu : elle ne voit plus que Dieu, c comme il étoit avant la création Ge n'est point là cette extase des voyants, des prophètêSy qu'admirent les hommes : l'extase, qui cause la perte des sens, n'atteste que l'iusuffisanee d'une ;\me qui n'est pas assez forte pour porter Dieu : l'àuie arrivée à la vie pai faite est en extase sans etTort, pour toujours et non pour des heures, et le$ hommes ne le voient pas.
L'âme, dans cet état , tant qu'elle ne retire pas son abandon à Dieu est infaillible : toutes les créatures la condaulocraient « que cela lui feroit moins qu'un moucheron M »
Jamais la théorie du^ysticisnie n'avait été formulée avec plus d'audace ni peut-être avec plus de génie.
La persécution ne se Ût point attendre. Les TorrjpnU étaient encore inédits et inachevés. Madame Guyon, étant venue à Paris, fut d'abord inquiétée pour ses mœurs plus que pour ses livres. On l'aanisa de maUnosime, BUe se jnstifla sans peine ; sa pureté était aussi éclatante que celle de Fénelon. Cette promit persécur tion avortée amena tme vive réaction en sa faveur dans la société « de madame de Maintenon : les Beauvilliers et les Ghevrense furent entièrement subjugués; Pénelon se lia étroitement avec elle et, dans leurs relations, ce fut elle qui prit la supériorité, ce qui peut
T. npwaniiw de DuuUme de La Motb«-GqyoD, I. V, p. 66, 68, 18, 77, SSI, 248,
laM-im FÉNRLON ET MADAME GUYON. 317
donner une idée de ia puissance qu'avait cette femme. Saint-dyr ftit envahi : madame de Maintenon fut (|iit lifiie temps bous le charme et, par elle, Fénelon essaya d'mtroduire les livres de madame Guyon chez le roi. La tentative échoua : Louis ne comprit rien à ces rit>eries; r< sprit raisonneur et calculateur de madame de Maintenon échappa bientôt à la spirîîmlité et au pur amour .-elle consulta son directeur, l'évéque de Chartres; elle consulta Bossuet» Boordaloue et d'autres docteurs éminents, qui tous se prononcèrent contre le mysticisme : elle se refroidit dès Ion pour Fénelon et lui doTint peu à peu aussi hostile qu'elle lui avait été affectionnée. Madame Guyon, cependant, à Tinstigation de Fénelon, avait récemment soumis k rexamen de Bossuet ses sentiments et ses écrits, même les TorrenU, que Fénekm ne connaissait 'pas encore; démarche qui prouve qu'elle n'avait pas tiré toutes les consé(iueiices de ses hardies in^piiations. Bossuet, l'iiomme de la théologie positive et de la rigueur dialectique, était l'anlipod*' «lu mysticisme : il n'avait de sa vie lu un mystique, pas même s^iifit François de Sales! Le scandale même que hii causèrent les uiaximes de inadanio Guvon lui fit désirer d'étouflVr sans bruit ces périlleuses nouveautés : après de longues explicacations, il admit l'innocence des intentions de madame Guyon et la couununia de sa propre main, pensant l'avoir convaincue de ses erreurs et obtenir d'elle désormais le silence. Son espoir fut trompé : madame Guyon, soutenue par Fénelon, demanda des commissaires pour Juger de sa doctrine» tout en se retirant dans un monastère de M eaux en témoignage de confiance pour Bassuet. Bossuet, Févéque de Chàlons (Noailles) et un autre docteur furent cfaaiigés de cet examen et fonnulàrent, en trente-quatre articles, la doctrine de TËglise, telle qn*ila la oonoevaient^'sor les matières de spirituaiUè» Bossuet avait été obligé de reconnaître queTËgllse n'avait jamais condamné le jHtr mnow en lui-même, et Frelon, de son côté , adhéra aux trente-<]uatre articles (mars 1695). Madame Gtiyon abandonna ses expressions en réservant l'intention.
Tout seiiihlait pacifié, lorsi|ae mudaiiie Gii}Oii quitta Meaux, revint se cacher à Paris et y rciioner les Uens de sa petite église, liossnet, irrité, sollicita son arrestation. Elle fut enfermée à Yin- -Ceunes, i on Unit par lui extorquer une déciaiuliuu de soumis-
318 LOUIS XIV. Il«9»-I«i1}
sion plus explicile, qui ne lai valut pas la liberté (décembre \tl9b —août 1696). Cette triste victoire ne suffit point h. Bossuct. Ce n*étail plus seulement madame Guyon, mais son défenseur, qu'il voulait atteindre. Il pn'tt ndit obtenir de Fénelou une rétractation déguisée, en Tobligeant à condamner, comme archevêque, les livres de madame Guyon et à donner son adbénon à un oumge que lui, fiossuet, allait publier : c'était une /iwliiiirlioii mr k$ Hati dForaison^ où, après avdr rapidement, mais puissamment étudié les questions de spiritualité, il prétendait poser les bornes entre , la vraie piété et les dangereuses illusions. Fénelon refusa et le livre de Bossuct parut pn-sfiue simultanément avec un livre de Fénelon, V Explication des Maximes des Saints sur la vie inièrieure (janvier 1697). Fénelon y exposait le fond de ses sentiments et les justifiait par ceux de tous les mystiques que rKgiise avait pteoés au rang des bienbeureux.
M. de Noailles, récemment promu derévéchéde Châlons àl'arclicvcclié do Paris, et plusieurs docteurs non suspects, consultés par Fénelon sur le manuscrit, n'y avaient rien trouvé fi re[»rcndre. Cependant, le livre n'eut pas plus tôt paru, que Bossuet alla se jeter aux pieds du roi, en lui demandant pardon o de ne lui avoir pas plutôt révélé le fanatisme de son confrère ». Bossuet ne cessa plus désormais de foire à Fénelon une guerre acharnée, irrécon* ciliable. Sa conduite a suscité contre lui de graves imputations : Ton a voulu y cherchoi" des uiolifs do jalousie cuutre un rival de gloire et d'influence. Bossuet était trop grand pour être jaloux et son eûroi du mysticisme était sincère. Dans cette pimivUè qui retranche les réilexions, les retours sur soi-même, le repentir et l'espérance, le passé et Tayenir, pour identifier l'Ame au présent étemel de Dieu, dans cette fH nue qai n'a pour objet aucune vérité de l'Évangile, aucun mystère de Jésus-Christ, aucun attribut de Dieu, aiii uue chose quelconque, si ce n'est Dieu même ou rÉtre en soi dans son unité et sa simplicité absoUies, Bossue! voyait disparaître la nécessité du médiateur et s'abtmer le dogme et la morale du christianisme*. La théologie positive |i part,
1. V. la LeUre de Boardaloue sur le Quièdsme, dan» U Vie de Ff'netrm, par M. de Baasset, t. I", p. 402. — division dei» perfections divine», dit Féiieloo, u'existe que (tar rapport à nous ; tout cela est un et identique. Ce u'tet point en parcM>
(I0l7-tm) LUTTE DE B06SUET ÉT DE PÉNELON. 3i9
Bossue! avait pliilosopliiquciiicul l aisoii de défendre la perpétuité du phncipe actif dans l'âme ; la doctrine sublime du pur amour^ en nous enseignant à aimer l'idéal, le bien et le vrai , pour luimAme» ne doit pas nous faire aixiiquer cette Ihdestniclible personnalité qae Dieu nous a donnée.
L'opinion pubisque mivit d'abord rimpuhfon que lui imprimait Bossuet. Les habitudes positives, actives, iurteuicDt individuelles, du xvn^ siècle, se soulevaient contre la logique qui poussait à la contemplation et à Tunité des panthéistes et des mystiques. Lea jésuites se tenaient sur la réserye; les jansénistes tonnaient; les esprits Ibrla se raillaient des hyperboles amounuses de madame Guyon. Fénelon parut d'abord abandonné de tout le monde, sauf quelques amis inébranlables. Tl soumit son livre au pape, du couscnlcinont du roi; mais, quand ii demanda la pcrinissiuu d'aller défendre son livre à Rome, le roi ne lui répondit qu'en le renvoyant dans son diocèse avec défense d'en sortir (août 1697 ). Dès lors, ce ne fut plus qu'une longue série de coups d'autorité en France et d*instances impérieuses à Rome contre rareheféque exilé. La plupart des parents et amis de Fénelon ftirent chassés de la cour. BeauviUiers n'échappa qu'à grand'peine à la disgrâce; le titre de précepteur des enfants de France fut retiré avec éclnt à Fénelon, malgré les pleurs du duc de Bourgogne'. Fénelon ne se laissa point accnblcr sans résistance; il soutint contre Bossuet une lutte opiniâtre et tit bien voir que le cy^s pouvait tenir téte à ïaigU, Le talent prodigieux qu'il déploya dans ceti| polémique, l'intérêt qu'inspirait sa personne, l'impression pénible que causait l'emportement de ses ennemis, lui ram^ nèrent peu à peu les esprits. 11 prouvait d'ailleurs avec évidence qu'on avait poussé ses maximes à des conséquences extrêmes qui n'étaient point dans sa pensée. Bossuet, aigri par ses cumi>ats perpétuels et par le senliment de l'instabilité de son œuvre , ne montrait plus, envers ses adversaijçes catholiqij^es, tels que Fénelon et Richard Simon, kkmodération qu'il avait témoignée autrefois dans
nm la nmltf tttdft dce pcrfMtloM diviiut qii9 roo o»iiçi»it Um mai» en le VQjat iOQi réani en tuUnièaa. ■» EiiMmot d$ Din, p. SSSI.
1. Un curé de Seurre en BourgT»Gne fut conflamiiô nu feu, sur ces entrvfiutM, oonuM coopable d'oloaufuUiofM mtditWMtm. Y. Daugeau, t. U| p. 126.
310 LOUIS xtv. [imi
la î^ucrrc contre les prolestants : ses violcnccb lui enlevaient quciiiue chose de sa dignité et de son autorité, et ses anxiétés croissantes redoublaient ses violences*. Il craignait d'échouer à Rome. Fénelon penchant un peu vers les maximes ultramontaines, la cour de Rome avait pins de sympathie pour lui que pour Bossùet, et le pape Innocent Xll eût fort souhaité de laisser tomber Taflaire. Les commissaires qu'il avait chargés d'examiner le livre de Féneloa s'étaut partagés, cinq pour et cinq contre, le li^Te eût dû être absous, suivant la coutume. Le pape n*osa point absoudre et renvoya définitivement le livre à la congrégation du saint* olfice. La pression de Versailles sur le Vatican alla jusqu*au scandale. Le roi réclamait chaque jour qu'on en finit ; fl exîgeàit fort nettement, non pas un jugement, mais une condamnation. Le pape céda enfin, sur Tavis de la congrégation et contre -ses senti* ments personnels; il condamna les Maximes dans les termes les plos adoucis poœlble et sans aucune qualification d*faérésie (12 mars 1699). H était temps; le décret papal se croisa avec un mémoire fulminant rédigé par Bossuct au nom du roi. Le mi déclarait que, s'il n'obtenait un jugement net ut précis sur un hvre reconnu mauvais et qui mettait son royaume en combustion, il saurait ce qu'il aurait à faire-. C/ttail une menace de concile national et de scliisme ! On voit comment Bossuct trait.'iit dans la pratique cette suprématie romaine qu'il exaltait en théorie; il menaçait en quelque sorte le pape de l'excommunier, si le pape ne pensait pas comme lui sur un point de doctrine.
On pouvait craindre que le schisme ne vint du côté opposé et que Fénelon ne suivit Texemplc des jansénistes. Rien ne loi eût été plus facile que de continuer les hostilités tout en méTia^eant la cour de Rome. Il ne le fit pas. 11 montra que, comme il l'aTait dit, VesprU d$ contention n*est pas celui de te vraie spiriktalilè. Il préféra à tout la paix de TÉglise et, sans renoncer à sesjsenUmcnts intimes, qu'il exposa de nouveau au pape dans un ouvrage demeuré manuscrit, il se soumit plefaiement an bref pontifical, qui fut accepte par les asseqiblécs de toutes les provinces eoclésias-
1. V. d»na le Journal de l'abbé Ledien, t. I, ZUtt IB^to i«mm 4ll«i|g«»
Bossiift s'cxiirimait sur le Ci>n)|4r il< F«'noloii.