‹ Historie De FranceChapitre 111 sur 168 · Noaillcs, Uiit, dt madamê de Maintenon, 1. 11, p · texte numérisé non relu

Noaillcs, Uiit, dt madamê de Maintenon, 1. 11, p

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avait des contrées de vingt et trente paroisses où Ton n*avaît pa parvenir à faire un seul catholique, ni même & en établir un seul du dehors. Beaucoup des prétendus convertis se présentaient à régltse pour les principaux actes de la vie civile, puis n'y revenaient plus; mais une foule d'autres ne s'y présentaient jamais et se mariaient, liaplisaicut leurs enfniii^, enterraient leurs morts en secret. Une confusion deiiiurabic b introduisait dans l'état des personne-;.

Le consoil délilréra longuement sur les affaires des protestanls. Pontchartraiii insinua la tolérance au nom de la raison d'état, et conseilla de consulter quelques évéques cl quelques magistrats émincnts. L'archevêque de Paris , Xoailles , aloi s en grand crédit, fut naturellement le premier appelé à donner son avis. Il le fit sans réserve en faveur de la tolérance et rappela que les premiers empereurs chrétiens ne forçaient ni les païens ni les hérétiques à venir aux églises, ne leur enlevaient point leurs enfants, leur laissaient contracter des mariages qui n'élaient que des. contrats civils et les rompre par le divorce, comme le permettaient les lois civiles. Il pria le roi de Tautoriser à demander- avis par écrit à tous les évéques. Il espérait que l'expérience aurait ramené la majorité de ses confrères à des sentiments pareils aux siens. 11 se trompa. Le plus grand nombre des évéques se prononcèrent pour la continuation de la contrainte, t On a employé la force à leur ôter leur religion , et maiiilenant qu'ils n'en ont plus aucune, n'est- il pas devenu nécessaire de leur en donner une par force? » Ce mot d'un des urélats exprime avec une franchise cynique l'opinion <!<■ la majorité. On voit avec peine que le rélébre évéque de Nîmes, l'iL'cbier, no soutient nullement, cette occasion

décisive, la rcitutation évan^cliqne (ju'on lui a laite et qu'il mérita sous d'autres rapports. 11 veut, lui aussi, «une contrainte salutaire ». L'évéque de Chartres, Godet -Desmarais, le directeur de madame de Maintenon , est le plus net et le plus violent de tous* tSi l'on n*a pas fait difficulté, dit-il, de recevoir Tabjuration f d'un grand nombre de calvmistes dont on pouvait craindre que « la conversion ne fût pas sincère, pourquoi se iëra-t-on aujour- « d*hui de hi difficulté de les contraindre par les mêmes voies à '< recevoir les sacrements? » Bt il réfute la eralnte qu'on manifeste

UM) LES PROTESTANTSb Ul

de se rendra cmi^ces de lears sacrilèges, par des arguments dont on trouverait à peine Téquivalent dans les Provinciales. Bos-

suct n'exerça pas, dans ces graves circonstances, raction prépondérante qui semblait lui a|)[»ai tenir; il était en quelque sorte aux prises avijc lui-même; sa conscience se révoltait contre les conscqucncos du principe de pcrM i iUion qu'il avait admis; il répugnait il ce qu'on obligeât les prcleadus convertis d'assister à la messe, comme le voulaient la i)lnpart de ses confrères, et il n'iiésitâit pas à condamner formellfimeat ces communions sacriléi^câ imposées par la oontrainte.

Le gouvernement eut le mérite de résister, dans une certaine mesure, à la minorité des évèques. Le roi chargea Pontchartrain de s'entendre avec Tarcherèque de Paris et d'Aguesseeu pèire sur ]a rédaction d'un édit qui parut le 13 décembre 1698. Cet édit reconnaissait que Tœuvre de la oônvorsion n'était point achevée et que quêlquii-mi des sujets du roi n'étaient pas encore revenus de leurs erreurs. Il esàumait et ne contraignait pas les nouveaux convertis à assister le plus eiaclement possible au service divin et leur ordonnait d'observer dorénavant, dans les mariages et baptêmes, les solennités canoniques, sauf à pourvoir par le roi aux effets civils des ni.n iages contractés par eux depuis la révocation (en secret). L'ol)lijration d'envoyer les enfants au\ écoles et catéchismes ratiujliipies étiit confirmée. L'attestation de catholicisnic était «n iL-ée de nouveau de tout récipiendaire aux charges de jndicatnre el de ville , de tout licencié en droit et en médecine , etc. ; mais l'édit gardait un silence calculé sur les professions industrielles et ajoutait que tous les siyets du roi pouvaient exercer paisiblement leurs commerces à charge de se fiure instruire en la religion catholique ' .

L'arcbevéque de Paris, s'il eût été le maître, eût fait mieux que cet édit ambigu , qui soulageait un peu le présent , mais qui lais-

1. Anc>enne$ Loii françaist^, t. XX. p. 511. — Un second édit, (in 20 il^crrahrr-, autorisa les réfugiés ii rentrer dans leurs biens, à condition d'abjurer à leur retour m FraoM. Ibid.f p. 322. AI. de Bausset m trompe en arançaot que les réfugiés ne Airmti pM ttOQt d« M fUn «MhoUiiaM pour rwMwrar tean VM. ài Sonnel,

t. IV. p. — T.c lieutenant de police, à Pari», roi^tit l'ordre secret de ne plu» fuire ai)"utio recherche au sujet de l.i relij^ion, pourvu qu'il n'y eût point un scaudale public. — ;;ur toute celte queb&iou, vu^es Rulhière, p. S12, 375, 428^34.

sait subsister tons les embarras de Tavenir» en ii*accordant pas - franchement Tétat dvil à ce qui restait de protestants, k peine

IV'dit ciit-il para, que les persécuteurs cherchèrent à se rattraper sur rinleri)rétation. Basville elles évôques du Langui lin , n nonrant à imposer les sacrements, firent les derniers efforts pour qu'au moins on obligeât les nouveaux convertis d*aller à la messe. Bossuet s'y opposa, mais en approuvant néanmoins qa*<m Hnt ferme sur ks mariages et qii*on obligeât à tous les exercices religieux ceux des prétendus convertis qui avalent promis de vivre calholiquenient pour se marier ou réhabiliter leurs mariages. CV'(ail pou digne d'un lopeicn tel que lui; il n'y a point de milieu possible entre la persécution et la tolérance. Basville l'emporta et on le laissa faire comme il Ton tendait en Languedoc, c'est-à-dire mettre à l'amende les gens qui n'allaient pas à la messe. On laissa, à la vérité, tomber en désuétude la loi barbare contre les relaps; mais bien des violences se commirent encore en Languedoc et les esprits ne s'y calmèrent pas. On en devait bientôt avoir de terribles preuves.

La demi-tolérance, qui n'osait s'avouer elle-môme , ne réussit pas mieux que n'avait fait la contrainte ouverte. Là, comme en flinances, le pouvoir ne sut prendre que des demi «mesures et manqua le but.

Si sérieuses que fassent, à Tintérieur, les préoccupations dn

gouvernement, qui, d'ailleurs, ne s'avouait pas toute l'étendue du mal, l'inlrnM ( apilal était pour lui inoins au dedansqu'au dehors. Durant les trois années qui suivirent la paix de Kyswick, on vécut dans l'attente quotidienne d'un événement qui devait cbanger la fiice du monde, et les maisons de fiourbon et de Hapsbourg s'occupèrent quasi exclusivement de se préparer pour le jour où disparaîtrait la brancbe espagnole de la souche autrichienne. On travailla, de part et d'autre, à s'assurer des positions et des alliés en Europe.

En 1G97, pondant les négociations de Uyswick, Louis XIV avait voulu établir la France en Pologne et enlever cette république à l'influence autrichienne. Durant la double guerre de la France contre la ligue d'Augsbourg et de la Turquie contre la coalition de Tempereur, de la Pologne, de la Russie et de Venise, la dlplo-

11697-16981 AFFAIRES DE POLOC.NE. v 349

ncHitie Craoçaise n*ftvait cessé de pousser Sobieski & rompre avec FAutricfae et à traiter avec le Tvrc. Ou n*aTait réussi qu'à lui faire ralentir, mais non cesser la guerre. A la mort de Sobieski,

Louis XIV renouvela , pour faire élire un prince français roi de Pologne, les tentatives qu'il avait déjà faites autrefois lors de l'abdication de Jean-Casimir. Le prince de Gonti fut le candidat proposé par la France, L'empereur» le pape, les jésuites et la Russie se réunirent pour appuyer l'électeur Auguste de Saxe. L'électem* Tenait d'abjurer» en vue du trône de Pologne, et le pape trouvait lont simple de récompenser le chef héréditaire du parti luthérien d*^tre rentré dans l'éi^lise romaine. Les jésuites, qui n'étaient que ti*op puissants en Pologne, redoutaient les relations jansénistes des Conti. Quant au jeune t/ar i*ierre, il voulait que la Pologne restât son alliée, son instrument contre le Tuic et .le Suédois, et craignait que l'esprit français ne vlot réorganiser ce pays. Il avait bien choisi son candidat : le roi saxon deyalt commencer la ruine de la Pologne!

La détresse linanciére de la France ne permit pas de faire à temps lessacritices néeessaires dans une affaire où l'argent dev.iit jouer un grand rùle. L'électeur de Saxe, au contraire, épuisa ses états pour s'acheter des partisans et des soldats. Le prince de Gonti eut cependant la majorité et fut proclamé roi à Varsovie le 27 juin 1697; mais la minorité proclama et appela l'électeur, qui accourut avec des troupes saxonnes et qui se fit sacrer roi de Pologne à Cracovie (15 septembre). Conti, relardé par une flotte anglaise qui lui avait barré le passage, n'arriva par mer que le 26 srpt(Mnbre à Dantzig, qui refusa de le recevoir. Le prince n'amenait ni troupes ni argent. L'électeur avait eu, au coutraii e, tout le temps d!organîser ses ressources. Les Russes menaçaient la Uthuanie. Gonti, abandonné d'une grande partie de ses adhérents, quitta la partie et revint en France dès le mois de novembre. On dit qu'nne passion pour la duchesse de Bourbon, une des filles naturelles du mi, avait contribué à retarder le départ et à hâter le retour du prince, qui ne répondit |)as, dans cette grande occasion, à l'opinion qu'on avait de ses tai»'Mts.

I^s Tannée suivante, Auguste de Saxo fut reconnu roi de Pologne par toute i'Ëurope, même par la France.

Louis XIV ne fèasstt pas luteux en Tui quie qu'en Pologne.

Après avoir inutilement engagé la Porte à prendre pdi t aux • négociations g^nôrales de Ryswick, il eût voulu m nnt ri mt l'empêcher de faire la paix, afin de se conserver une rsi on redoutable pour le moment où s'ouvrirait la suceessiuii d EbiKii^Mie; rinlêrôt de la Porte n'était piis en ellel de conelure une paix qui, après la défaite que le sultan avait essuyée en 1697, à Zcnta sur la Tbeiss , contre le prince Eugène de Savoie» ne pouvait être que désavantageuse et humiliante pour Tenijure otboman ; mais la Porte était mal gouvernée et la France mal représentée à Gonslantinople. L'ambassadeur Fériol blessa le divan par son mépris maladroit pour les usages othomans et ne sut prendre aucune Influence, tandis que les agents d'Angleterre et de Hollande gagnaient on dominaient les ministres otbomans et leur imposaient la médiation partiale de Guillaume III et des Ëtats^Généraux. Dans les derniers jours de Tannée 1698 et les premiers de 1699, la Ttarqnie signa, à Garlowitz, une trêve de deux ans avec la Russie, une trêve de vingt-cinq ans avec l'empereur et la paix avec la Pologne et Venise. Le Miil au céda à l'euipereui ia ii.tusylvanii» et les conquêtes iinpéi'iales de Hongrie, aux Uussos Azof, à Venise la Morée, cl rendit Kaaiiniek à la Pologne. Pour la première fois, l'empire otlioman reculait et se rei oiuiaissait vaincu par un traité de paix. Il lionora du moins ses revers en refusant de livrer Tilluâtre clicf des Hongrois, TekcU, à la vengeance autiichienne.

L'Europe entière fut ainsi en paix, à la fin du xvit* siècle, mais pour une aimée à peine. La guerre devait renaître avec le siècle nouveau, d^abord dans le Nord» puis dans le Midi. L'Autricbe se trouva en étal, aussi l)ien que la France, de ne plus songer qu'à rbéritage d'Espagne. La Russie eut les mains libres pour pousser la Pologne et le Danemark sur la Suède. Léopold, craignant le renotivoUement de Tancienne alliance franco - suédoise entre Louis XIV et ce jeune Charles XÏI qui annonçait un autre Guslave-Adatplie, ménagea au tzar Pierre une prolon;j;^ion de trêve avec la Tunpiie. Le tzar, après avoir concpiis un débouché sur la mer Xniiv, voulait à présent se faire place sur ia Baltique : le rôle européen de la politique russe commençait

[1700! TURQUIE. yAUiËMAGKE. m

Louis XIY eut plus de succès eo Allemagne que dans. THiirope orientale. Il yii joar à diviser ce faisceau de TEmpire que l'Autriche avait formé contre lui dans la dernière guerre et s*y prit avec habileté. lia création d'un neuvième électoral en favtnii du duc de Haiiovi e iivail excité la jalousie d'une partie des princes allemands. Après de longs débats, les opposants requirent l'intervention diplomatique de la Frant e, comme gai'anle du traité de Westphalie, qu'ils disaient lésé par cette nouveauté , et Louis s*empressa d'adresser une protestation à la diète de Ratisbonne (14 octobre 1700}. (Tétait une fortune inespérée que de retrouver ks éléments d*un parti français outre-Rhin. L*état de la Hongrie, toujours frémissante sous le joug, promettait encore à Louis d'autres moyens d'action contre rAiitriclie.

La grande ailaire d'Espagne marchait cepei^dant A son dénomment à travers de singulières péripéties.

Trois prétendants réclamaient d'avance Fhéritage du malheureux Charles II, ce spectre royal qui semblait toujours mourir depuis un tiers de siècle. Le premier, suivant les lois de l'hérédité, i'iMil h: daujtliiii de France, fils de la sœur ainée de Charles II. Le M'i nnd (''lait le prince électoral de Bavière, enfant en bas âge, petit-ûls de la sœur caddie de Cliarles 11 ; la sœur cadette de Charles avait épousé Tempereur Léopold et laissé en mourant nne fille mariée A l'électeur de Bavière : Télectrice était morte & son tour et ses droits avaient passé à son fils. Le troisièrae prétendant était Tempereur' Léopold. L*empereur, fils de la seconde fille de Philippe III, tante de Charles II, étant en arrière d'un dcjrré sur le danpliin et sur le j)ri[ii e de I'. luerc, eût dû céder, suivant le droit héréditaire, non-sculeuient à ces deux concurrents, mais à Louis XIV lui-même, fils de la tille ainée de Philippe IIL Mais l'empereur arguait, contre la maison de France, ' de la double renonciation souscrite par la mère et par la femme de louis XlV, et, contre la maison de Bavière, d*une renonciation souscrite par Télcctrice de Bavière. Il prétendait donc que la succession ne sortît pas de la maison d'Auti iche et la revendiquait, nun [lour lui ni pour son fils ainé, il sentait que l'Europe no le permettrait pas! mais pour son second tils, l'archiduc Charles, il y avait un quatrième prétendant, qu'on ne prit pas au sérieux,

m LOUIS XtV« (1«i-l«Nl

quoique -ses prétentiioiis Ausenl les plu» oonfoffmes au véritable intérêt de TEspagne; c'éliit 1» roi de Portugal, descendant de Juana, fille putative du roi Henri Vltnpwuant, écartée jadis du trône en ftirewr d'Isabelle la Catholique. L'espoir chimérique de

conserver dans leur intr-^rité des possessions lointaines prèles à se (Jctaclier par ianilxaiix ferma les yeux à l'E^pai^ae sur riuiiiitnse avantaj^^c de s'.tUjuiudre pacifiquement le Portugal. Non~sculcuient 1rs Ijomnics d'état, mais la nation en général, n'avaient pas d'autre idée en tète que de s'assurer un roi assez fort pour inaintenir eu sou eulifr la monarchie espagnole, eet ejupirc gigantesque et incohérent qui avait épuisé et ruiné la véritable Espagne. Cette idée prédominait uiéme sur l'hostilité nationale contre la Fronce. La renonciation de la mère de Louis XIV à l'héritage d'Espagne avait été considérée comme définitive, mais il n'en était pas ainsi de ceUe qu'avait souscrite la fenuoe du Grand Roi , les consf n'ayant pas été appelées h la sanetwnner et la doi n*ajant pas été payée. GourviUe raconte, dans ses Mémoires, que, se trouTaot k Madrid en 1670 pendant une maladie de ChariesII, il pressentit beaucoiip de grands d'iilspagne sur la pensée de faim roi le duo d'Anjou, second fils de Louis XIV et que ses insinuations fùrent parfaitement accueillies.

La nation espagnole, malgré maintes protestations officielles eu faveur de \el trèp-mgmtc uiaisou réj^nante, était donc sans jîarli pris entre les maisons de iiuuibuii cl d'Autriche. Quant au ujalheureux prince dont ou se disputait la dépouille de sou vivant, il avait inslinclivemeut plus de penchant puur sa. maison que pour les princes français; mais il était aussi incapable de penser que de vouloir par lui-même* et il ne cessa d'être tiraillé entre des intrigues contraires tout le temps qu'il traîna son existence végétative. Son oncle l'avait d'aiiord marié à une princesse française après 1a paix de Nimègue; mais sa femme était rmorte jeune» et des soupçons de poison s'étaient élevés à ce sujet contre sa mèrc« princesse autrichienne , et contre Tambassade d'Autriche. Sa

1. Cet enftint, né en 1668, mourut en 1671. Mim. de Gourville, p. 555.

2. il ne connaissait pn^^ inômc ses propres états : lorsquo U-a Fnirn,-;us jniront Mons, U s'imaj^iiia que c étaii sur GùiUaume III quo LouU XiV avail cuoquiit vaUn plMt.

Ilfi»l-r697] SUGGESSfOA D'fi»PÀGN£. 359

mère le reiMUrla à nneiuriiioesse p*faitHie de Nrabourg^, sceur de

la seconde femme de l'empereur et toute dévouée à rAiid iche. Mais, tout à coup, la reine mère abandonna ce parti autrichien, qu'on rnrrnsait d'avoir servi mônio par le crime, et travailla à iormer un troisième parti, le parti bavarois. Elle était la grand * mère de Télectrioe de fiatière, et, quand oeiie-ci hn eut doiiiié un arffère-petit*-<ii8 ( 160S), elle se rattacha aux intérdis de cet enfant ifec tonte la violence de son caractère. L'opinion publique espa* gnole, sans être décidée en faveur du prince baTarois, était, au moins, fort arrêtée sur la nullité de la renonciation de l'électrice à fîcs droits éventuels, renonciation imposée par l'empereur à sa tiilc sans la [mrticipation du gouvernement espagnol. Seulement, les Espagnols n*estlniaient pas que le prince de Bavière leur apportât une force âtlffiiante pour soutenir le poids de leor cm* pire. Celte force, à la vérité, pouvait être prêtée do dehors au Bivarois. L'Angleterre et !a Hollande, malgré leurs engagements avec l'empereur, inclinèrent vers le parti bavarois d^s qu'il fut formé et virent dans son succès le niaintirn de récjuilihre européen; aussi abandonnèrent-elles tout à fait l'empereur dans les Qégociations de Ryswick, où eOes ne dirent pas un mot de la suecession e^gnole.

Le pauvre roi Charles n fiotlait de sa femme à sa mère , également tourmenté par Tune et par Tautre. Sa femme réussit , diton, à lui faire si^^^ner un premier Icstainent en faveur de rarchiduc Chât ies : sa mère le lui fit décbirer. La reine mère mouT iit sur CCS entrefaites (1696) et laissa le parti bavai-ois sans chef. Si le cabinet autrichien avait eu du coup d'œil et de la décision, il eût fa enlever la gestion et flire déclarer rarchiduc héritier pré^ soroptif, en renvoyant au plus vite à la cour de Oharle» II sons les auspices de là reine. Il ne para! pas eemprefidre ft quel point il lui importait de faire trancher la question, tandis, tjiie la ^ut ne durait encore contre la France. Il jierdit du temps. Les Françaih, cependant, poussèrent au cœur de la Catalogne et la prise de Barcelone porta un coup terrible aux intérêts autrieliicns en décidant rispagne & la paix. Si Tempereur, comme le demandait la reine d'Espagne, eût expédié rarclyduc avec 10,000 vieiix soldats, Teffet ' de la chute de Barcelone eût pu encore être contrelialancé; mais XIV. S3

866 LOIIIS XI¥. (1687'1«M}

le cîibinet autiichien , aussi obéré que celui de Madrid, lésina iiiisérablenient et voulut mettre les 10»000 soldats à la charge de rt^spaj^^ic. L'Kspagne signa la paix.

L» paru aiUricliien déclinait. La reine lui nuisait dans l'opinion plus encore qu'elle ne le servait dans le conseil L;i pdilc camarilla d'Allemands qu'elle avait aiiiem's de sua pns envahissait tout et traliqiiait de tout; les Espagnols , tonjoin-s (mibrageux eL iuai disposés pour lesétranprrrs, sont le peuple du uiuude le moins endurant envers cette sorte de domination ; aussi l'impopularité ile la reine et de ses compatriotes dépassait -elle toute mesure. Les Français en profitèrent. Aussitôt après la paix , ils avaient recommencé à inonder Ffispugne» suivant leur babitu(jle : c'était par myriades, et l'on pourrait dire par centaines de mille, que les Français exploitaient rEspagne et venaient exécuter cbecelle tous les trawuix que son orgueilleuse paresse lui interdisait d'exécuter elle-même, échange continuel où Tune des deux nations donnait nonchalamment son or, où Tautrc apportait ses bras et son industrie. Souvent opprimés, parfois massacrés quand la guerre éclatait, les Français revenaient toujours. Celle fois, ils reparurent sous les auspices d'une paix Ircs-avanlageuse à l'EspapTic, qui, vaincue, avait recouvré toutes ses places perdues, cumiiic si elle eût été viclorieuse. Les Espagnols avaient été fort sensibles à une générosité qui coûtait cher à la France, mais qni fut trés-i>i-olilable à la maison de Bourbon, ils accueillirent splen- » dideineiit l'ambassadeur que Irnih XIV envoya en Espagne au conunencemenl de 1698. L'ambassadeur, man]uis d'Harcourt, était chargé de déclarer à Charles II que toute disposition faite par S. M. Catholique au {préjudice de sesiliéri tiers légitimes serait un si^ital de rupture. Il fit cinlendre aux ministres espagnols que le Roi Très-Chrétien avait sous la main cent mille témoins prêts 4 déposer en favenr de ses droite : ce n'était poini une vaine hrth vade et une nombreuse armée était cantonnée sur le revers fran* cals des Pyrénées*. Plusieniv des gtands commencèrent, à faire des ouvertures à Tambassadeur sur le mconnement d'un grince

1. L'intiioidatioD ne fut pas le seul moyen qn^employa Tambassadearj s'îlfaiiLeii rrotrc Fiass.m, Uaxcourt dépeniA dix miUîoiia pour nheter des amis à la juaîMm

éb Bourbon.

riSMI TRAITÉ DE PARTAGR. m'

français « qui inaintiondrait l'intégrité de la monarchie. » Parmi eux fipriirait 1 homme k plus considérable de l'Espagne, le cardinal Porto-Carrero, archevcquc de Tolède, qui ayait été longtemps attaciié à lu cause autricliicnne, mais que la ruine s'éfait maladroitement aliéné. Le cardinal parvint à faire ajourner par' Charles II la déclaration que la reine soîlidtait nhstin^menl en faveur de l'archiduc. Sur ces entrefaites, les Maures assié^'^eaient Ceuta et menaçaient d'enlever aux Espagnols ce qui restait de leoFB conquêtes sur la c6te d'Afriqae. Louis XIY offrit le secours de sa flotte. La reîne obligea son mari à refuser; mais le peuple D'en fui pas mc^ns reconnaissant aux Français.

Les aflUfrea de Louis XIV allaient mieux, e»* quelque sorte, qu'il ne le voulait lui-même, et il recommenda an marquis d'Hài^ eourt d'entretenir les bonnes diqmsitions des Espagnols sans s'engager lanneUeinent avec eux. La vraie pensée de Louis n'était ' * point alors d'enlever en entier la sucGassiqn d'IEspagne pour son l ' fils .s il sentait l'iiDpossibilité d'yrëtissir sans une nbttvelle guerre universelle, dont TËspagne niîflée laisserait tout le poids à Hi France, et il avait eu d'autres vues on signant la paix de Ryswick. Il élail revenu à la pensée d'un partage, ne dût -il pas mènie obtenir des conditions aussi avantageuses que celles du traité éven- . tuel de lObis avec rcaipereur. Il ne pouvait plus songer à traiter rafl'aire, comme en tGfiS, avec Léopold, qui prétendait niaintenant à l'hérilag^^ tout ( iiIh r pour son second fils : il jugea qu'un seul moyeu mènerait ati but; c'était de s'entendre avor Guillaume lil, et d'imposer ensuite à i'euqiercur ce qui aurait été décidé. C'était là, incontestablement, de la grande politique, en admettant qu'on pùt attendre quelque sincérité de Guillaume. Louis pensait que l'Angleterre et la UoUande n'avaient pas moins besoin que la France d'une transaction qui pùt éviter le renou* veillaient de l^uperre générale. Guillaume» en elfet, parut «n^r dans les vues du roi de France. Après* diverses propositions et eontra^positioas (niar»*octobre 1698), un traité sedCt Ait conclu'èr La Haie le t i octoive : il Ait convenu entre les filénipotentiaires de France, d'Angleterre et de Hollande, que le dauphin aurait les Deux-Sicilcs, ks [irésides de Toscane, Finale en Ligaric et le Guipuscoa ; que l'àrchîduc aurait ta Milanais, et le piiuce de

m LOUIS XIV. (fe9M6M)

Bavière, tout le reste de la monarehie, j compris la Belgiqué. G*était loin du traité de 1668 pour la France* ; mais aussi la part

de TAutriche était réduite à une seule province. Louis XIV a?aît donné ime preuve incontestable de ses vues paciliques en renonçant, pour salisiaiio l'Angleterre et la Hollande, à la porliun de riiéritapre la plus précieuse jjour la France, à la Bclijique. Les Jin^^l -.Hoiis itfîlionnes (pi'on lui accordait étaient sans doute fort iiuportanles pour la domination de la Méditerranée, mais elles étaient mal assui-écs en cas d(; l upturc avec l'Angleterre, la Hollande et la Savoie, ot Guillaume, avec peu de sincérité, avait prévu ce cas. Guillaume espérait que le pape et les étals itaUens s'entendraient avec l'empereur pour mettre obstacle à la prise de possession de iNaples par les Français, que les flottes d'Angleterre et de Hollande amient appelées à servir d'arbitres, et que là France fimrait par Mre réduite à en passer par ce que voudraient les deux puissances marilîmei; son confident Burnet laisse eh- ' tendre qu'il n*avait né^odé quë pour empêcher Louis d*user de - ' « «es forces si le roi d'Bspagne nmrait antnt peii : Locds était seul - • prêt en Europe, le parlement anglais ayant obligé GniUaume de . . licenq^r son armée*. 4

Malgré le secret convenu , le traité tat bient6f àon'ftu à Madrid, où il causa une agitation extrême. Il sembla «bien dur ù TEspaguc dç voir le descend.ini de Giiiliuunic lu Taciturne réprier avec la France le démembrement de la monarchie de Piullippe II. Los conseillers de Charles 11 prirent leur pai ti avec intelligence et dt t ision. Le cardinal Poi to-CaiTero, qui dominait à la Ibis le conseil de Caslille par ses créatures et la conscience du roi pai' un confesseur aûidé, dicta à Charles II un testament qui déclarait le ^ prince de Bavière héritier universel. C'était la seule chance de ramener rAngleterre et la HoUande à défendre l'intégrité de la mqnarchie espagnole 1. 1 France protesta, le 19 finrier lG9d, par l'organe du marquis d'Hareourt.

Une soudaine péripétie anéantit d'un ml coup et le Inïté de

1. y. notre t. JSUt p. SSS. — C« fai0en M taups que Lottb JIY *atmUlft 1a

camp lie f^ niiipi-fçne, 80us prétejrt<» de montrer une nrtnéc h sou petit-fils, iniiil|4A réalité, pour être préi à occuper^ Belgique si Charles II mounut iuopinémeaW a. Bnroet; (r»iL JaU Hato, 173S, t. lY, p. 491. *

lim-im] TRÂITÂS DË PARTAGE. 357

pditage et le fiestament. Le prinae de fiftfièi^ moonit & sept ans, le 8 février 1699. Le cabinet impérial Ait violemment soupçonné d*avolr fiiit périr par le* powm le petit-fils de Yemperair : les Ueos du sang, lorsqu'il s*agil de TAÎtridie, ne ealRsent pas poor vendre un tel soupçon absolument învnrfsemMable ; néanmoins aucun Indice n^'est mentionné qui autorise rhistonre à Insiste^ sur l'accusation.

touis XIV persista dans sa poUtiquc de transaction et fît de nouvelles ouvcrliues d (juillaume Ul. On ne pouvait plus maintenant éviter de faire une large part, et mùine la plus l;iri:e, ;i la maison d'Autriche ; car il était évident que les deux [laissanccs maritimes n'arronleraient pas plus à la France TEspajjnf^ l't les Indes que ia Bcl^nque. Louis, de iui-uième, proposa l'Ksftaune et losludcs pour l'archiduc, à condition que la couronne d'Espagne ne pût jamais être réunie à la couronne impériale et en ajoutant ■ le Milanais au lot ([ue faisait à la France le premier projet de partage. Quant à la Belgique , on la donnerait à un tiers. Guillaume consentiti sauf modilications, maïadifiéra de signer, pour tâcher, disait-ii, d*amener Tempereur à damner son adhésion. L'empereur, après bien des- délais, refusa. Guillaume 'traîna encore la signature en longueur : le second traité de partage fiit enfin conclu à Londres et hlA Haie les 13 et 2b mars 1700. Une modification trés-sage avait été foite aux propositions de Louis XIY : c'est ipie la France, au lieu» du Milanais , aurait le duché de Lorraine, et. que le duc de Lorraine deviendrait duc de Milan. Louis avait consenti que la Bel}.nque fût ajoutée au partage de rarchiduc. Trois mois étaient donnés à rcmpcrcur pour adhérer : sur son refus (léliuilif, la part de l'archiduc passerait à un tiers, qu'on ne dési^;uait pas : ce tiers était ie duc de Savoie. L'envoi de l'an liiduc en Espagne ou en Italie serait considéré connue une rupture.

Ce pacte, par lequel un des prétendants et deux puissances étrangères disposaient arbitrairement de la monarchie espagnole au nom de Téquilibre européen , fut communiqué officiellement à la diète de Ratisbonne et aux divers états de l'Europe. Le duc de Lorraine accepta le sort qu'on lui ofiOrait : tous les autres princes et états évitèrent de s'engager h ijaranlir le traité et atten» dirent les événements. GuiUaiune m et les Étals-Généraux ne

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secondèrent que Irès-moUcinent les instances de Louis XIV à cet

égard.

i C'est que le srcAnd traité de |iat tage n'était \rds le dernier mot de Gtiillaunic III, qui n'avait jamais voulu sériensemenl donner aux Français la Méditerranée en leur donnant les Deux-Siciles. Il prétendait ainener Louis XIY à échanger la Sicile et Naples contre les états de Savoie. On ignore les circonstances de cette négociation ; mais on ne peut s'empêcher de regretter vivement que Louis XIV n*ait point accepté le plan de son ancien ennemi : la France eût heureusement étendu sa frontière*» tout en évitant pour elle et pour TEuropcune des plus terrll^cs guerres qui aient désolé rhumanité : TAngleterre et la Hollande eussent soutenu sincèrement ime combinaison qui n'avait rien d*alarmant ni pour leur commerce n! pour leur territoire, et rAutrîcIie n'eût point été en état de s'j opposer ^.

A la nouvelle du second pacte de parlai,'e, les cours de Vienne et de Madrid pxprinièrenl une égale irritali <ii < outre rAugielerre ; et la Hollande : Tempereur se plaignit qu'on enlevât à Sii maison !ritalie, qu'elle pouvait défendre, pour donner ù sf)n lils une monarrhic impuissante et dépendante des deux états maritimes; il essaya d'amener Louis XIV à négocier avec lui directement et séparément, et ses ministres insinuèrent des propositions plus ou moins spécieuses à l'ambassadenr de France. L'amlJa^sa(leur de Louis XI Y à Vienne, le marquis de VlUars (depuis le célèbre maréchal de Villars), crut que Tempcrcur était sincère ct"qu*on obtiendrait de lui la Belgique, les Indes, d*autres possessions encore : il conseilla au roi de s'accommoder avec Léopold sans Intermédiaire. Louis ne suivit pas ce conseil et pensa que Léopold n'avait d'autre but que de le brouiller avec Guillaume. De l'aveu de Villars lui-mémo, l'empereur, au moment où il faisait ces avances au roi, protestait à Tambossadeur d'Espagne qu'il ne cou-

1. Le PiénMml «fit p« un jottt être cédé au dm de Mikn dam quelque combi-

nnliton européenne qui nous «-ùt donné les pMrincei wallonnes.

El!o pût toutefois rési*!*' d«» tout son pouvoir »ur In question d'Italie. La con>binaiMm (itii eût le plus t'.icilemeiit écarté la guerre, eiU été de doiiutir rE»pa);nu et les Indes an doc de Savoie, les états espagnob d'Italie à Varehidue, les élatt de b-Aw'x: et la Lorraine à In Fmnee, et la Belifique nu duc de Lomuw, — Sur Téchailff e de« «Uto de Saveie avec Maples, wjjet M«m. de Torci, p. 593.

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sentirait pas au dèmembremeiit de la monarchie espagno^^* . Louis n*ayant [>as donné dans les^ouvertures de l'empereur, celui-ci , à

l'cxpiralion du délai li\c, réitOra sou rcfuii d'accepter le piicte de parta-e 18 août 1700).

A Madrid , la première explosion de colère causée par le traité t^l suivie d'une opiniâtre lutte entre la reine et le cardinal Porto- Garrero. La reine, qui avait un moment abandonné la cause autrichienne, par ressentiment de quelques mauvais procédés du cabinet impérial, et qui ne s*étaitpas opposée au testament^en faveur du prince de Bavière, était revenue à son ancien parti; elle extorqua de Charles II l'envoi d'un aml)assa(lL'ur extraordinaire à Vienne avec de nouvelles inslruclions pour appeler l'archiduc en Espagne ((in avril 1700), L'cmpercurn'osa expédier tout de suite sontilsen Espagne, ni ses troupes à Milan et à Vaples, ce qui eût été une déclaration de guerre aux auteurs du partage. Ses délais lui coûtèrent cher. Pendant ce tenips, presque tous les conseillei's de Charles II pesaient en sons contraire de la reine. Jugeant qu'il y avait [)lus de chance de juaintenir l'intégrité de la monarchie avec un prince français qu'avec un prince autricliien, ils pressaient Charles de tester eu laveur d'un des petits4ils de Louis XIV. Le pauvre prince ne demandait qu'à mourir en repos et ne pouvait Tobtenir. Incapable de juger par hil-méme de ses devoirs et tourmenté de la peur d'emporter dans Tautre monde le poids d'une injustice, il faisait consulter en Espag^neet en Italie les théologiens et les jurisconsultes les plus renommés sur les di'oits respoctifs des prétendants. Il eût volontiers consulté tout le momie, excepté ceux-là seuls au\(iuols il appartenait de décider la question , les eortes d'Espagne : il avait gardé par tradition cette horreur des assemblées nationales que professait Louis XIV par système. Le nonce du pape, à Tinstigation de Porto-Carrero , lui suggéra de demander avis au Saint- Père. Un courrier partit de Madrid pour Rome dans le courant de juin. L'amhassadeur d'Espagne à Rome, partisan de la France, cuiimiuniqua les dépèches au représentant de Louis XIV. Bien qu'informé ainsi des intention^favorables du conseil d'Espagne ,

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