‹ Historie De FranceChapitre 12 sur 168 · Kulhiérc, p. 2bl · texte numérisé non relu

Kulhiérc, p. 2bl

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tembre, afin d*y concerter les opérations avec le duc de Noailles, gouverneur de la province. L'intendant du Bas- Languedoc ,

d'Agucsseau, bien qu'il eût coopciT avec zèle à toutes les mesures restrictives du culte réturuié, avait demandé son rai)[)el dès qu'il avait vu le roi décidé à l'emploi de la Torce militaire ; convaincu que cette décision ne serait pas moins fatale à la religion qu'à la patrie, il s'était retiré, le cœur navré, Tesprit épouvanté de l'avenir

La conversion du Languedoc paraissait une grande entreprise.

. La masse protestante, presque toute concentrée dans le Bas-Languedoc et dans les pays montueux qui s*y rattachent, était estimée à plus de deux cent quarante mille âmes; ces populations, plus passionnées, plus constantes que les mobiles et sceptiques Gascons,

• ne semblaient pas devoir abandonner si aisément leurs croyances. Le résultat, pourtant, fut le même qu'ailleurs. Nîmes et Montpellier suivirent l'exemple de Montauhan. Des logements de cent soldais par maison réduisirent promptement les notables de Nîmes; dansée seul diocèse, principal foyer du protestantisme, soixante mille âmes abjurèrent en trois jours. Plusieurs des principaux ministres en firent autant. De Nîmes, le duc de Noailles mena les troupes dans les montagnes. Les Gévennes et le Gévaudan se laissèrent entamer comme le reste, k mesure que la mis^ sion armée avança de vallée en vallée. Ces cantons étaient encore sous la terreur des répressions sanglantes de 1683 »et avaient été désarmés, autant qu*on avait pu, ainsi que tout le Bas -Languedoc. Noailles, dans les premiers jours d'octobre, écrivait à Lonvoîs qu'il répondait sur sa tdr qu'avant la fin de novembre, la province n'aurait plus du tout de huguenots. Si Ton <'n croyait ses lettres destinées à èlre mises sous les yeux du roi, tout se serait passé « avec toute la sagesse et la discipline possibles » ; mais le chancelier d'Aguesscau, dans la vie de son père l'intendant, nous appt end ce (|u'ii en faut penser. « La manière dont ce miracle « s'opérait, » dit-il, t les faits singuliers qu'on venait tous les « jours nous raconter, auraient suffi pour percer un cœur moins € religieux que celui de mon pèrel » Noailles lui-même, dans

1. Vit ât il. d'Ayuaneau, ap. Œuvm de d'Aguesseau, t. XIV. — Rulhière, p.

[l^l CONSEIL DK CONSCIENCE. 4$

une lettre confidentielle, annonce à Louvois le prochain enroi de € quelques hommes d'esprit, pour répondre à tout ce qu'il désire € savoir et qu'il ne sauroit écrire, i Une entente à demi -mot s'était établie entre le ministre, les chefs milîtaîres et les intendants. Le roi, à leur avis, voulait le but sans vouloir sullisaniuieut les moyens

Le nai4)luné, le Liiiiotisin, La Rochelle, cette sainte Sion des iMiL;[u*nots, tout pliait en ni('^me (ciiips. Louis était cnivri'. 11 lui avait suffi de dire un mut, de mettre la main à la garde de sou épôe, pour faire tomber à ses pieds et aux pieds de TÉgliseces fiers huguenots qui avaient jadis usé tant d'armées, forcé tant de rois à capituler devant leurs rébellions. Qui oserait désormais douter de sa mission divine et de son ^énie infaillible I

Ce n'était pas que Louis, ni surtout ceux qui l'entouraient» crussent précisément que la terreur produisit les effets de la gràcr, ni que ces innombrables conversions fussent sfncères; mais ils y voyaient l'extinction de toute conviction forte chez les hérétiques, réi)iiistiii(Mit moral d'une secte qui se meurt. «Les enfants € seront du moins talhuliijues, si les pères sont hypocrites », écrivnit madame de Maintenon. A présent, il fallait comjdéter l'œuvre et prévenir les retours danirereux parmi ces foules subjuguées. 11 fallait chasser au plus lùL les faux pasteurs qui ])ourraient détourner de nouveau leurs anciennes ouailles et mettre la loi d'accord avec le fait, en révoquant solennellement les concessions autrefois arrachées par l'hérésie puissante et armée à la faiblesse du pouvoir. Louis avait longtemps conservé quelques scrupules sur la violation des engagements pris par son aïeul Henri IV ; mais ses derniers doutes avaient été dissipés, depuis quelques mois, par un conseil de conscience particulier, composé de deux théologiens cl (1(> dtnix jurisconsultes, (pii avaient décidé qu'il poLvail et devait révoquer l'édil de Nantes-. Les noms des hommes qui assumèrent sur leui s létes les conséquences d'une telle décision sont restés inconnus : sans doute le confesseur La Chaise fut l'un des Uiéologiens ; quel fut l'autre? L'archevêque de Paris, Uarlai^

1 Rulttére, p. 215.

2. JfAn. du due de Bourgogne, cité par Ftiblit Proyart; Ki« du Dauphin, i^èn M taitU Jtr, p. 90 et eiilf .

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n'était peut-être pas ensuftisaDte estime, à cause de ses inœiu*s '. Le grand nom de révècpie de Meaux se présente natureliemeut à la pensée; mais ni la correspondance de Bos5uet,ni les documents relatifs à sa yie , ne fournissent de lumîër^ à ce sujet, et Ton ignore s*il faut ajouter une responsabilité matérielle et directe à la responsabilité morale que les maximes deBossuetet Tespritde SCS ouvrages fontpesor sur sa mémoire.

Après le conseil de conscience, le conseil du roi fut appelé à une délibéralion délinitivc dans la première quinzaine d'<H (olire. Quelques-uns des ministres, apparcrnuK^nt les deux (k)lbcrts, Seignelai et Croissi, insinuèrent qu*il valait mieux ne rien précipftcr. Le dauphin, Jeune prince de vingt-quatre ans, qui ressemblait, par son caractère effacé, à son aïeul plus qu'à son père et qui devait rester toujours comme perdu dans Tauréole édatante de Louis le Grand , tenta une intervention qui mériterait de tirer son nom de l'oubli c II représenta, d'après un mémoire anonyme qui lui avait été adressé la veille, qu'il y avait peut-être à craindre que les huguenots prissent les armes... que, supposé qu'ils n'osassent le faire, un grand nombre sortiraient du royaume, ce qui niiii ait au commerce et à l'agricuUure, et par là même alTaiblii ait l'Ktat. » Le roi n'iiondit qu'il avait timt |»r('\ii et jioiirvu à tout, que rien au momie ne lui serait plus doulfuireux (]ue de répandre une seule goulle du sang de ses sujets, mais qu'il avait des armées et de bons généraux qu'il emploierait, dans la nécessité, contre les rebelles qui voudraient cux-uiémcs leur perte. Quant à la raison d'intérêt, il la jugea peu digne de considération, comparée aux avantages d*une opération qui rendrait à la religion sa splendeur, à l'État sa tranquillité, et à l'autorité tous ses droits La suppression de l'Édit de Nantes fut résolue sans plus d'opitosition.

Le père La Chaise et Louvois , d'après leurs correspondances ecclésiastiques et militaire;», avau nt promis qu'il n'en

1. Ce qui pourrait fuire supposer ccpomlant que ce fut Harlai, c^est qu'il fonnaît* avec Iâ\ Chaise le conseil ordinaire de CA-isrioncf. pour In nominritton aux iirnëfii'fc. jusqu'à ce que Chaise rcûl lait écarter par le roi, afin de rester seul arbitre des notnlnatiom.

S. Xém» ûtï duc (le Bourgopip, toc. efL

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