‹ Historie De FranceChapitre 121 sur 168 · XIV. Sft · texte numérisé non relu

XIV. Sft

adhfV^rent, le ?2 mnrs, h la Grande Alliance de rempereiir, de l'Angleterre et de la Hollande. Le parti autrichien eut égaleaient le dessus dans le Nord. Le roi de Prusse, T^lccleur de Hanovre cl le duc (le Lunebourg-Zell obligèrent les ducs de Bruns- * wick, de Wolfenbuttel cl de Saxe -Gotha à licencier les troupes qu'ils levaient pour le compte de la France et à quitter le parti français.

Il fallut se résigner à soutenir la guerre universelle. Une nouvelle levée de cent bataillons attesta que la France s*y prc^parait.

Les opérations militaires avaient recommencé en Italie, au milieu de Thiver, par un grand coup de main d*Eugène, qui avait

espéré décider d'avance le sort de la campagne en une seule nuit. Les Irouiics Iraiiraisi's éliient can(of)nées entre l'Oglio, le Pù et l'Adda, avec le (juarlicr général à Crémone. Les liiipcriaiix s'étendaient sur les deux rives du PA, jusqu'à l'entrée du Parmesan ; le duc de Modène venait de se déclare!- iiour eux et de leur livrer le poste iiniioriaiît de Brescellp. Eugène conçut le iirojet d'enlever le quartier général français dans Crémone. 11 gagna un prélre crémonais» dont la maison, située près du rempart, avait une cave communiquant avec un ancien aqueduc qui débouchait dans la campa^e. Il partit d'Ustiano avec huit mille combattants sans bagages et alla droit de TOglio à Grémonç, tandis qu*un autro eorps dUmpériaux marchait sur cette ville par la rive sud du Pé, avec ordre d'entrer par le pont de bateaux qu'avaient établj les français. Eugène arriva au milieu de la nuit et fit entrer par Taqueduc un détachement qui se saisit de deux portes et qtii ouvrit au reste des assaillants : Yilleroi, éveillé <»i sursaut et accouru au bruit, fui pris'aux premiers pas qu'il fit dans la rue; les Impériaux étaient à la fois aux remparts et au cœur de la ville ; tout

semblait lini Tout couuiiençait. Un régiment, assemblé j)ar

hasard jujur uu exercice matinal, donna le signal de la résistance : les troupes françaises, surprises, coupées, envclojyîées, n'eurent pas un moment de i)ani(juo; elles se rallièrent, caserne par ca- . sernc, rue par rue; elles jcjn iient partout l'olfensiNe. Si le corps ennemi qui arrivait de l'autre côté du Pù eût j>aru«cn ce moment, les Français eussent été accablés; mais ce corps éprouva unietard de quelques heures; quand il se montra enfin, la brave gar-

(I7(»i} SURPRISE DE CRÉMOME. 387

nîson avait reconquis , au prix de flots de sang, une partie de ses remparts et conservé la poi tc du Pù : un orticier lit rompre le })ont H rendit, par là, impossible la juuclion des deux cofps ennemis. Eugène vit le moment où il allait être, à son tour, enlenné cl pris comme Yilieroi. 11 n'eut que le temps de battre en retraite, aI)andonnant aux Français Crémone , mais emmenant leur général. C'était là un grand service qu*li rendait à l'armée française (I* février 1702).

II fallut bien, en effet, remplacer Vîlleroi. Le roi envoya Vcndi'inie. L'armée accueillit avec une vive joie le conquei ant de Barcelone. Vendôme était i)ri»iiii)lement devenu le plus populaire de nos généraux, par son art nicrvellleLix d'enleiiÊr le soldat et par les manières familières qu'il avait héritées de son encle Beaufort, le roi des Halles. En arrivant à Milan (18 février), le nouveau général trouva qu*Eugène, malgré Téchec de Crémone, avait iiré quelque avantage de son entreprise. Les troupes françaises qui gardaient les postes du IJas-Oi^lio les avaient abandonnés pour courir au secours de Crémone. Le gouverneur du Milanais, Vaudemout» avait replié ensuite le quartier- général derrière TAdda et, de Crémone, qui était auparavant le centre, il avait fait la téte des quartiers, en laissant seulement des postes avancés sur le moyen Oglio. Eugène avait donc oœupé le bas Ogllo, au nord du Pô, et les campagnes du Parmesan, au midi de ce fleuve, le duc do Pai'iue, (pii penchait pour la France, ayant refusé ses places aux impériaux et s'élanl déclaré neutre sous la protection du [ia[)e, son suzerain. Eugène continuait de bloquer Mantoue.

Vendôme débuta par chasser les Impériaux du Parmesan; mais il lui fallut du temps ^our réorganiser l'armée avant de marcher au secours.de Mantoue. Louis XIV était d'accord avec Philippe V, qui venait de débarquer à Naples, pour tâcher de rendre les opérâlions décisives en Italie , et avait dirigé sur le Pô douze mille vieux soldais, dix-huit mille recrues ' et un matériel considérable. Eugène, au contraire, fut un peu négligé celle année par le cabinet de Vienne et sacrilié à l'armée impériale du Rhin, que commandait le roi des Romains. Vendéme se mit en mouvement lc>

1. C'étaient du moio» les chiffres officiels, mais il est probable cjji'ou eu doit -la* battre beaucoup.

388 LOUIS XIV. imi]

4 mai : il trompa Eugène par d'habiles marches et contre-marches» franchit le haut Oglio ( 15 maT] et prit à revers les positions des Impériaux. Eugène fut obligé d*alHuidonner tout le ])ays à Fouest du Mincio, sauf l'île nmnlouauc appelée le Scraglio, formée

par le Mincio, In Pù vi W (iiaiid Canal ou Fossa MaCstra : il se rclranciiu Uan.s celle île ^'23 mai) en conservant des troujK-a el des places au midi du l'ù, mais ne put empùi heî \ cndume de déldo(iuer .Manloue cl se truuva en d a nycr d'être bloqué à son tour dans le Scraglio : les Français étaient très-supérieurs en lurccs. Ils n'usèrent pas sur-le-champ de leurs avantages. Le roi d'Kspagne devait venir de Naples se mettre à la tète de Farinée. Ne fallait-il pas, suivan) les coutumes monarchiques, attendre à tout prix le monarque, pour lui réserver Thonneur du succès '? Philippe V et Yenddme ne se joignirent que le 12 juillet à Crémone. On.vitentin un petit corps de deux mille Espagnols prendre part à la défense^des possessions d*£spagne; c'était 1à, outre quelques milliers d'hommes employés dans les garnisons, tout le contingent de FEspague!

Vendôme avait laissé fortement retranchée devant la Fossa^ > Maiîslra près de la moitié de Farmée, sous les ordres du prince de Vaudemont; l'autre moitié, sous Philippe V et Vendôme, passa le Pù, entra dans le Modeuais et poussa eii .iwml sans .s'arrêter à luire desbicgcs. Vendôme en personne, à la téte de Favant-^arde, écrasa - sur le Tassone trois mille cavaliers ennemis (20 juillet); Regj^io et Modène ouvrirent leurs portes. Le but de Vendùnie lut atteint: Eugène, voyant bes jiusihuns débordées et ses buliMstances compromises, évacua son camp du Scraglio et passa an sud du Pù, le 3 août, en gardant seulement Borgol'orte sur la rive nord.

La première jjensée de Vendôme fut de courir droit à Eugène et de le comhalUe. Eugène n'avait pas plus de vingt-cinq mille hommes sous la main et Vendôme en avait au moins autant. Le soin de la personne du Roi Gadtolique arrêta le général français et il n'osa engager Philippe Y dans tm^ aflaire décisive, avant d'avoir demandé un renforiau corps d^ Vaudemont. Gela consuna quelques jours. On se disposa enfin au combat et, le 15 aoOt, l'ar-

1. i'hilippe V. avait mandé expressém«'iit a \ eadôme d« •• l'aiteudrc pour batlM reouemi. V li lettre ap. Daiit;eau, t. II, p. 338.

[17M1 COMBAT DE LUZZARA. 389

mée se porta vers le camp d'Eugène, en laissant derrière elle la petite ville deLuzzara, occupée par un détachement d'Impériaux. Eugène, contre toute nttenle, prévint l'attaque : il avait Irès-hien choisi son cJiamp de bataille et, dans l'après-midi, il assaillit l'armée des éêm i(M/rome$, tandis qu'elle débouchait péniblement À traTers un terrain coupé et inégal. Les troupes fhmco-espagnoles furent obligées dé commencer à aombattre en ordre de marche et non de bataille, et durent former leurs lignes sous le feu. H fallut toute la présence d'esprit de VendAme et toute ki fcriucté de nos \ieux régiments pour arrêter renneriii et pour rétablir une situation aussi compromise. L'armée des deux couronnes était enfin tout entière en ligne. La nuit vint à propos pour Eugène, qui remploya à se retrancher fortement. Le lendemain, on le trouva si bien posté qu'on ne crut pas pouvoir l'attaquer. Luzzara, néanmoins, se rendit à la vue d*Eugène [ 17 août). Vendôme ne pré^ tendait pas se contenter d*une pareille victoire. 11 voulait mander Vaudemnnt et cerner Eugène avec toutes les forces réunies des deux cumunncs. i'iulippe V, siiivaiU l'avis de la majorité de?, oiticiers-généraux, s'obstina à faire attaquer Borgofortc, sur la/ive nord du Pô, par le gros du corps de Yaudemont. On y perdit une dizaine de jours, puis on leva le siège (28 août). On fiât plus heureux contre Guastalla, qu'on prit, le 29 septembre, sur les derrières de l'armée. Mais, pendant ce temps, Eugène avait rendu sa position inabordable entre le Pô, le Zéro et la Scccbia: les Vénitiens l'aidaient h subsister, eu lui fournissaut des vivres tandis qu'ils en refusaient aux Français. Tout inférieur de moitié qu'il fût, il n'y eut pas moyen de le contraindre à quitter son camp du Zéro. Philippe V repartit, sur ces entrefaites, pour l'Espagne, à la nouvelle d'une descente des Anglo-Bataves près de Cadix (3 octobre). Otioiqu'il eût montré du courage, la présence de ce monarque de dix-neuf ans n'avait été qu'un embarras pour l'armée.

Après que les deux camps eurent été plus de deux mois et demi face à face sans engagement général, Vendôme délogea le premier le 5 novembre, mais pour s'avancer sur la Secchia. Eugène se replia sur cette rivière. La mauvaise saison arrêta Vendôme et il fit mine de prendre ses quartiers d'hiver ; mais, tout à coup, il fit

380 LOUIS XIV. [ITOtl

attaquer do noiivi ,iu ikjigofortc, où Eugène n*avait laissé qu'un faible détadieniciit et qui fut ('iij[)orté le 15 novembre. Il réparlil ensuite les troupes en cantonneuients; à la mi-décenihre, il les rrii [lit derechef et prit Oovernolo, ce qui acfieva de rejeter l'enncini au delà du Mincio et termina cette longue et sawmte campagne qui avait pivoté neuf mois autour de Mantotie. Vendôme s'était montré straté^istc éminent : Eugène était refoulé, malsiion pas vaincu ni chassé d'Italie ; rien n'était décidé *.

De graves événements s'étaient passés sur les cdtes d'Espagne pendant les derniers mois de la campagne d'Italie. La marine anglo-batave s'était mise en devoir d'exécuter le Uskmeru poiUiqae de Guillaume III. La Hollande avait lancé sa déclaration de guerre, • en tannes très^virulents, conUré ks roù de France et S Espagne, le B mal : l'Angleterre en avait fait aotant, le 14 mai«' contre la France «f T Espagne^, et l'empereur, le 15, centre le roi de France et te éhe Anjou. Avant d'aKaijuer l'Amérique espagnole, les alliés avaient résolu de s'emparer de Cadix, c'est-à-dire du port où étaient concentrées les ruialions de l'Espagne avec le Nouveau-Monde. Soixante-dix vaisseaux de ligne et une umUiludc de transports ch 11 - I s d'une petite armée panueut le ?3 août devant Cadix. Philippe V était absent de son royaunie : les côtes semblaient boi's de défense; les flottes françaises étaient loin; la Hotte de Toulon, sous Victor-Marie d'Estrées, était dans les eaux de Naples depuis^ qu'on l'y avait appelée, en novembre 1701 , pour aider à comprimer une révolte suscitée par les agents impériaux; l'escadre de Brest, sous Ghftteau-Renaud, était dans le 6rand<0céan, ramenant du Mexique les galions attendus depuis deux ans'. La desceifte pourtant ne réussît pas : des armateurs français fournirent les

1. â YendtaM étalftlKm stmtfgteteî n ii*ételt i»w bon adndnistnitear. Les teet-

nlssears volaient & pleines maios, avec la connivence de riiit^Hidant et <lc beaiicoap d'officiors généraux. Aucun soin du soldat; les vivres dttfstahh's ; les bless»''» manquant do toati aussi mouraitH>n comme des luuucUes dans Tannée fran^i^, tout au oontniM des PUmontab^ qui étalent parfcHsemmt^tHipiéi. — Ce fut alnri que ritalie nous dévoia^diuo à vingt mUle. humnies par an. V. LooviUe, 1. 1*', p. 317.

2. I.a reine Ânne ne voulait pas m-oiiiiaitre le titre de roi à Philippe V, qui avait suivi 1 exemple de Louia XlY eu recounais^aut le prétendu Jacque:i IIJ, comme roi d'Angleterre.

3. l'ourville et Jean Dart vciuiicut de mourir au moment où la France aurait eu le plu besoin «le ieon «etvices : Toarviile le 38 mai 1701, Bart le 27 avril 1702.

C17MI DÉSASTRE DE VfGO. 3M

munitions qui manquaient clans l'arsenal do Cadix; les populations andalouses, loin de rt^pondrc ;i Tappel des alliés en faveur de la maison d'Ault iclie , se levèrent * n niasse contre les soldats hèriUqiMs, qui avaient pillt* les l'iilises ru >lébarquant : l'attaque du fort de Mata^(jrda, ipii dt len<l 1»^ port de t.adix, fut re poussée, grâce surtout au tcu de quelques galères françaises , et les alliés furent réduits à se rembarquer vers la ùj^ de septembre.

Ils no se dédommagèrent quo trop tôt de cet échec. Tandis qu'ils étaient devant Cadix , Gbàteau-Henaud était arrivé sur les oôtesd'E^spagne, avec son riche convoi de dix-sept galions escortés par quinze vaisseaux français d« quarante-deux à soixante-seiie canons. On ne pouvait mener les galions à Cadix ; Petit-Renau, que Louis XTV avait envoyé en Espagne pour tAcfaer de réorganiser

marine , pressa* le conseil de Gastiile d'autoriser Gh&teau- Renaud àiconduire le convoi en France. Moitié orgueil , moitié défiance absurde , h conseil refusa et obligea Tamiral français de faire entrer les galions dans la baie de Yigo en Galice. Las amiraux ennemis, transportés de joie, firent voile aussitôt pour Vigo. Quand on si^rnala leur api)roclic, ie^i galions n'étaient encore déchargés qu'tju i>artie, le cofiscil ayant loni^tcmps hésité à permetln' cette opération, parce que les règlements en attribaienl le privilège au port de Cadix GluUeau-Kcnaud se ndt en défi^nse le mieux qu'il put; il lit remonter la rivière de Vi^o aux vaisseaux français et aux galions d'Espagne jusque vers Redondelio , sous ia protection de deux fortins et d'une estacade. L'ennemi entra dans la baie avec des forces écrasantes, passa devant Yigo sans l'attaquer et jeta 2,000 soldats sur le bord méridional de la rivière (22 octobre). Les milices galiciennes, postées sur les bauteurs, s*enfùirent. Le fortin du sud, mauvais ouvrage défendu par quçl* ques centaines d'bommes débanpiés des vaisseaux français, fut emporté, ainsi que les autres batteries de la rivière, et les Anglais en tournèrent le canon contre la flotte franco-espagnole. La flotte ennemie , portée par le vent et la maifée, força l'estacade, pénétra

1. On ne «aurait ^'»'tonT.«>r de ces absuHité5, qaainl on vuit comment était orgalisée i'adminbtrauuu c«{>aguule : on vieil inquisiteur avait été nommé jvgt du cornmtn« par rioflnraoe da ordiiial Porlo-(^mro , qui était lnl*iiilBiie ooloMt àm «anles. Les piètre» euvahlawient tow las emploJs, oomoM à Rome. JMm. de KoeUlee )».S2.

392 LOUIS XIV. nm]

dans le haut de la rivière et lança ses brûlots. Quand Château- Renaud vit tout perdu, il brûla ou échoua lui-même dix de ses vaisseaux : les cinq autres tombèrent au pouvoir des ennemis ; tous les galions furent pris ou incendiés. Quoique la plus grande partie des valeurs métalliques eût été débarquée (environ 45 mit* lions, dit-on), les vainqueurs en trouvèrent encore pour plusieurs millions sur les navires conquis : presque toutes les marchandises» qui valaient ddi sommes immenses, périrent ou ftirent la proie de Tennemi; une grande partie appartenait à des négociants anglais ou hollandais, ce qui tempéra la joie des nations dliées, sans adoucir pour nous l'amertume de cette autre journée de la Hou^ue, due à rentètement routinier du conseil de Castillc. La Fiance, liée à la monarchie espagnole comme un vivant à im mort, se sentait beaucoup plus faible que lorsque» isolée, elle avajt eu la pleine liberté do ses mouveini^its *

La modération inliMupestive de Louis XIV avnit laissé Toffenslve à l'ennbmi [)artoiit, sur terre cmnmc sur mer. La campagne s'était ouverte, du côté des Pays-Bas, par une attaque dos alliés contre l'électorat de Cologne : c'était la mise à exécution d'un mouitoire impérial, qui avait frappé réleclcur Clément de Bavière. Un corps d'armée anglds-, allemand et hollandais investit, le 16 avril, Kayserswerth, place de la rive droite du Rhin , que l'électeur de Cologne avait confiée à une garnison française. Les divers corps entre les^els se fractionnaient' les deux armées, se mirent en mouvement dans tout le paysentre le Rhin et la mer. Marlborough, joignant à son titre anglais une commission des États-Généraux, devtit disposer de toutes les forces des alliés; mais il était encore en ce moment à Londres , occupé à lever les derniers obstacles que les tories mettaient à sa politique et à presser la déclaiaiion de^;ueirc. Leduc de Bourgogne, alors âgé de vingt ans, avait obtenu de son aïeul l'autorisation de commander l'armée des Pays-Bas, comme ^oii frère le roi d'Espagne connnandait l'armée d'Italie, et Philippe V avait noauné le doc de Bourgogne son vicaÀf e-géuérai aux Pays-Bus ; le chef réel de l'armée était le ma- '

l. Laiûberù, t. II, p. 249-255. — J/rfm. de San- Felipe, t. p. 203-20B. —Hume, t. yil« 1. m. — B. Sm. tti»MT§ it la JforiM, t IV. p. 481. ^ Le» Ant;lais prirent . «B oatre^oett* umée, la moitié AbusaIm «to rOe Saint-Chriitophe.

I170S) BOURGOGNE ET BOUPPLERS. 393

réchal de Boulllers, hrd^e et flitrnc soldat, qui tâchait de suppléer par son courage et son dévoueiutnt à répuisement de ses forces physiques, mais qui n'avait pas l'étendue ni la profondeur de vues nécessaires pour lutter cootre Mariborough.

Boumers débuta par le passage de la Meuse : il se porta à Xanten, sur le Bas-l\lûn , et coupa les communications entre le corps d'armée qui»assiégeait Kayserswerth et deux autres corps ennemis postés entre le Bas-Rhin et la Basse-Meuse (fin avril) ; mais ii n'empêcha pas ces deux corps, qui comptaient trente et quelques mille hommes, de se joindre à Glëves. Le duc de Boiir^ gogne rejoignit Boufilers le 3 mai; mais il ne lui amena point Tartillerle, les équipages de pont ni les subsistances nétessaires pour agir contre des places aussi bien fortifiées que celles de la Hollande. Chauiillart n'avait rien su préparer à temps; on ne put que l'aire marcher un fort délaL-liement puiir tâcher de secourir Kayserswerlh. Pendant ce Icaips, le général li llandais CoChorn opéra une diversion contre la West-Flandre. rxjuOlei s détourna les Hollandais de la Flandre en feignant de vouloir assiéger Grave; puis il marcha contre le camp de Clèvcs, que conmiandait le comte d'Athlone, Ginckel, le fameux lieutenant de Guillaume III dî^is la guerre d'Irlande. Le comte d'Âtblone, un peu inférieur en nombre, évacua sa position et se re[)lia sur Nimègue, poursuivi l'éçée dans les reins par la cavalerie fran^^se, qui le chargea jusque sûr le, glacis de Nimègue. («es ennemis, quoique appuyés p^ le canon des remparts, ne purent soutenir ce choc ni le l'eu de l'artillerie française ; ils passèrent en désordre au travers et autour de la Tille pour gagner le pont du Wabal, et mirent ce bras du fthin^entre eux et les Français ( 1 1 juin. ) Le duc de Bourgogne fit preuve de valeurf-de sang-firoid et d'intelligence militaire dans cette aflkire plus brillante que fructueuse , qui causa indirectement la perte de Kayserswertii. Boufilers, en effet, avait rappelé à lui, pour soutenir son luouvenjeiit , le corps qu'il avait chargé de secourir Kayserswerth et qui s'était établi sur la rive gauche du Uliin, dans une position qui e:énait extréiiienient les njn rations Jt» ii-^siétreants sur la rive droite; à. peine ce corps se iut-i! é!oi;xné. (pie les assiégeants occupèrent son poste, prirent la place à revers et l'écraséreut. Ëlle se rendit le 15 juin , aprca

394 LOIj16 XIV. (IIMJ

une résistance tpii avait coûfH aux ennemis deux mois et neuf à dix mille hommes.

Les d('(j\ armc'cs se conceiiUcieul après ces premières opérations. Muriboroiioh était ai rivé. Les alliés , puissamment reiii'urcés, devenaient supérieurs à leur tour et le roi venait de tirer des troupes des Pays-Bas pour l'Alsace menacée. On se replia sur la Gueldre espagnole. Marlborough franchit la Meuse (26 juillet) et menaça le Brabant. Les Français couvrirent le Brahant en se portant sur le Demer, et le duc de Bourgogne, ou plutôt son guide, Boulllers, mananni a a>sez pr idLiiiiiient pour ne donner l'oeeabion à MaïUjorouj^li ni d'entamer l'arfiiée rran(;aise ni de pénétrer en Brabant. Mai iboruugh se dédommagea en enlrei.renant des sièges sur ses derrières. Doufflci-s n'avait pu couvrir le Brabant sans découvrir lar Basse-Meuse : Marlhcrongh , le 29 aoiU» fit investir Venloo. Le duc de Bourgogne eût voulu secourir celte i^ace : le conseil de guerre jugea Fentreprise impossible. Le jeune prince quitta l'armée dès le 6 septembre, pour n'axuir pas le ebagrin de voir i'emiemi prendre 1rs villes de son frère sans pouvoir s'y opposer. Bouftlers abandonna la Biissc-Meuse et se retira sur Tongres : il n'avait plus trente mille hommes disponibles , non compris les malades et les détachements , tant les corps étalât Incomplets. Il lança un corps détaché Ters le haut électorat de Cologne, pour tâcher de faire diversion outre -Rhin, mais Tennemi ne lâcha point les places de la Meuse. Venloo capitula le 23 septembre; Slepliaiis\v(!rlh le 2 octobre; Ruremonde le 6. Maître de ia liasse-Meuse , Marlborough remonta ce lieu vc vers Liège. Boufilers, inférieur de moitié à l'ennemi, se vit réduit à la dure nécessité d'opter entre la conservation de Liège et celle du Brabant. Lcà places belges étaient en si mauvais état qu'on ne pouvait les abandonner , même pour peu de jours , à leurs propres forces. Boufflers se relira de Tongres sur Hui et sur les nouvelles lignes qui^aboulissaient à la Mehaigne. Il aun( laissé quelques milliers d'bommes dans les forteresses de Liège. La ville de Liège ouvrit ses portes à l'ennemi sans coup férir (13 octobre). La t^itadclle, très-mal défendue, fut emptrlée d'assaut le 23 octobre : la forteresse de la Chartreuse capitula le 29.

[1703) CIIAMILLART. 305

Le Ueutenant-général Tallani, qui avait été détacfaé 9ur le Rhin ^ s'était* pendant ce temps, rabattu sur la Moselle et avait occupé Trêves , pute TrariMch et Yeldenz; mais Toceupation d'une partie

de la Bassc-.Mosclk' , (iuoie|ue ^i^naiite pour l'AUciiia^ne, ne com- P'-iisail [)as la pei'le do la liass»; l't de la .Mojcmic-Meuse. Les Pays'iias iiispagnols avaient perdu pn;â(iac tous kurs avantpostes

Le troisième tbédire de la guerre continentale avait été, cette année» l'Alsace, c'est'-à-dire le territoire français. C'est dire que la guerre s'était d'abord engitgéc sur le UautrRhm encore plus

mal (jue dans les Pays-Bas. Si Tannée des l'ays-Has, où commandait l'hérilier du trône, était si niai pourvue , et si mal recrutée , on peut ju^jer de ce que fut l'année d'Alsace, sous uu général à demi disgracié. Le roi s'claît décidé , comme par grâce, à employer de ce c6té Gatinat; mais on ne mit nullement Gatinat en mesure de s'opposer aux desseins des ennemis. Lo,roî ne connaissait plus la situation réelle de ses troupes ni de ses places, et il était impossible de la connaître avec un ministre tel que Chamillai l, qui perdait la tète dans le maniement de ces nia^^ses, se Ironipail ou était trouipé sur tout et ne savait écouler personne. Très-modeste devant le roi , h rpii il confessait tmmblement son iosoftisanoe et qui se plaisait à le relever à mesure qu'il s'abaissait, il était fort entêté avec tout autre : 11 faisait ou faisait faire ses plans sur le papier ; puis 11 s'étonnait que les généraux n'eussent pas exécuté ses ordres, quand il n'avait su leur expédier à point ni arp-ent, ni soldats, ni uiunitions. L'a!-;;:(nl se luudait entre ses niaius sans qu'on sut cuunnent : les secrets de l'État et de la guerre transpiraient en passant |)ar ses obscurs lamiUers; ks régiments et les croix de Saintrl.ouis étaient à l'encan ; il en fusait une ressource Imnale !

L'ettieini, cependant, profitait de nos leçons, que nous ne savions plus pratiquer! la célérité, le secret, la discipline, les corps tenuû au complet, ravanccmcnt rt^^ulier dans les grades

1 . Une potîtc affaire maritime, qui mérite d'être citée pour son ori^inalitt', avait eu hc'u, peiidaut cette caiD)iayue, eu vue de^ duue^ de Fluadre. Tvuiâ golète» trau^i^cti •%aient pris un vaisMUi Wlaiidai« do 60 cauo»^, va prèteiioe Je douse aalret vfti^ •Mtix mchatpéa |mr un calme pUté

396 * LOUIS XIV. (HMI

inférieurs , Témulation entre les ofOclers-généraut , étaient main*

tenant de son côté. Le prince Louis de Bade ftit devant Landau et sur ia Lautrr dès le mois d'avril, av.'int i|!ir" Catinatfût arrivé de Paris en Alsace et eût quelques mille liomines sous la main. L'ennemi s'établit solidement sur la Lauter et s'assura la liberté d'assiéger Landau sans* qu'on pût le troubler. A la mi-juin, qoand le blocus de Landau fût converti en siège, le prince de Bade avait quarante mille hommes, sans parler d'un corps assemblé en face de flnnîngue. Catinat n'en avait encore que vingt et un mille h mettre en campamie , à cause de la nécessité de tenir les places ^xarnies. On comiiiençait h sentir les inconvénients de la trop Jurande multiplicité des pinces fortes, inconvénients que Yauban était loin de méconnaître. Gatinat, découragé, se retira dans le centre de la Basso-Alsaoe et ne crut pouvoir entreprendre aucune diversion de tout l'été. Laudau se défendait opiniâfréfnent. A l'entrée de l'automne , une bonne nouvelle vint raiiiiiier l'ai iuce d'Alsace : l'électeur de Bavière ne s'rtiiit pas déclaré aussi promptement que son frère de l'olo^ric et avait cofitifiué jusqu'ici d'affecter la neutralité et de négocier avec l'empereur, tout en leyant une armée de vingt-cinq mille hommes : le 17 juin , un traité secret avec Louis XIV et Ptiilippe V venait de lui promettre le gouremement héréditaire de la Belgique ; au commencement de septembre, il entra en Souabe, s'empara d'LÎIm par surprise et somma les cercles de Souabe et de Francnnie de rentrer dans la neutralité. La joie de cel heureux événement fut bien troublée par la chute de Landau, le boulevard de l'Alsace , qui capitula , le 9 septembre , devant le roi des Romains et le prince de Bade. Les towrs ba*tUnmèe$t dont Yauban avait revêtu cette place , avaient beaucoup prolongé sa défense.

La prise d'armes de l'électeur ne fit que resserrer les liens des cercles avec l'Autriche * et qu'aider l'empereur à obtenfr de fa diète tic iiatisbonne une déclaration de guerre contre le roi de France et le duc (t Anjou (28 septembre). Cette déclaralion de lEmpire, quoique très-mal motivée, était inévitable, tous les états germaniques, sauf les deux éiecteun bavarois, ayant pris

1. Le cercle de W^stphalie duutia son adhésion a la Giaude Alliauce le 2'J se^ tenibre*'

IS702J BATAILLE D£ FiU£DLlNG£N. 397

parti successivement en faveur de riutriche. La diversion de la Bavière n'en restait pas moins un fait très-considérable. L'Allemagne du sud él^it coupée en deux; rAlleniagiie du centre était ouverte et la guerre pouvait être portée pai* les Franco-r.:i\;irois au coeur des états autrichiens. 11 s'aj^issiiit iiiaiiitenaut de joindre rélei leur de Bavière sur la rive droite du lUiin. L'armée d'Alsace avait été renforcée par un corps aux ordres de Villars , généfai plein d*ardeur et d'ambition, qui ne songeait qu*à gagner Je bèlon de marécbal par une action d*éclat et qui n*avait cessé de presser Gatinat d'agir. Villars Ait chargé par le roi de mener à rélecteui la uieilicmc p.irlie de l'armée, tandis que Calioat deuieuraiL ;i la garde de Slrasbuur^^ 1/ennemi, aussitôt après ia prise de Landau, avait Jeté à ia droite du Ubin 20,000 hommes, qui allèrent joindre un corps de 7,000 soldats déjà retranché à Friedlingen, en fooe de Huningue, point par leqnel les Français pouvaient déboucher dans le midi de la Souabe. Le prince de Bade y accourut en personne; mais déjà l'actif Villars avait rétabli le pont de iluniri^ue, détruit après le traité de Hyswick. Quoique décidé, s'il le fallait, à déboucher sous le canon de rcnucnii , Villars chercha un |iassage moins périlleux et lit embarquer un détachement , qui surprit, de nuit, la petite ville de Neuboorg, entre Brisach et Uuningue; on se liàta d'y jeter un secoai pont de bateaux. Le prince de Bade^ craignant d'être pris à revers, évaeua son camp de Friedlingen ; Villars, qui avait déjà porté le gros de ses troupes à la téte de son pont de Huningue, s'élança sur-le-champ au delà du Kliin , quoiqu'une partie de son année fût à rseubourg. L'infanterie ennemie s'arrêta sur dcîs hauteurs boisées; Villars se mit à ia téte de l'inlanteria française, diaigea Tennemi à la baïonnette et le rejeta des hauteurs dans * ]a pbdne; mais, là, Temiemi ayant fiiit ferme et repoussé pne lète de colonne qui le suivait avec trop d'ardeur et trop peu d'ordre , une panique salait totirte cette infanterie qui venait de combattre si valeureusement; elle se mit à fuir de l(jiih s pai , et ViUars ne put venir à bout de la raUier. Il croyait la Lalaille perdue, lorsque, en jetant ses regards dans la plaine, il vit la cavalerie ennemie en déroute complète : le général Magnac , qui commandait la cavalerie française, avait chargé à l'arme blanche.

398 LOUIS XIY. (170«]

sans riposter au fcti de renncmi , et onfnncé cinqiinnte-six escadrons avec trente-quatre. L'infanterie française revint de son inexplicable terreur et Tinfanterie enneoiie se retira eu bon ordre vor-î îes montagnes ( 1 4 octobre ).

Villars eut son l)Alon de niaréclial ; niais sa jonction avecTélec- (eur de Bavière ne fut point effectuée du reste de la campagne. L'électeur, qui, après la surprise dUlm, avidt occupé le cours de niler, ne tînt pas sa promesse de s*approcher du Rhin, et Villars jugea impossible de franchir les Montagnes Noires pour Taller joindre. Tous les passages de ces montagnes étaient fortifiés du côté qui fait face à la France, et ie prince de Bade, qui avait rappelé à la hftte la plupart des trouiics (]ui avaient pris Landau, se retrouvait sur le flanc de Villars avec une armée redevenue supérieure en nuiiibre. Villars pensa qu'il ne fallait plus songer, au moins durant le fort de l'hiver, qu'à couvrir l'Alsace et la Lorraine. Catinat avait étr rappelé; Villars repassa le Khin, alla f'élabUr sur la Moder, en face des lignes ennemies de la Lauter, et rtMrfincha les points les plus importants de la Basse-Alsace. Pendant ce temps, le corps français de la Moselle occupait la ' ligne de la Sarre et prenait possession de Naiici sans résistance (3 décembre). Le duc de Lorraine, éclairé par l'exemple de ses devanciers, eût voulu, malgré ses sympathies pour TAutricbe, garder la neutralité Louis XIY ne la lui eût pas refuséé", mais on ne doutait pas que le prince de Bade n'cssayftt d'occuper Nanci au printemps prochain et Ton jugea nécessaire de le prévenir. A cela près, le duc de Lorraine et ses sujets furent traités avec ménagement, et la Lorrauie, au milieu du continent désolé ^ par une guerre gigantesque, ne cessa pas d'apparaître comme une oasis de paix et de prospérité; le pays qui avait été longtemps le plus misérable de rKuro|)C en de\ inl le ])lns foi timé.

La perte de Landau cl la diversion bavaroise en Souabe se faisaient à peu [>rès équilibre; à l'année 1703 semblaient réservées^ les grandes opérations \ ^

1. 11 avait l'jMiusé une princesse d Orléatis, nièc« de Louis XIV.

2. Sur U csaiia^ne de 1702, V. Htm. milii., etc., public» par le gcucral l'clet, t. II. — Mê». de VUlan, p. 97. — ittm, à» Satat-Hilaiiv, t. II, p. 268-908. — A rMin<e 1T02 «ppartMDl une aii««date npporté« p»r FonleneU« H honorable pour

Il698-i70îl VOYANTS DES CÉVEMSES.

Si une diversion s'était opérée en Allemagne en faveur de la France» renuemi, de son côté» commençait ft espérer une diversion en France au proût de la coalition : la guerre civile avait éclaté dans un coin de la France 1

Le faible adoucissement apporta au sort clos protestants, depuis la ])aix (le Ryswick, n'avait pas siifli pour calmer les payions ni pour mettre un terme aux actes d'oppression qui ravivaient sans cesse de trop justes ressentiments. On voyait encore de tempe à autre des prédlcants envoyés au gibet et ieui'S auditeurs aux galères, où l'on exerçait sur eux les plus barbares traitements * ; le supplice du fameux ministre Brousson avait ému tout le Midi en 1098. Vers la fin de 1700, Vesprit propkèliqtie. qui avait soulevé le Vivarais eu 1689, reparut dans les Gévennes. Le sombre eulhuusiasme quicouvait dans ces montagnes fit e\[)iosion par d'étrang:es j^hénomènes. On racontait que les assemblées nocturnes des fidèles étaient guidées au désert par des météores ; que des enfants au berceau prophétisaient \ On voyait se reproduire» à l'entrée du dix-huitième siècle, les faits extraordinaires qui ont environné le berceau des reli^^iuas. L'extase se projtagea comme une é})idémie; on vit des enfants catholiques propliétiser contre la Baliyloae roiuaine, à l'exemple des enfants protestants. L'iulcndaiit de Languedoc» Basviile, réunit dans les prisons d'Uzès jusqu'à trois cents jeunes voyants et les fit visiter par la Faculté de Montpellier, qui les déclara fànaiiqws, c'est-à-dire, atteints d'une sorte de folie religieuse Basviile envoya Jçs plus âgés aux galères ou dans des

rhamanité de Louis XÎV; Éh'je^, t. ^^ \>. 311 : le chimiste italien Poli r —ait offert « Louis Mtret qui eût readu la guerre i>lui meurtrière : Louis refusa.

1. V. VBiit. ii ta Gnem du Camitarét, par Court de Gébeliu, t. 1", p. 19; 1819. — Documtntê aimi»i$tralift wu» Ltmit XlV,'%. IV; AfftUrtf du pnintanlê.

2. *\]n des narrateurti du Ttt> dtr$êJtCTé de^ Céxennt* auQit avoir eutcndu des enfanta

( «le qninrp et de treize mois, qui ne savaii ut point encore parler, projduHIser à haut* (■t inteilig^ible «oix, en /jnjue franjiUe, et uoii en patois lii!ijrut <loLit'u. — ( "e qui est «iir, c'est q^e tous les extatiques propbë lisaient eu fruu^uL», ssàuh duute parce qu'il» • s*éteient habitnte à penser dsos la lanope de lean biblM.

3. Bmcys ( Hial. ia Fanati$m9, t. I* fait renwnter Torigine de ce débordement d'esprit pruphôlique à un hUjTucnot appelé lluscrre, qui niir.iit jirrp.m' dos enfants aux « xiases et aux visions en les fai:^;lIlt jeù ier et en les ex.'ih.int par la lecture des prophètes et de l'Âpocalypse. Les détaib suut curieux; niais ii est tr&i-pctssiblc que

Dttserre n'ait point été ma imposteur, comme le veut Brae^s^ et qu'il ait très^sbicé* vMi«ni ftmné cette école de tù^anu, «

400 LOI IS XIV. fimt

rt^giments. Les supplices recomœencrrent. Plusieurs assprnbl^es furent surprises et massacrées an désert par les soldats. Les émigraUoiis se rcnouTelërent sur une gfrande échelle. Après dix-huit mois écoulés de la sorte, un vent de eolhn se leva : resprk, comme en 1689, commença de souffler la résistance, la guerre aux prêtres et au roi. Malgré l'abandon où les étrangers avaient laissé le l>rotcstanUsme français à U^^vM('k, les i»ei^cuté8 levèrt'ul x\v. nouveau les yeux vers les puissances protestantes. Im rétablissement de la capitation, qu'on faisait peser avec une rigueur inique sur les ncuveava convertis réGalcitranls, redoublait leur irritatioii. Le départ des garnisons du Languedoc pour l'Italie les encouragea; le signal partit des retraites les pins saufages des tSéveraies. Un abbé du Clieyla, arcliiprêlre des Hdutes-Cévennes cl inspecteur des mission?, était, depuis quinze ans, le tyran de ces nioolagnes; il y perpétuait les dragonnades-; il faisait de sa maison un cachot et un lieu de toHures; il y renouvelait les atroces inventions des anciens despotes féodaux, sans avoir mémo pour excuse raostérité du fanatisme, car il mêlait, dit-on, la luxure à la férocité» Vers la mi-Juillet 1702, quelques Gétenols (j 1 1 1 [ artaient pour Témi^tioD lurciil arrêtés ci conduits à l'arcliipièlre, au Pônt-de-M ont vert. Aux fugitifs étaient réserves les paléres; à leur guide le gibet. A celte .nouvelle, un voyant appelé Scguicr l'assembla une bande de montagnards sur le mont Bougés, les entraîna au Pont-de4donl- Tert, délivra les prisonniers et mit à mort rarchiprfttre.

Séguier fat pris ét lt>ué peu de Jo^iis après; mais il fut aussitôt vengé par le massacre de p^sieurs des principaux persécuteurs, prélres et laïques; on pendit les collecteurs de la capitation. et une guerre de partisans, ardente, inl«4li^able, s'aHnnia dans ce lîiassif cenlial des Céveiuies, où j>'élève lu triple cime de la Lozèi e. de IWigoal et de l'iilsperou, et d'où descendent le Tarn et les Élux Gardons*. L'insurrection resta fidèle à son origine. L'esprit pr»* phèlique la dirigea comme il l'avait préparée. Tous les chcft fureoc des voyanu ; la hiérarchie du comiQAndement miUtaAne fut étMie d'après les degrés de Yinspiration. Un des premiers entre oes

1. La» HantiMhCévitknM «mi 1^ centv* à» tout* région montncna* gni jette

tant (I< tieuve:i et de rivières dans toutes Ic^. <Iiri otiiius, la LoIre, 1* Allier, le Lot, !• Tara, l'IlértaLt, le Videurle, le tianl, la Cùk, l' Ankvbe.

[nn470t] LES GAH1SARD& 401

6tran};es capitairifs fui un vulaiit de dix-sopl ans, Cavtilicr, qui a gardé un nom laiiitii\ dans l'histoire. Ils uluivnl pour leur chef suprôme un jeune homme de vinp:t-sopl ans, l'ioland, caraclère élevé, sévère, méditatif, fait pour le commandement, et mêlant h un héroïsme farouche quelque chose de romanesque qui frappait vivement les itoagiDaiions. Roland $e trouva bientôt à la tète de tro» mille hommes, qui sMntilulèrent les Enfants de Dieu; les catholiques leur donnërenl le nom de CeanUards, & cause des chemises bhmches qu'ils revêtaient pour se reconnaître la nuit Les grottes des montagnes leur servirent de citadelles et d*arsenaia; ils renversèrent toutes les églises ei les presbytères dans les Ilautes- GéTennes, exterminèrent ou chassèrent les prêtres, surprirent des cih&teaux et des villes, taillèrent en pièces des détachements, levèrent l'impôt et la dtme, fusillant les fermiers du clergé qui ne leur apportaient pas la dtme au lieu de la porter aux gens d*église. LesÉtats de Languedoc, réunis en novembre à Montpellier, votèrent la levée do milices pour combattre les rebelles. Basville (k'mantla des troupes au ministre. Il dut bien lui en coûter d'avouer à (juel résultat .ihoutissaient tant de cruelles rigueurs cl de savantes comliinai'ions! Chaniillarl et sa protectrice, madame de Maintenon, s entendirent [>our cacher au roi, dui'ant quciijucs mois, ce qui se [tassait en Languedoc! J^e monarque iulaillible, omniprésent, omni-scient, en élait venu à ne pas savoir que la guerre dvile dévorait une portion de jon royaume!

U iaUut bien se décider à rompre ce silence» quand la guerre^ descendue des montagnes daps U plaine de Nlmcs, s*êtendit depuis Mende jusqu'à la mer» et quand le lieutenant-général de Languedoc, le comte de Broglie, eut été battu par les Gamisards aux bords de la Vistre (12 janvier 1703). Le roi envoya un maréchal de Fr^ce, Montrevel, ayec dix millç soldats tirés des armées d'Allemagne et d'Italie, vingt canons et six cents miqueletsroussiUoraials, milice dressée & la guerre de montagnes (février 1703). Déjà, des troupes, arrivées avant Monlrevel, avaient tait échouer une e\j)édilion tentée par Cavalier pour insurger le Vivarais. Roland, à la tète de (juin/e cents Gamisards, fut défait à l'ompiîrnau par cinq ou six mii'e soldats aux ordres de Monlrevel» qui voulut proliter

1. Cest la néiM oHgiiie to nom d«» mWfv-toy» m g*n-bkMe$ d'Irlande.

Page 1