‹ Historie De FranceChapitre 122 sur 168 · XIV. u · texte numérisé non relu

XIV. u

de son succès pour en finir avec la révolta par une amnistie, n convoqua la noblesse cévenole, généralement étrangère è l'insurrection, lui déclara qu'il ne s'agîssaftplus de religion, mais d'être fidèles au roi, et l'engagea à s'interposer pour désarmer les rebelles. Les Gamisards fusillèrent ceux de leurs compagnons qui acccptairat l'amnistie et continuèrent les hostilités. Montrevel, exaspéré, fit incendier un moulin près de Nîmes, où des protestants, hommes, fenuiics et enfants, tenaient une assemblée religieuse le jour (1rs ll;iiiieaux, et rejeter dans les llammes les malîieureux (jui voulaient s'écliaiiper ; puis il ili'iiorta des iHt|julatioiis entières, pour les punir des secours (]a'eil< s louruissaieiàl aux Gamisards : il y eut quinze cents pei*sonues enlevées, seulement dans la Vaunn^a^ auprès de Nîmes, et, à proportion, dans le reste du bas [jays et dans les montagnes. Tous ces malheureux furent traînés enRoussiilon ou entassés sur les bancs des galères, il rcxccpllon de ceux qu'on envoya au supplice! Les paroisses moins compromises furent frappées de fortes amendes. La violence des chefs militaires était telle, que Basville, qui n'eût pas voulu voir dépeupler sa province, semblait humain auprès d'eux!

Les cruautés de Montrevel ne réussirent pas mieux que sa clémence. En désespérant les populations non militantes, il ne fit que grossir les rangs de l'insurrection. Roland se montrait plus redoutable que jamais. Cavalier, cerné la nuit par des masses de troupes à la Tour-de-Bellot, entre Anduze et Alais, se fraya un jvissagc à travers des monceaux de cadavres. Un nouvel élément étiot intervenu dans la lutte et en redoublait l'alrucité. Les paysaiis i alholitpies de la vallée de Cè;^e (diocèse dTzès) avaient pris les armes contre les rebi lles, ^ous le nom de CamUduls bliutcs ou Cadets de la Croix. Un ermite coinrTinndait ces bandes, que le roi autorisa et que le pape gratiba d'une indulgence plénièrc dans le style des anciennes bulles de la croisade. La Sainte-Milice, comme l'appelait la bulle papale, commit tant de brigandages contre amis et ennemis, que Montrevel fut obligé d'employer les troupes régulières à réprimer ses excès. Les hostilités continuaient toujours : les Gamisards, divisés en petites troupes, disparaissaient quand on croyait les saisir, et tombaient comme la foudre Ut où on ne les attendait pas. De nouveaux miracles confirmaient la foi des

ino^l CA.VALIEB £T ROLANIX 403

insurgés : on racontait qu'un des prophètes, Claris, voyant le doute ga-jner ses frères, avait voulu passer par le témoignage du feu vi qu'il ùlaît sorti intact du bûcher *. La guerre des Cévenaes uieuaçait de s'éterniser!

Voici donc quel aspect général offrait la guerre de la Succession au commencement de 1703 : du côté du nord, les Pays-Bas espagnols entamés par la Gueldnf, Liège perdu et Télectorat de Cologne près de Tétre; à l'est, l'Alsace entamée, mais l'armée bavaroise enfoncée comme un coin entre rAutriclie, la Souabe et la Francuuic, cl, dall^ le loiiilain, la Hongrie faisant entendre ecs sourds fréniisscinents qui jjiécèdent l'orage; du côté du midi, une guerre de religion déchirant une de nos provinces; l'Espagne encore intacte, mais notre marine mutilée en lu défendant; au delà des Alpes, l'ennemi repoussé du Milanais et de Hantoue, mais se maintenant à l'extrémité de la Haute-Italie, par la connivence des Vénitiens.

Louis XIV eoniprit que le point déeisil' était en Allemagne et résolut d'y poii>ser une énergique offensive, on même temps qu'il tàdierait d'en iinir en Italie ; quant aux Bays-Bas, il se contenterait de s'y défendre. Vendôme conserva le commandement en Italie ; il avait bien commencé l'œuvre : c'était à lui de l'achever. Villars, le vainqueur de Friedlîngen, était dans le même cas pour l'Allemagne : le roi en attendait beaucoup et n'aVait pas tort'. Villars, bruyant cl plein de lui-même, était de ces caractères fort rares

1. Raconté par deux témoins oculairas, dans la Thddtrt êacri dê$ Cévtnntt, recueil dt téoMiffMgM tm 1m fldto fwopliéUqiiM et gnerrien de rintarrection, — Voir, sur eette guerre, YHis!o>'re des Pasteurs du diswt^ pAn Nap. Peyrat; Pmris, 1812; livre

émouvant et profuudéinciit (llî^'■ul;ll, <iu*on a pcino à croire é^ rit par un de nos wntemporairis. t.tnt Ips pas.sir)i\s et ks iri)y;inc'es tl'iine autre génération y revivent eu traits di; icu. L'aut«ur a t'ait iuieujî 4U0 ce Vieillard du tombeaux dont parle Waller Soott dans eee Puritain» : il n'a pas seulement restauré le^épitaphes de ses héros; il les a Dût sortir vivants de leurs sépulcres. — M. E. Alby vient de publier un intx'resaa»t résumé de la Gwrre des CamisarJs; Paria, Meyrueis, in-lS» — V. aussi Quimt Ofu du rèijru de Lonin XIV, par Erneht Moret.

2. Louis XIV, dans un voyage que Villars fit à la cour en janvier 1703, lui tint «a langage qui fait boanear à ee moaarqaa t *• Je suis François autant que roi... ce teffkit la ^oîre de la nation m'eat pins sensible que tout autre intérêt... Pendant plus de trois mois, Chaniillart ne in'apprcnoît que <!< choses désagréfildes (d*Alsace). L'heure à laquelle il arrivott étoit marquée par des mouvements dans aHm sang. Vous m'aves tiré de cet état : comptez sur axa roçoouui6â<incv. » Mém, de ViUar^, p. 102.

m LOUIS XIV. (imj

qui escbent oo homme de grand eœtir et de grande intelligence sous Tapparenee d'an fonforon, et qui, se vantant toujoui-s, tiennent tout ce qu'ils promettent; il avait les dehors d'un Villeroi, mais le fonds d'un Luxembourg:. Il était destiné à être un jour la dernl6reet riicureuso re.->sourte do la France! Il eut donc l'arinéf» qui devait joindre Télectinir do Haviôro, non plus soulemenl à la droite du ilhin, mais sur le Danube, et un autre corps d'armée fut destiné à dégager l'Alsace. Le choix du général on chef, pour les Pays-Bas, ne fut pas si heureux. Ce fut le triste héros de Crémone, Villeroi, sorti de captivité moyennaht rançon, que l'on mit en face de Marlborough! C'était chez le roi nne véritable infotiiation : plus l'opUoD de l'armée, de la cour et dli pays se montrait coatraira à ¥ilI«rol, phis le roi s'entêtait de ce tkvori suranné. Heuraasement encore qu'il loi donna pour second le brave marécbal de fioulQers. Pendant que Villeroi partait triomphalement pour aller commander la plus nombreuse de nos armées, Gattnat, écarté comiBe incapable de servir, se retirait avec résignation dans sa maison de Salnt-Gratien (Enghien), près de Hontmorenci, ot^i il passa le reste de ses jours dans l'étude des lettres et de la philosophie '. On dit que l'esprit d'étroite dévotion qui régnait autour de madame de Mainlenon ne fut pas étranger à la dispr^co do Catinat, qui étnit relÎLrieux, mais, uou pas dévot, et dont t orliiCH doxie semblait suspecte.

Les ennemis aATiioïit do erands projets du cAlé des Pays-Bas. Marlborough, qui était retourné en Angleterre, revint dès le mois de mars. U avait été reçu magniDqu^ent à Londres, remercié far les communes de ses, premiers succès, gratifié par la reine d*un lirevet de duc et d'une pension de 5,000 livres sterling. Son intime allié, le ministre Godolphin, politique et financier habile, obtint du paiiemanfune augmentation de subsides pour aécrottre de vingt mille hommes l'armée des Pays-Bas. La Hollande, qui avait déjà de si énormes engagements, consentit encore à prendre la moitié de oelni-là. Les alliés purent ainsi mettre en mouvement, du printemps de 1703, cent mille combattants entre le Bas-Rbin et la Meuse. Dès le mois de lévrier, Rheinberg avait été obligé de

l. Mort es fénier VIVL

l>703] VILLARS iiT VILLEROI. 406

4e rendre par famine* Le 2b avril» «mqtiânto nulle iiominea inrestireDt ficNon» la dernière plaee qui leslàt de Télectanit deCelogne. Une eeoonde armée égale en force oeurrit de lein le siège, en se

postant sous Ma»^slritlit. Comme l'aimée précédente, les Fiançais avaient été prévenus : les toiiips êlaienl bien changés.. Les Français ne furent prêts à temps ni pour secouiir Bonn, ni pour alla» quer la citadelle de Liéf^e pendant le sié^a de Bonn. Bonn se ren* dit dès le 15 mai.

On s'attendait à voir ks Anglo^BalaTse, maifrei de Mectorat de Cologne» se porVer au secours de l'empereur en AHemegne contre les Franco-Bavarois. Ils n'en tirent rien. La Belgique »''(ait leur objet capital. Ils se conccnlrèrent sur la Meuse. Mat Ihuj ough eût incliné à opérer à fond sur cette rivière, afin d'enlever Namur elde s'ouvrir un chemin en France au prix d'une liataiUe; mais le gouvernement lioiJandais avait d'autres vnes, qu*il avhlt feit partager au conseil d'Angleterre : c'était au Ba^-Bscaut et aux côtes de Flandre qu'il en voulait avant tout. Marlborough dut seconder ce plan. Villeroi et Boufflers couvraient le Brabaiit avec cinquante raille soldats. Le resh^ <lr\s forces des deux couronnes, qui ne comptaient guère moins de cent vingt mille hommes, était réparti dans les grandes villes belges, que n'eussent défendues ni leurs fortifications délabrées ni leurs populations indifférenAes. On ne pouvait les conserver qu'en les encombrant de soldats ou gn'ea manœuvrant avec une science stratégique hors de la portée de Villeroi. Marlborough tint donc en échec Villeroi et Boufflers sur la rive gauche de la Meuse, Uudis qu'une grande [)artie des li uu()*'s alliées niaient dans la direction d'Anvers. Un fort délaelienient poujisa plus loin encore, traversa Fixant et força les lignes qui protégeaient le pays de Waés, au nord de Gand; le reste se mit en ûsj/lg d'attaquer les lignes d'Anvers : cette grande cité était le but eseentiel de l'expédition. Jtouffters, se séparant de YiUeroi* courut à marches forcées au secours du général espagnol Bedmar,

qui delendait Anvers et la f iandi liuulllers et licdiuai |n cvinrent le général hollandais Obdam, l'assaiilirent à Eckereii près d'Anvers, parmi les mille canaux des polders {waurgangai}, et rejetérent Fennemi jusque sous le canon de Lillo, après une longue et meurtrière fusillade où la supériorité du tir des fantassins boUanr

406 LOUIS XI?. (HOa]

dais semblait pourtant devoir leur assurer Tavantage (30 Juin). L'ennemi retourna sur la Meuse. Cette opération flt le plus grand honneur au maréchal de Boufflers.

L'insucrùs des alliés donnait raison à Marlborou^^h, qui recommença d aj^n .sur la .Meuse cl qui emporta Ilui en dix jours (15-25 août). Les deux lu.iréchaux n'osèrent rien tenter en faveur de nui, de crainte que .Mai lborough ne lâchât celle place pour se jeter en Brabant; ils se contentèrent de prolonger jusqu'à la Mcnsc, atin du proléîTer \ntiiur, les li.:.;nes d-'IVusives qui s'nrrAlaicnt à la Meliaigne. Marlborough voulait revenir à son premier projet, attaquer les lip:nos de Namnr et donner uac grande bataille. Les représentants des États-Généraux s'opposèrent à cette résolution hardie. Marii)orough repassa la Meuse, alla prendre Limbourg [27 septembre) , puis se mit en quartiers dliivor dans les proniers jours de novembre, en laissant seulement un déta* chôment devant Gueldre, qui se rendit le 15 décembre. Les deux couronnes perdirent ainsi leurs dernières positions entre la Meuse et le Rhin. Le résultat de la campagne cependant était loin de répondre h Tattente des alliés. Marlborougli se plaignit yiTcmcnt des entraves que les délégués des États-Généraux à l'armée avaient apportées à ses entreprises et tâcha d'olitenii' dorcuavant l'espèce de dictature militaire sans laquelle il dccLaiait les grandes choses inipossihlcs.

Les Français n'avnient point élé en relard, celte année, vers le lîaut-Rhin comme vers le Bas-Rhin et les Pays-Bas. L'actif cl l)rillaut capitaine à qui Louis XIV avait conûé l'armée d'Allemagne, n*avait pas attendu la tin de l'hiver pour agir. Villars tira ses troupes de leurs quartiers dès le commencement de février, quoiqu'il n*y eût presque point d'ofQciers supérieurs à l'armée *, et leur flt traverser, du 12 au U, les ponts de Huningue et de Neubourg: les ennemis croyaient quïil allait essayer de forcer les passages des Montagnes Noires et avaient porté toute leur attention de oe cété; mais, au Heu d*entrer dans les montagnes, il

1. La plupart des olfieiers se periueiLilcat encore de quitter rarmc« pendaot les quartier! d'hiver. Villars, p. 102. — Uu autre piiAsage de Villari* nbm fait voir qu'à cette époqw, la cavalerie, moins iM gendamiee, avait d^à qaittA ta cvlrane etqna Vil lard voulait la lui rendre, ce qui evt lien en 1706. V. Lémontei, addit. à Daageaa, ». 17Ô.

(17011 PRISE DE KEUL. hVI

passa sous le canon de Brisacb, fila le long du Rhin, franchit la Kintzig, enleva les petites villes dé la Kinlzig et dtt Rhin, que

rennemi évacua en désonlic, c\ prit Kelil k revers. Le prince de Bade faillit ôtre enferme (l;ins Kebl et n'eut rpie le temps de gagner Diilil (ou Bihcl), où il rassembla pénililcmcnt son arm6c disloquée. Kebl^ où s'étaient jetés trois ïnille cinq cents hommes, fat investi le 20 février. Villars, suppléant à rinsuffisance de son arUlleri(^ i)ar les canons qu'il venait de ramasser dans les dépôts cnneinis, mena le siège avec une audace qui sautait par-dessus tontes les récries : des assauts heureusement t^'méraires eniportèr i][ les dehors de Kchl, et celle forte place se rendit dos le 10 mars.

La campagne débutait brillamment : Télecteur de Bavière * n'avait pas interrompu ses opérations et avait, de son côté, emporté, le 2 février, Ncuhourg sur le Danube. Yillars ne cràt pourtant pas devoir tenter inuncdiatcmcnt la jonction :îl prit quelques

semaines pour rafraîchir et réoi g«iniser ses Imupes faligiiécs, mal armées^ ol mal approvisionnées, et pour allouih*e la fonte des neiges. Sur ces entrefaites, lï-lcclem" se trouva eu grand danger. L'empereur el les cercles n'avaient pas été eu état de repousser sur-le-champ l'attaque des Bavarois contre la Soimbe; la guerre du Nord, qui avait amené les Suédois victorieux jusque dans Yar^ sovie, grûce à l'hostilité trop bien motivée d'une grande partie des Polonais fuulj.j leur roi Auguste de Saxt^^, priNait Lt'ujiold d'une grande partie des secours que lui eût .iccoi dés r.\lle!nn*rne septentrionale, Téiccleur de Saxe, roi de Pologue, étant engagé dans une lutte qui menaçait de lui coûter sa couronne, et Télectemr de Brandebourg, roi de Prusse, ayant à préserver ses domaines enchevêtrés avec les provinces polonaises. A la fin de ^ l'hiver, cependant, les Impériaux et les eontîngents des cercles furent assez foi is pum* reprendre l'offensive : le général autrichien

1. Par on nouveau traité secret, Loois XIV lui promit la souveraineté de la Kclgiq[v«, en réservant à la France LuxenbonifTi Kanrar, Cbarleroi et Mons. Philippe V ronjentit (mai 1703). Jfrm. de Noalltos, p. 1^9.

Vu ùi-T% de rinfanterie était aaoa ftiâils et l'waenal de Stfasboorg était vide. — Métn. de ViiLirf, p. 109.

3. Auguste avait ultiro Liiarlc^ Àii au cœur de la Tulugiie, eu 1 alUi^uaiit cuu- Ininment «ox intécéto et à la volonté de la natiuu polonaîsew

SchKck envahît la Bavièi^ du eôté de l'Inn» et le eomte de Sty« rum, général des cercles, attaqua ie Haut^Pàlatinat. L'électeur,

bien f^uidé par son feld-maréehal, le comte d'Arco, battit Schlick aux bords de lliui, à Sciianimi; (11 mars), puis, traversant le Damdjo, déirt l'avant-gardo de Stvruin 28 iiiars), le rejeta en Souabe et revint occuper Ratisboiine, atîn d*y prévenir les hnpériaux, qui avaient refusé la neutralité à cette importante cité« Le séjour de la diète germanique se trouva ainsi au pouvoir des alliés de la France.

SI Téleetenr -avait pu se tirer de péril par ses seules forces» que ne devail-on pas esi)L'rc'i' a|)rcs la juiiclion! Villars se reuiit en mouvement dans la première quinzaine d'avril et laissa à Tallard, commandant du corps d'aruiéc destiné à rester sur le âiiin, ie soin de tenir en échec le prince de Bade. U tourna rapidenoient vers les montagnes, emporta les postes que les ennemis avaient conservés dans le haut du val de Kintsig» fkanchit les crôles qui séparent le bassin du Rhin de celui du Oanube naissant et descendit dans la vallée du Danube par DuUlingen (8 mai). La junction tant désirée s'accomplit à Eliiugen.

On était dans une situation à tout entreprendre. Villars le savait bien, il Ht adopter à l'électeur le projet de descendre le Danube jusqu'à Passau et de s'ouvrir l'entrée de rAutriche par la prise de cette Yiile et de Uaz, tandis que las Français barreraient le passage à tons les secours (pii pourraient venir du comte de Styrum et du prince de Bade. Passau et Linz, places très-faiblt-s, une lois prises, l'électeur irait droit à Vienne, qui n'était pas plub iuj ie ef qui était dégarnie de troupes. Un événement dont Villars ne pouvait encore avoir connaissance doublait les chances liavorables : c'était rinsurrection de la Hongrie, qui éclata au mois de juin et qui eût éclaté plus t6t si le ministère français, eût prlté plus d-attention aux avances des mécontents hongrois. Ouand Fempercur but, par les esj)iuns de hauliaii^ qu'il entretenait auprès de l'électeur, le dessein d'entrer dans rarcliiducbé d'Autriche, li lut saisi de terreur et se prépara à quitter Vienne. La liu de la guerre et une paix triompliante étaient vraisemblablement entre les inalns de Télecteur*.

1. Le prince Kagènc, plus tard, te dit lui-métne à Villars. Jtém. de Villars, p. 126.

fl70t} VILLARS'BT BAVIÈRE. 40»

Il laissa tout ^Thapper! Villars apprit tout k coup avec stupeur que Téleoteur, (pi'il croyait sur la route de Passau, diUcrait l'iiivasioii de rAutriehc et tournait vers le 'Cvrol. Ce prince, brave cl loyal, niais larjlastfue, irrésolu, uioliile et plus oecupé de ses plaisirs que de ses atîaires, tentait et abandoutiuit tour à tour les plus ^andcs choses par les motifs les plus frivoles ' ; sa femme, par un attachement aveugle à l'Autiiche, ses favoris et ses maîtresses, par copiditè, le livraient k l'eniperear et lui suggéraient les résolutions les plus contraires à ses intérêts. Villars se résigna à seconder l'expédition de en gardant le Danube contre le prince de Bade, qui aTait rejoint Styrum , le général des Cercles, dans le centre de la Souabe. U pressa le roi de faire marcher Vannée du Rhin sur Fre^niig et les Montagnes Noires et de Mrt avancer Vendôme sur Trente, avec la moitié de Tannée d'Italie, le reste suflisant bien poin- contenir les Impériaux à Test du Miru io et de la Seeeliia. On pourrait peut-être encore reprendre à lenn>s la marche sur Vienne.

L'expédition de Tyrol coriuiH iiça sous d'heureux niisj ires (juin). L'électeur s'empara, presque sans cou[) férir, de kull-lt in, d'inspnirk, de toute la li.iiMi- vallée de l'hin. Si Veri(]r)i];L' eût opéré en môme temps son niouveineut sur le haut Adigc, on se fût donné la main par-dessus le mont Brenuer; l'armée impériale d'Italie eût été coupée d'avec l'Allemagne et la grande pensée de Villars eût pu se ré diser. Par malheur, Vendôme ne s'ébranla pas avant le 20 juillet; peut-être y eut-il de sa part un peu de négligence pour une opération qui dérangeait ses eombinaisons particulières. G*0tait au moins quime jours de Ktard. Ce délai avait été fiitai aux Bavarois; le Tyrol, qui n*avait paS' vè la guerre depuis CbartesOuint, avait été d'abord étourdi par l^fnvasiott; mais cette énergique population de chasseurs montagnards revint promptctnent à elle et s'insurgea dans toutes ses âpres vallées. L'électeur, harcelé de toutes parts et craignant d'èlre coupé, réttogiada du pied du Brenuer jusqu'au delà d'inspruck. Vendôme, cependant, avançait eulm et houiburdait

1. U vnH d'énonncB d«ltCB de Jm «nvecs «m général et tes mlttblree, el oew^cl rayaient potueéà attaquer rempenur, dane l'espoir de se fiiire pa>er tnr lee eoatrU boUoni de guerre. VlUan, p. 114.

Aie LOUIS XIV. (1703]

Trente; Télectear fit (fudques efforts pour se rapprocher de lui; mais, soit trahison, soit lâcheté, plusieurs officiers bavarois rendirent des postes imprenables aux paysans insurgés et à quelques soldats autrichiens; un corps d'Autrichiens et d'auxiliaires danois entamait, sur ces entreraites, la fiavière, en franchissant le Bas* Tnn; ûn autre corps attaquait le Haut-Palatinat et menaçait liatisbonnc. L'électeur évacua le Tvrol et rentra en Bavière: l'expédition était complètement avortée (ao^il).

Durant la cainpai:nc de rdrclcur en Tvi fil, Viilars, bien posté entre Dilliniion ol Lawinaon sur le Daniilte, avait tenu en échec le prince de Bade, qui avait ramassé le ^rns des forces de l'ciiipercnr et de l'Euipire. Iladc persévt ra dans son plan, qui était de prendre à revers la Bavière par la Souabe méridionale; renforcé de nouveau, il laissa la moitié de son armée, avec Styrum, dans un camp retranché, devant le camp de Viilars, et, avec le reste, il remonta le Danube jusqu'à Ehingen, fraAliitcc fleuve, puis tourna rapidement à Test (lin août). Les Français et les Bavarois furent ainsi menacés d'être cernés entre quatre corps d'armée. La si|ua* tion avait ses périls, mais aussi ses avantages, si l'on occupait Augsbourg, Iç point capital de toute la région au sud du Danube, et si l'on se massait pour tomber sur des adversaires trop séparés* L'électeur ne voulut ni occuper Augsbourg, qui lui avait donné des otages en garantie de neutralité, ni s'entendre avec Viilars pour attaquer Bade au passage de l'Iller ou du Lorh. Pendant ces discussions, Bade poussa à )n.irches forcées jusqu'à \ii..>l*uiiiv: et s'en saisit par la connivence dos habitants. Viilars jiropusa un pai-li héroïque : c'était d';d)andonner la Souabe, sauf IJlm, de dét'cfidre le I.cch avec un corps d'aimée et île se Jelcr sur l'Autriche avec un autre. L'électeur dit oui, [tuis non, et refusa toute j)ro|>osition raisonnable. Il était prôl à céd< i à son entourage, qui le pressait de traiter avec l'empereur. Viilars lut pris d'un amer découragement : il se voyait paralysé par la folie du prince à qui on l'avait associé et ne recevait pas du roi les secours sur lesquels il avait compté. 11 n'y avait plus rien à espérer, du côté de l'Italie. Quant à l'armée française du Rhin, depuis sa séparation d'avec Viilars, elle n'avait pas fait d'autre exploit que de raser les lignes de la Lautcr abandonnées par l'ennemi. Les ressources lui avaient

{nWl VIGTOIRfi DE UOGiiST£OT. 411

longtemps manqué; on avait donné ce qu'on avait de mieux à Yillars et il ne se trouvait point, dans Tannée du Rhin, de ces hommes qui savent sup{)lt'6r mx ressources. EDe ne tenta d'opération sérieuse (]irau milieu d'aoï'it, cl cette opération , qui fut le siège de lirisacb, n'était poiiit une diversion suffisante pour dégager l'armée du Danube. Yillars écrivit au roi pour demander son rappel.

11 se tira dVmbarms d'nnc façon plus glorieuse. Il s'était réuni à l'électeur près de Nordendorf, au sud du Danube, avec une partie de son armée, laissant l'autre au camp de Dillingen. Averti que Bade et Stvruro, qui étaient, le premier à Augsbouiig, le second devant Dillingen , combinaient une attaque contre le camp de Nordendorf, il décida cn6n l'électeur à déjouer l'ennemi par une combinaison inverse , c'est-à-dire à gagner une marclie sur Bade et à se porter au-devant de Sty rum, tandis que le corps français de Diliingen le prendrait en queue. Dans la nuit du 19 au 20 septembre, Félecteur cl Yillars passèrent le Danube à Donaverth; le lendemain, ils rencontrèrent Styrum dans la plaine de HOchstcdt. Le corps français venu de Dillingen avait déjà fait son attaque prématurément et avait été repoussé. Le second cboc fut plus beureux. La cavalerie ennemie fut renversée; rinfanleric ennemie, supérieure en nombre à riiilanleric fraiiro-l):iv:ui)ise, .se défendit très-vigoureusenient et se retira en bon ordre l'espace de (liMix lii'ues, en soulenant les charges successives de nos «escadrons et de nos bataillons. Klle fut cnfm tournée et enfoncée avec un grand carnage. La victoire fut complète, peu meurtrière pour les vainqueurs et coûtaaui: ennemis une dizaine de mille bommes tués, pris ou bors de combat, et trente-trois canons* Styrum s'enfuit avec ses débris jusqu'à Nordiingen.

Le réseau des armées ennemies était rompu par ce grand coup de main. Yillars proposa d'employer les Bavarois à défendre la Bavière et à insulter l'Autriche, et de remonter le Danube avec les Français pour s'emparer du Wurtemberg et donner la main à l'armée du Rhin : grftce au maréchal de Yanban, qui avait dirigé les travaux du siège, Brisacb s'était rendu, dès le 7 septembre, au duc de H()in'<.'o^ne, qui commandait celte armée depuis trois mois. L électeur rejeta le plan de Yillars et prétendit aller atla-

kii LOUiâ XIV, (17091

quer Bade «ous Aus^bourg. (Somme ViUm Tavait prévu, on trouva ce priQce si bien posté qu*il fiillul renoncer à Fattaque. Villar» revint à son projet et traîna en quelque sorte Télectear jusqu^au conOuent de r.Uleret duDaniibe; mais, là, l'électeur recommença de crier pour qu'on retoum&t avec toute l'année en Bavière. Villars, voyant les fruits de sa victoire perdus et convaincu de l'impossibilité de rii'ii Uiiii avec un pareil alliô, siipiilia de nouveau le roi de lui donner un successeur. Louis y consentit ù regret et envoya le maréchal de Marsin. Villa rs quitta l'armée au mois de novembre; c'était la fortune de la ^^uerre qui s'en allnit!

Marsin, pourtant, débuta heureusement; mais c'était encore à Villars ([uo le mérite en revenait. Le mouvement de Villars vere le Haut-Danube avait été si bien calculé, qu'il avait sufli pour faim abandonner à Eade son camp d'Augsbouiig et pour l'attirer entra riiler et ie Jac de Constance, par la crainte de perdre toute la Souabe. Bade avait laissé un corps de six miUe hommes dans Augsbourg. Les Franco-Bavarois s'y portèrent rapidement et, apjrès quelques jours de siège, obligèrent les Impériaux à évacuer la ville par capitulation (4-13 décembre). Ce succès dégageait la Bavière et assurait le sud-est de la Souabe aux Fnmco-Bavanns* Sur ces entrefaites, les plus grancles nouvelles arrivèrent de Hongrie. Tc'krli, en allant tljercher ii lutièic un asile et un lunibeau chez lesTurcs, avait U%ué ses biens t tiiiiiNiués et sa vengeance au . ûlsde cette belle Hélène Zrini, qu'il avait tant aimée et qui lui la compagne lidèlo do son exil : le jeune François Rakoczi descendant des souverains ma;:v;>rs de Transylvanie, beau-liis de Tekeli et pctit-lils du comte Zrini, ban de Croatie, mort sur Técliafaud autrichien, était, par ses origines autant que par son héroïsme patriotique, i'homroe que l'Autriche avait le plus à redouter en Hongrie; aussi reropereur l'avait-il fait arrêter dès l'ouverture de la guerre européenne, en 1701 ; fiakoczi s'était évadé et réfugié en Mogna; il en ressortit au mois de juin 1703 et ae mit à la téte des mécontents qui avaient commencé à s'armer dans les montagnes de la Hautes-Hongrie. L'insurrection prit en quelques mois des proportions colossales : les paysans, debout

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