‹ Historie De FranceChapitre 124 sur 168 · JKAn. de Villais^ p. ]35w · texte numérisé non relu

JKAn. de Villais^ p. ]35w

DÉFECTlOiN DE 5AV01E. /il7

Le principal tliéàtre de la guerre d'Italie fut ainsi reporté du Bas- Pû jusqu'au pied des AlpeSt et la France se trouva brusquement séparée du Milanais p^r un massif de montagnes et de places fortes, hier amies, aiyourd'hui ennemies.

La guerre niaritime n'avait point offert de grand choc cette aiiiiee; la llolte française n'avait pas tenu la mer; mais la guerre de course avait recommencé avec <^clat suus ies Duguai-Trouin, les Saint -Pol , les CoûUogon , qui vengèrent en partie le désastre de Vigo. Les flottes ennemies n'avaient rien entrepris de notable; elles se préparaient à porter les grands coups du côté de TBspagne dans la campagne prochame.

Pour résumer en peu de mots la campagne de 1703, l'électorat de Cologne était perdu , avec tout ce que l'Espagne avait possédé outre -Meuse; l'Alsace élait délivrée et l'offensive reprise dans le PalaliiKit; l'offensive étiiit maintenue au cœur de rAliemagne, dans ia Souabe et la Franconie , et TAutricbe était serrée entre -les Bavarois et les liongrois. La situation, restée trés-bonne en Allemagne malgré les fautes d*un imprudent allié , était compromise en Italie par la défection d*un autre allié ^

La plaie des Céveiines, si elle ne s'était point Llar^^ie aulant qu'on eût pu le craindre, ne se cicatrisait pas, Kn septcjuLre 17U3, ie maréchal de Montrevel , l'intendant Basvillc , les évéqucs , les offiders-généraux, les gouverneurs des villes, avaient conféré à Alais sur les moyens d'en finir avec la rébellion. Bas ville s'opposa à l'extermination des populations montagnardes, proposée par la plupart des assistants, mais consentit h la destn^ction des villages et des habitations isolées , (pi'il a wiit jusqu'alors emp^c!»ée: les habitants seraient soiuuics de se retirer avec îeur^ jin uijlcs dans les villes et les principales bourgades , alin que tout ravitaillement Sùi impossible au\ révoltés. Au moment où Ton décida cet expédient renouvelé de ta guerre des Albigeois, le péril était plus sérieux qu'il n'avait encore été; un cadet de haute noblesse, l'abbé de La Bourlie , esprit violent , audacieux et intrigant , avait projeté de soulever le Rouergue, son pays natal, non plus au nom de la liberté religieuse , mais au nom de l'abolition des

1. "^ur In catiip:i$riie <1o 1703, voyez le général Pelet, t. UI; — Vlllan, p. 101-1S4; ^ SAiiit II i t ;n re, t. II , p. S09>340.'

Xiv, ti '

impôts; il s*61ait mis en rapport avec le grand chef des Garnisards , . avec IloIunU , et prétendait unir dans une même prise . d'armes catholiques et protestants : d'une autre part , les puissances protestantes avaient résolu de secourir les Gamisards. Lorsque la dévastation des Gévennes commença, les Gamisards firent tout à coup une diversion terrible dans la plaine de Ntmes. Sur ces entrefaites, Tescadre anglaise de Tamlral Sliowell parut en vue de Montpellier. Le concert, cependant, ne put s'établir. Les émissaires des Anglais ne parvinrent pas jusqu'aux Gamisards, et Showell, voyant qu'on ne répondait point à ses signaux, regagna le larfre. Le niouvenicnt pitpaïc par La Bourlie éclata prématuréiiienl par ririi])ationro des protestants du Uouerguc, et fut étoufîé moitié par les armes, moitié par une aninistio: les catlinliqiies n'y avaient pris aucune part , irrités qu'ils 6t«iient des violences que les Gamisards continuaient à commettre contre les églises, malgré les défenses de Aoiand. La dévastation des Cé venues, cernées, écrasées par un réseau de troupes et demilices catholiques, s'accomplit; plus de quatre cents villages, hameaux ou censés furent détruits; vingt lieues de pays furent complètement ravagées (décembre 1703). Les chefs camisards, Gavalier surtout, n'en continuèrent pas moins à voltiger de la plaine à la montagne, brisant tour à tour les mailles du réseau . qui les entourait , rendant feu pour feu , ravage pour ravage , et' arrachant aux ennemis la subsistance que les amis ne pouvaient plus leur fournir. Ils souliiireul le roslc de l'hiver : ilséchouéreiil dans une seconde tentative pour insurger le Vivarais ; mais Cavalier ohtirit de nouveaux succès dans les vallées des deux (.;inl()it^. Partout les bandes rebelles reprenaient l'onensive avec une audace désespérée. Le roi, mécontent, expédia à Moutrevcl un ordre de rappel et résolut d'envoyer ViUars , demeuré sans armée par suite de sa brouille avec l'électeur de Bavière. Triste emploi pour un homme dont l'absence allail se faire si cruellement sentir sur le thé&fre des grands chocs européens !

Montrçvel , humilié, se, piqua d'honneur ' et tftcba de iinir j|Mir , un coup d'écUt. H attira Gavalier dans la plaine de Nimes, yer^, Langlade, et l'enveloppa (16 avril 1704) : Gavalier déploya nonseulement le courage d'un héroïque soldat, mais les talents d'un

(17041 GUERRE DES CtVEMNES. A19

çtiRial; il se cldciklil loute une jouiTiée avec douze cents hoinnies contre six à Luit uiilic, et finit i»ar se faire passage en laissant cinq cents des siens sur la place; le môme jour, un autre corps de quatre à cinq mille hommes assaillit, près d'Aiais, Roland, qui n^en avait que six à sept cents; la petite troupe de Roland fut accablée , èt Cavalier, dans sa retraite. Tint tomber à son tour au milieu du corps qui avait coipbattu Roland. Une partie de ce qui restait k Cavalier périt dans cette seconde action. Une troisième bande de Camisards ( ut écrasée au Pont-de-Monlvcrs, sur le Tarn , qui avait ciù le point de départ de Tinsurrection. Les principaux magasins des insurgés dans les grottes de la montagne furent découverts et enlevés.

Pour la première fols, le découragement pénétra parmi ces hommes indomptables. Villars en profita : il arrivait avec Tautorisation dVssayer encore une fois de la clémence ; le roi sentait qu'il tdllail à tout prix guérir cette blessuio. Le ^laad chef Roland, Ame de fer , iiiiiiiuablc, inaccessible au doute, ne songeait qu'à relever la guerre : Cavalier, guerrier plus brillant, mais caractère moins inflexible, fut plus abordable; il négocia; après avoir adressé à Villars une lettre de soumission pour le roi, il Tint trouver Villars à Nimes, moyennant sauf-conduit et otages, puis $*é(abUt à Galvisson , à deux lieues de Ntmes , pendant la durée des pourparlers. Des milliei*s de prolestants accoururent de tuut le pajs pour prier et psalmodier avec Cavalier et sa troupe. Au grand scandale du clergé et de tout le parti persécuteur, Villars n'y mit aucun obstacle* Un traité fut conclu le 17 mai : Villars, au nom du roi , accorda aux protestants la permission de s'expatrier en vendant leurs biens; ceux qui voudraient rester le pourraient en Èe faisant cautionner par des personnes connues; les captifs détenus dans les prisons ou sur les galères seraient mis eu liberté puui s on aller ou rester en France aux conditions ci-dessus; Cavalier aurait le titre de colonel , avec autorisation de lever parmi ses compagnons un régiment qui aurait le libre exercice du culte, cdmme les régiments étrangers à la solde de France^'." ' ' ' . , " " *.;

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1. Mém. de Villars, p. 139. — liitl. det Parieur» du désert^ t. II, ch. IV.

Ainsi, l'insurrection sanglante» vengeresse, avait extorqué» même vaincue, ce qui avait été refusé à la justice et à rbumanité suppliantes. Éclatante leçon, sinon fructueuse, pour les dominih teurs du monde I

Le but ne fut pas atteint : Roland refusa de ratifier le traité de Cavalier, à moins que le libre exercice de la religion ne fût ^(méraleinent rétabli. Sur le bruU d'un secours picparé par les Aiij^lais el par le duc de Savoie, les chefs subalternes se déclarèrent pour Iloland et reloui iRi enl dans la montagne avec la plupart de leurs camarades. Cavalier fut abandonné à (^.ilvisson avec cent vingt honirnes. Villars expédia cette petite troupe en Bourgogne , d'où Cavalier, sur sa demande, fut appelé à Versailles. Il eut , à ce qu'il raconte dans ses Mémoires, une entrevue avec Louis XIV, et le Grand Roi laissa percer quelque dépit à Taspect cbétif de ce petit paysan , qui avait osé , pendant deux ans , soutenir la guerre contre ton maître. Cavalier fut renvoyé en Bourgogne, puis conduit en Alsace; mais, là, croyant sa liberté menacée et n*ayant plus d*espoir de voir réaliser un pacte rejeté par la masse des Gamisards , il se jeta en Suisse avec les amis demeurés fidèles à sa fortune et alla rejoindre en Piémont les réfugiés français et les Vaudois qui comliattaient pour le duc de Savoie contre la France. Gomme les Schomberg, comme les Ruvigni , comme tant d'autres, il porta aux ennemis de sa patrie une épée qui eût pu la défendre avec gloire !

Tandis que Cavalier partait pour l'exil, La Bonrlic, qui était passé à l'étranger après ravortenient de la révolte roiKM gane, anienail de Nice, sur la côte du Languedoc, une petite llotlille portant quelques centaines de réfugiés, des armes et des munitions. Les Camisards, prévenus, descendirent {iesCévennes en foule, déguisés en moissonneurs; mais laiTairc fut éventée; la plupart des faux moissonneurs furent pris, et une tempête dispersa ou jeta à la côte les bâtiments de La fiourlie (juin-juillet). Roland resta inébranlable, malgré les sombres pressentiments qui l'assiégeaient. Villars recommença, quoique à regret, à brûler les villages et à sévir contre les partisans des rebelles*. La révolte,

1. I si:r,u-s <k- soumission étaient rares et très -équivoques. Jusque dans les priâoiis, lui Mju lU croyaient urètre pa» vu, îh «e Umieat à leiir fian^me... J*ai

(no41 VILLAUS. CAVALIER ET ROLAND. Mi

dopiiis la di''t'aite des Camisnrds, semblait près de gagner des contrées qu'elle n'avait pu envahir pendant leurs succès. Le Vivarais s'agitait ; des bandes se montraient dans les forôts du Dauphiné. Roland pouvait redevenir très-redoutable; ua traître le livra à prix d*or ; il toi surpris au ch&teau de Gastelnao , auprès d*ane fille de cpialîtë qui partageait sa foi et qui s*éfait prise pour lui d'une passion enthousiaste. H se défendit comme un lion ; Ton ne put saisir que son cadavre (13 août). La tête du parti abattue, les tronçons ne remuèrent plus que fidblement; Villars revmt aux moyens de douceur, qui étaient dans ses instructions et dans son penchant. La plupart des cliefs subalternes se soimih*ent et partirent pour Genève, après avoir obtenu la mise en liberté de leurs eamarades prisonniers. Quelques-uns acceptèrent des grades suballeincs dans l'année. Villars désarma les Cévenncs, mais eneouruf^ea les paysans à relever leurs cliauniières et accorda aux maisons bi'ùlées rexeniplion des tailles pour trois ans. Tonles les recherches pour cause de reli-^ion cessèrent de fait. A la fin de l'année, il ne restait plus d'insoumis que trois ou quatre petits chefs qui se cachaient dans les solitudes des Hautes-Gévennes. Villars repartit pour Versailles, on le roi le reçut comme le pacificateur du Languedoc (janvier 1705).

Pendant que cette petite guerre religieuse se circonscrivait dikns son premier foyer, puis semblait s*éteindre, la grande guerre politique élargissait ses proportions déjà si vastes. L'Allemagne et l'Espagne paraissaient devoir en être, en 1704, les deux principaux théâtres. La Grande Alliance avait conclu, le 13 mai 1703, un important traité secret avec le Portugal. Le vieux roi don Pedro II n'avait que par crainte reconnu Philippe V et engagé son alliance aux deux couronnes. Il croyait sa dynastie conipronnse, si la maison de Bourbon, autrefois j)roteclrice de la maison de Bragance contre l'Espagne, restait maîtresse de la monarchie es[)agnole et en état de faire revivre les prétentions qu'elle avait combattues

▼tt dsM M g«Di« detdiOM»qm j« ii*Miraia Jumb «met ai «Dm îm i*élaient ytmfn

BOUS iiKri y''ii.t ; une vilIc oiitièic, rloiit toutes les femmes et filles, sans exception, paraissaient po8sé<i^es du diable. Elles tremblaient et pr()phiHis.uiMit |iublif)ueincijt dans les rues. J'en fU arrêter rlngt des plus méchantes, dout uuc eut la bardiesiM de trembler et prophétîeer pendant une heure devant moi. Je la Ss pendre pont rexeniple, et f«nfenner te» antres dans lee hftpitanx. ViUam, p. 141.

I3f LOUIS XIV. 11703-17041

chez les héritiers de Philippe n. Pour éviter an péril éloigné ,

sinon chimérique, don Peilro allait livrer son pays à la dure exploitation de l'An^iLi Ici it . L'ojupercui a-iL avec lui comme aviC le duc de Savoie et, pour lui faire rompre son li aitr avec Louis XIV et Philippe V, il lui oiïril des avnntajrcs ten itoriaux; mais, eettc fois, c'était aux dépens de VKspagne même e( non des pu>:,r>Muns espagnoles; avec les provinces américaines situées entre le Rio de la Plata et le Brésil, Léopold promit une partie de rEslremadure et de la Galice. Ce n'était pas le moyen de regagner les Espa* gnols à la maison d'Autriche. Les puissances maritimes garantirent on subside. Le roi de Portugal promit de joindre quinze mille soldats à douze mille hommes de vieilles troupes étrangères que les alliés enverraient dans le Tage pour attaquer l'Espagne. U ne voulait toutefois se déclarer que lorsque le prétendant autrichien serait débarqué en Portugal. L'empereur, pressé par quelques transfuges espagnols de haut rang, se décida, après avoir un peu hésité, à lancer son second fils dans cette périlleuse carrière. Léopold et son fils aîné, le roi des Romains, cédèrent toutes leurs prétentions à l'archiduc Cliarles, qui l'ut proclamé roi d'Espagne à Vienne, le 12 septembre 1703, et reconnu en cette (pialilé }iailes puissances alliées. C'était un grand [uis de fait au delà du ti aitc de septembre 1701 ; l'Angleterre et la Hollande déliassaient Guillaume 111; il n'était plus question ici de partage ni de satisfaclion équitable, et l'on rendait la paix impossible. Le prétendu Ckarles JII se transporta en Hollande au nuiis de novembre. Une effroyable tempête, le 8 décembre, causa des perles énormes aux marines militaires et marchandes d'Angleterre et de Hol* lande, mit Bristol et une partie de Londres sous les eaux, rompit les digues du Texel et de Zélande, et retarda Charles près d'un mois : il passa en Angleterre au conunenpement de janvier 1704, dans un fort chétif attirail ; la fastueuse générosité anglaise se chargea de l'équiper en roi. Le désastre du 8 décembre , pire qu'une bataille perdue, fut réparé avec une promptitude qui attestait les grandes ressources des deux puissances maritimes, et l'expédition de Portugal, partie dès la mi-janvier, ftiais repoussée parles vents, mit définitivement à la voile le 17 février 170i. L'Angleterre et la Uollaude, ou, pour mieux dire, Marlborou^h

[17041 LE PRÉTENDANT CHARLES ttl. 413

et Hcinsius, s'étaiLiit résuliis, en môiiic tcinps, à sccouiir puissammrnt remporeur dans ses ^lats lu i cditaircs, où il ne pouvjiit ()lus M' .viLitenir, sans le secours des An^rlo-Balavcs, contre les Français, les Bavarois el les Hongrois, inaïUes de se join<iie devant Vienne. Les premiers mois de 1704 furent employés en prc^paratifs de part et d'autre : Louis XIV avait ordonné une levée de près de trente mille recrues h répai lir entre les généralités. A la mi-maî, Marlborough passa la Meuse avec ses Anglais et des troupes auxiliaires à la solde anglaise, et alla remonter le Rhin, en se dirigeant vers la Basse -Moselle. Villeroî opéra un mouvement parallèle, par Namur et le Luxembourg, avec le gros des forces françaises de Flandre. Marlborough emportait avec lui tout l'intérêt et le mouvement de la guerre. Il ne se passa rien de notable en Belgique durant la saison.

Att moment où Marlborough commençait cette marche, qui indiquait que toute l'action allait se porter vers l'Allemaj^ne , les armées qui avaient fait la guerre dans l'Empire l'amice ])réccdeiite s'étaient aussi remises en mouvement. Elles a> iKut été quehpie temps étendues sur im très-lar^e espare. T/élecleur de Bavière tenait ses troupes chez lui, entre le Lecli et l'Inn, avec ses avant-po<:tes en Autridie; Marsin, avec ses auxiliaires français, s'étendait du Lech à l'Iller; Tallard, avec l'armée qui avait repris Landau , était en Alsace. Les ennemis séparaient Marsin de Tallard , Bade occupant le pays entre l'Iller, la rive méridionale du Danube, le lac de Constance et les Montagnes Noires, tandis que les débris de l'armée de Stynim, renforcés de tout ce que Tempereur et TEmpire avaient pu y joindre, se déployaient au nord du Danube, depuis les lignes de BOhl jusqu'en Franoonîe. Cette seconde armée allemande ne devait plus avoir pour chef Tincapable Styrum, mais Eugène, qui avait dirigé la défense de TAutriche en 1703, sans agir en personne, et foit d'inutiles efforts pour traiter avec les IIonpTois. Les grands capitaines ennemis allaient se réunir sur ce tliéàire ahandonné j)ar le général franeais le plus eai^iMe de leur tenir tète et occupé par des médiocrités. Cela n'était pas rassurant. Tallard et Marsin, fort éloignés de Ton- ■ trccuidanee de Villeroi, paraissaient sentir leur insiiftisanee et monli'èrent, des l'ouverture de la campagne, une liniidile de

àU LOUIS XIV. [1704]

mauvais augure, lïs réussireat néanmoins dans une opération

importante : au commencement de mai, Télccleur et Marsin, d'un côté, Taliard, de l'autre, se portèrent vers les Montagnes Noiie?» par un mouvement bien coinbiné : les litipcriaux n'eurent pas le temps de concentrer des forces suffisaotcs pour liiire face des deux côté9, et la jonction eut lieu à Viliiogen, le 19 mai. Taliard remit h Biarsin douze à treiae mille soldats, tant de recrues que de dépôts, qu'il avait été chargé de lui conduire; mais, au lieu de rester avec les Franco-Bavarois pour a<?ir en masse au centre de l'Empire, il retourna sur le Rhin, suivant le plan qu'il avait lait agréer au roi. L'électeur et Marsin se rt'i)liéient sur L ini, suivis de près par Bade, qui avait ramassé le gros des forces allemandes sur les deux rives du Danube. Kugène arriva lûeutôt au camp de Bade» à Ëhingen.

Mariborough » cependant, s^était jeté à la droite du Rhin * (26 mai), avait passé le Mein (30 mai ) et gagné le Neckcr (4 juin).

Il y fut juiul (uii' des renforts hollandais. On ne pouvait plus douter de la prochaine eonrcntration des alliés sur le Danube. Villeroi vint du Luxembourg joindre Taliard à l'entrée de l'Alsace. A la nouvelle du mouvement de Yilleroi , Eugène et Bade , laissant leur armée à Ëhingen, accoururent conférer avec Marlborough à Rastadt' ( 16 juin). Ils convinrent que Marlborough et Bade opéreraient contre les Franco-Bavarois avec la plus grande partie des forces combinées et qu'Kugène se posterait entre les li*;nes de J'uiil et le Bas-Necker, avec une réserve composée de nouveaux rentorts allemands, hollandais et danois. Louis XIV, sans conn tîfre les projets des alliés, expédia des ordres analogues à ses généraux : c'était que Taliard allÀt joindre l'électeur et Marsin, et que Villeroî s'établit à Offenbourg, sur la rive droite du Rhin, <n face des lignes de BUhl. Malheureusement, si ces pUns se ressemblaient , l'exécution en fut bien difîérenle. Un temps précieux avait été perdu en hésitations, en échange de lettres, à cent vingt lieues de dislance, entre Versailles et les maréchaux. Taliard ne passa le iUiin à Kehl que le 1*' juillet , et Yilleroi que le 7. Dès le 22 jmn, Tarmée de Marlborough s'était réunie à celle de Bade à

1. Le prince de Bade y âvalt hà\i un obàteau qui était U miniature de Venaille».

tn04) GU£nBB D'ALLEMAGNE. 425

quatre lieues frUlm. Ces deux généraux prirent aussitôt i olieusive avec soixante mille hommes contre l'électeur de Bavière et Marsin, qui^ le 26 juin, en avaient réuni trente -cinq mille entre DUlingen et Lawingen et détaché dix mille sur la hauteur de Schellenberg près Donawertb; Télectear faisait retrancher le Schelien» berg afin de conTrir Donawerth, point capital pour la défense de la Bavière. Il eût fallu se mettre en mesure de soutenir ce poste : l'électeur et Marsin se laissèrent amuser pur les ennemis; ceux-ci, après avoir menacé pendant (juatre jours de les attaquer à Diliingen (27 juin- 1<" juillet), tiièrent le 2 juillet, au point du jour, sur Donawertb , avec une telle rapidité , que Marlborough arriva dès cinq heures du soir au pied du Schellenberg et ouvrit Tattaque avec une avant-garde de douze mille hommes. Le général bavarois d*Arco le repoussa par trois fois avec un grand carnage; mais, lorsque la masse entière de l'armée ennemie, con'hiite par le prince de Bade, tut entrée en action sur les huit lu ares, une plus longue résistance devint bientôt impossible : il ne resta aux «Franco-Bavarois qu'à se retirer à la faveur de la nuit. Les vainqueurs avaient perdu beaucoup plus de monde que les vaincus; mais le résultat fût considérable. Kélecteur de Bavière évacua Donawerth , Neubourg , Ratisbonne , c'est-à-^lîre toute la ligne du Daiiiiljc, ^auf L'im et Inprolstadt, et se l'etira sous Au^'slxnirg. Les généraux ennemis jetèrent des [mnl^ sui* le Danube et sur le Leeh, emportèrent Hain, qui leur ouvrit la Bavière, et ollrirent à Télecteur des conditions de paix avantageuses. On lui eût fait des concessions de territoire et Ton eût rétabli son frère dans Télectorat de Cologne. Sur la nouvelle que Tallard passait enfin les Montagnes Noires, Télecteur refusa, et les alliés se vengèrent en lançant dans toute la Bavière des partis dont les cruautés rappelèrent la dévastation du Palalinat.

Tallard, comme il avait fait en mai, descendit de la vallée du Rhin dans la vallée du Danube par Villingen, du 12 au 15 juillet : le 2f , mformé qtt*Eugène avait quitté les lignes de BQhl et marchait sur son flanc» il prit la rive droite du Danube et poussa sans obstacle jusqu'à Augsbourg, où il joignit rélecteor et Marsin , du 3 an 4 août. Eugène s'était avancé entre le Hant-Necker et le Haut- Daoube avec la moitié de son corps d'armcc (quinze mille lioiumcs].

m LOUIS XIV. [17041

Viiicroieût dù suivre le inonviMuciil d lAi^ène; mais il se laissa quelques jours abuser par les marches cl contre-marches de ce grand stralégisle ; puis, au moment où il soupçonnait son vrai dessein, il reçut du roi l'unlre exprès de ne s'engager en aucun cas dans les montagnes, de peur de découvrir l'Alsace, comme si les quinze mille hommes laissés par Eugène aux lignes de Biihl eussent pu être à craindre pour Landau et Strasbourg! Cet ordre déplorable assurait la supériorité à l'ennemi sur les lieux où allait se décider le sort de l'Allemagne. Tandis que Villeroi restait immobile sur la Rintztg, Eugène volait k tire-d'aiie vers le Danube et l*attei< gnait, le 8 août, k HOchstcdt, sur le champ de bataille naguère illustré parVillars. Marlborough revint, de l'entrée delà Bavière, au-devant d*Eugène, pendant que Bade marchait contre Ingolstadt avec de Tinfanterie. Tallard et Marsin, ne pouvant empêcher la jonction des chefs ennemis , i)roj( tèrent de leur couper tes communications avec Nordl i n^vn etlaFranconie, d'où ils tiraient leurs approvisionnements. Le 0 août, l'électeur et les deux maréchaux se porlèrcat d'Aussi»! Mil i; ;ï Lawingcn, où ils passcrenl le Danube, le 10; mais, une fois l;\, l'élecleur ne voulut plus sou;;or à autre chose qu'à courir à remicmi. Les plus graves raisons prescrivaient de gagner du temps, comme le demandait Tallard. L'électeur, malgré les représefjtatious de Marsin, avait dispersé la plupart de ses troupes en Bavière pour repousser les partis ennemis * ; il fallait attendre le retour de ces côrps bavarois. La cavalerie française était en trés-mauvais état et avait ]>esoin de se refaire. Les ennemis, si on les eût tenus quelque peu en échec, eussent été abligés de se retirer en Franconie 'pour subsister, ce qui dégageait la Bavière sans coup férir. B*un autre c6té, les affaires de Pologne et de Hongrie prenaient un aspect de plus en plus menaçant pour Tempcrcur et pour ses alliés. Rakoczi insultait encore une fois Vienne avec la levée en masse hongroise et allait être proclamé prince de Transylvanie par ce pays affranchi des Autrichiens. Le roi électeur Auguste de Snxe, membre de la Grande Alliance, venait d'être déclair déchu du ti'ône de Pologne parles confédérés polonais, unis aux Suédois contre les Saxons et contre les Uusses,

1. 11 u'avait aa canip que cinq butailloas et viugt-troiii escadroiu ba¥aroi4

[1704] BATAILLE DE UOCIISTEDT. 411

leurs auxiliaires; ces conjonctures, qui devenaient de plus en plus favorables, défendaient de rien risquer sans nécessité.

L'électeur n'écouta auam rHisonnemenl : il ne voulut pas même qu'on s anvtàt à Ilrtcbstcilt, où l'espace entre le Danube et les hauteurs qui borneut sa vallée est assez étroit, luai écageux et facile à défondre. Il entraîna l'aiiuéc, le 12, entre Blindheim (ou Bleinheitii) et Liitzinirt'ii, avec le projet de marcher de là sur Donawerth, où iMiirlliurough et Eugène s'étaii'iil réunis le 11 . Los ennemis le prévinrent : le 13, à la pointe du jour, il s'en vinrent droit au camp franco-bavarois. L'armée de Tallard, appuyée au Danube et au village de Blindhciui, formait la droite; l'armée combinée de l'électeur et de Marsin, appuyée à des hauteurs boisées et au village de Lutzingen, formait la gauche; Marlborougb, avec les Anglo-Bataves et leurs auxiliaires soldés, fit face à Tallard ; Eugène, avec les Austro-Allemands, à Télccteur et à Marsin. L*ennemi comptait environ trente -trois mille fantassins et vingt neuf mille chevaux; les Franco-Bavarois pouvaient avoir trente-cinq mille fantassins et dix-sept ou dix-huit mille cavaliers, dont un assez grand nombre étaient démontés par suite d*une épizootie qui désolait l'armée de Tallard. Ces forces se trouvaient distribuées d une manière très-inégale, Marlborougb ayant beaucaup plus «l'infanterie et plus de deux fois autant de cavalerie que Tallard, tandis qu'Eugène était inférieur à l'électeur et à M.u -in de plus de moitié »*n inCanlcrii' et leur était peu supéi'ieur en ciivnlerie. Mnrllxirough diminua un peu cette inégalité en renforçant Eugène de quelques bataillons. Le grand effort allait tomber sur Tallard. Ce maréchal ne fit rien decc qu*il fallait pour atténuer le péril. Entraîné à combattre dans un poste qu'il désapprouvait, il se troubla et prit de mauvaises dispositions. Il ne se mit pas en mesure de disputer le passage d*un ruisseau qui couvrait son front : il entassa une masse dinfonterie dans Blindheim et n'en garda presque point pour soutenir sa cavalerie en plaine; il réduisit encore cette cavalerie, déjà si faible, en faisant mettre pied à terre à ses dragons pour les joindre à Tinfanlerie dans Blindheim. Presque tous les officiers-généraux élaient, comme lui, démortilisés d'avance.

Les premières heures de la journée furent cependant liès-

' meurtrières pour les Ahglo-Bataves, qui restèrent longtemps exposés au feu de l'artillerie française (quatre- vingt dix pièces de campajrnc), en altendant «iirHugC-ne, qui avait des ravins et des bois à tourner, fût ai i i'>c eu lifjne. Les premières attaques contre Blindlieiin furent vigourTuseuient n i)oussées; mais, quand Mariborougli, se contentant (renlretenir le feu contre Rlindiieiui pour amuser Tallard, eut laueé la masse de ses troupes au delà du ruisseau dans la plaine, la lutte devint évidemment inégale : les escadrons français n'aVaient pu se former que sur deux rangs; les ennemis étaient sur trois ; les escadrons ennemis, s'ils étaient ramenés dans ime charge, se ralliaient sous la protection d*une puissante infiinterie; les Français n'avaient pas cette ressource. TaUard envoya demander & rélecteur et à Marsin un secours in-

• dispensable; une partie de leur cavalerie s*était Jointe à celle de Tallard; ils refusèrent de se dégarnir davantage, La cavalerie de TaUard, poussée par quatre lignes d'escadrons et prîsê en flanc par le feu des bataillons ennemis, se rompit et abandonna en plaine un petit corps d'infanterie, qui fut haché. Taîlard voulut regagner Blindheim pour en tirer le gros de son infanterie et tenter la retraite; il fut enveloppé et pris avant d'y arriver. La plus grande partie des troupes de Marlhorough se rabattirent sur Blindiieim. Le reste alla sec ourir Eugène, qui, attaquant avec des forces inférieures un ennemi bien po&té, avait essuyé de grandes pertes et avait été fort heui'eux de n'avoir pas affaire à des généraux plus habiles. Quand i'éiecteur et Marsin virent de loin l'armée de Tallard en déroule et les colonnes de Marlliorongh tourner contre eux, ils se retirèrent en bon ordre par les hauteurs, sans faire la moindre tentative pour dégager l'infanterie de Tallard, ni pour rallier sa cavalerie. Le dernier effort de la bataille se concentra sur Blindheim. La plus grande confusion régnait dans ce village, si follement encombré de soldats. Le général qui j commandait, avait perdu la tète : il poussa son cheval daiis le Danube et se noya. Son lieutenant ne sut pas le remplacer ni assurer la retraite quand elle était encore possible. Blindhélm fut cerné et assailli par des masses. Une première brigade, enveloppée, se rendit; sur le soir, l'officier-général commandant capitula pour tout le reste ; vingtbept bataillons de vieille infanterie et douze escadrons de dragons,

ii70«] BATAILLE DE HOGHSTEDT. 419

OU du moins ce qui en restait, se rendirent prisonniers de guerre;

le régiuicnt de Navarre bi ùla ses drapeaux et brisa ses armes de rage! Dix à onze mille prisonniers étaient demeurés dans les mains de l'ennemi; douze à quatorze mille morts ou blessés jon* chaieiit le champ de bataille, ou se traînaient à la suite de Télecteur et de llarsin sur ie chemin d'iJlm.

Les conséquences immédiates de la défoite furent pires que la défaîte elle-même. L'électeur et Marsin eussent pu s'arrêter à Ulm, y appeler l'armée de Villeroi et les troupes restées en Bavière. On avait sauvé la meilleure partie de l'artillerie; la cavalerie de Tallard avait rejoint; l'ennemi ne laissait jkis que d'être afl'aibli par douze ou treize millf bommes tués ou hors de eombat, et la guerre défensive sur le Danube n'eût été nullement impossible; on pré> tend que l'électeur ouvrit cet avis; mais l'abattement était trop grand : le conseil de guerre vota pour qu'on évacu&t Augsbourg et tous les postes occupés en Souabe, sauf Dlm ; on laissa dans Ulm quatre mille soldats et les blessés, cl l'on n'appela Villeroi à Villingen que pour protéger la retraite des vaincus a ti'(àvers les Montagnes Noires; l'armée fugitive ne s'arrêta que sur la rive gauche du Rhin. Ëlie abandonnait aux alliés TAllemagne entière, pour prix d'une seule victoire ' !

Le dommage matériel était immense; le dommage moral plus grand encore; la renommée de nos légions, si longtemps invincibles, était profondément ébranlée par cette capitulation inouïe de tout un turps d'armée sur le cbainp de bataille; le prestige de la France était dissipé ! Ce ne l'ut qu'un ei i i)armi les nations coalisées: « la voilà qui vient, cette ruine si longtemps attendue! Ce que la guerre de 1688 n'a pu foire» la guerre de la Succession l'accomplira! Après trois ans d'oscillations, la fortune se décide! Que Louis XIV reconnaisse enfin que personne, avant sa mort, ne doit être appelé Grand ni Heureux ' ! »

1. Gioéral Pelet, t. IV» p. a«9-621. — SainW^ilatM, t. lll, p. 43. — Lamberti, U in, p. M*109. — Quinci, t. IV, p. 258-290. — Damont, U$ BataiUtt $t Vicloim Y i pritict EugèM. — La réaolotion du cooRil de guerre Tut oooronne «nx intentions

du vol.

2. — AONOSCAT TAKO£3i LUDOVICUS XIV >'EajISEM DEDEEE A2iTE OBITL'M AUT

VBUCKM AiDT MXQWU vocAai t — loacription pruposée pgnr nn monameni en mémoîK ae & bataille da Uocbstedt.

â30 LOUIS &1V. [1704]

L'électeur de Bavière regagna tristement son ancien gouverne* ment des Pays-Bas, qui aÛait être son seul asile. Villeroi prit le commandement sur le Rhin. Les ennemis arrivèrent sur ce fleuve presque aussitôt qiic lui. Eugène, Bade et Marlborough, laissant

des troupes devant Iiicrolsl.idt et devant Ulin \ marchèrent droit à Pliilip-lHUii^ ci } iiaiichirenl le lildn, du 5 au 7 septembre, sans que \ liieroi essayât de leur disputer le passage. Il ii'i'ssaya pas davantage de soutenir Landau; il laissa une forte garnison dans cette plu e et se retira sm ! i^Moder. Landau fut aussitôt investi (9 sepleiabrc). Eugène cl Marlborough eussent volontiers jwssé outre et cherché sur-le-champ à pénétrer en France; mais le prince de Bade obtint qu'on dét)arrass;U d'abord son pays et les cercles rhénans d'un voisinage redoutable. Au bout de quelques semaines, les généraux ennemis, voyant Landau très-éloigné de se rendre, transigèrent sur leurs vues respectives; les Allemands restèrent devant Landau, où le roi des Romains vint les joindre; les Anglo-Bataves se dirigèrent sur la Moselle, occupèrent Trêves^ qui ne fut pas défendu (30 octobre), investirent Trarbach et poussèrent leurs avant-postes sur la Sarre ; Marlborough se mit ainsi en mesure d*attaquer la Lorraine au printemps. Pendant ce temps, un traité était signé au camp devant Landau, entre les commissaires du roi des Romains et de rélectrice de Bavière fondée de pouvoir de son ujari; toutes ks places fortes de la Bavière devaient être remises àTempereur; les tioupcs restées en Bavière devaient è(t e licenciées avec serment de ne plus porter les armes contre lenipereur et l'Empire; les seules conditions étaient le maintien des privilèges et coutumes du pays et la résidence de i'électricc à Munich , démantelé, avec le domaine utile de la régence de Munich (9 septembre).

Landau, après une très-belle défense, qui avait réduit la garnison de cinq mille hommes à deux miOe et eoûté plus de neuf mille hommes à l'ennemi, fal enfin rendu le 24 novembre par son gouverneur Laubanie, qtl*avaient aveuglé des éclats de bombe. TraiiMch se défendit avec le même héroïsme ; il en coûta anx Anglo-Bataves quinze cents soldats et six semaines, pour forcer dnq

1. Ulm s« rendit dès le 10 septembre, mo^enaant la libre retraite de la garni soi» tldeibMMil »...

PEHTE DE LANDAU. 43!

cents Iiommes dans cette forteresse. Ces braves garnisons relevèrent l'honneur de Tarmée.

La confiance des alliés n'en fut pas diminuée : leurs espérances étaient sans bornes, comme leur joie; rorgucil anglais, surtout,

^ si longtemps froissé et refouli!, dcbortlail en vrai dciiro ; on élevait Marlborough au-dessus de tous les héros de l'histoire et de la fable. Gréé prince de TEinpire par Léopold, reçu à La Haie par les États-Généraux avec les honneurs qa*on eût pu rendre à ,un stathouder, il fut à Londres l'objet d'un enthousiasme que les pouvoirs constitués traduisirent en félicitations solennelles et en dons magnifiques; la reine lui transféra un domaine de la couronne,

' Woodstock, où on lui bâtit un splendide palais qu'on nomma BlciiiliL'iin en soiivenli de sa victoire.

Les événenicnls d'Esjjagiie, s'ils ne repondaient pas autant que ceux d'Allemagne aux vœux de l'Autriche, étaient de nature à augmenter encore la satisfaction des Anglais. Le début, cependant, n*avait pas été heureux pour les alliés : Tarchiduc Charles, débarqué àLisbonne le 7 mars, avec un petit corps d'armée anglais,

' allemand et hollandais, n'avait pas trouvé le Port ugn 1 en mesure de remplir les engagements de son roi; l'Espiigne, nial^iié le déplorable état de ses finances et de son année, l'ut prête la première, grâce à des levées de milices en Castille et en Galice, et grâce surtout à l'envol de dix ou douze mille Français que Louis XIV avait expédiés outre-Pyi^nées, sous les ordres du duc de Bervrick» fils naturel du feu roi Jacques II et d'une sœur de Marlborough et récemment naturalisé Français. Philippe V et Berynck prévinrent rinvasion en « rivahissanl eux-mômes le Portugal avec vingt-six à vingt-huit uiilie combattants. Ils enlevèrent presque sans résistance un bon noi/ibre de places et y. prirent en détail une partie des troupes alliées* Si le plan de campée eût été bien exécuté, le Portugal eût couru un extféme péril. Deux corps d'armée devaient marcher par les deux riyes du Tage j usqu'à Yilla-Veilhaf . où ils se joindraient pour se porter aussi loin que possible yen Lisbonne. Le généi'al flatuMud TserclaOs, qui commandait le corps de la rive sud, ne sccuiida point du tout Piiilippe Y et Berwick et lit manquer le projet par sa timidité et ses fausses manœuvres; le temps se passa ; les grandes chaleurs vinrent et il fallut se ,

cantonner et raser la plupart des places prises. La pénurie où était rarmée franco-espagnole, en fait d'équipages et d'approvisionnemeDts, eût probablemeut, en tout cas, empêché un succès complet ( mai-juin ).

Les alliés échouèrent aussi d'abord du côté de la mer. L'amiral Rooke, après avoir inutilement guetté les galions d'Amérique, avait fait voile pour Barcelone et tenté une descente : on lui avait montré les Catalans prêts à se soulever au premier aspect de sa flotte; un complot avait été, en effet, tramé dans Barcelone, mais la mine fut éventée; la flotte ennemie, après un bombardemcat sans résiilt il, t< [uii le larjic (mui-jum).

L*aniiial unifiais réussit mieux dans une entreprise moins esbcijtielle au succès direct de la guerre, mais plus utile à TAnglegleterre et plus menaçante pour cet équilibre européen que chacun réclamait contre les autres et (]ue chacun voulait rompre à son profit. Le août, il se présenta devant Gibraltar : ce bloc de rocher, dernier promontoire poussé par l'Europe en face de l'Afrique, défendu vers la terre par d'autres rochei-s, vers la mer par les perpétuels orages d'utie baie sans abri, passait pour inaccessible et l'eût été s'il avait eu des défenseurs; mais il n'y avait pas cent soldats , presque sans canons montés et sans munitions. L'ambassadeur fhmçais Grammont avait inutilement prévenu le conseil d'Espagne de munir Gibraltar. La flotte alliée fit taire, par quinze mille coups de canon, les batteries du môle; les chaloupes y opérèrent une descente et enlevèrent le môle et quelque ouvrage avancé; la [letite garnison capitula (4 août). Les habitants sortirent en niasse plutôt que de reconnaître le rot Châties ÎU. Ce n'était pas pour Charles Ui que rAu-iLlcrir avait fait celte conquête, à Ia(juelle les armes hollandaises avaient, follement contribué lliiuke mit doux mille Ani^lais dans Gibraltar. Ce fut ainsi tjue i'An^^lelerre acrjuit la clef de la Méditerranée, répui*a, et Itieu au delà, la perte de Tanger, qu'elle avait eu un moment euti e les mains, et réalisa les derniers conseils de Guillaume III!

La flotte française parut sur les côtes andalouses quelques jours trop tard! L'escadre de Brest était partie de ce port le 16 mai, conduite par Tain irai de France : c'était le comte de Toulouse, le

am] GIBRALTAR AUX ANGLAIS. m

second éeà fils du roi et demadamedeMontespan, prince de vin^ài ans» de vaillant eamr et de bon esprit; il avait un second trèscapable de guider son inexpérience maritime , Victor-Marie d'Es-

tiées, qu'on aiipelait iiniiitonant le maréchal de CuL'uvres. L'escadre de Brest, sur l'ordre Irùs-liasardeux du roi, avait passé le déUoil de Gibraltar à la iiu de mai, évité heureusement la choc de la flotte anglo-batave, trop supérieure en nombre, et ^a^né la côte de Provence pour rallier l'escadre de Toulon. Arrivés là, Toulouse et Gœuvres n'avaient rien trouvé de prêt, par la criminelle négligence du secrétaire d*état de la marine, Jérôme de Pontcbartrain, (ils du chancelier. Ce ministre, le plus funeste qu'ait enfanté rdijsfirde ^vsleme de l'hérédité ministirieile, arrivait, par la perversité de son égoïsme, à des résultats pires encore que ne taisait Ghamillart par incapacité. Jaloux jusqu'à la fureur de Tautorité du grand-amiral > qm n'entendait pas s'endormir dans une somptneuse sinécure , il ne songeait qu'à le dégoûter de la mer, et son mauvais vouloir grandissait jusqu'à la trahison. A force d'activité, Toulouse et Cœuvres [)ai'vinrent à faiie ce ({ue n'avait pas fait le iiiniistrc et à mettre l'escadre de Touion eu étal de [(rendre la mer; mais les escadres françaises réunies ne purent arriver à Barcelone que le 1<" août, et Gibraltar était perdu avant qu'elles sussent où chercher l'ennemi *.

Les deux flottes furent en présence le 22 août, à la hauteur de Velez-Malaga. Le 24 août, Tennemi, ayant le dessus du vent, prît l'offensive. Les Fnmcais comptaient quarante-neuf vaisseaux, dont on seul au-dessous de cin(tuante canons; Vvtai de la flotte ennemie mentionne quarante-trois vaisseaux au-dessus de cinquante canons et neuf de trente à cinquante; mais cet état parait incomplet, d'après le témoignage de deux des principaux acteurs , Villette et Sourdeval , qui donnent à l'ennemi , l'un, soixante-deux , l'autre, soixante -cinq voiles, sans les bâtiments légers. Les Fran-

1. V. le Mém. fur la Marine de France, par Valîncoiirt, secrétaire g^énéral de la marùie, et le Afém. au roi, par 1« cuintc 'le Toulouse, en tête de» àiém. de Villette, p. L-ULTIII. — iiaiut-Simou, qui ne roèiiu guère de confiance dans se» euvicuâcs dédamatioiit contre Luaubooig, oontr» Villars, contre Vcndtaïc, oontie presque tinis DOS généraux émiiicnts, est ici beaucoup plus croyable. Avec sa haine maniaqne contre ks M lard f des roM, il faut que le comte tic Tuulou-e ait eu cent fuis raison pour qnil prenne ^on pnrti, comme il le fait, contre le ministre. — Y. Salut-Sirnoo* t. IV, p. 225; t. XIII, p. 304.

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