‹ Historie De FranceChapitre 131 sur 168 · fém. deNoaillw.p. 182-187.— QQincl,t.lV, p · texte numérisé non relu

fém. deNoaillw.p. 182-187.— QQincl,t.lV, p

2. T e timire de la tnilice doniiaîtlieu h de«i scénpT> liien donlonmises. Le désespoir •tes miticien!» qu on envoyait en Italie, d'où il n'en reveoRit jamais an seul, était si grand, qoe beanoonp m mntib^ent poar s'eimapler. T. Saint-^inoo, t. IV, p. 432.

tl706j SrÉfiE DÊ BARCELONE. 451

leur armi^p d'Italie, iMii^itcnips Jicgiii^ui', et de pousser leurs succès en Espagne; Marlborough avait éclaté de telle sorte contre les commissaires des Ëtats, contre ces hommes de cabinet et de comptoir qui venaient contrôler et paralyser les généraui, qu*aidé du pensionnaire Heiosius, il s'était fait donner à peu près carte blanche aux Pays-Bas pour celte année.

Dès le mois de février, roffensive fût ressaisie en Espagne par les Français, afin de recouvrer ce que Tlneptie de CbamlUart avait laissé perdre &ute de secours en temps utile, fiemick, nommé maréchal de France» fut replacé à la tète du corps d'armée qui défendait la ih>ntière voisine du Portugal. Tessé, avec de nou* velles troupes auxiliaires françaises, fut chargé d*opérer, sous les ordres de Philippe V, contre la Catalogne, du côté de l'Ai i^^oii, tandis que le duc de Noaillcs, fils du maréchal de ce nom, laisait une diversion du côle du Roussillon et qu'un corj)s espaj^^nol bloquait Valence. Pendant que le clergé catalan se jetait as ec fureur dans le parti autrichien, les éviVpics de Murrie et d'Orihuela avaient, au contraire, levé des mihces pour combattre la rébellion valencienne et avaient conservé Alicante à Philippe Y. hd jeune roi, par le conseil de son aïeul, avait décidé une grande et difficile entreprise, le siège de Barcelone; il recouvra, sans obstacle sérieux, ime partie de la CaUilogne et arriva , le 5 avril, devant Barcelone, avec vingt-cinq mille soldats, presque tous français, et une belle artillerie. Le comte de Toulouse, qui. Tannée précédente, s'était trouvé dans Timpuissance de disputer la mer à la puissante flotte ennemie réunie pour attaquer Barcelone, parut devant cette ville en même temps que Philippe Y; la flotte française comptant trente vaisseaux de ligne, quatorze galères, cinq galiotes à bombes et cent cin(piante transports destinés à l'approvisionncuieut de l'armée. Le prélefidaut (^hai les III était dans la place avec quatre à cinq laille hommes de troupes régulières et huit à dix mille miquelets cl bourgeois armés, qui 1 avaient forcé de rester pour partajp^er leur sort. C'était donc, pour les alliés, uneifii ti nn décisive, et ion devait s'attendre aux derniers eCTorts de leur part atin de sauver Barcelone.

ia seule chance de succès, pour les assiégeants, était dans la vigueur et la rapidité de l'attaque. 11 eùi fallu battre iuunédiate-

434 LOlilS XIV. inoii}

ment le cor|>s de la place» très- mal fortifiée» et négliger le Mont- Juidi. On fit le contraire : on consuma trois semaines à prendre le Mont-Juîch; pendant ce temps» il se forma au dehors une véritable armée de miquelets, mêlés de quelques troupes alliées, qui assiégèrent, pour ainsi dire, les assiégeants et Jetèrent de fréquents secours dans la grande cité qu'on n'était pas en état d*înveslir coniplLtonient. La brètlic ne fut ouverte au corps de la place que le 5 mai; un premier assaut fut repf)ussé. Les prêtres, les uloincs, les f 'mines mêmes coiiiballaiciit avee furie. Le [Hvtcndant avait recouru à un étrange expédienl pour soutemr le courage d'une population ardente et crédule : il avait annoncé soleniielleuienl que la sîiint»' Vierge lui était apparue et lui avait garanti la victoire. Les hèrttiqiirs se chargèrent de dcL'^ager la parole de la sainte Vierge. Le 10 mai, à l'approche de la flotte ant:lo-bala?e» forte de quarante-huit vaisseaux de ligne, le comte de Toulouse remit à la voile pour Toulon. La flotte ennemie jeta un renfort considérable dans la ville. On leva le siège dans la nuit du 1 1 au 12 mai ; on encloua les canons; on creva les mortiers; on abandonna les approvisionnements et l'on remit les malades et les blessés à rhumanité de Tenncmi. La retraite sur TAragon fut jugée trop longue et trop périlleuse: on marcha vcrsleRoussillon, pour faire le tour des P}rénées et rentrer en E^p.-igne par la Navarre. L'eff»*f de cette retraite de Pliilippe V en France fut désastreux : tout l'Aragon se révolla el proclama Charles ÎIÎ.

La situation n'était pas moins sniubre à 1 autre bout de l'Kspagnc Les alliés prenaient Piiilippe V entre deux feux. Ils avaient envoyé de nouvelles troupes en Portugal durant l'hiver et, dès le moi:? de mai*s, ils franchirent de nouv.-au la frontière, mais avec des chances inliiiiment plus favorables que les deux premières fois. Grâce à la détestable orf^anisation du gouvernement espagnol, où les capitaines- généraux (gouverneurs), au lieu de dépendre d'un ministre de la guerre, disposaient chacun, en vrais vice-rois, des forces militaires de leurs provinces, Berwick n*avajt pas reçu à point les renforts nécessaires ; il ne put que jeter quatre ou cinq mille Cuntassins dans Alcantara et voltiger devant Tennemi avec un corps de cavalprie. ta garnison d'Alcantara, très-mal commandée» se rendit dès le U avril. Plusieurs autres villes de

[I70«) REVERS Ei\ ESPAGNE. 455

rRsIrcraadurc et du [.ion succombèrent iirosijue sans résistance. Des qu'on sut la levée du siège de Barcel(jne, les généraux ennemis, le réfugié Ruvi<,mi, comte de Galhvay, et le Poi liigais Uib- Minas, marelïi'Tent par SalamaïKiue >\iv M uirid avec dix-sept ou dix-huit mille hommes ; aucune place forte ne les séparait de cette capitale. Le 19 juin, lMiilipi)e V, qui était revenu en poste k Madrid par la Navarre, évacua la capitale , suivi des grands, des conseils et des tribunaux, et rejoignit le petit corps d'armée de Berwick, qui se repliait d'étape en étape devant renncmi. Le 25 juin, Gallway et Las-Minas entrèrent à Madrid ; les rues étaient désertes; Madrid semblait une ville morte, symbole de la GasUlle écrasée entre TAragon et le Portugal ^

Les tristes nouvelles d'Espagne frappèrent successivement Louis XIV, déjà bien craellement éprouvé ailleurs; le malheur se déchaînait de toutes parts sur le vieux roi et sur la France, qu'il entraînait dans sa destinée.

Son jtlari de campagne, j»uar les IVoiitièrcs du nord et de l'est, avait élc imprudent et mal conçu. Il ccmsistait à faire reprendre les lignes de la Moder et de la LandT |>ar Villais et débloquer le Fort-Louis, juiis à faire remettre Villars sur la défensive en Alsace, Umdis que l'électeur de Bavière et Villeroi prendraient Tofifensive en Belgique. La capacité respective des généraux eût prescrit tout le contraire; c'est-à-dire que Villars eût dû être seul chargé des opérations adtives. Il exécuta parfaitement ses instructions ; renforcé par Marsin , qui commandait un corps sur la Moselle, il surprit, le i*' mai, les lignes de la Moder, débloqua le ^Fort- Louis, poussa aux lignes de U Lauter, qui ne furent pas défendues, fit reprendre sur ses derrières Haguenau, emporta la tète du pont de Statmatten et chassa outre Rhin le prince de Bade, qui n*avait que des forces très-inférieures, le nouvel empereur, contrairement aux exemples de son père, ayant négligé l'armée du Rhin pour l'année de Hongrie 11 eût été facil»' de reprendre Landau, ou d'efTectuer en Allemagne une diversion redoutable et peut-ôtre de soulever de nouveau la Bavière, indignée de voir son prince mis au ban de l'ii^inpire avec l'électeur

1. Mim. de Noailles, p. 193. — ^fém. de TcBsé, t. JI, p* 21S-228. — Quind, U V» p. 192-235, — Jftm. 4a B«nriok, t. Ui, p. 235-255.

650 LOUIS XIV. nw«J

(io Colo}?nc par rît^cret împt'riHl du 26 avril. Louis XIV persista jdans ses projets, arrêta l'essor de Villars, et ordonna à Marsin d'aller seconder Villeroi aux Pays-Bas, comme il avait secondé Villars en Alsace. Villars, séparé de Marsin, privé d'une partie de ses propres troupes, qu'on lui enleva pour la Flandre, put encore emporter la téte de pont qu'avaient les ennemis en face de Fort- Louis, à la tète des lignes de Stolhofen à BohL On peut juger de ce qu'il eût fiiit si on ne lui eût coup6 les ailes.

Les armées s'étaient rassemblées dans les Pays-Bas vers le commencement de mai , les Français dans le Brabant, les alliés dans le Liégeois. Le roi, animé ]yar les succès de Villars , par un avantajre qu'avait remporté Vendôme en LomÎ3ardie, et mêiu:* par la prise du Mont -.Inii h , j)résage trompeur, comme on Ta vu, enjoignit il Villrroi de re|»rendre Leau (Lee^ve) cl de livrer Ivitaille si l'ennemi (entait de s'y opposer. C'eût été bon j)our un Vendôuïe ou un Vill;i!s. Deux ;nis auparavant , l'ordre timide et à contretemps qui avait enciiainé Villeroi sur le Rhin avait causé le désastie de- HOchstedt. Ce nouvel ordre, téméraire non moins à contre-temps, devait être au moins aussi fatal !

liarlborough avaif, f!i- s >n côté, le projet d'attaquer Louvnin au risque d'une bataille. De Tongres, il se porta, du 20 au 22 mai, sur (sortisse et Warem. Villeroi s'avança, le 21, entre les deux Gheetes, vers Heylissem; il attendait, pour le surlendemain, vingt escadrons détachés par Marsîn, qui était à quelques journées en arrière avec dix-huit bataillons et onze escadrons, venant de Metz. Le bon sens prescrivait d'attendre Marsin et tout son corps avant de combattre ; mais Villeroi était très^-mal renseigné sur-la force réelle des ennemis et ne doutait de rien. Chez.Vinar«;, la présomption tenait au sentiment d'une forée et d'une iuU Hij^t nce capables de faire réussir les plus grandes audaces ; chez Villeroi, elle tenait à la médiocrité même et au i)eu de portée de la vue. Mariborough résolut d'empêcher la jonction entre Villeroi et Marsin, de couvrir Leau et de rejeter h s Français sur Li uvain. Le '23, les deux années s'avancèrent, à la rencontre l'une de l'autre, vers l'étroit espace qui sépare la vallée de la Mehaigne, atUuent de la Meuse, et les vallées des deux Gheetes, qui vont au Demcr, une des ramifications du bassin ile l'Escaut. Mariborough marcha

(«7061 BATAILLE DE RAMILLfEft. &51

|)ar Mienlorp sur Boneffe. Villeroi appuya sa droite à Taviers sur la Mehaigne, occupant TnviiM scl un pi til marais voisin avec cinq bataillons ; puis venait la cavalerie française, rejointe à Tinstant mî^me par les vingt escadrons qui précédaient Marsin ; elle fennait l'intervalle de la Mehaigne aux deux Gliertes, qui n'était que d'un quart de lieue : à gauche de la cavalerie française, se déployait rinfantcrie, ayant devant son front le village de Ramillies; puis la cavalerie espagnole et bavaroise, en arrière des villages d*Offiez et d*Autre-Église, garnis d'infanterie comme Ramillies. Le front de Tarmée n*avait pas moins de cinq quarts de liQue. L*armée firançaise comptait soixante -quatorze bataillons et cent vingt-htiit escadrons; Tarmée ennemie quatre-vingts bataillons et cent vingt- trois escadrons.

A quatre licures du soir, Marlborough fit attaquer Autre-Ë^^ise et Raidillies. Ces tentatives furent rrpoussées; niais ce n'étaient que (le fausNes attaques. Marlboron^li av;(i( reconnu que la gauche fiançaisc et une partie du centre daieni (oii verts par des ravins, (Jcs piisseaux, des obstacles pres(jue insunuonlables ; il amusa do ce côté l'électeur et Villeroi par quelques démonstrations, massa toute sa cavalerie contre la droite française et jeta quatorze bataillons sur le village de Taviers. Les cinq bataillons qui occupaient ce village appelèrent à leur aide quinze escadrons de dragons, qui mirent pied à terre : l'infanterie ennemie fut repoussée; mais, pendant cet engagement, la cavalerie ennemie tout entière enveloppait et noyait la cavalerie française, que tournait en même temps un gros d'infanterie. La droite française flit rompue ; alors une masse d'infanterie et d'artillerie assaillit de nouveau et emporta Ramîltîes. L'électeur cl Villeroi ordonnèrent la retraite, qui commença d'abord en bon ordre ; mais, tout à coup, la civalorir cspafrnole et bavaroise, qn ii avait laissée comph'lement itja( tive peiid.int le combat et qui < miM ait la reti'aile par le détilé de Judoigue, se débanda, saisie d une terreur panique. Au même instant, des chariots qui se brisèrenf arrêtèrent les ba^a^^es de Tartillerie et, par suite, toute la colonne en marche. Ce fut un flux et reflux effroyable; tout se rompit et se dispersa! L'ennemi, .qui n'avait pas d'abord suivi de près, arriva et enleva hommes et canons sans résistance. On n'avait perdu sur le champ de bataiUa

«5$ LOL'liâ AlV. 1170e:

que deux mille hommes, contre rennenii quatre mille; on perdit six mille hommes faits prisonniers en peu de moments. La nuit

aiTÔta la poursuite. Louvain rocueilliten majeure partie les débris de cette déroute sans exemple dans nos fastes mililnires du xvir siècle. Le corps d'infanterie et de dragons qui avait défendu Tavicrs parvint à gagner Namur.

L'électeur el Villcroi, hors d'état de défeudi e la Dylc, se rdirèrenl dei rière le canal de nnixclîesà Anvers. Marlhorouglt f^ifm, le 25 mai, à Louvain : il marcha si précipitamment qu'il ne ramassa même pas Tartiilcrie abandonnée sur le cbampde bataille; la garnison de Namur en vint reprendre trente -quatre pièces. L'électeur et Villeroi évacuèrent à la bAte Bruieiles, Matines et Lierre, et, dès le 26, repassèrent la Dender. L'ennemi occupa les villes évacuées, dont la population changea de maîtres avec indifférence. Le 27, Télccteur et Villeroi repassèrent en désordre TEscant à Gand et se postèrent entre l'Escaut et la Lis : on leva toutes les écluses de TEscaut; les quinze bataillons qui gardaient la Flandre rejoigrurent. Pendant ce temps, Marsin, avec son petit corps d'armée, arrivait de la Moselle sur la Sambre pt mettait en défense Charleroi, Mnns et Ath. La prinripale armée se réorganisait un peu sous Gand; mais elle éUiil dénifir ilisée : les troupes d'Kspagnc et des deux électeurs ne pouvairnl [Au^ iii>pirer aucune conliance : les lîispano- Belges, travaillés parles agents des alliés, désertaient en foule. Dès le 30 mai, Marlboroiigh ayant franchi la Dender à Âlosl et niarclié sur l'Ëscaul à Gaveren, on évacua Gand, Bruges et Dam, et Ton se replia sur la Lis, à Deynse, puis À Courtrai. Le 2 juin, Cliainillart arriva au camp et ordonna de séparer l'armée ; on jeta l'infantene dans les places et l'on divisa la cavalerie en petits corps. Marlhorougti, complètement maître 4e la campagne, passa l'Escaut le 4 juin, puis la Lis, et prit possession des places abandonnées. Oudeoarde et Anvers se rendirent, les 4 et 6 juin, à de simples détachements : les habitants d*Anvers et la garnison espagnole de la citadelle ne voulant passe défendre, la garnison française de la ville fut obligée de capituler. La mauvaise conduite des régiments hispano-belges et bavarois à Anvers et ailleurs obligea le roi à refondre ces corps, à les réduire et à prendre directement à sa solde ce qu'il en conserva : on soutint

{\m] REVERS EN BELGIQUE. A39

désorina^ guerre dans ce qnî restait des Pay<;-Bâs, nu nom de ia France et non [)lus an nom do l'Espagne. b)n quinze jours, on avait perdu tout le Brabant et les deux tiers de la Flandre espagnole 1

Louis XIV» reconnaissant enfin rimpuissancede Villcroi, exp6périence qui avait coûté un peu cher! rappela Vendôme en France pour sauver la frontière du Nord et t rendre aux troupes », suivant SCS proiiros tci'mes, « l'esprit de furce et d'audaco iiatmcl à la natiun IVafRaiso. i» Qu'allait devenir ritalic sans VcndôuK' ?... Le roi rt'soliil d'expédier en Italie le duc d'Orléans, son neveu et son gendre qu'il avait jusqu'alors systeniatiqueineut écarté des conimandenients militaires comme les autres princes du sang, afîn de leur ôter toute chance d'acquérir une importance personr nelle. Il offrit à Villars de commander sous le duc d'Orléans. Villars s'en excusa : l'épreuve qu'il avait faite en Bavière de ces sortes d'associations l'en avait dégoûté sans retour; ce fut un grand malheur ; car le duc d'Orléans se fût mieux accommodé avec Villars que l'électeur de Bavière. A la place de Villars, on «•nvoya un des vaincus de Hochstedt, Marsin, triste augure. II eût été plus simple de laisser Vendùun; en llalic et d'appeler Villars en Fla()dre, en chargeant Marsin de tenir ia défensive sur le Abin ; mais Louis ne voulut pas humilier son vieux favori Villeroi en le remplaçant par un autre que par un maréchal-général : Vendôme arriva, sinon avec le titre, du moins avec les attributions de ce grade, créé jadis pour Turenne. Ce fut pour de telles considérations que Louis risqua d'achever la ruine de sa maison

celle de la France*.

Mariborough poursuivait le cours de ses succès. Os!«'nde, bombardée, ruinée, se rendit le 6 juillet; ia garnison y fut contrainte par les habitants. Le vieux Vauban^ chargé du commandement sur les places de la côte, était venu à Dunkerque pour défendre son ouvrage. Les Ëtats* Généraux empêchèrent Mariborough d'as-

1. Lè due Philippe 4*0rléaD8, frère da roi, était mort le 9 juin 1701 et son titrv •vmit pané aa due Philippe de Cheitree, «on Ali, qai avait épûtt$4 une de« filles du roi et <]e madame de Monteipan. Le nouveau due d^Orléans^ en 1705^ était Agé

32 am.

S. Général Pelet, t. VI, p. 1-136-201. — Villars, p. 157.

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fi60 LOwis XIV.

siéger Dunkprqiie; il no leur convenait nullement d(* voir les Anglais renli'er on posscsr-ii iî de ce port, conquis jadis par- Cromwell, puis vendu par Charles 11. Marlhorough s'écarta de la mer, se reportn sur TEscaut à Espierre et fit investir derrière lui Meoin, bonne place française de la Lis, qui était comme Tavant- poste de Lille (23 juillet). Vendôme arriva peu de jours après à Valenciennes et reforma enfin l'armée sur la Basse-Deule, en avant de Lille, du 19 au 23 août ; il fit rétablir les anciennes L'gnes d'Ypres à la Marque, qui couvraient la Flandre française. Pendant ce temps, Menin, foudroyé par cent canons et soixante mortiers, succombait après une très- belle défense (22 août). Marlborough, voyant Yprcs, Lille et Tournai prntôgt's par la position qu*a\ait prise VendAme, détacha une division sur lie iiJermonde, qui, dej)uis trois mois, se maintenait obstinément au milieu d'un pays occupé par l'ennemi et avait rerjoussc mu' première attaque. Dendermonde fut obîijréc de capituler h? G septembre. Dr là, l'ennemi se porta sur A th. Le gouvernement français avait fait de tels efforts, que l'armée se trouvait presque égale à renneml en infanterie et en artillerie et supérieure en cavalerie; elle se raniniait sous la main de Vendôme, qui eût bien voulu s*opposer au siège d*Atb ; mais le roi, qui naguère enjoignait Taudace à Ville» roi, retint Vendôme et lui défenditde rien hasarder. Ath capitula le 2 octobre et donna aux ennemis toute la Dender, comme ils avaient déjà le Bas-Kscaot et la Basse-Lis. Le temps était trèsmauvais; les États -Généraux, craignant de ruiner leur armée, s'opposèrent à ce que Marlborough entreprît un nouveau siège et l'on se mit en quartiers d'hiver au commencement de novem])re. Une partie de la frontière française se soumit à une contribution de guerre pour se racheter du pillage et de l'incendie *•

1. Cm HttM d» mi(0ii»4ti]eat pawéM ta naagt mt let Ureotièm wipcBUfw, à l'approche d<S tméMt Ci iMTegardaient la ooQtrt Im nvagea d«i ptHb «mm>

mi». C'était nn coïiimcTiconient d'aiiuiicissement d«»8 o<îagres de la |»Tierre. — On trouve dans les Mm. du bénédictin D. Grenier, qui avait préparé une Histoirv ét Pioudie, un» intéimnânt» tnecdote à M «ijet. Le roi. en 170<ti, ayant àaokUidA ont eontribnUoD «straoïiUiiaire, même aux pays «noiptt, quatre paroisses da VAitou» formant ce qu'nr] non^mnit VA'J^ii, rr*" t^ Tutit, croyant qu'il s'agîssuiit <3e payer rançon à rennemi pour leur» terres, et deux cent* paysans partirent pour aller trouver le r»i à VemÛtos. GhaaMlut totflt antlar h Senlis, les obligea de reUmniar ehes eta <te&TO]r»dMtnNipMftm AdiMVdtion AMitlittillafw««ftilto «Qtqnikaaportéa

[1706] LES PAYSANS D*AIIT0I& M

Les évéDements d*ltalie ne tarent pas moins considérables ni moins fanestes que ceux d*Espagne et de Flandre.

Les opérations avaient heureusement débuté en Loiiibai die. Au mois d'avril, r«'niieini u'avauL t ncore que onze mille lioniincs dans le Ui es>aii, sur la Chicse, et six mille de l'autre cùté tlu lue de Garda, sur l'Adinr, Vondôine avait prolilé de sa frraiide supériorité numérique pour assaillir les quartiers impériaux établis le long de la Chiese. La cavalerie impériale fut débusquée de la hauteur de Galcioato à la baïonnette par l'infanterie française, qu'aida un corps de cavalerie qui monta à l*assaut à cheval par une pente abrupte. La moitié au moins du petit corps d'armée autrichien fut tuée ou prise (19 avril). Eugène arriva, le lendemain, de Vienne, où il était allé presser tes renforts promis ; il ne put que rallier les débris de ses troupes et les ramener en toute hAte dans le Trentin. Vendôme fit rompre ou occuper les passages entre les lacs de Garda et dldro et établit un camp retranché à Garda, sur l'autre rive du lac , afin de barrer aux Impériaux la descente des nionta;:ries dejmis la Chiese jus([irà l'Adige.

Ce premier avantage st inhlait promettre imbon succès au siéiie de Turin, si l()n^leMi[)s diiïéré. Il y avait eu autour du roi une discussion de plusieurs mois sur le plan à suivre. Vauban soutenait qu'il (allait cinquante -cinij ruille hommes effectifs et enlever d'abord les hauteurs à la droite du Pù, surtout la colline forliliée des Capucins, puis atliiquer la ville et enfin la citadelle. La Feuillade, appuyé par Vendéme, qui avait eu d*abord la même opinion que Vauban, prétendait attaquer directement et uniquement la citadelle par son front le plus saillant; le roi lui donna raison et,

à on â gnnd tJmtrknmtt c« n'eil i^m qu'ils reftumt de {wytr te MMmiie qu*ott Icw dtmaiMle; mail c'est qu'ils ne la veulent pas payer aux enneaila».. lia ne se

Peuvent persuader qtif S. M. le» oblipu fUe-iuême à payer conlriLution aux ennemis, vu qu'ils s'ofirent k défendre leur pays et l'euirée de t' Artois. IL» disent eu It^ur langage que tout ee qu'on leur slgnifle iu vient point Ml» tençat dm roi et qu'ils n*aaraieiit aneune dMIoahé à obéir s'ila fêtaient entendu eux-mêmes delU bouqu9 du roi. . On btâmc Pt on plaint fort ici ces p.tysans, qui sont CTicoro fiers «lo ce qu'ils n'ont jamais payé de coiitributions et ont toujours défendu eux-mêmes leur pay»t qui est capable d'arrêter une armée, quoiqu'il n'y ait que quatre parolisse. — Lettre dnjêanite art^len Bnmet à ton oonMre Le Gotileu, à ParUs du 18 janvier 17"7 : ap. Mss. de D. Gfenieri 87* paquet, n* It cité par J. Janoeklt Natiinial du 19 décembre IMl.

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le 13 mai, il parut enfin devant Turin. Quoique ses forces eussent été Ki'ossies par bcaucou[) do rcrrues, il n'avait peut-ôtre pas, à (jiiinzc ou vin{^ mille hoinuios près, les cinquante-cinq mille liuiiuiRS réclames par Vauban. Il fil tracer des lignes enlre le P<*> et la Pctite-Dûire, au-dessous de la ville, puis assit son camp de l'autre côté de Turin, la droite au P(^, la gauche à la lïoire, et acheva rinvestissemenl sur la rive gauche du Pô. La tranchée fui ouveilele^ juin. A la droite du Pô, La Fcuiilade D*attaqua point les hauteurs voisines de la capitale piémontaîse, mais il occupa des places qui commandaient plus ou moins les routes aboutis^ saut à Turin, telles que Ghieri, Moncaglieri et-Mondovi ( 16 juin- 2 Juillet). La population de Mondovi ne voulut pas se défendre; elle était favorable aux Français, sans doute par ressentiment des maux que son duc attirait sur elle. La Feuillade j oussa Victor- Amédée de poste en poste. Le duc se retira vers Saluct s, avec qiirhiin s iiiillu iiommcs qui lui restaient, |)0ur gagner les vallf'cs vaudoiscs comme dernier refii-c Asti, pendant ce trmps, fut repris par un détaehement liajiçais. Tout cela n'a\ait pas de valeur s(!Tieuse ; le siège de Turiu était tout et le siège allait bien îeiitcinenli

EugC'ne, cependant, avait reçu des n rifi i ts considérables et se .retrouvait à la téte, non plus de quelques débris» mais d'une véri* table armée. Voyant la droite de TAdige barrée par Vendôme , il descendit le long de la rive gauche jusque vers la Polésine, comme pour essayer de porter la guerre vers les bouches du Pô. Vendôme se croyait en mesure de Tempécher de traverser TAdige, quand il l eçul rordre de quitter l'Italie pour la Flandre (mi-juin. ) Prcssculaut qu'on allait (oui i)enln', il pria du moins le i<>i de lui donner Ber\>ick pour successi'ur : il a\nit apprécie les laleuls de col)àt;u'(l des Stunrts; niais Hei \n !> 1, ctait nécessaire en FspaLme'-t ce fut Marsin qu'on cxi)édia. Vemlônie garda le comiiiandruient un mois encore, jusqu'à l'arrivée du duc d Orléans et do .Marsin ; il le gurda trop pour sa gloire : du 5 au 6 juillet, Ëugène parvint À faire traverser î'Adij^e à une partie de son armée, près d'Anguiilara, ce qui lui ouvrit la Polésine. Vendôme se porta sur le canal Blanc. Le 12 juitlcl, un corps ennemi [vissa le canal Blanc préâ de son conduenl avec TAdige, vers Carpi, et coujki un corps fran-

[J'WI S(É(iE DE TCKIN. 463

çais, qui fut obligé de se jeter au midi du Pô. Vendôme alors se décida à se replier derrière le Mincîo, ce qu*il avait jusque-là rejeté bien loin. Il venait à son tour de subir les mêmes échecs que Ciilinat en 1701 ; cette double expérience était décisive contre la ligne de FAdige. Eugène envoya seulement un corps détaché vers le Mincîo et, avec vingt-qtutre mille hommes, franchit le P6 à Potesella [ 18 juillet). Le même jour, Vendôme remit le commandement au duc d*Orléans et à Marsin , qui ravalent rejoint & Crémone, et partit pour la France. Il laissait les affaires dans un fàclicux état : il rejeta ses mauvais succès sur le découragement causé dans l'armée par les évéïinueiU» du ddiuis et par son rappel ; son [)ro[ire découragemeni put n'y être pas élian,::( r; il y a\ait eu chez lui, dans les dernières semaines, bien de la négligence et de l'obstination , en présence d'uii adversaire qui ne faisait guère de fautes et qui ne manquait jamais de profiter de celles d*autrui.

Le duc d'Odéans tâciia d*empécher Ëugène de faire ce qu'avait fait Stahremberg en 1703 : il rappela sur le Mincio les troupes qui étaient entre les lacs de Garda et dldro, se porta au sud du Pô avec le reste de Tannée de Lombardie, afin de côtoyer l'ennemi, et demanda à La Feuillade d'expédier un gros corps à Stradélia, dans le Pavèse, pour mettre entre deux feux renneroî, qui ne pouvait manquer de passer par ce i)ninl. C'était Je dernier conseil donne jiar Vi iulAme à son départ. La Feuillade [ rolesla qu'il lui était impossible de se dégarnir de son infanterie et envoya seulement de la cavalerie au duc d'Oilrans. Ku;;ène, cependant, avançait lonjonrs avec son audace ordinaire, sans magasins, sans équipages de vivres; la setheresse rendait tontes les petites rivières ^uéables et l'on avait laif>sé drgrniler les retranchements établis sur leurs bords. Eugène francbit le Panaro et la Secchia. Orléans demanda à La Feuillade s'il voulait le joindre à Valenza, avec une partie de ses troupes , pour arrêter au moins Eugène vers le Tanaro, puisqu'on n'avait pu s'entendre pour l'arrêter Stradella. La Feuillade répondit qu'il préférait attendre Eugène à Ghieri et redemanda sa cavalerie et même des renforts de l'armée de Lombardie. Orléans céda et repassa au nord du Pô, renonçant à enlraser la marcbe d'Eugène, qui traversa le Paiinesan et

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gagna les bords du Tànaro. Pendant ce temps, Orléans se réunissait à La FeuiUade devant Turin. Il trouva le siège en trës-manvais état. La Feuillade, à la vérité, avait fait enfin occuper, par on corps détaché, les hauteurs voisines des Capucins, sans cependant attaqner les Capucins , et jeté un pont en aval sur le P6, afin de relier ce délachement avec l'armée de siège et de compléter l'investissement par la rive droite; niais l'artillerie et le génie étaient mal dirigés : les cIk Is de ces services ne s'entendaient pas; une décadence alarmante se manifestait dans les armes spéciales , naguère si brillantes' ; on sentait partout l'ahsence du grand preneur de miles, que la fatuité de La FeuiUade et l'ineptie de Ghamillart avaient écarté d'une entreprise qui n'eût pu réussir que par lui. Le feu de l'ennetni, et bien plus encore les maladies et la désertion, avalent tellement ruiné Tinfanterie, qu*ii ne restait guère plus de cent cinquante hommes valides par bataillon. Le 27 août, les assiégés venaient de reprendre des dehors qu*on leur avait enlevés : le due d*Orléans, à son arrivée, fit -donner, le 31 , un nouvel assaut qui ne réussit pas. Il n'y avait plus d'espoir d'enlever la citadelle de vive force avant l'approche d'Eugène.

Eugène avait passé le Tanaro entre Asli et Alba, le 29 août, et joui! le duc dè Savoie entre Carmagnola et iMonca^lieri. Orléans proposa de marcher à l'ennemi; Marsin, La FeuiUade et la plupart des oi'iiciers-générîtnx furent d'avis d'attendre dans les lignes. Le 31, après l'assaut, Orléans écrivit au roi à ce sujet, de deux cents lieues! En attendant la réponse, on ne bougea pas. Le sort de ritalie devait être décidé avant cette réponse! Eugène et Victor- Amédée (rancbirent le Pû à Garignano, le 4 septembre, avec vingt-trois mille hommes, le reste de leurs troupes étant employé à garder les places et les postes de communication. Le 6, ils s'avancèrent sur la Petite- Doire. Orléans proposa pour la seconde fols d'aller au-devant d'eux; les généraux s'y opposèrent. Marsin* déclara au duc que le roi ne lui avait pas donné le droit de tirer de ses lignes l'aruiée tle siège! L'idée lixe d'une mort prochaine ùlait a Marsin toute lil)i rlé d'esprit et de jugement. Orléans, général sans autorité, n'osa rompre en visière au guide que le roi lui

1. Saint-Simoit nous en appreixl U MUM i 1m gndcs t'y vendaient comn* leurs. V. Saint-Simon, t. V, p. &3. ^

1170«] Sl^G& DE TiiRLM L£Vâ. 465

avait imposé. Ce même jour, les ennemis passèrent la Pétite- Doire et se portèrent entre la Doire et la Stura. C'était le seul €6té par lequel la position des Français leur avait para attaquable. On n'avait pas retranché l'intervalle entre la Doire et la Stura,

trop étroit, pensait-on, pour qu'une armée ennemie y pût mand'uvrcr. Ou su \uiLi d'y luvcr de la lerre. Le duc d'Orléans voulait laire descendre sur ce point une partie de l'infanterie qui occupait les hauteurs de la rive droite. Marsin {)rétendil que le duc n'avait pas droit môme de déplacer les troupes. Cela devenait de la démence. Bien qu'on eût probablement trente -cinq à quarante mille soldats» comme ils étaient répandus sur une circonvallation immense, on ne trouva quedix-sept bataillons pour défendre la partie menacée* On les mit sur une seule ligne, en les faisant soutenir par soixante-cinq escadrons.

Le 7 septembre au matin , après avoir essuyé une violente ca* nonnade, l'ennemi chargea sur le nouveau retranchement à peine ébauché. L'attaque fut repoussée par deux fois à la gauche et au centre des Français; mais, pendant ce temps , sur leur droite, le duc de Savoie, reconnai2»^nt qu'on avait laissé un espaie vide entre le lit de la Stura et la digue de cette rivière, coupa la di^Mie et pénétra dans cet espace avec une eoloiuie d'infanterie suivie d'un convoi. .Marsin courut le ciiargcr à la tète de quinze escadrons. Il fut repoussé et blessé à mort : ses pressentiments ne l'avaient pas trompé. Le duc d'Orléans fut blessé à son tour dans une seconde charge, qui ne réussit pas mieux. Eugène assaillit une troisième fois les retranchements vers le centre et les emporta. La gauche française, dont la position, sur b Doire, était mieux ai)puyée, se défendit plus longtemps et avec une grande énergie ; mais elle fut enfin obligée de plier à son tour. Le duc d'Orléans, atteint de deux blessures, quitta le champ de bataille. La retraite s'opéra en désordre par les trois ponts de la Stuia , de la L)(jire et du Bas-Pô. Trente eseadions de drapons, qui avaient mis pied à terre pour sout(!nir l infanterie, furent coupés d'avec Iiuis elievanx, qui tombèrent au pouvoir de l'ennemi. Sainl-FrémonI , couunandant de l'aile gauche, rallia les troupes et emmena quarante -cinq canons de cam|iagne; mais toute l'artillerie de siège (cent quatre canons et quarante mortiers) fut abandonnée XIV. 30

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m LOLIS XIV. ItTMJ

par La Feuillade. On brûla ou Ton jeta à l'eau les munitions.

La perte , cependant , ne dépassait pas quatre mille hommes et les vainqueurs en avaient bien perdu six mille. Le gros de Tarmée 6talt intact, ni les troupes qui étaient en amont de Turin, ni celles qui étaient sur ics hauteurs de la rive droite, n'ayant coiubaltii. Le duc d'Orlians eut rcxcrlimie idée de se retirer par la rive droite du Pô vers Alexandrie et le Milanais ; ninis , sur la fausse nouvelle que I s ennemis étaient mallros do Moiiniglieri cl de r.liit'ri et coup.iicnt déjà cette route, les prénéraux le pressèrent de se replier au contraire sur Pignerol, où l'on enlèverait, disait-on, de grands magasins préparés par les ennemis, et où l'on recevrait des secours de France. Le prince, ne pouvant voir ni agir par luimême, céda, et Ton gagna Pîgnerol le lendemain de la bataille. Ce tut cette funeste résolution qui changea un échec en un véritable désastre. Orléans reçut, le 13 septembre, la réponse du roi à sa lettre du 31 août. Le ro! Tautorisair, noii point à attaquer Fennemi, mais à lever le siège. C'était la meilleut'e satire du déplorable système stratégique de Versailles ! Le duc d'Orléans n'avait trouvé à Pignerol aucune sorte de magasins et, manquant de subsisianccs , il so vit réduit à répandre ses troupes dans les hautes vallées du (lliison et de la Petite-Dnire, et jusque dans la Savoie et le naupliiné. 'rout^'s les coiiununicatinns étaient intcrl*onquK'S av(>c les; jfarnisons du Piénir)nt et do la Lombardie.

IVux joi'rs a[<rés le désastre de Turin, une action heureuse et brillante avait eu lieu entre la Ghiese et le Mincio (9 septembre). Le [trincc de Hcssc-Cassel , qui commandait le corps ennemi du Mincio, récemment renforcé d'Allemagne, avait été complètement défait à Gastiglione par Médavi, commandant du corps français laissé dans, ce pays par le duc d'Orléans. L^ennemî avait perdu quatre mille hommes et quatorze canons, et s*était dispersé, partie vers les montagnes, partie vers TAdige. Médavi allait franchir 1er Vù cl chasser les prnîsonâ aiilrichienncs du Modenais , quand il np;>ril la tat isirophc de Turin. 11 n'eut (dus qu'à tâcher de défendre le Milan lis, de concert avec le gouverneur V.uidemont. Des le \') septembre, Kiigcne et Victor-Amédée pa>hèi'ent la Gi'anile- Doirc et uiarclierenl sur Verceil, laissant derrière eux un détachement qui rcjirit Chlvasso le 17 et y ht douze cents prisonnier:». Le

[1706] L'ITALIE PEn DUE. 467

château de Baid, Ivrée, Crcscenlino, Verrue, se reDdirciit en quelques jours à d'autres corps euneoiis. Eugène et Victor-Amédéc enlrèrent à Yerccil le 18 , à Novare le 20 ; la population leur livra cette dernière ville, après avoir désarmé la petite garnison. Le 22» les deiuc princes passèrent le Tésin ; le 24, ils enlrèrent à Milan« dont les députés étaient allés, au-devant 4'eux poiu* reconnaître le vQi Charles III, Un corps bloqua. le cb&teau, occupé par une gaiw^ nison franco-espagnole. Le 27, Eugène entra à Lodl, dont le chA* teau se rendit le lendemain. Le 2 octobre , le peuple de Pavie s'insurgea contre sa garnison et la contraiguil de capituler devant un corps détaché.

Vaucîcmont et Médavi u'avaienl d'espoir que dans un retour ofTeiisit du duc d'Orléans. C'était bien en ellVt l'intention du roi ; niais le pouvoir ne répondit point au vouloir. II eût fallu un Louvois pour recréer eu temps utile les r( ssouroes nécessaires. L'année, au contraire, avait continué à se fondre dans son inaction forcée. Vers le 20 octobre, époque ^ laquelle Louis XIV avait prescrit à Orléans de se reporter en avant, ce due n'eut de disponibles qu*une vingtaine d^e mille hommes abattus et découragés. Le roi , éclairé à temps sur la situation réelle » envoya un contreordre, prescrivit au duc de mettre les troupes en quartiers d'hiver, et avertit Vanidemont et Médavi de traiter comme ils pourraient» s'ils n'étaient pas en état de se soutenir jusqu'au printemps. C'était inallieureuseiiit nl le seul parli à jnendre, car l.ii^ène était d ja en mcbUi c do reiidre impossible la jonction du duc d'Orléans a\ec . Médavi. Il était revenu de l'Adda vers le Tortonésc et l'Alexandrin, seule route qu'Orléans eût pu suivre. Il avait occupé la ville de Tortone dès le 10 octobre, chargé un détachement d'assiéger le château et attaqué Alexandrie le 16. L'évéque et les magistrats mujiicipaux soulevèrent Les habitants ; le coiuQumdant Tut forcé de capituler le 21. Pendant ce temps, Pizzighitone se rendait au duc de Savoie et au prince de Hesse ( 29 octobre ). Une foule d'autres places ouvrirent leurs portes. Le pays était partout pour les Impériaux. Pauvre peuple, qui croyait améliorer son sort en se retournant dans ses fers et en changeant de maîtres étrangers!

Avant la iui de i année, on perdit encore le château de Tortone,

468 LO.U(S XIV. ti706-l7aVl

OÙ s'était j('t«'' le gouverneur de la ville, qui se fit emporter d'as-aiii et tuer sur la brèche avee le coininandant du château 29 iiu\eiiibre). Le château de Gasalne lut pas défendu avec cet héroïsme ; la garnison se rendit prisonnière (6 décembre]; la ville n avait opposé aucone résistance. Modéne avait été prise le 20 novembre.

Un premier essai de négociation, basé sur la neutralité de ritalie, édioua en décembre : de nouvelles propositions furent adressées à Eugrène par Vaudemont et Médavi au mois de février 1707 : on se réduisait a demander la neutralité pour Mantout et la >Urandole, qu'avaient conservées les Français. Euf^ène refusa loiile autre eonditiun (jue l'évacualion pure et simple de la Loinbardie et le retour des troupes franco -espagnoles en France parSuse. Le traité fut signé le 13 mars 1707. Toute la Haute-Italie fui abandonnée, sauf Suse et les hautes vallées de la Petite-Doire et du Gluson. Les Impériaux prirent possession du Milanais et du Hantouan , et la maison d'Autriche, conformément à ses engagements , céda au duc de Savoie TAlexandrin et la Lomelline. Si Louis XIV et Philippe V se fussent résignés à temps à ce sacriiice nécessaire, Victor- Amédéc n'eût pas fait défection et l'Italie n eùl pas été perdue

La convention du 13 mai-s 1707 scella en quelque sorte les désastres de Tannée 1706, la plus funeste qu'eût encore vue ce règne, qui si longtemps n*avait compté les années que par des victoires! Ramlllies et Turin marquaient deux nouveaux degrés sur la pente de cette décadence commencée à Bochstedi.

Les premières consolations vinrent à I<ouis XIV de cette Kspagne qui était la cause de tous nos maux

Les foi ces ofiicielles de l'Espagne étaient dissoutes : le gouvernement s'était ahimé dans son impuissance; mais, le gouverne- Uienl écroulé, il restait un peuple en Casliiic, une race forte, o|»iniiitre, fanatique de sa nationalité comme de sa religion, et qui, tout ai)pauvric, toute rcMluite en nombre qu'elle fût par un siècle et demi de détestable administration , avait conservé toutes ses qua-

L CMqéi»! Pelel, t. VI, p. 137^84 ; ~ et inèees. - Saint-Uilairc, UI, 273^.

2. Voltaire assure qu'^ la nmivelle de la perte de Mailrid, Vaiiban a>:iit j>ropo?é à l ouis XIV tl'cnvovi'i- rhilii'po V ri'irn»'!- un N'<»uvi';iu-Monde eu aLuiii<iorutAut l'Espagne, et qu'un délibéra sur ce projcL a Versailles, ikècttdi Loui» JC/K, ch. XXI.

[ITM) LA CA.STILLE RBCOUVUÉC 469

lilés natives. Quand on sut que les hérétiques et les PortuLr.iis commandaient dans rEscurial, un \oj)g frémissement toiirnl depuis les Asturies jiisqiraii Guadalqiihir. Le peuple de Tolède * arn'ta prisonniers les partisans de l archiduc, qui ayaient prodamé Cliaries III, et ferma ses portos nux ennemis. Valladolid et Ségovie se révoltèrent contrôles garnisons qu'elles avaient subies et les prirent ou les exterminèrent. Les habitants de la Manche reçurent l'argent que leur envoyaient les généraux ennepais ea échange de leurs blés, envoyèrent l'ai^gent à Philippe V, gardèrent les blés et occupèrent les passages du Tage, Toutes les villes des deux Gastilles assurèrent Philippe V de leur fol, lut fournirent toutes les ressources qu'elles purent, arrêtèrent les courriers, enlevèrent ou massacrèrent les détachements des ennemis. L'Andalousie leva seize mille hoiunies de milices. Le ?8 jnillet, Berwiek, à la tète du petit corps d'armée ramené de la fi ontière portniraise, opéra sa jonction, pi t s lie Jadraque, sur le Henarez, avec les troupes françaises revenues du si«'ge de Barcelone par le nord des Pyrénées. Il se reportai en avant. Les généraux ennemis Gallway et Las -Minas sentirent rimpossibiiité de conserver, devant un adversaire à son tour supérieur en nombre, une capitale irritée qui criait vive Philippe Yi jusque sous leurs baïonnettes. Ils marchèrent sur Guadalajara et y joignirent, le 7 août , le prétendant Charles IQ, arrivé de Saragosse avec quelques milliers de soldats. Dès le 3 août, Madrid avait relevé Tétendard de Philippe Y. Malgré le renfort amené par le prétendant, la position de Tarmée alUée ne fut pas longtemps tenable : elle mourait de faim au milieu d'un pays peu fertile et soulevé tout entier contre elle. Les Français, au contraire, ranimés par réner^ique assistance des populations organisées en guérillas, reprenaient Toffensive avec pleine confiance; ils enlevèrent les ba^^ages et les malades des ennemis dans Alcala et leur irUlig^èrent écbec sur échec. Au 1" septembre, les ennemis, sur vingt- trois ou vingt-quatre mille hommes, en avaient déjà perdu plus de six mille , sans les déserteurs. Ils passèrent le Tage la nuit, sur des radeaux (8^ septembre), et, poursuivis par BerwidL, harcelés par les populations, ils gagnèrent péniblement le royaume de Valence. Berwick, au lieu de les y suivre sur-le-champ , tourna vers Murcie , en fit lever le siège à

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470 ' " ' LOL'IS XIV. (1706-1707)

un corps anglais récemment débarqué et reprit Carlhagènc [octoijre - novembre , récente conquête de la flotte anglo-batave, • qtii avait pris aussi Alicante (ooilt-septemhic vx soulevé les Iles d'Iviça et de Majorque (août). Mîoorque avait suivi, eo nclol/re, le mouTeDient des Méares; mais le cbAtsau de ifahoa et le fort Saint-Philippe, ayant tenu pour Philippe V» furent secourus « aa mois de janvier 1707t par Fescadre française de Toulon^ qui reconquit le reste de Minorque. Un corps fran<MWi«stiUan alla . reprendre, en décembre, la principale place occupée par Fennemi' sur la frontière portugaise , Alcantara. Les états de Castille forent ainsi presque coinplélemeut délivrés avaui la Im de l'année et l'armée franco -castillane se trouva en mesure d'attaquer à son tour les états aragouais *.

Les Anglais avaient projeté, durant cette grande lutte en Espagne, une expédition contre la Guienne; leur escadre de la Hanche avait embarqué un corps assez nombreux , composé en grande partie de réfugiés français, qu'elle devait jeter dans la Gironde , d*où Ton ferait couler les r^ogiés vers le Quierci et les Gévennes. Les yents firent échouer ce dessein. Ia marine fhui* çaise avait obtenu quelques succès aux Antilles. Les Français avaient ruiné les possessions anglaises de Saint*Ghristoplie et de Nièves, sans chercher à s'y établir. La perte des Anglais y était évaluée à quinze millions. Les corsaires aussi continuaient à faire essuyer de grands dommages aux ennemis.

Il se produisait, d'une aulrc i)art, dans l'Europe orientale, des diversions favorables ù la France. Los négociations entre l'empereur et les Hongrois, qui avaient été jusqu'à la conclusion d'une trêve, s'étaient rompues délinilivement en juillet. L'empereur, après les succès des alliés en Ëspagne et en Brabant,'avait rejeté toutes les demandes des Hongrois , qui Ten punirent en remportant sur ses troupes des avantages assez notables. Au mois de septembre, une autre guerre plus vaste, la guerre du Nord, fit irruption au cœur de rAUemagne. Charles Xlt, vainqueur des Russes et des Saxons, poursuivit le roi Auguste en Saxe à travers les domaines impériaux de Silésie et ie força de renoncer au

1. Mim. d« Berwick, 1. p. 338-372. ~ Qoiiioi, t. T. p. 192-254.

[17061 ESSAIS DE NtGOCIATIOX. 471'

trône de Pologne en faveur de Stanidas Leczynski, par un traité qu*il lui dicta dans Dresde. La diplomatie française fit de grands elTorts pour gagner l'alliance olTensivc de Charles XIT; maïs Charles, tout en se luoiitiaiil fuit alticr cl fort mcnarant envers rAuliidic, se souciait peu de s'engager dans la querelle d'Occident.

Ces incidents et le retour de fortune qui s'élait manifesté en Espagne étaient loin de balancer les terribles revers de Drabant et de Piémont. Louis XiY sentait la France haletante près de 8*abattre sous lui 1 il essaya de négocier. Dès la fin de la campagne précédente, des avances indirectes avaient été adressées à certains inembres des États -Généraux, qU*on croyait désireux de la paix. Helvétius, fameux médecin hollandais établi en France,* a:vait été autorisé àihire savoir à ces députés que Louis XIV obligerait TEspagne h céder Naples, la Sicile et Milan. Les Hollandais craignirent qu'on voulftt seulement les séparer de leurs alliés et ne donnèrent pas dans ces ouvertures. Après les eatastrophes de 1706, Louis, comprenant qu'il n'avait pus droit d'exposer la France à périr pour roTiserver la monarchie d'Espagne à sa maison, en vint à la pensée de faire céder par Philippe V l'Espagne et les Indes à Charles III et la Belgique aux Hollandais, en gardant seulement les états d'Italie. L'électeur de Bavière, en octobre 1706, écrivit de la part du roi à Marlborough et aux États- Généraux, pour leur proposer des conférences. C'était le cas de revenir à la polîtlipie de Guillaume III. Les Hollandais y eussent été assez dis* posés, mais les autres aUiés les en détournèrent, sous prétexte que le roi de France ne s'expliquait pas assez clairement. Louis De pouvait s'expliquer nettement d'avancé, de peur d'exaspérer les Espagnols. Les agents impériâux exploitèrent avec adresse cette diflicullé. Marlborough les y aida et soutint, au nom de sa reine, que toute la succession d'Espapne devait rester à Charles III. llcinsius, plein de [préjugés coalre la France, rendit un manvais servirc à sa patrie en cédant, comme de coutume, à rinfluence de MuriLiorou>4li. On convint de poser à la Franee, j^our (oui préliminaire, ie pï'ineipe de la cession intégrale. Eneore les Impériaux n'étaient-ils pas contents ; ils eurent bien l'effronterie d'insinuer l'érection des deux Bourgognes en royaume pour dédommager

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Philippe V et la cession des Trois-Évêchés au doc de Lorrdne*. Il tu Ilut continuer à combattre : on ne pouvait laisser recon-

bU uire 1 empire tie Charles- Quint par les maius de l'Europe

aveuglée.

Louis XIV leva vini!t et un nulh miliciens, outre les recrues qui couiblèrent les vides de Varmée. Los enneniis augmentèrent aussi leurs forces, coiiiplahi mifnx proliler de Ramillies et de Turin qu'ils n'avaient fa il de lidcbsledt. Un grand succès politique venait encore de consolider le pouvoir des hommes qui gouvernaient sous le nom de la reine Anne : c'était ïacU (tunion entre TAngleterre et TÉcosse. Malgré la répugnance du peuple écossais, blessé dans ses plus chères traditions nationales, le parlement d*Éco6se avait consenti à se fondre dans le parlement anglais, et les deux nations, si longtemps ennemies, puis associées l'une à Tautre tout en gardant leur existence distincte, ne faisaient plus désormais qu'un seul corps politique, la Grande- Hketagnk. La {grande nation avait absorbé la petite (6 août 1700). Marlborongh et son allié Godolphin eil disposeront d'autant \)\u> libreniont dn saii;jr et de l'or anc:lai8. Marlborough. an^isi habile dans le cabinet que. sur le champ de bataille, obtint un succès d'une autre nature; il débarrassa les alliés des craintes que leur inspirait le roi de Suède.

. Charles XII, plus sensible aux maux des luthériens d'Autriche que les alliés protestants ne l'avaient été à ceux des réformés français, exigeait que l'empereur rendit la liberté de culte à ses sujets protestants. Marlborough alla trouver Charles en Saxe et obtint qu'il n'entrftt pas en Bohême; l'emperetur céda, au moins quant à la Silésie, et courba la tête devant le superbe Suédois, pour avoir les mains libres contre la 1 l atice cl contre la Hongrie. Le trône de Ilonp-rie avait été déclaré vacant dans une diète convoquée par Rakoczi (mai 1707) ^ Les Hongrois bridaient leurs vaisseaux,

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