VALENCE ET LÉHIDA REPRIS
manquo de grosse arlilleric, puis la nécessité d eu ujycr du secours en Provence, (Miip/S'liémit d'ontamei- sicgo di* Lcrida avant le milieu de seplt-uibrc. (!eUc fameuse [»lace, contre la(iuclle avait échoué aiureiois le grand tlondé, n'était pas fortiliée à la moderne ; elle avait une double enceinte hastionnée, mais point dedehore ni même de fossé. La tranchée ouverte du 2 aa 3 octobi^, on put donner l'assaut dès le 12. La ville fut emportée et pillée avec un butin immenee. On ouvrit la tranchée, le 16, devant le château. Les généraux ennemis firent quelque^ démonstrations à la téle d'une petite année; mais ils n'otdrent attaipicr les positions des assiégeants : le château de Lérida se rendit le 11 novembre. Une grande partie des montagnards catalans mirent bas tes armes.
La niariue française, bien que nous n'eussions pas de grande flotte en mer, avait contribué à empêcher les ennemis de se relever. Dugnai-Trouin et Forbin , avec nue est adre de douze vaisseaux et frégates, avaient attaqué un grand convoi ([ui portait en Espagne des troupes, des équipements, des munitions, sous l'escorte de cinq vaisseaux de ligne anglais. Trois de ces cinq vaisseaux furent pris; un quatrième, de quatre-vingt-douze canons, s'abtma dans les flammes avec tout son équipage et cinq ou six cents officiers qu'il portait & Tarmée de Charles UI; beaucoup de transports fùi^ent enlevés (octobre). S'orbin, avant ce combat, avait £ût, cette année, un mal immense au commerce anglais et hol* landais, qu'il était allé poursuivre jusque dans la mer Glaciale;* U avait pris ou détruit près de cent navires.
La fortune avait favorisé les Franco -Castillans sur la frontière de Portugal comme dans les états aia^ionais; Ciudad-Rodrigo avait été repl is par assaut, le 4 octobre, avec perle de plus de trois mille hommes pour rennemi *.
La nouvelle d'Almanza a\ait partout ranimé le cœur des armées françaises, au début de leurs opérations, et lait espérer qu'on vengerait pleinement 1706.
Le plan du roi avait été d'envoyer Vendôme sur la Meuse, pour éloigner la guerre de notre frontière flamande, et do lancer Villars
1. J/cm. de Ikrwick, t. I, i>. 378-419. — ilem. J« Korbiu, p. 5Ji-5Ul. — Jtffm. d9 I>u:,nai-Tm«in, p. 641. — (Inhwù t. V, p. 3'Jl - 172.
sur l'Allemagne, comme on eût dû le faire dès le printemps de 1706. La défensive fut résolue du côté des Alpes. Quant aux alliés, Marlborough projetait d*envahir la Flandre française, a])rès a?oir complété la conquête de la Flandre espagnole; le margrave de Bareuth , successeur du prince de Bade, qui veuail de moura , devait attaquer l'Alsace; le duc de Savoie et le prince Eu^îène devaient assit ;:er Toulon ,tvec le concours de la flotte anglo-l»atavc, tandis qu'un coips parti de la Lombardic irait soulever Na[*Ies.
Le manque de fourrages et d'argent ne permit pas d'assembler assez tôt l'armée française des Pays-Bas pour aller attaquer Htii et Liège, comme on en ayait le projet. Par un immense eflort, Louis XIV était parvenu à donner à l'électeur de Bavière et à Vendôme cent vingt-quatre bataillons et cent quatre-vingt-treize escadrons, force supérieure à celle de l'ennemi; mais le souvenir de RamilUes pesait sur l'esprit du roi : Louis lia les mains à Vendôme, qui brûlait de combattre et qui communiquait son ardeur aux soldats. Vendc^iiie , ne pouvant attaquer, empêcha du moins Marlljofou|;h de riou tenter, ToMij^ca uiéme à reculer vers I^uviiiu et reportâtes campenuiils français sur ces bords de la Glucte qui avaient été témoins de notre desaslre. Des détricîuMUiMiis r. < laui(''s pourîa Provence affaiblirent l'ar[uéc, et Marlhorouyli, a son tour, manœuvra de façon à ramener Vendôme vers la Sambre, puis vers l'Escaut; mais il n'y eut aucun engagement sérieux. Les •Hollandais, de leur cAtc'', retenaient Marlborough. Les maladies et la désertion enlevaient plus de monde aux aUiés qu'aux Français. La campagne finit aux Pays-Bas dès le mois de septembre, avec un résultat purement négatif.
Les opérations furent plus vives en Allemagne, où ViUars avait eu liberté d'agir. L'empereur, très- préoccupé de la Honjjrie, n'a* vait fourni que des ressources médiocres au nouveau général de l'armée du Rhin, Brandebourj^-Bareutli ; l'aruiée allemande était mal payée et en ni.iuvais état dans ses vastes lignes de la rive droite, qui s'étendaient le loni,^ du fleuve depuis Pliilipsliourg jusqu'à SluUiofen, puis, eu retour d'équerre, de Stullioten aux Montagnes-Noires par Bûhl. Le 22 mai, les lignes furent attaquéî's par quatie points à la fois : un cor[)s français passa le Rhin sur
IIWI VICTOIUK DE liUHL. KAPLES PEHDU. 477
des bateaux à Tile de Neuboui^, entre Hagenbach et Lauterbourg; un second gagna la rive droite par TUe do Marquisat, entre Fort-Louis et Stolbofen ; un troisième détachement favorisa cette double descente pnr une fausse attaque sur nie de Dahlund, audessus de l'ilo du M n iiiusaf . Villars, ppiRlmt ce temps, a\ait travirsé le lUiin à Kt lil avtc le reste do rai iiRc et prenait les lignes à revci-s par Biild. Le succès fut cuiuplt l : rennemi s'enfuit dans les nifjntajj^nes, abandonnant artillerie, bagages, munitions, et ne s'arrêta qu'au delà du Necker. Les lignes furent rasées; la Souabe et une partie de la Franconie mises à contribution. Yillars marcha sur Slutlgard , passa le Neclier et rançonna tout le pays Jusqu'au Danube. Les ennemis eurent beau se rallier et se grossir des tardifs contingents de TEmpire, ils ne purent einp<^cher Villars de mettre à contribution le Bas-Necker, puis le pays entre le liaiiidje et le lac de C.oiislnnce, et de se maintenir outre Rliin jus- (jii'aii\ quarliurs d'iiivi-r. Les partis français avaient cuuju en vainqueurs juscjue sur le funeste champ de HOthstedt. Les cercles de Souabe et de Fruiiconie, et le Palatinat trnnsrhénaoy durent regretter d*avoir repoussé naguère la neutralité oflertcu
De légers avantages obtenus en Hongrie et en Transylvanie, et dus en partie au concours des Croates, qui avaient fini par suivre Texemple des Raitzes et par repousser les avances de Rakoczi, offrirent à reiiii)ereur, mais non point à l'Allemagne, une imparfaite compensation.
Vers les Alpes et dans la Basse-Italie, les alliés n'avaient pas été arrêtés court ainsi qu'aux Pays-Das, ou prévenus par une attaque victorieuse comme sur le Rhin. Ils avaient réalisé leurs plans oû'ensifs avec des succès très-divers. Une petite année impériale de huit à dix mille hommes avait traTersé les états du pape en extorquant son consentement, pénétré dans le royaume de Naples, occupé Gapoue le 2 jalllet et Naples le 7, aux acclamations populaires. Les trois châteaux de Naples furent lî^Tés par le gouverneur, ;^rand seij^ncnr napolitain. La j)lupart des troupes hispanonapolitaines [)assèrent à l'ennemi. Les moines étaient tous hostiles à Philippe V, comme en Catalogne, et l'archevêque de Naples, frère du commandant des trois châteaux, avait été la tête du complot. Les agents impériaux avaient promis aux conspirateurs,
de la part de Charles III, que les étrangers seraient exclus de toutes charges et bciiéficcs dans le royauiiic de Naiiles, Ce n*étaU IKtinl l'amour des piinces autrichiens, mais la haine de hi domînalion espagnole et le désir de l'indépendance qui avaient entraîné la noblesse et le clergé napolitain. La défaite de Charles II! en Espagne était précisément ce rfiiî les rattachait h lui ; ils esi)éraient avoir on roi de Napks. L'Abnizte et la €alat)re hésitèrent d*abord à suivre te mbuvemcnt âe lu capitale. Le vice- roi espagnol, réfkigié dans Gaeie; s'y défendait assek' énergiquement; mais la révolte d'un r^iment catalan l^obUgest à se rendre, le 30 septembre, et tout le royaume alors se mrgea sous la loi antricblenne. Les Impériaux attaquèrent ensmfe les présides de Tuscane; Orbitello leur fui livré en déceml)ic 1707 et ils jjiirent Piouihino le 18 janvier 1708. Porto-Ercole et Porto -Loiiguue résisté rcrit. ' .• . .
L'Italie ofTrait ainsi à la maison dWiitrichc un dédommagement des perles qu'elle essuyait en Espagne.
Tandis qu'un détachement autrichien avait marché sur Naples, le gros de l'armée austro- piémontaise s'était porté contre le midi de la France. La défense de la frontière du sud -est avait été confiée au maréchal de Tessé, avec un corps d*armée composé en grande partie des garnisons capitulécs qiii revenaient de Lombardie. Tessé avait une très*grande étendue de pays à garder; car la distribution des troupes ennemies en Piémont donnait des inquiétudes tout h la fols pour k Savoie , le Dauphiné et la Provence. Tessé, dans sa correspondaucc avec le roi et le niiîiislre, se moiiliMil peu rassuré : ses troupes étaieul aiîaihlies cl lual en point, surtout la cavîileiic; rargenl ne venait pas; les soldats, et uicine beaucoup d'oliiciers, étaient réduits au |>ain de munition et à l'eau; la misère des populations était bien plus cruelle encore et Tessé les voyait si abattues, qu'il n'en espérait pas de résistance contre l'invasion; « le peuple, écrivait-il, n'a ni de quoi avoir un fusil, ni de quoi se fournir d'une livre de poudre. » Le roi encouragea Tessé , lui promit des ressources et des renforts et lui envoya des mémoires demandés au vieux Gatinat, qui fit entendre pour la dernière fois, dans ces graves circonstances, sa voix patriotique.
LA PltOVB|«C£ fiNVABIB. m
• Ce fat seulement dans les derniers jouî*s de juin, que le plan des ennemis se dessina par la eonceniialion de leurs forces vers les cols qui dcbouclient du Piémont dans le comté dv Nice. Dès qu'ils attcKiuaieut jiar Nice, Toulon était leur but évident : c'était sur notre grand arsenal maiitime du midi qu'ils dirigeaient leurs coups. Le petit corps français qui occupait Nice, ne pouvant être « secouru à temps, évacua ce comté en laissant des détachements dans YiJiefranche, Moiitolban -cl $qspeUo» et se replia sur le Var. Tessé ordonna k la plupart des (roupcs réparties en Savoie et en Dauphiné de marcher sur Toulon et accourut dans cette ville, qu'il trouva bien en défense du côté de la mer, mais fort mal du côté d« la terre ( 10 juillet). La place n*avajt pojnt de courluies terrassées et l'on commençait seulement de travailler & lui improviser un cluMuiu couvert. Le glacis était semé de bastides et de couvents, qu'on démolit à la liàle. Un ne pouvait sauver Toulon qu'en établi-s<iiit un camp l ' iranché sous les remparts et en défendant 1rs liauleurs (|ui commandent lu place. Tessé reparti! afin de picsbcr la marche des troupes. L'ennemi , cependant, descendu darjs le comte Uc ^'ice par le col de Tende, avait pris Sospello le 6 juillet, puis s'était porté droit à l'eml^ouchure du Var, en laissant une réserve derrière lui pour achever de recouvrer les forteresses nissardes. Trente mille fantassins et huit mille cavaliers se déployaient le long de la côte, appuyés par une flotte anglo-batave do quarante-huit vaisseaux de ligne, sans compter les frégates, les galiotes e( les nombreux transports chargés d'artillerie et de umnitions. Le petit corps français qui s'était i eplié stur le Yar, attaqué de front par une forte colonne qui tentait de passer à gué, menacé sur ses lianes, du côté de la mer, par des chaloupes canonnières, du côté des montagnes, par des troupi'S (pii as aient l'ranchi le Var plus haut, se retira en bon ordre, sauf quelques milices du pays qu'on lui a\ait adjointes et (]ui se débandèrent Ml juilloi^. Ce corps ne fui [»as davantage en état d'arrêter l'ennemi au délile de rKsterelle, entre Cannes et Fréjus, lieu fameux par le désastre de Charles-Quint, et ne put (pie se retirer sur Toulon. Le due de Savoie et le prince Eugène entrèrent à Fréjus le 17 juillet. L'ami ral Showeil était déjà devant les lies d'iliËres. Les troupes françaises arrivaient , de leur côté à marches forcées, des boi*ds de
Dig'itizec Ly <^iy
risùrc et de la Durauce. Touluu était disputé à la course entre ied* deux années.
Vis-à-vis d'un adversaire tel qu'Eugène, il semblait qu*oii tùX vaincu d'avance, dans une lutte de cette nature; heureusement, Eugène n'était pas seul* Le duc de Savoie, qui n'avait jamais pu s'entendre longtemps avec personnne, ne s'entendait ni avec Eugène ni avec l'amiral anglais. Les ennemis perdirent trois Jours à Fréjus pour attendre une portion de leur artillerie qui venait par terre ; puis ils mirent six jours à faire le trajet de Fréjus à Toulon et ne vinrent camper devant Toulon, entre La Valette et le bois de Sainte-Marguerite, que le 26 juillet. Trois divisions françaises, ([UQ Il s ennemis croyaient bien loiii encore, étaieal arrivées à Toulon du '22 au ?■) et douze mille soldats occupaient , soit le camp retranthé de Sainte-Anne, entre la ville et les niorita^rnes, soit l«^s soniniets des montagnes mémos ; quatre ou cin(i mille autres soldats de terre ou de marine et cinq mille matelots exercés au maniement du canon g:ardaient la ville et le port. Cinquantetrois vaisseaux de li^nie, désarmés, avaient été coulés dans le port pour les mettre à Tabri du bombardement : on n'en avait conservé que deux au-dessus de l'eau , en les écliouant pour en (aire des batteries. Desgaliotes, des brûlots, des bateaux plats, défendaient l'entrée de la petite rade, et les galères de Bfarseillo croisaient sur la côte pour empêcher les débarquements des bâtiments légers. Un petit corps de cavalerie, de gardes-côtes et de milices occupait kîj i^ur^es d'OIiioules aûn de maintenir les communications avec Marseille.
Quand Eugène connut l'état réel des choses, il jugea le succès tellement diflicilc, qu'il j)roposa de renoncer au siéçe. Le duc de Savoie s'obstina et la Hotte débarqua cent ving^t canons et un grand nombre de mortiers. Dés le ^6 , le jour même de leur arrivée, les en n CI ais s'étaient emparés de la cime du Faron, le point le plus élevé des montagnes toulonnaises ; le 30, ils emportèrent la hauteur de Sainte-Catherine, beaucoup plus rapprodiée delà ville ; le 3 août, ils occupèrent la colline de La Malgue, qui domine les deux rades, et ils établirent des batteries sur Sainte-Catherine et sur La Malgue. Là s'arrêtèrent leurs prog^rés. Toulon n'était encore assiégé que d'un seul c6lé ; [lour investir la ville et le camp
LilMJ 8iÉG£ DE TOULON LEVÉ. A8I
retranché, il eût làlla être entièremenl maître du tbI profond qui tourne derrière le massif des montagnes toulonnaises et qui vient
déboucher, avec le torrent du Las, dans la petite rade. Les ennemis, en efict, prirent position dans ce val, mais iiuii pas en force suùisante, et, le 10 août, Tessé, (jui avait rasscaiblé de nouvelles troupes a A ubagne, déboucha par la rive gauche du Las et lit évacuer aux asbiégcants toute la [)artic inférieui e des gorges. L'investissement fut dès lors impossible : le cui ps amené par Tessé donna la main tu camp et À la ville ; le 15 août , on ressaisit VolTensive sur les montagnes ; on reprit le Faron et Sainte-Catherine ; on détruisit lea batteries hautes et l'on rasa la partie de la ligne des ennemis entre les montagnes et le torrent de TEigoutier. Les ennemis essayèrent de se venger en bombardant la ville et les darses du haut de La Malgue ; ils brûlèrent des maisons , mais ne firent pas grand dommage au port , d*où les deux vaisseaux4)atterie8 leur répondaient par un feu terrible. Us (entèrent Inutilement de pénétrer dans la petite rade et de descendre au cap Cepet, Les nouvelles de l'intérieur étaient menaçantes pour eux. Un détachement, ex|)édié par Tesse entre les rivières de Yerdon et d'Argeus, inquiétait leurs comnîunications avec iNice el rendait leurs subsistances trés-difliciies. Les milices des villes g^rossissaient les troupes régulières; les paysans, d'abord abattus et inertes, pre> naient les armes en fouie pour punir les ravages des étrangers et montraient une ardeur qui démentait heureusement les pi^évisions de Tessé. Des corps détachés des diverises armées filaient sur Toulon. Le duc de Bourgogne et le maréchal de Berwick étaient attendus en Provence.
Les généraux ennemis durent se résigner à une retraite deve* nue tout à fait urgente. Le 22 août, après avoir rembarqué leur grosse artillerie, ils levèrent leur camp et reprirent la route de Nice. Suivis de prés par l'armée française, harcelés sur leur flanc par si\ mille pa\sans armés, ils ne durent leur salul qa a la rajiidité de leur marche. Dès le 25, ils regagnèrent Fréjus; le 27, ils repassèrent, non sans peine, le deiilé de l'Eslerelle; les 30 et 31, ils traversèrent le Var. Ils évacuèrent ensuite le comté de >iice, sauf les postes du val de Boita.
Ainsi avortèrent les espérances fondées sur l'expédition de Pro<> XIV. 31
m LOUIS XIV. 117071
vence. Les alliés avaient compté uon-seulemcnt détruire la marine française de la Méditerranée en prenant Toulon, mais oicore pénétrer jusqu'en Languedoc et y réveiller sur une plus grande échelle Flnsurrection cévenole, ùivaller était revenif d'Espagne joindre le duc de Savoie, et la flotte portait vingt mille fusils destinés aux mécontents dii Languedoc et du Dauphiné. Ces vastes plans n'avaient abouli qu'à des dépenses énormes et à la perte d'au ujuins dix nulle lioimnes'. Le mauvais succès des alliés semblait attester une fois de plus que la France est inuUaquable par le sud-est '
Le duc de Savoie et le i)rince Eugène chcr( lirrcnt ailleurs quelque dédoiiiuïa};ement. Ils entreju'irent d'enlever à la France les derniers postes qu'elle avait gardés au delà des Alpes et attaquèrent Suse. Tessé ne put secourir Suse à temps : cette importante position n*étail pas défendue par des forces suffisantes ; les rctnincbemcnts et la ville furent évacués; la redoute de Gatinat fut prise le 28 septembre et la citadelle fut contrainte de capituler dès !c' 3 octobre. La mauvaise saison et la concentration des troupes françaises obligèrent Tennemi de se contenter de cet avantage**
La campagne de 1707 avait bien cbangé l'aspect général delà guerre, et la France avait offert une nouvelle preuve du prodigieux resb^^ort que la Providence lui a donné. Quelle puissance nationale ne fallait-il pus avoir pour [tasser par celle double alternative de 170 4 à !70)>, de 1700 à 1707, et pour se relever par deux fois de deux dr:<as(res plus grands Je second que le premier!
Mais il en avait coûte cber! Si, du théâtre éclatant où luttaient les armées, on reportait les yeux sur le peuple et sur le gouvernement, on y rencontrait un douloureux spectacle. Qu'on se rappelle le tableau que nous avons tracé de la France, de 1697 à 1700, et qu'on juge de ce qu'y avaient ajouté sept ans d*une guerre
1. Il faut ^juuter à cette perte ceHe de l'aminil Showell, qui périt dan» iiiiiiaufra|,'o, à wm retour, nir un éeuctl d«s Sorlingues.
2. Sur cinquante-trois Tais^scaux de Tigue, coult^s dans les doux darses, deux de 50 enito!ï5 setdcnip.it a\;ueut été brûlés par les boulets rbngt&i tous les autres furent Vidé» et ix'k-vcb buiu» uccident aprè» le départ de l'euiieroi.
3. Général Pelot, t. Vil, p. «1-183. — Mèm. de Teaaé. i. II, p. 234^9. — Bthtkm imtttgt di Toulon^ p. II. Ferrand, 2* consul le Toulon, np. H. Vienne, ^agvfeiM kbton^utê, p. lUil. — L. Guérin, UiM. ilaritiiM froitct, t. Il, p. 166.
41700-170ÏJ DÉTUESSK F I N A > C IK U L. 583
gigantesque ! (Test co suivaut du regard le luouvemcul Je radmi- ^ ttUtration financière qu*on voit de quel pas, toujours plus rapide^ te gouveracineat descendait vers l'abîme. Dès 1700, avant la. ^ guerre» k gouvenienient ne marcbait déjà qu*à force d'emprunts*, et ^^affake» extromUnairet, La dépense fut, cette année-l&, de 1 16* millions ; le revenu net de 69 seulement ! On peut se figurer si lestraitants exploitaient une pareille administration ! Leur fkste extravagant faisait éclater à tous les yeux le scandale de letirs fortunes. Cliamillarl, en 1701, s'avisa de vouloir leur faii e rendre gorçe. Le conseil du roi taxa à luillioiis les liiiaiiciers qui avau-al traite des uiî'aires exlraurdiuaires depuis IGbO; ils avaient, ditH^n, gagné 107 millions sur des affaires qui en avaient rapporlé au roi 3^1), c'est-à-dire qu'ils avaient prélevé près de 25 pour luO de commission. Lorsque Colbert avait poursuivi les IraitaniSt c'était en pleine i)ai\ et avec la ferme intention de se , passer dorénavant d'emprunts. S'ultaqucr aux gens de finances, / quand on allait se plonger jusqu'au cou dans les expédients qui \ rendent leur concours indispensable, était absturde. On n*y gagna t que de payer leurs services beaucoup plus cbcr ; les 24 millions ' furent bientôt compensés avec usure.
Par édit du 12 mars 1701, la ca(iitation fut rétablie dans une proportion un peu plus forte que la première fois. Cotait tme des moins mauvaises rcssouices auxquelles on ()ùt recourir : ainsi en était-il de la eaiise des emprunts, ipi en 170v\ un renuu\ela de Colbcrt, avec un intérêt, il est vrai, bien autrement lourd que sous Golbert, ii 8 pour lUO! Mais un déluge d'édits bursaux commença on même temps à pleuvoir sin* le pays : on créa une multitude de nouveaux oitices ruineux pour le labourage, pour la circulation, pour la production des denrées ' ; celle grêle destruc*
1. On remarqaet t« nointn*, det oAm i» reoeveurt des teilles d«is des
p«jt d'È.atd qui u'cD avaieat jamais i-ua, eu Laiiguciluc, par exemple. — Des syndics pfrp/tin Is fure tl ^t;ibti> datis le-, paroisse» où il »"} avait pas de mntre». I,'s «^clieviri», capituutSj jurutt, derniers débris de» iiutituliuns cleclivea, devinrent hércdiUirc» oomme les maires : les maires deriureut altemaUfs et triennaux { c'est-à-dire qu'il y eat deux, et trois maires dans une même ville, exerçant à tour de rôle : on leur donna des lieutenants auâsi alternatifs et triennaux. (Ëdits de mars-mai 1702; jan- . vier 1704} décembre 1706.) Les maires hér«diUiir«« furent déclarés deputcs-ué» aux iMembMes d'États, ce qui achetait d'anéantir la repréeeotaUnn du Tiers aux Êtels
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m liOUis XIV. itin-imi
tive ne fl*arr6ta pas de longtemps. L'encombrement des tribunaux inférieurs et de tous les corps devint quelque cbose de stupéfiant:
le nombre des officiers royaux, déjà si exorbitant, fut presque doublé. On atténua un pou , par un manque de foi envers les nouveaux ofticiers, le dommage direct qui en résultait pour I Ltat: une déclaration d'août 1705 révoqua une partie des privilèges qui leur avaient été vendus, sous prétexte que les ^ageset droits attachés h leurs of lices suflisaient à les indemniser.
Cette espèce d'ordre matériel, de régularité mécanique, qui peut se conserver jusque dans l'extrême détresse et qui lait que du moins on sait comment on se ruine, n'existait même plus. Tout Tordre des finances était renversé, toutes les parties mêlées. Gbamillart s*y perdait entièrement et n*était même plus capable d'établir sa balancé au bout de Tannée. Roi, ministre, conseil des finances, allaient au basard dans ces ténèbres où agiotaient et pillaient à leur aise receveurs et traitants.
Les émissions de renies se succédaient à des conditions de plus en plus onéreuses : du denier IG en 1702, on arriva au denier 14 en 1703 et le taux réel était encore bien au-dessous, car les acquéreurs, prolilant des bouleversements monétaires, liayèreul le capital de cette émission en monnaie Taible. La plupart des créations de charges se faisaient au denier 12; c'est-à-dire qu'on donnait 12,000 livres d'une charge rapportant 1,000 livres.
Le bail triennal des fermes générales, qui avait été souscrit, en 1700, sur le pied de 53 millions par an, fut adjugé, en 1703, audessous de 42, qui n'en vabdent guère que 37 1/2 sur le pied de 1700, k cause de Tabaissement des monnaies : en 1706, on ne trouva personne qui voulût prendre les fermes pour trois ans ; il fallut les affermer année par année. Ia masse du numéraire diminuait incessammert, se cachait ou sortait du royaume, grftce à une série d'opérations extravagantes qui achevaient la ruine du eoimiiLice. En 1700, on avait icduil la valeur nouiiuale des louis d'or à 12 livres 15 sous; celle des écus l 3 livres 7 sous. En se[>lenibrc 1701, refonte prénérale des monnaies : les louis sont relevvés à 14 livres; les écus à 3 livres 10 sous : les louis du type anlé-
PioviaeiMix. Pitri» et Ljoo fdmt aeute extmpt^ d'avoir im édinta» héréditaim (avril 17041. — QvclqttM vlUw nehfltèftnt lenn Ubertét mualeipatai.
(170MT041 REFONTES bES WdNBIAIE& i%%
rieur, quoique de inùmc poids, ne sont reçus que pour 13 livres, et ies anciens écus que pour 3 livres 5 sous. Ceci avait pour but d'engager chacun à porter ses espèces à la monnaie ; mais le résultat, c'est que Tétrangcr attire une grande partie du numéraire français pour le biUonner et gagner la différence. En deux ans, les hôtels des monndes royales refondent seulement pour 321 millions de numéraire, sur quoi le roi en gagne environ 29 ' : suivant Forbonnais, on en aurait refondu au dehors pour au moins 250 millions, avec un bénéfice de 22 millions pour l'étranger. En 1703, autre invention : l'on fabrique des pièces de 10 sous qui ne valent intrinsèquement que 6 sous 3 deniers, tandis qu'on reporte les écus réformés à 3 livres 11 sous, ce qui laii iiuelc marc représente 31 livres 19 sous, s'il s'agit des éeus, et 37 livres 10 sous, s'il s'agit des pièces de 10 sous. Tous les paiements, comme de raison, se font en pièces de dix sous, et l'étranger attire à lui, en grande partie, le bénéfice de la diflérence. En 1704, nouvelle refonte : les louis d'or sont portés à 15 livres, les écus à 4 livres. Le succès est encore bien pire : en deux ans, on ne refond que pour 173 millions; le reste est fonda par l'étranger ou par les faux-monnayeurs français, qui gagnent au moins le double de ce que gagne le roi, c'est-è-dîre près de 60 millions. Dès la refonte précédente, on s'était mis sur le pied de ne pas rembourser totalement en nouvelles espèces tes propriétaires des valeurs portées à la monnaie : on leur avait donné, pourune partie de ces valeurs, des recru I naissances à low^s termes, qu'on appelait bilkls de monnaie. On revint à cet expédient et, pour attirer l'argent (jui fuyait, on attacha aux billets de monnaie un intérêt de 7 1 ? pour 100. Ces billets furent d'abord reçus au pair, dans le commerce : alors on les multiplia sans raison ni mesure; le trésor ne paya plus qu'en billets de monnaie ; en môme temps, on ne prépara aucun fonds pour les acquitter à présentation, comme si l'on eût été sûr d'obtenir des renouvellements indéfinis. On arriva bientôt à ne plus payer ni capital ni intérêts 1 Le 17 septembre 1704, les remboursements forent suspendus à la caisse des emprunts
1. Ce bénéfice coDsuiUità payer le» créanciers derétat arec un moindre poids de métal, en changeant le rapport de la moanaia dtt compte arec le marc, de la valeur ttomimlt ftTM riteloii Imnoablt.
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jusqu'au 1*' aTiil 1705. Ce n'était pas pour relever le crédit!
En 1705, on essaya d'arrêter le biUonnage qui continuait à rétranger, en rétablissant l'égalité de cours entre les anciennes et les nouvelles monn iies; tous les louis lurent fixés à li livres, tous les écus à 3 livres 16 sous. L'année suivante, on abaissa les louis h 13 livres 5 sous et les écus à 3 livres 1 1 sous, en réduisant les i)iAf Ps (lo 10 sous à 9 sous 6 deniers, ce qui ne suffit pas pour rétablir l'équilibre monétaire. L'intérêt des promesses de la caisse des emprunts avait été porté à 10 pour 100 (23 mars 1.705), dans respoirqu'on n'exigerai! pas le remboursement au l«''a?riUGet espoir fut trompé. Il fallut payer : on le fit moilié en argent, moitié en billets de monnaie spéciaux. Les billets de monnaie commencèrent à perdre. Le conseil du roi ordonna qu'ils entrassent pour an quart dans tous les paiements entre particuliers, à Paris, mais ne décréta pas qu'on les recevrait au trésor. Cette absurde distinction ruina toute confianee, et le papiât^monnaù à cours forcé débuta sous les plus déplorables auspices. La pcrlurbalion lui protuude dans les rel.ilions : le prix de toutes les denrées s'éleva considérablement; les capitalistes ne voulurenl jjlus prêter qu'à des intérêts excessifs, h cause de ce quart en pajjier. Les billets de monnaie perdirent liieiilùt jusqu'à 75 pour 100. Le conseil -décida enfin que le trésor les recevrait pour moitié dans les prêts faits à la caisse des em^irunts, le ministre les repassant de là aux fournisseurs. En 1706, ordre aux particuliers, à Pjris, de recevoir les billets de monnaie, non plus seulement jusqu'à concurrence d*ttn quart, mais comme argent comptant, dans les paiements au-dessus de 400 livres : défense d'exiger plus de 6 pour 100 de change sur les billets, à peine de carcan, bannissement, etc. Le résultat, c'est qu'en dépit de ces menaces, le change monte à 60 pour 100 entre Paris et la province. Le commerce parisien est écrasé. Le 2 i octobre, le conseil, reculant devant son œuvre, stiitue qu'on devra effecluer en arprent au moins le quart des paiements. L'intérêt des billfts est suppi i in et l'on résout de convertir 50 millions d^ billet^, moilié en prornessesdes fermiersgénéraux h cinq ans, avec 5 pour 100 d'intérêt, moitié en billets des receveurs-généraux, le tout assigné sur des fonds spéciaux. Le roi promet qu'à partir de 1708, 6 millions par an seront consa-
[\19$-ilVt] BILLETS DE MONIIAIE. Mff-
crés à rcniboLirscr le reste des billets demeurés dans la rirculation , et les porteurs de ceî5 billets sont autons<^s à b»? convertir en rentes ou en proiiiesseb de la caisse des emprunts, à condition de prêter au roi en argent une soninie égale à la somme de leurs billets (octobre-novembre 1700; jan\icr 1707). On ne s'y fie pas et personne ne profite de cette faculté. Les billets convertis perdent autant que les autres : les traitants eux-mêmes les décrient el les . r&chètent à 60 et 80 pour cent de perte, afin de les passer en compte au pair au trésor I Les TurcanU triomphenl sar la ruine commune de TËtat et du commerce '. Le gOOTeruemcnt est arrivé» vt94-vi8 de ses créanciers» soit à ajouter ince^amment les arré> • rages au principal, soit à engager presque tous les impôts^ La guerre, se faisant à crédit, co^ un tierë plus cbcr que dans les conditions normales. La proportion doit empirer encore. La dépense, de 1 iO niillions en 1701, monte en 1707 à 258 (sauf à tenir comple d«'s variations des monnaies) !
Les finances de la France et ccllt^ de IWnglrtrrre offrent un' d'MiI iiitviix contraste : l'An^ileterre, mnlaré les énui ines dépenses que lui impose la guerre, se soutient dans celte voie de crédit et d'ordre administratif qui lui a été ouverte dans les dernières années du siècle passé, et la circulation facile du papier h l'intérieur compense pour elle la vaste exportation de numéraire nécessitée par le paiement des armées.
Les premiers efforts tentés en France pour remédier au discrédit des billets ont échoué ; on se ravise ; la liberté est rendue aux particuliers de stipuler les paiements en argent (janvier 1707} ; "^uis la circulation des billets, renfermée jusque-là dans Paris, est autorisée dans tout le royaume. Une nouvelle révision des bitletsest ordonnée jusqu'à concurrence de 72 inillions (mai 1707); il y en avaii, dit-on, juscju'à 'il3 millions, et l'on en révisait en tout 122. Le sui'plus est décrié et il est intf idit (K les donner ni recevoir en paiement. Les delenl«'urs ont le droit de les convertir en billets des receveurs et fermiers- généraux, ou eu rentes sur l hùtel de ville au denier 14, ou même au denier 10, moyennant iù prêt d'une somme égale en argent : cela ne réussit pas mieux
1. Fendant qu'on boatevenait les oonditioiu néemaires du eemmerco, ou «or- «hMsnll la ebcslation ét noUTcau dvolta à llntéfiear «t à Veaiéfkof ( ITQSf.
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que la première révision. En novembre, on revient snr la liberté rendue en janvitr et l'on décrète que les billets revisés entreront pour un quart dans tous les paiements. Le mal ne fil qu*empirer. On lit une nouvelle opération monétaire digne ti<'s jirécédentcs; on fabriqua di^s pu'ces de 20 sous qui ne valaient qiu^ 1? sous C deniers; triste profit, bien vite compensé. Les particuliers ne payèrent plus le Trésor qu'avec ces pièces, tandis que le Trésor, poor les dépenses des armées ou d^ors, était obligé de tenir compte du diange aux étrangers \
Des signes efflrayants de décomposifioii se manifestaient dans le corps social ; le fam-smdnage (contrebande du sel) était exercé sur une immense échelle par les soldats, qu'on ne payait pas. Us couraient le nord et le centre de la France par bandes de deux et trois cents fontassins et cavaliers, irendant, les airmes à la main, le sel qu'ils enlevaient dans les greniers royaux; une de ces bandes vint jusqu'à Mciidon, sous les yeux du dauphin *. Le fauxmonnayage n'était pas pratiqué moins eu grand. Une bonne partie de la haute noblesse, dans certaines provinces et particulièrement en Provence, fiiisait de ses châteaux de? ateliers de fnusse monnaie. Des troubles éclataient en divers lieux à l'occasion d'un édit bursal profondément impopulaire. Après avoir soumis à Vinsi' nmlUm (enregistrement) presque tons les contrats de la vie civile, on avait frappé d*im droit les actes de baptême, de mariage et de sépulture, sous prétexte d'assurer la régularité des regislrestenus par les carés et contrôlés par des officiers royaux (Juin 1705). Beaucoup de pauvres gens, pour éviter le droit, s'étaient mis à baptiser eux-mêmes leurs enfants et à se marier en secret par simple consentement devant témoins. On voulut fsifre des recherches; les paysans se révoltèrent dans le Ouerci et le Périgord (mai-s-avril 1707). On craigTiit que le feu des Gévennes ne se rallumât et on laissa tomber l'édit en «lesuetade'.
Bien que la cour ne cliangeàt point d'apparence, que les piai*
1. Sor tout M qui regarde 1m Somcm, v. Forbonoan, t. Il, p. 10S-1T7.