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hB9 LOUIS XIV. ' tl7WJ
Henri lY et Sulii l'avriicnt pr(^dite. Ce jour était venu. La Russie» enfermée dans ses plaines iinnienst>s, au nord par la Suède, an midi par la Turquie , s'élait ouvert i aceès de la mer Noire aux dépens de la Turquie, puis s'était jetée sur la Suède pour conquérir le débouché de la Baltique. Le plus grand écrivain du xvui* siècle a raconté la lutte des deux hommes extraordinaires en qui se personniûèrcnt les deux nattons rivales La supériorité politique fîit au Russe sur le Suédois. Charles XII eut les qualités du héros plus que celles de Thomme d'état. Pierre le Grand, après avoir étudié par ses propres yeux, dans ses voyages, le mécanisîne et les instruments de la civilisation, abat chez lui les deux castes qui faisaient obstacle à Tunité absolue du pouvoir, le clergé et la milice^, se fait une année et un ^acer(loce absolument à lui, et organise avec géiiie les ressources d'un grand peuple barbare qui ne savait point user de ses l'urces vastes et confuses. Charles XII, lui, exploite, jusqu'à l'épuisement, les forces médiocres d'un petit peuple héroïque, sans savoir leur donner, comme avait fait Gustave -Adolphe, la meilleure direction possible. Il a entrevu une excellente idée, la réorg^anisation de la Pologne, mais il ne pourrait l'accomplir qu'en liant sa politique à celle de l'occident, qu'en prenant parti pour la France et pour la Hongrie, en imposant la paix à l'Allemagne, en abattant l'Autriche et en se contentant de repousser et de contenir les Russes, encore incapables d*agir avec succès loin de chez eux. Il fait tout le contraire; il s'isole de l'occident; il refuse de s'entendre avec Louis XIY et avec Rakoczi, tandis que Pierre le Grand, avide de se mûler par tous les moyens à l'Europe, fait des oflVes à la France et à la Honjjric, en môme temps (|u'il négocie avec la Grande Alliance. L'issue, on la c irinail; Charles Xll, attiré i)ar la défection de l'hetinan des Cosaques, succès qui lui devient lalal, s'enfonce dans la Russie Kouge et y perd son armée (juillet 1709;* A la nouvelle de l^uilawa , les Saxons et les Danois reprennent les armes : Auguste de Saxe rentre en Pologne, aidé par les Russes, et chasse le roi national, l ami de Charles XII, Stanislas Leczynski; les provinces de la Baltique orientale tombent suc-
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(t709<17l41 PiERBE LE GRAND ET CHARLES XIL 689
cessivcment au pouvoir des Russes; les provinces allemandes de la Siirile sont t'iivaliirs à leur tour : 1rs Prussiens, puis les Hanovriens, se joignent aux Danois et aux Saxons. La ^lu'(k^ privée de son chef et de snn année, se défend inti'épidenient , mais les sucrés mêmes l'usent ptcsquc autant (jue les revei s, coiilre des enneniis toujours renaissants. Charles XII, réfugié en Uoumanic, à Beader, s'efforce d'armer Tempire othoinaii, gui a laissé p'ei-dre sans agir les grandes occasions des guerres de Hongrie et de Pologne. La Turquie se lève tardivement, à la fin de 1710. Le tzar Pierre imite la faute de Charles XII : il prend Toflensive ; il s*engage témérairement dans la Moldavie et se laisse envelopper sur le Pnith par les Othomans. Il va périr : Falczim va venger Pullawa et faire reculer pour longtemps la fortune de la Russie. L'incapacité du grand-vizir sauve le tzar : le ministre othoman vend la paix à Tennemi qu'il |)cut anéantir [12 juillet 1711) : Pierre en est quitte pour rendre A/.of, pour faire aux Turcs une \aine promesse de ne plus s'immisctT dans les u fia ires de la l'oliiuiie et des Cosaques et pour siisiieiuiie l'exécution de ses projets sui la nïer Noire'. Ce qui {!( vai( être une ruine, n'est ainsi, pour la Russie, qu'un échec pai tiel qui retarde à peine la marclic de ses destinées, et Pierre se dédommage aux dépens de la Suède, tandis que la Turquie, se détournant de ses vrais ennc* mis, va se jeter sur les Vénitiens.
Le résultat le plus net des deux guerres de l'occident et du nord, c*est donc» en somme, raccroissement de l'Angleterre et de la Russie et rentrée de ce dernier état dans la politique européenne. L'influence russe va remplacer dans le nord l'influence suédoise, qui avait dominé depuis la guerre de Trente Ans. La Suède n'eût-elle pas essuyé le désastre de Pultawa, qu'elle eût toujours fini par (jcrdre une prépondérance que ses forces réelles ne lui permettaient plus de soutenir, maiiil<Miant qne les giaiids . lais faisaient la guerre avec toutes leurs rcssoujces à la lois, avec (les masses d'honunes et des niasses d'or.
Le gouverueuient de Louis XIV ne vit pas a\ee indi lier once ( elle révolution dans le nord ; quoiqu'il eût peu à se louer de •
l. ht tiaitè dans Poinoiit, t. VIII, p. 275.
Charles XII, Louis XIV cnvu\a des secuurs d'argent aux généraux suédois qui défendaient ks débris de la Poniéranie et, lorsque (Ihnrles X!I, désespérant de rien tirer des Ollioiiians, eut enfin regagné son territoire envahi, la France tenta, mais en vain, d'interposer sa médiation (fin 1714). Le 3 avril 1715, Louis XIV promit, par un traité formel, 1,800,000 fr. de subside annuel à Ghai'lcs Xil, pendant trois ans, et ses bons ofliccs pour lui faire rendre les possessions suédoises d'Allemagne K
Il était d'une bonne politique de travailler à arrêter la Suède sur le penchant de sa ruine. La politique de Louis XIV toi moins sage dans ses relations avec l'Angleterre après le traité d'Utrecht. Tandis que Louis XIV s'obligeait officiellement à ne troubler en aucuiic façon l;i Ininsuiission du la couronne britannique dan^ la ligne protestante et retirait au prétendu Jacques m l'asile qu'il avait do!iîi i)endanl vingt-quatrtî ans, h lui et aux siens, le clicf même du eabiiiel anglais, lîarley, comte d'Oxford, qui lui demaiidail ces engagements au nom du gouvci^ nement de la reine, rengageait mystérieusement à favoriser un complot qui avait pour but la restauration du prince exilé et Texclusion de la ligne protestante. La foi au droit monarchique remportait sur la foi des traités dans l'esprit du Grand Roi et, d'ailleurs, il ne pouvait avoir grand scrupule à violer son traité d'après les instigations du gouvernement même avec lequel il traitait. La reine Anne était, au moins d'intention, complice de son ministre et ne demandait pas mieux que d*assurer sa succession à son jeune frère, moyennant garanties pour l'église et pour les lois établies. Oxford lit entendre au prétendant, qui s'était réfufrié en Lorraine, ci h la cuur de France, qu'il fallait ajouiiicr après la paix la révocation de la loi de succession : en attendant, les jacobites, sur les instructions du prétendant, secondèrent activement les tories et les aidèrent à mater les uliigs et à faire la paix comme ils voulurent. La paix venue, Oxford lyourna de mois en mois , sous divers prétextes, l'efiet de ses promesses : la santé de la reine baissait d'une manière effirayante et cependant Oxford ne Msait rien pour assurer la succession aux Jacobites;