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59k LOUIS XIV. (1719)
les tailles au denier 12 avec rcnihonrsiMiicnt par annuités, emprunts forcés sur les officiers de finances, les maires des villes, etc., sous forme do taxations remboursables sur les tailles, avances soutirées aux receveurs généraux par des promesses qu'il no leur tenait pas etc.; lorsqu'il vit approcher la pkix générale, il commença de t4*nter quelques efforts pour remonter du fond de ce gouffre» ou, plutôt, à vrai dire, pour s'arranger une existence possible dans le gouffre même. Il cessa d'aliéner les domaines : il remit sur Tancien pied les droits d'entrée et les péages, doublés depuis quelques années; il diminua la gabelle. R se trouvait en face d'une masse énorme de rentes provenant en partie de la consolidation des billets de tonte nature; toutes les rentes antérieures à 1701) avaient ôi-jh v[c remises à cinq pour cent ; on ne les en pasait pas jnicux ; vers oclolji'e 1713, on drvail deux années entières ; un édil de ce mois convertit en nouveaux contrats à quatre pour cent toutes It > rentes acquises sur l llùlei de Ville depuis 1702 et joignit au capital les deux années arriérées. L'édit statua que les rentes sur les aides, gabelles, cinq grosses fermes, et quelques autres, vendues depuis 1702 et tombées par là dans la spéculation et Tagiotagc , ne seraient admises à cette conversion qi^e sur le pied des trois quarts du capital, et même des trois cinquièmes pour les plus récentes ; que les mêmes rentes, conservées par leurs détenteurs depuis 1702, seraient admises au pair. Les rentes viagères, créées de 1702 à 1710, furent réduites d'un quart ; celles postérieures à 1710, de moitié, ainsi que les rentes de la toiuine. Seulement, on exempta les rentes de la dîme et de toutes cliar^îes. Les renies quatre poui; cent créées \\ iv celte opération s'élevèrent à ti ente millions, et les charges publiques en lurent réduites de quatorze millions par an.
lÀ'lle réduction forcée était, en réalité, une banqueroute ])artielle, dans la inelle ou iiîtroduisait une équité relative : le jeu effrciié et frauduleux qui avait eu lieu sur les effets publics, dont
1. C'étail mal recoonaltre le aervlce qu'ils reudaicut en se vbar^Qt de» «ffsim esAnordinairee sant autre remise que Vintérêt de lews tTanoet; it «si vrai qae ce
tk^siut^rcsscmeul n'élait qu'appareut ; toute comptabilité éUiiit anéantie,' ks rccc YOTjr* ifi-ii raux se <10Joininnj^i'riu"nt eu fai-aiit v:ik>ir l"ar;»^e-!t de l'Htat qu'ils toucli;iie<it le plus U'tt et qu'il:i versiiieut le plut tard puâ»iblc. ¥. BailU, Uut. ^tuiicièn 4r«Jafmii«,i. Il, p. 31.
(111M7U1 RENTES. IIONNAIfi& 695
le cuiiHiiercc n'était encore ni régularisé ni authentiqué, légitimait les différences établies entre les diverses catégories de créanciers : ce (|Lii n'était excusable sous aucun rapport, ce fut l'opéralioa sur les uiounaies qui accompagna la réduction des rentes. Les augmentations de monnaies avaient été trés-funestes ; mais le mal était fyïi : il n'y avait plus à y toucher, la valeur nominale et de compte étant indifférente en elle-même. Desmaretz se remit à dmmver les monnaies, sous prétexte de les ramener à une prétendue jwu vakur, comme 8*il y avait, entre la valeur réelle» le poids, le marc, et les mots par lesquels on convient de désigner les monnaies, un rapport qui ne fût pas purement arbitraire. Il rejeta donc , en deux ans, le marc d'argent fin de qaarant&>deux livres dix sous à trente livres dix sous dix deniers '. Ce fut une nouvelle ruine en sens inverse, uii iiouvciiu buuleversenient de toutes les Iraiisiictious, un \criLdjle écrasement des fermiers, des iiiarcliands, de tous les débiteurs. On ne peut concevoir une telle ignorance chez un lionnne si habile dans le détail de l'administralion linancière. Son onde , le grand Golbert , ne lui avait pas donné de tels exemples ; en vingt-deux ans de mioistére, à peine Golbert avait-11 modilié la valeur nominale des monnaies.
La dépense de 1713 avait été de deux cent douze millions ; celle de 1714 rut de deux cent treize millions et demi, sur quoi, au bout de Tan, il restait cent seize miliious sans assignation déterminée; les rentes et les pensions, qu*on recommençait à payer, compensaient les réductions de dépenses faites sur la guerre. C'était sur la magnincencc royale et siu* les pensions qui enchaînaient la haute noblesse ù la cour, que l'on eût pu réaliser les plus larges économies ; mais ce luxe et ees libéralités étaient à la fois habitude el by^Uine; y I juclier eût clé lui sacrilège contre la mouarebie, et, dans les plus extrêmes détresses, il avait fallu assurer le scrvic<' de la cour, presque avaut celui de l'armée clic-méme ^ Pendant
1. Law vatiiuc que cette diminaUon des monaaies coûta 100 millions an trèBor. \ . Alêni. iur Li btnquet, ap. É':o'iomhle» (imneiers, p. 599.
2. Uue teule fou, uu ra vu, les prmces et les courtisans araient rendu au roi uue perUa d« ce quHIs receTaicnt de lui, en Boldaat qaetqiua nouvelle* levées. — V. te curieux 6ut de dépenses de 1715, dans Forbonnats, t. II, p. 352. Oa y voit que la maison d'Orléans coûte prè> de 2 millions par an au trésor ; Jarque» III et sa i.ii-re, (>')0,000 franc», le« autres peiisioua ordinaires et gratifications, 4 millions et demi; iti gi-atiflcatioDS «ttxaordinairea et atitrea d^peutea noa •pëciflécs, 15 ttinrio..9.
606 LOUIS X1V« (171«.17is:
les sept dernières années, on avait dépensé en moyenne deux cent dix-neuf millions par an : les revenus ordinaires, avec la dîme et la capitatlon, n'ayant produit que soiscante-quinze millions par an, charges déduites, il avait fallu demander annuellement cent quarante-quatre millions à des moyens extraordinaires , ce qui faisait plus d'un milliard pour sept ans, sur quoi, fin 171 i, il restait plus (Je trois cent seize millions auxquels ou ne savait quelle assimi:i!io!i (Juiiacr. Après les immenses conversions et consolidations (iui avaient eu lieu, il se trouva encore, au î*^ be])leinl)re 1715, une masse de billets en circulatiuu, Desmaretz estimait à près de quatre cent quatre-vingt-douze millions, mais, qui, en y comprenant les papiers de toute origine, allait à cinq cent quatre-vingt-dix!
Desmaretz continua à procéder, par des faillites partielles, à la réduction des charge^ qui pesaient soit sur le trésor, soit sur le pays, n supprima un grand nombre de nouveaux offices, en remboursant, par la création d'un million cinq cent mille livres de rentes quatre pour cent, les titulaires qui avaient traité, en général, sur le pied de huil pour cent *. Il supprima tous les anoblissements achetés depuis IGSl) et les exemptions d'impôts vendues aux officiers subalternes. Il créa deux millions de renies chk] pour cenl |tuiii dégager la r i |)i talion et la diioe, que l'on ne cessai! [VIS du percevoir, malj:! l' la inoiiiesse royale de les snf»|)rimer à la paix; cette dernière opération était bonne et licite, mais elle fut comme étouffée par le retentissement d'une catastrophe tinanciëre que Desmaretz ne put éviter. Ën avril 1715, la caisse des receveurs généraux, qui avait été la grande ressource des dernières années, tombe en déconfiture, le gouvernement s'étant trouvé enfin hors d'état de payer ses billets. Cest la dernière ancre qui casse! Dans cette prévision, Desmaretz avait tâché de relever l'ancienne caisse des emprunts, en commençant le remboursement par série, des billets ou promesses de cette caisse, tom-
I- Une importante dcclnration de septembre 17 i i rcadit aux villes U libre élec» tiuu de leurs officier» municipaux, uiuyenoaoi que In communautés des villes indeinnUwsMDt In titulaires des mairies, UentoimoM d« maire, édwrinagcs , «te. Aiicitnnes Lo s fninr uMf, t. XX, p. 037. Ceci prouve que la suppreidoa dce débris (1* s tilx rt< s municipales, derennei ei pea génaatea, avait été baraale ImaooQp yHm que politique.
^rt7UI BANQUEROUTES. 697
bés en discrédit (13 décembre 1714j; il ne peut tenir parole et supprime la caisse des ( iniinints, le 2 août 1715, [mv un qui annonce que les proniess'S sci unt consolidées en rentes quatre pour cent et, cncoro, si c Ik s n'oat pas été négociées. Les promesses négociées perdront cinquante pour cent, attendu que les agioteurs les négocient à quatre-vingts pour cent au-dessous du capK tal nominal. C'est rouler de banqueroute en banqueroute!
Dans Tété de 1715, la situation ne parait plus pouvoir empirer : plus de crédit public ni privé * ; plus de revenu net pour l*£tat ; la portion des revenus qui n'est point engagée est anticipée sur les années suivantes ^ Ni le travail ni la consommation ne peuvent reprendre, faute de circulation; les capitaux sont engorgés dans les caisses des traitants, ou dissipés à Paris dans un luxe stérile; l'usure règne sur les ruines de la société. Les alternatives de cherté ♦ et (ravilisscrnent des denrées achèvent d'écraser le peuple. Des émeutes éclatent pour les vivres, dans le peu [île et même dans l'armée. Les manufaclmes sont languissantes ou fermées; lamen< dicité forcée dévore les villes. Les campagnes sont désertes, les ' terres en friche, faute d'outils, faute d'engrais, faute de bestiaux, qui ont péri en 1709; les maisons tombent en ruines La France monarciiique semble près de finir avec son vieux roi. Louis XIV n*a pas voulu du remède violent et systématique qui pouvait sau-
1. Pour avoir S mîniom, te ministre ftit un jour oUigé de donner 32 nlUioDS de billete ans traitants : les billets perdaient dune 75 ponr cent!
2. C<Mipl«Hnii4»dtX)wiiMrfl*. Colbert avait iaiaé, ea 168S, 85 nlUione de rêvera
effe<-tif.
3. Le gouvernement t&cbait en vain de raviver l'agriculture et l'indastrie. Dès 1701, la défenee faite, sooa Colbert, en 1669, de saisir, si ce n'est pour loyers, les métien, outils, etc., servant ans lafaMgos et dreperiee, avait HA étendoe à tontce tes autres indostries. Kn cas de faillite, on devait laisser à l'artisan ses m.Hiers, sauf paiement ultérieur de leur valeur. — En 1708, reuouveUcmenl de la défense de saisir les be^itiaux. — De 1709 à 1713, privilèges à quiconque remet eu valeur les terres abendonaéia, — 87 aoAt 17M, preUUtloa dtae cotemiadee de llnde. — 1 1 jidn 1714, prohibit on des soieries de la Chine. — Janvier 1712, fondation d'une manufacture de tapis de Perse à Paris. — Janvier Î713. défense de fabriquer des eaojcde-vie de grains (pour favoriiter tet» pa/s vignobles). — Anciennes Loi* (rançaisUy t. XX, ^ 453-630.94U542^7d-583-639.645-648. Ceika de eee neenresqul eiuMni été le plus efficaces dans un temps ordinaire passaient presque inaperçues.
Il y eut, en août 1715, des eéditions dans les garnisons de Flanilre et d'Alsace parce qu'on les obligeait à prendre le pain des rounitlonnaires à plus haut prix qu'au merché! On n*apei«a le monvenenl qu'aveo de raigeoi. —Lémontel, eddlMbi»« om;, JMd. itDmgism, p. 279.
m LOUIS XIV. (17111^
ver ce ^rand corps malade, mais qui Vcûi transformé r-î pônsséà l'iticonnu. Le malade semble aller à la ir^orL Les empiriques n'y peuvent rien.
Desmaretz, avant môme la chute des deux caisses qui lui avaient rendu possible de vivre, avait reconnu que Tétat des choses était infiniment pire qu'à l'avènement de Golbert et qu*il était impossible de retrouver les mêmes remèdes : c'était ce qu'avait dit Vauban, quand il était temps encore. Dès la fin de 1714, Desmaretz avait donc présenté au roi un plan de salut public. Il proposait dé supprimer, comme on l'avait prorois, la dime et la capllation; de charp^rr le clergé, les pays d Étnts, les j^énéralilés, les provinces et les villes d'arquiltcr, en un ccrUiiii nombre d'années, le capital des soixante millions de revenu aliénés depuis 108.3 ; de supitriiner et remlionrser tous les oflices créés depuis 1083, au moyen de deux sous jjour livre d'augmentation sur la taille et sur les fermes; de reviser et liquider toutes les delîrs encore flotlantcs, comme on avait lait pour celles consolidées en rentes quatre poui cent
n'était trop ou pas assez : c'était exiger d'assez grands sacrifices * et froisser suffisamment les intérêts des privilégiés pour soulever les plus vives résislances, et ce n'était pas assesc pour changer radicalement et définitivement le système des impôts. C'était encore là une réforme bAtarde, quoique d'apparence hardie. Le roi hésita et rien n'était encore décidé vers le mois d'août 1715.
Gomme si la ruine matérielle du pays ne suffisait pas, les querelles et les persécutions religieuses se renouvelaient, pour ajouter (le nouvelles souflVances morales à cette misère. Le eonfesseur du roi, le père î.a C.liaiso, qui, sauf quelques éclipses de rav(Mir causées par ses dilTé rends avec m idanic de Mnintenon , avait été tme sorte de ministre des affaires ecclésiastiques, était moi t eu 1709. Sou successeur Le Tellier le (il bien regretter. C'était un fanatique après un politique, un esprit de violence et de scandale après un esprit de tempérament, de modération et de pnidence mondaine. Le fanatisme de Le Ti Hier était de la pire espèce, de celle qui prend sa source, non dans les passions exaltées, mais
1. y. !• prqjct de DMnaretx, Uant FoitNniiiali, t. II, p. 271.
ÏI7!«-!7!5Î LL PÈRE LE TELMKK, 590
dans les passions haineuses, et qui joint riiypocrisic des moyens à la conviction du fond, si Ton peut appeler conviction unaheurtemenl faruuclic et aveugle. Par un contraste singulier, ce persécuteur avait débuté par être, sinon perséïDuté, au moins maltraité par Bossuet et le cardinal de NoaiUes, pour avoir défendu la tolérance et la philosophie dans Tafiaire des drimmies chmoiiesi il se dédommagea, aux dépens des protestants et des jansénistes, de sa charité entcrs les Chinois; dans Tun comme dans l'autre cas, il n'eut qu'un même but, llntérét de sa Compagnie, objet de son forcené dévouement.
Tant qu'avait duré la ^ucrro, ou avait laisi^é rcs[)iiTr les jirotestants : la terriMe I con des ('évonnes parlait trop haut ; la misère publique niémc pi'olilait aux rcforiurs; les fonds uiiuiquant |)our (Milrctmir les écoles catholiques, on ne les (jl))ij:cait plus d'y envoyer leurs enfants. Le roi avait pardonné, par diverses fois, jusqu'en mai 1713, à des assemblées tenues en dépit des ordonnances et, au moment où Ton signa la paix d'Utrecht, il avait accordé aux instances de la reine Anne la liberté des malheureux encore retenus aux galères pour cause de religion. Ils n'étaient plus que cent trente-six; le reste était mort on avait été délivré vers la fin de la rébellion des Cévennes. Après la paix, tout changea. On chicana si bien la liberté promise aux galériens protestants, qu*un certain nombre étaient encore à la rame en septembre 1715*. Dès mars 1712, une ordonnance royale avait enjoint aux médecins, sous des peines graves, de prévenii- leurs mal ides de se confesser en cas de [léril; le troisiùjiie jour de la iiialadic, le médecin devait i eiusci ses secours, si Ton ne représentait un certificat du confesseur. La même aun n', le roi fut vivement pi-essé de déclarer illégitimes tous les eulauls de parents non mariés à l'église. Le vieux d'Aguesseau pèn*, toujours très-écouté au con* seil d'Ktat, parvint à en détourner Louis XIV; mais Le Tcllîer ne se rebuta point : le chancelier de Pontchartrain, qui avait une certaine élévation de sentiments et qui s*était rattaché d'opinions h la sévère congrégation de l'Oratoire, ne se fût jamais prêté à ce qu'on préparait; mais il donna sa démission, sur ces entrefaites.
1. Duiigeuu, t. ni, p. 2ÔB. — • Limiers, llùt. 4ê Louù Ài ï, t. YI, p. 3i3.
m LOUIS XIV. [17191
pour ne plus s'occuper que de son salut, et on lui substitua le ministre de la guerre Voisin, homme à tout faire, et qui se trouva porté à la fois par les jésuites et par madame de Mainlenon. Les procédés devinrent de plus en plus acerbes envers les réformés et» le 8 mars 1715, parut une ordonnance qui dépassait de bien loin les plus terribles excès de la persécution de 16S51 lie roi y rappelait son édit da29 avril 1686, sur les lunnoeaux convertis qui, à Tarticle de la mort, refusaient les sacrements et déclaraient persister dans la religion prétendue réformée, édit réToltant, qu*on avait, durant longues années, laissé tomber en désuétude : « Nous apprenons ; disaîMl, c que, les abjurations B*étant finies souvent dans des « provinces éloignées de celles où décèdent nos dits sujets, ou par € un si grand nombre à la fois qu'il n'auroît pas été possible € d'en tenir des registres exacts, nos juges, auxquels ceux qui € meurent relaps sont dénoncés, trouvent de la iliriiculté à les
€ condamner. r;iule de pretive de leur abjuration Le séjour
< que ceux qui ont été de l:i religion prétendue réformée, ou qui « sont nés de parents religioniîaircs, ont lait dans notre royaume, c depuis que nous y avons aboli tout exercice de ladite religion, € est une preuve plus que suffisante qu'ils ont embrassé la relic gion catholique, sans quoi ils n'y auroient pas été soufferts ni c tolérés. • La conclusion directe est que, jniiiqu'U n*y a ptus de proUsUmU Ml France^ tout religionnaire qui meurt sans sacrements est lépnté relaps et doit être traîné sur la claie et Jeté à la voirie. La conséquence indirecte, que Tédit n'énonce pas, mais qui est le but principal de Tédit, c*est que, puisqu't/ n'y a plus de protestanis en France, quiconque n'est pas marié à féglise catholique, n'est pas marié du tout cl ne peut mettre au monde que des 1k\ tards
« Il n'y avait plus de prétendus réformé? on France, attendu qu'ils n'y auraient été ni soutTerls ni loléi i s. r, On ne se fût pas exprimé autrement, si la révocation de rédil de Nantes eût banni
1. L'absorptioD à» la lodété dvfla par rfi^llM n'était pourtant pas teltenent
complète dans la France cnlholique, la question protestante i p^rt, qu'il n'eùr sobsisté jusqu'au xvii* siècle quelcjueM traces de l'aiic'en ma riaj^e civil, du mariage galloromain ou germanique. Le doyen des muitres des requèU*^ au temps de la Fronde,
nommé Ganmin, a'étant marié par ifaapla «ontrtt oNil, on appâtait «a nniona dat mariafaa 4 b fumina. Ralldèro, p. 374.
IlTlft} PROTESTANTS PERSÉCUTÉS. 604
les protestants et si toutes les portes leur eussent été ouvertes pour quitter leur patrie. Or, l'édit de révocation avait garanti la sûreté aux personnes en prohibant le culte, et dix-huit mois h peine s'étaient écoulés depuis que, le 18 sei>leinbre 1713, un autre édit, reconnaissant fort nettement qu'il y avait encore des protestants en France, avait renouvelé à Um sujets du roi ^ de la religion prétendue réformée, eu nouveaux eoMUrtiSf la défense de sortir du royaume. Uéditde mare 1715, extorqué par un misérable à la vieillesse affaiblie du Grand Roi, Ait Téritablement le chef-d'œuvre de cet esprit de mensonge que la France a bapUsé du nom de jénùUme, Nous ne croyons pas qu'il existe une pareille souillure dans toute notre vieille législation. I^es plus miàmes tyrans n*ont rien imaginé de pire que cette combinaison qui flétrissait toute une population à la fois dans le berceau cl dans le lit de mort, et qui créai! une tribu de panas dans la France du x\nf siècle '.
l^endant que les protestants retombaient, de la tolérnnce tacite des dernières années, dans les borieurs de 1685, une autre persécution , moins cruelle , mais qui touchait plus directement la masse de la nation , avait recoin lucucé contre le jansénisme et contre tout ce qui s'en rapprucbail.
Les jésuites avaient été quelque temps fort bas» à rentrée du xvni" siècle, le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, dominant alors le roi par madame de llaintenon et subissant lui-même la direction de fiossuet. L'imprudence des jansénistes, leur infittigable esprit de dispute, rendit à leurs ennemis l'occasion de se relever. En 1702, quarante docteurs de Sorbonne ressuscitèrent la fameuse question du fait sur les cinq propositions de Jansénius et soutinrent que, devant les décisions de l'Église sur des points de fait et non de dogme, un silence respectueux suffisait sans acquiescement intérieur. Quelques autres propositions à tendance janséniste accompagnaient cette question principale. Bossuet se bâti» d'intervenir pour étouffer Taflaire et amener les docteurs à se rétracter. Le cardinal de NoaiJles, qui, dit-ou , avait d'abord approuvé secrètement les propositions, recula et suivit Dossuet» comme dans la querelle du qulétisme. Trente-neuf docteurs se rétractèrent sur quarante. Le roi défendit de rien publier dorena-
1. Rulbiêre^ p. 300-45B. — Anciennes Lm frar^ iises, t. XX, p. 6û5->64'>.
60Î LOUIS XIV. ïmM7«l
vaut sur ces niafièrciî, mais, en son nom et au nom de Philippe V, pria le pape Clément XI de renouveler les constitutions de ses devanciers contre le jansénisme. Des papiers saisis à Bruxelles, chez le père Quesnel. oratorien, qui avait succédé au grand Arnaud dans la direclion de la secte, avaient ranimé la vieille antipathie de Louis XIY contre tout ce qui (ènait au jansénisme. II y avait un contrat par lequel les jansénistes avaient autrefois acheté Ttle de Nordstrand , sur la côte du Holstein , aûn d*en faire un lieu d'asile pour leur secte ; il y avait aussi les traces d*un projet qu'ils avaient eu de se faire comprendre dans la trêve européenne de lG8i, sous le nom de disciples de Saînt-Augustin , comme s'ils eussent été un corps politique à la laçon des luthériens ou des cahinisles allemands. Louis XIY prit trop facilement ces rêveries pour les complots d'un grand parti
dénient XI répondit aux désirs du roi par une bulle (jui tomba au milieu de rassemblée du clergé de 1705. Le eardinal de Noailles, qui présidait, lit des réserves contre rinfaillibilité de l'Église en matière de fait. L'asseml l 'r , animée d'un esprit trèsgallican, accepta la huile, mais établit que les constitutions des papes n'obligent toute l'Église, que < lorsqu'elles ont été acceptées par le corps des pasteurs », et que cette acceptation de la part des évéques se fait < par voie de jugement >. La cour de Rome fut très-hlessée que les évéques prétendissent juger après eUe, et cela donna lieu à de longues négociations : le roi engagea les évéïjues à offrir au pape des explications atténuantes. Les jésmte>s, ce[>en* dant, rej)renaient le dessus à Versailles et [iréparaient contre le cardinal de Noaillcs une redoutable macbine de j^uerre. Le père Ouesnel, avant de devenir le chef des jansénistes, avait publié des
1. Ceci aide à expliquer rétrange anecdote rapportée par Saint-Simon et qui œoiitie Louis XIV proférant rathéisiuo au jansénisme : " Parmi ceux qui devaient être (le la «uite du voyage d Espagne eu 1707, M. le duc d'UrU-aos nomma Foutpertab. A ee nomt voilà le roi qui prend un air austire : Commeut, mon Deten, Montpcrtoiiii le fib de cette janséniste, de cette fulle, qui a couru M. Arnaud imu> tout! Je ne veux point de t tt homme-là avec vou»! — Ma foi, Sire, je ne sais pas ce qu'a fait la mère, mai^, pour le fils, il n'a f^irdo d'être jauaéniiito, et Je voua en réponds j car il ne croit pae en Dieal — Eat-il poissible, mon neven? répU^oa le iw en ee tadoodiiant. Rien de ploa certain, Sre. — Puiaqae cela e»t, il n'j a point de mal : vous pouvei le mener. »
Il cat probable que le duc d'Ûrléaua avait un oca embelli l'anecdole en la contan à Saint Simon.
t170M7091 lANSÉNISTBS PEUSÉCUTÉS. 609
Réfkxioni morales sur le Nouveau Teslameni, ouvrage souvent réimprimé et fort estimé ; le père La Chaise et le [)a[)e régnant luimême en avaient, dit-on, fait Téloge. L'édition de 1693 avait reçu l'approbation épiscopale , avec grandes louanges, <le Noailles, alors évôque de Gb&lons. En 1699, sur de nombreuses objections, NoaiUes, devenu archevêque de Paris, fit examiner de nouveau les Réflexions morak$ : Bossuet en entreprit la révision; mais, ses corrections n'ayant été exécutées qu*en partie , son travail ne fut pas publié et la révision ne Ait faite que par les docteurs du cardinal de Noailles. Les clameurs continuèrent contre le livre amendé et s'élevèrent jusqu'au pape. Clément XI , à son tour, se saisît de l'examen, quoique sans beaucoup dïinpressement : la congrégation de l'index se prononça défavorablement; un décret du Saint- Père prohiba le livre (lîOSi. C'était une rude atteinte au cardinal de Noailles. Le décret, tuuieiois, ne fut pas reçu en France, pour une question de forme, ou plutôt, peut-être, parce que le roi était alors mécontent du pape , à cause des concessions de Clément \l à la maison d'Autriche. Les jansénistes n'y gagnèrent rien. En ce moment même, un coup terrible allait les frapper dans le plus cher et le plus légitime objet de leur vénération. Gomme l'ancien formtiiam de 1655, la constitution papale de 1705 avait été présentée à la signature de tout le cleiigé séculier et régulier; les religieuses de Port-Royal-dcs-Gbamps avaient refusé d'y sousciire sans restriction. Le pape les soumit, par une bulle qu'autorisa le roi, à l'abbesse de Port-ftoyai de Paris, qui ne partageait pas leur foi augustinienne (1708). Elles résistèrent. Sur ces entrefaites, le père La Chaise mouiiil et Le Telli« r lui succéda. L'atlaire fut poussée aux plus extrêmes violences. Le cardinal de Xoailles, âme pure et caractère faible, fut enliainé, itoui- piouver qui! n'était pas janséniste, à sévir malj^ré lui euiiUe les relit;ieuï.es rehrflrs. Elles furent arraeiiécs de leur monastère et dispersées dans divers couvents (novembre 1709). L'illustre abbaye de Port-Royal, consacrée, même aux yeux des incrédules, par le nom de tant de grands hommes, par la mémoire de tant de vertus, fut dtmoiie de fond en comble par ordre du lieutenant de police d'Argenson
1. La maiton Je4 Itommts, qu'avaient butiUe les sulauircs et Ic-uis clève:», ( xtste «noore «ur la hauteur qui doaiioe te vat]on au faod duquel (tait rabb>;}'« détruite*
m LOUIS XIV. [1709-1711)
Deax ans après, comme si Ton eût prétendu ekiler jusqu'aux ombres qui hantaient la vallée, on exhuma les morts de Port- Royal pour transférer leurs restes dans un cimetière de village (à
Magni).
NoaiUes, tandis qu*il trempait dans cette persécution, entrait
pourtant dans la même voie que les religieuses de Port-Royal, en refusant de rétracter Tapprobation qu*il avait donnée aux Bhflsxions morales. Le Tellier le fit dénoncer au i ui, pai' plusieurs évôques, comme fauteur de nouveautés. Après d'inuti!ps i nirparlers, où intervint le daupiiin, très-opposé au jauscjiisiite comme son maître JVnelon', le roi prohiba le livre de Qut snel par un arrêt du conseil { 1 1 novembre 1711), et demanda au jiape une nouvelle condamnation de ce livre, dans une forme qui pût être reçue en France. La réponse de Clément XI se fit attendre Jusqu'au 8 septembre 1713 ce fiit la fameuse huile (MiffenUoi, œuvre de Le Tellier hien plus que du pape, et qui, au lieu des termes généraux de la huile de 1708, condamna expressément cent et une proposilions extraites des JUfkaDUm moraUs* Nous avons ailleurs * essayé de caractériser les doctrines Jansénistes. Nous ne reviendrons pas là-dessus; nous ferons seulement Tobswvation que ces doctrines, dans ce livre revisé et mitigé, conune
1. Le duo de Bourgogne, deTeoa dauphioi écrivit sur cette affaire on luéiuuire poor le pape. Il y donne én notift trèa^niMiniMlilei àm ton oppoitUon «n Janiéidsme. y. sa Vis, par Tabbé Proyart, t. II.
2. D:m<; riiitervalle, eot liea un iocident digne de remarque. La cour de Rome, par l'accommodement de 1693 entre lunoceni XII et Louis XIV, avait obtenu que Iflg eudidAlt ans grades mÙTenitaire* m ftwMot plni ■atrelnle à mlrair laDidaisUon de 1682. Qément XI voulut alltr plai klB et, en 1713, il refusa les tniUe« d*invefttiture à Tabbé de Saint-Aijrnan, nommé par le roi à i L^^ché de Boauvai», pnoe ^ne cet abbé avait souteou la Déclaration, c'cat^-dire que le laint-pére prétendit ériger Implidtement le gallieanbBW en hérésie. L^eeprit de Boeewt e* réveOla ch<a le vieux ni, blessé an vif dnns ce qu'il avait de plus cher, dam son autorité : Louis écrivit aa cardinal de La Trtmoille, cbirjri^ des affaires de France à Rotnf», une lettre destinée à être communiquée an pape et qui était une v^table lommatloo d'eséeuter to ooaoordat de François I«« m de délivrer dee bnllii à tant évéquc élu, • dont la diNtrine ne peut être reprise >. — Sa Sainteté, obiorfalt le roi, est trop éclairée pour entreprendrr i^r d Vlnrer hérétiques les maximes qnc suit l'église gal- UcanCf comme étant celles de l'éo'lL>e primitive Le pape recula. L'évéque nommé •et ses boBes. Y. âffMMi ds d'Aguesseau, t. XIII, p. 424. Malgré cette entrepiise, vfte abandonnée, Gléineiit XI était un «sprit puifiqiM tt ut donna la bvllt OittitHitui qn'k contre -cœnr.
84 V. notre t. XU, p. 81 et niivantea*
[î7l3-iiUl BULLE UNIGEMTUS. 605
il TaTait été, ne sonl guère qu'à i'élat de tendance, oonsistani dans une disposition générale à voir les rapports de l'homme avec Dieu du point de vue de la grâce plutôt que du point de vue de la liberté. Beaucoup de maximes condamnées ne Teussent certainement jamais été avant les progrès du motinisme : on osait condamner les propres paroles de saint Augustin et de saint Paul même ; il est des propositions, sur d'autres matières que la grâce, dont la condamnation fut et dut ùivo un immense scandale et SMiiblc vdiiabli ineat le Uiouipiie du jébuilisme sur le chris> tiani:ime, par exemple celles qui regardent la nécessité de l'amour de Dieu. On avait osé condamner ceci : « Dieu n'est pas, la religion n'est pas, où n'est pas la charité t>. C'était donner la sanction pontificale aux théories jésuitiques les plus contraires à l'esprit général de la théologie chrétienne. De môme les maximes relatives à l'Écriture sainte. Le pape avait anathématisé les propositions suivantes : t La lecture de l'Écriture sainte est pour tous.— Les chrétiens doivent sanctifier le dimanche par les lectures de l'Écriture sainte; il est dangereux de les en priver». Et aussi celle-ci : < La crainte d'une excommunication injuste ne doit pas nous empêcher de foire notre devoir». Ceci renversait tout le gai* licanisme politique.
A la nouvelle Je la huile , le cardinal de Noailles essaya d'un moyen terme et prohiba le livre dans son diocèse, sans spécifier les maximes condamnées. Ce u'élait point assez j ur ses ennemis. Le roi, excité par Le Tcllier, convoqua un grand nombre d'évéques pour procéder à l'accefitalion de la bidle. Noailles et sept aulres prélats protestèrent : quarante acceptèrent la bulle, mais en adressant à leurs ouailles des explications qui semblaient des excuses (janvier 1714) et qui furent mal reçues à Rotne. Les huit prélats opposants écrivirent au pape, afin d'expliquer leur abstention et de demander des explications. Le roi empêcha l'envoi de leur lettre et fit publier et enregistrer la bulle au parlement» qui ne dissUnula pas son déplaisir, mais n'osa résister et fit seulement ses réserves ( 15 février). Fénelon et une soixantaine d*autres préhits se rallièrent aux quarante acceptants, chacun Interprétant plus ou moins la bulle à sa manière : l'opposition au jansénisme l'emporta chez Fénelon sur la sympatltie que devaient lui inspi-
rer qDclque»*iiiic8 des nuaimes condamnées, et pent-ètre Tarchevéque de Cambrai se sonvînt-il un peu trop de la part que FarcheTèque de Paris avait eue à la eondanuiation de madame Guyon et des Maximes des Saints *. Noailles ne céda pas : la conviction lui inspira une mcrgic au-dessus de sa nature; il entra en lutte ouverte avec le pape et, ce qui Oiaii plus dangereux, avec In roi : il dcfenilit, par un mandement, à Ions eccli?siistiques de recevoir la bulle dans son diocèse, à pciiie île suspension (25 février). La Sorbonne, cependant, reçut, ou plutôt subit la bulle, sous la pression violente de l'autorité royale, qui exila les principaux opposants : les autres universités ployèrent aussi sous le joug. La sacrée congrégation romaine décréta, par ordre du pape, contre les mandements de Noailles et de plusieurs autres évèqnes, comme sentant le schisme. Les prélats dissidents n'étaient que quinze en tout et nVaient point d*adbérents mitrés hors de France, l'épiscopat d'Espagne et dltafie était trop habitué à la servitude papale'; niais, en France, ils avaient derrière eux les principaux ordres religieux, bénédictins, dominicains, oraloriens, cannes, pénovéfains, la iii:ij»)rité des docteurs de Sorlionne et des curés de Paris, cl le public, qui se i)Ortait toujours du coté où les jésuites n'étai»'nt pas. Ce n'était plus seulement à la secte janséniste , mais au gallicanisme tout entier qu'on avait affaire. liCS jésuites cl la bulle n'avaient guère entraîné , avec la majorité des évéques, que les fi*anciscains et le fameux séminaire de Saint^uipice. Noailles ôta le pouvoir de prêcher et de confesser & presque tous les jésuites de son diocèse; mais il n*osa aller logiquement jusqu'au confesseiu* du roi.
On s'eiTorça d'étouflfcr par la terreur Topinion contraire à la bulle : les exils, les emt)risonnements, se multiplièrent de jour en jour; Le Tellier prépara des violences plus éclatantes : il engagea le roi à adresser au parlement une déclaration par laquelle tout évéque serait tenu de souscrire puremetU et simpltmau à la bulle,
était lo);it|ueinciit eagugé 4 accepter la bulle : it Taviiit pruvoquCe. V. cidesaus, p . ô35.-~ ica dimten écrite sont des dialogue! tur la Grâce *t le Libr* ArbUvr^ d'aillears trè»-digTic» de loi.
2. V. un pas-a;re iiitorcs-aut dans Saint-r^imon, t. XV, p. 315, sur Tégliie d'Ë^ pagne : c'e«t aue lorte de coaf«Miou de i'arcliev^^uc de Litïède.
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faute de quoi ii serait poursuivi suivant la rigueur des canons. Le but était de foire déposer le cardinal-archevêque de Paris par un concile national, après que Rome lui aurait 6té le chapeau. Le caractère temporiseur du pape et Textrème répugnance de Rome pour tout concile retardèrent l'exéculion de ce dessein cl prolongèrent les négociations avec Noaillcs. L'année 1714 vi les tleiix tiers de 1715 s'étaient écoulés ainsi. Le TcIIIl'i- perdit patience et pressa ie roi Uc porter sa Uéclaralion au parlement dans un lit de justice : malgré les vives remontrances du premier président et surtout du procureur général d'Aguesseau fils, que son propre mérite et les longs services de son pére avaient porté 4 ce \iOBte éminent, Louis avait résolu de suivre riospiratlon de son confea> seur : le procureur général eût été suspendu ; le parlement violenté comme Tavait été la Sorbonne. Le temps et la force manquèrent à Louis pour frapper ce dernier coup
Le Grand Roi, en effet, inclinait >crs la tombe et n*èût dû songer qii*à mourir en paix. L'aspect de la cour eût été déjà bien assez triste sans les aigres clameurs de cette guerre théologique, qui donnait un air de Bas-Empire aux derniers jours d'un règne luiiglcnips (uiiijiaré avec avanla^èuu siccle (rAii^^iistc Toutes les joies et toutes les splendeurs de Versailles avaient disparu avec la jeune daupiiiue : l'ennui pesait sur le vieux roi comme un manteau de plomb que madame de Maintenon n'avait plus la force de soulever. Le troisième des pelils-lils du roi, ie duc de Berri, était mort au printemps de 1714, et sa lin, après une courte maladie, dans un moment où ii veniit de se ricoUer en quelque sorte contre sa femme qui le tyrannisait tout en le trompant, avait renouvelé toutes' les sinistres rumeurs de 1712. Le vide se faisait de plus en plus autour du roi \ La grande génération dont Louis avait été T&me avait presque achevé de s'éteindre : la génération suivante, qui avait aspiré à le remplacer et à régner par d'autres principes avec son petit -fils, s'en allait à son tour avant lui : Gatinat était mort presque en môme tctups que le duc
1. m de Ici Co tsiUuthn Unijenitu», t. I". — Journa/ de rubbé Donanoe, 1. 1*'. — Dorsaauc ékùt ifraaJ vicaire et oîficial du diocèse de l'aris.
2. n n*y Kvaît plm, sauf le duc d'OrléuiH, que de ir&i-Jeuaes prm««« dn sang, lo prittce de Condé, le duo de Sourbon» son file, et le prime de Contt tUmi morte ou 1709 «l 1710.
de Bourgop^e ; Ghevreuse suivit le jeune prince au bout de quel* ques mois; Beauviiiiers mourut en août 1714; Fénelon, le 3 janvier 1715, alla rejoindre ceux qu'il avait aimés, à soixante-quatre ans. Avec lui se brisait le dernier lien entre le xvn* siècle et le xvm*. On a pensé que, s*U eût vécu, il eût pu modifier, jusqu*à un certain point, la période nouvelle prête à s'ouvrir * ; mab il était écrit que la France passerait sans transition d'une époque à une aiilic absolument coati'airo. Louib XIV, dans ses derniers jours, seul devant le monde nuineau qui s'élève, luuude aussi dilïérent de celui qu'avaient rêve i cuelon et le duc de Bourgogne, que de celui où avait régné le Grand Roi, Louis XIY ne vil plus qu'au milieu des ombres de tout son siècle évanoui!
11 n'était plus lui-même qu'une ombre ! Rien de douloureux comme le spectacle de ce vieillard obsédé dans sa conscience par le fonatisme d'un moine implacable, qui le force à souiller ses cheveux blancs par des iniquités, obsédé pareillement dans ses affections et dans ses habitudes par l'ambition d'un fils adultérin, qui lui extorque des faveurs contrahres au droit public et à la morale! sa vieille compagne elle-même, dont l'esprit aimable et Ingénieux l'avait si longtemps délassé des souds du pouvoir, te tourmente maintenant au lieu de veiller à son repos; la perte de la duchesse de Bourgogne, qui, à l'avautaj^e de tout le monde, avait subjugué madame de Mainlcnun, l'a rejelce sous le joug du duc du Maine, son élève et son lils adoplif, qui fiè^e par elle sur le roi. Ce iiis aîné du roi et de madame de Montespan, spirituel, faible et faux, sans courage à la guerre, sans autres talents que ceux de la conversation et de l'intrigue, dominé, poussé par une femme vaniteuse et fantasque ^, s'est élevé de catastrophe en catastrophe sur les tombeaux de la feuniUe royale, entretenant, exploitant, avec une habileté et avec perfidie, les doutes qui traversent parfois
1. Le duo d*Orléan«, depoto U mort dti ituo de Bourgogne, t'était lapprodié de
F^Ion, qui avait d'abord partagé les it i riblcs soupçons da poUlc oootreliii; de 1713 à 1714, le priooe eut avec l'artliovu<iiie de Cambrai une correspondance remarquable : FliUippe deioandait à Féuelon d'édaircir ses doutes sur Dieu, sur l'immortAlité de rftme, sur le Ubi« «rUtrei il i*ftdi«Meli| non pu eit thëoto!gîe& ettholiqiie» mais au métaphjdoieii. £taiVce politique on dialr liucire de a^édairer? — Peut-être Tun et Tautre.
S. La ducbesM du Maine était une Condé, petiie-Alle du grand Cuudé.
(l694-t715) L£S LÉGITIMÉS. 609
encore l'esprit du roi sur les prétendus forfaits du duc d'Orléans.
Louis avait toujours eu un |?rand faible pour ses enfants ikiIu- rois, pour les enluiits dr la pt^rsonne et non du ronq, connne dit Saint-Simon. Il avait fait l)eauL'uup pour eux, longteiiqis a\7int les coups qui l'avaient frappé dans sa postérité lég^itinie. Les enfants qu'il avait eus de madame de Montesi^an, nés d'un double adultère, se trouvant dans une position tout autre que ceui de ma* dame de La Vallière, il les avait légitimés par âtss actes où le nom de leur mère n'était pas mentionné, innovation tout à fait singulière ; puis il avait revêtu de charges, de gouvernements, de commandements très-considérables, ceux des fils qui vécurent à^e d'homme, le duc du Maine et le comte de Toulouse, et il avait marié les tilles dans les nueSy suivant l'expression hyperbolique de Saint-Simon, c'est-à-dire» aux princes du sang, au duc de Bourbon et au duc de Chartres i actuelknit tii duc d'Orléans). En lG9'i, une déclaration royale avait assigné rang au duc du Maine et au comte de Toulouse après les [)rinces du sang et avrmt les princes étrangers naturalisés en France et les pairs. Ën 1711, les deux b&birds furent admis aux honneurs des princes du sang. Restait un dernier pas à franchir : il fut franchi. Un édit de juillet 1714 déclara les tils légitimés du roi aptes à succéder à la couronne après les fïrinces du sang; puis la qualité de prince du sang leur fut forni. liemenl attribuée (mai 1715). C'était le renversement de tontes les traditions et de toutes les idées l eçues ' : ie roi était eonsjderé non comtne le propriétaii e, mais connne l'usufruitier de la couronne, substituée de mâle en màle, en ligne directe ou collatérale, jus(|u'à extinction de la postérité légitime du premier Gapet; le dernier descendant légitime disparu, aucune autre personne ne pouvait prétendre à hériter de lui et l'a nation rentrait dans le droit d'élection qu'elle avait aliéné. Telle était la théorie de l'hérédité monarcbi (pie, formulée et accréditée par ie temps, soit qu'elle fût ou non conforme au fait primitif*. La monarchie,
1 . ] o pmverlH» : u rot ne f lit des ]>riDC«s dtt saog qu'aveo la reine -, exprimait fori iiettemeut le droit mnnarchiqae.
2. 1^ droit d'élection n*avait januiie été formellemeni aliéné s lei vestigei en avaient snbeiité durant pluM)>iir- L'*^itérsition8 après Ilnipiee Capet. — On sent V.ctx que non» ne parlons ici que do drvit relatif et tiistoriqnc.
iiv. 39
après avoir abattu toutes ies forces qui la limitaient, finissait par s'aUaqucr à sa propre essence, en se faisant personnelle de traditionnelle qu'elle était : c'était le dernier pas de rautocratie. Louis XIY ne choquait iMts moins le sens moral que le droit public en réhabilitant ainsi la violation des lois fondamentales de la socfêté : si la Justice et la raison réprouvent les lois trop rigou* reuses contre la bAtardlse *, simple irréguiarilé réparable, elles reconnaissent une distance énorme entre riflégitimité simple et les naissances adultérines. Il y avait un contraste par trop étrange entre rinlronisation des enfants de i'aduiitie cl i'uLblcrilé religieuse professée par Louis depuis sa conversion.
La dominalioii exercée sur Louis i)ar ce bâtard que personne n'aimait ni n'estimait, les discordes luisérablcs de la bulle UnigenituSf ies persécutions coulre les protcslanls, que l'on plaignait davantage à mesure que l'esprit catholique s'affaiblissait dans la nation, contribuaient, ;ivcc la persistance de la misère depuis la paix, à dépopulariser le roi et à faire attendre, comme une délivrance, la Ûn de ce règne qui semblait s'éterniser. Louis le sentait et descendait vers la tombe, sans avoir même l'espérance d'emporter les regrets de ce peuple qu'il avait foit si grand et si malheureux, n dut regretter plus d'une fois de n'être pas mort enveloppé dans ses dernières gloires, au lendemain de Denain ou deFreybourg!
Tant d'hoinieuis et de si éckilaalcs évenlu iliti s ne suffisaient poini au duc du Mairie : son ambition était plus positive et plus immédiate. Arélaul de loi écrite, la coutume, conforme à l'esprit général du droit muaartliique; déférait la régence, i u cas de uiinorité royale, au } remier prince du sang, si le roi n'avait plus de mère ^. Le futur régcul , si les choses étaient laissées à leur état naturel, était donc ce due d'Orléans qu'avaient |)0ursuivi de si horribles imputations. Le vieux rui ne se résignait pas sans douleur et sans effroi à cette pensée. Ses ministres, d'accord avec du Maine, lui présentèrent, à ce qu'il parait, un projet hardi pour écarter Orléans. C'était de convoquer les États-Généraux et de