Dumoiil, Corps dipl.,t. VU, 2* partie, p
iiûU) INFLUENCE DE M A INTENON. 73
agressif; il avait eu avis que la Hollande y était engagée et qu'on voulait rompre la trêve de Ratisbonnc. Il menaça d'entrer en Allemagne avec soiiante mille hommes. L'empereur et les princes allemands renièrent toute intention hostile et assurèrent qu'ils ne demandaient que le maintien des traités. Louis, comme pour défier la Ligue, fitbAtir un nouveau fort en face de Huningue, sur la rive droite du Rhin et sur les terres du margrave de Bade , et signitia à l'électeur de Bi'ainlebourp: et aux dues de lîrunswic.k qu'ils eussent à ne [)oiFit atta(iuei' le roi d<> Danemark , alors on guerre avec la ville de Hanijjourg. Le Danemark était le seul alii;' qui restât h Louis. Quant au fort du Riiin , celte entreprise intcontenta les Suisses au moins autant que les Allemands et acheva d'aliéner de Louis les cantons protestants, qui regorgeaient de réf^és français et piémontais
Si le roi en eût cru LoutoIs, il ne se fût pas contenté de si peu : il eût pris Toffensive , sous prétexte de prévenir les complots d<.' ses ennemis et d'assurer les droits de Madame sur la succession palatine, niais, en réalité;, pour faire de nouvelles conquêtes on Belgique et sur le llliin, et pour secourir indirectenieul les Turcs et Ték«''l! , en obligeant rAlleniai^ije à diviser ses forces. Lonvois commençait à croire le retour de la guerre nécessaire à son crédit et, d'ailleurs, il pouvait soutenir son avis par des .motifs assez spécieux. L'influence pacifique de madame de Maintenon l'emporta et le superlie ministre fût contraint de plier. La puissance de Tamie du roi devenait de plus en plus manifeste : le roi prenait l'habitude de travailler chez elle et devant elle avec les ministres, et Louvois ne pouvait dissimuler le dépit qu'il en éprouvait, bien ([ue madame de Maintenon, pendant le «t travail du roi o , parût plus occupée de son rouet que de la discussion ^.
L'état de la santc du roi avait seconde madame de Maintenon. Louis, dont le tempérament si robuste avait paru longtemps
1. Mém. du marquiâ de Souches, t. 11, p. 107. — Abn-gé des luciuoirct» du inur^u dt Dsngtaa, publié par madame de Genlit, 1. 1*', p. 169. % Il arrivH t parfoiat quand la matière était enibarraasantet que le roi disait :
- (tni-uîtoiis l;i raison; - il ajoutait, en se tiiurnant vers elle: •< (^u'en pt'ii «• Votre Solidité '/ >• C'e^t le noai qu'il lui donuait, pour rendre liuiiinuige « rcAt.i-.o ktiM de soD esprit. Nuaillc&, lltitoirt d» madame dt Slaintenon, t. II, p. IStf.
74 LOUIS XIV. (1686-ie87J
inaltérable, souffrait, depuis quatre ans, d*une affection trèscommune à cette époque et qui était devenue assez grave vers le commencement de 1686 : c'était une fistule au fondement. Ainsi, au moment où le concert de iuiiaii;^es redoiihlait , où les flots d'encens s'élevaient de toutes paris, où le courtisan-type, La Fcuillade, érigeait sur la place d^s Victoires une statue , ou plutôt une idole, à V homme immortel, et la consacrait par des cérémonies d*adoratioD païenne * , la nature menaçait d'enlever le dieu par un mal vulgaire et presque humiliant. Louis lais^n Tulcération s'aggraver pour n'avoir pas voulu permettre qu'on Topéràt aussitôt qu'il eût été convenable : il n'était point accoutumé à souf- IHr. Il se décida enfin à subir l'opération le 18 novemlnv, et n'appela près de lui, dans ce moment pénible, que madame de Maintenon et M. de Louvois, comme pour réconcilier, devant son lit de douleur, son amie et son ministre nécessaire. L'opération, supportée avec courage , réussit ; cependant on fut bientôt dans la nécessité de faire de nouvelles incisions, et Louis ne fui véritiiblement guéri qu'au nujis de janvier suivant. La France et l'Europe avaient attendu, avec une an\ieté profonde, Tissue de s,i maladie : le bruit de sa mort s'était répandu plusieurs fois. L'accueil que lui firent les Parisiens quand il alla, le 30 janvier 1G87, remercier Dieu de sa guérison à Notre-Dame, puis dtner à l'Hôtel de Ville, rappela les transports qu'on avait témoignés à la naissance de l'aîné de ses petits-fils, et fit voir combien il était encore •
1. T.a FcuiU.i'li', avec le concoure tîe !a ville de Paris, avait fait innsli uiro, sht remplacement d'un bôtcl qui lui appartenait, la pluee qu'il nomma des ricfoim, eu commémoraUou des triompher de Louis XIV. Il }' éleva à MS trmti un groupe oolofl«al ea plomb doré, qui représentait Louis le Grand oooronné par la YieUiire et fbolant aux pieds un Cerbère, ttymbole de la coalition. Quatre esclaves de bronze étaient enchaînés aux quatre ant^lva du piédestal. Ce inotmmeiit. ouvrage du sculpteur liraban^'oii Yan-Bogaërts (Deâjardins}, fut dédie, le 26 mars 1686, avec une punipe extraordinaire. La FealUadâ ea fit trois Ibis le tour à la téte des gardes ficançaises, dont il était colonel, «ree les pr> t> r lations par lesquelles les Ronmios inaugwaient li s statues Je leur» empomir». Il avait résolu de fonder des lampes votivea qui auraient brûlé nuit et jour devant la statue, comme autrefois devant les images des dieux. Le roi tronra pourtant ceci trop fort et ne k- i>vr.nïi ^la^. La Fenillade se consola on annonçant l'intention de se préparer une sépulture SOOS la statue de son maîtr<>. V. .V mï. de Choisi, p. 6^2. — Mém. du marquis de Sourches, t. 11, p. 36. — Tableau de Paris, par Saint-Victor, t. II, p. 113-118, avec le d^iu du monument détruit eu 1792. Les quatre esclaves de brome ont été transportés aux Invalides.
H68Me861 MALADIE DU ROI. ' 7$
populaire. Tonte la population, à l'exception des malheureux protestaniSy fut dans Tivresse *.
La maladie de Louis XIY devait couper son règne en denx uioitiés presque égales *. Si ce r^ne se fût terminé au milieu de sa carrière, il eût laissé la mémoire d*unc grandeur et d'une prospérité sans exemple dans l'histoire. Ui grandeur devait survivre à la prospérité , et d'autres destins étaient réservés aux dernières années du réjrnc.
Les siKfrs lointains des rîvairx de la France, saiis l aiieindre diroctenieat , étaient déjà des revers pour elle. Depuis 1685, tout réussissait aux Impériaux contre les Turcs, et Ton commençait à reconnaître, à exagérer même la faiblesse réelle de ce grand corps othoman, objet de tant de terreurs. Le'pape et Tempereur étaient parrenas à calmer le mécontentement de Sobieski contre l'ingrate Autriche : Innocent XI, par de pressants appels au zèle du héros polonais, appels soutenus de larges subsides, Léopold, par la promesse d'assurer aux entants de Sobieski les conquêtes que ferait leur pére. Sobieski avait cédé aux Russes Smolensk, Tcbernienw, Ki(n\ el les autres places du Iior}sthènc, qu'ils n'occupaient qu'il titiv ] rovisoirc, afin d'obtenir leur coopération contre les Turcs et les Tatares, vassaux du sultan; puis il avait envabi la Yalacfaie et la Moldavie : tralii par l'ho^podar grec, Gantimir, qui lui avait promis de s'unir à loi, il ne put se maintenir dans
1. Mem. de Sourchea, t. II, p. 1, 18, 24, 41, 206. — Abrégé de Dangcau, t.
p. 180. — Lami, OUMn dê Mt XfV, t. II, p. 71. Le gnad Condé éuil mort ptu après l'opéraUondtt roi, le 11 di'ci iat)re 1686. Il avait, depuis lonj^ucs années, racheté îe? péchés politiqi»^ uutri-n de .sa jouncr-se, oi> se )nor,tniTit le plus uli.sé<j»iicux des cuurtisftiiB et le type du «locoi-um. <^uand on le priait d'écrire les niontotreti de ^ vie, 3 répondait : « Tout oe quu j'ai fUt n*Mi bon qu'à èin oubtié; U faut éerire l'btotoir» dn roi; tooto autre serait désormaîa fuperflttd. H'DaDs le« derniers tempa de aa vie, il tourna môme à la dévotion, et acheva de rr.cttn ainsi Mmntilli à l'unisson de Ven.nillcs. " La nouvelle de la communion M. le i'rince, écrivait le marquis de ^urcitcii en I6tàô (t. l"', p. 88;, surpnl beaucoup de monde ; uu aâ«>uruit qu'il n'avoli paa tût lea pAques députa dtx^ept ana. Vu dea ploa vifa désira du roi était d'aaaurtr da svanda étabiiaaenwatii à se» enfants natun U : Gondé flatta cetie passion en demandant au roi, nour ^on pf ttt-fils le duc de li<turh<>i), une fille de Louis et de nadaïae de Monteapiiu. Cette jeune priiice&se a^ant été attaquée do la petite vérole, nalada lai^vlma, il aceoontt de Chaatilli à la ooar et ac donna tant de fatigue^ qu'Û laounit dea auitea de aon sèle. Cétait luen 4tre oonniaen Jaaqu'4 la moit. Son eratâon funèbre fut un des plu.4 ma«;r<>ifiqttsacl»ef«-d'«uvre deBoaauet*