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4 LOUIS XIV. [im\
' t beaucoup d'esprit et fort appliqué : il preiidroit, coiiinie une t cire molle, telle impression qu'il plaûroit à Votre Majesté de lui < donner; je ne le crois pourtant pas propre aux flnances ; il n'est c pas assez dur. — Gomment! pas assez dur? » s'écria le roi; € mais je ne veux pas qu'on soit dur à mon peuple! » Le Pelletier fut choisi *.
Le Pelletier était en réalité un de ces hommes circonspects et dociles qui subissent sans résistance les dominations établies; au
reste, {)Mrfaiteineiit intègre ci d'une piété sincère, mais ayant plus d'intentions honnêtes que de force et d'aclivilé pour les mettre à exècutiun. Il eut la faiblesse, i)our complaire à ses patrons Le Tellier et Louvois, de décrier auprès du roi l'administration de sou illustre prédécesseur; il quitta les voies de Colbert par complaisance et désir d'innover, puis il y revint par convie* tion, mais sans lumières suffisantes.
Le ministère fut ainsi reconstitué» les affaires étrangères restant contiées à Colbert de Groissi, frère du grand Colbert, esprit net, mais sans initiative et sans éclat, et qui se bornait à suivre exactement les instructions du maître. Louvois parta^^eai t presque en fait, avec Groissi, le ministère des affaires étrangères, par les espions cl les correspondances qu'il entretenait dans toute l'Europe sous prétexte desafTaires de laf^nerro, et il a\ait certainement beaucoup pins d'inlluencc que Groissi sur la direction générale de la polit Kpie extérieui'c.
La prépondérance des Le Tellier dans le conseil du roi fut, tant que vécut le vieux chancelier, au moins égale à ce qu'avait été celle de i .olhert dans les premières années du gouvernement de Louis XiV. Louis, en effet, malgré ses prétentions à ne recevoir ses inspirations que de lui-même ou du ciel , et malgré son active et jalouse surveillance sur toutes les parties de radministnition» était très-susceptible de se laisser gouverner et fut toujours gouverné jusqu'à un certain point ; plus fort par la volonté que par le génie, il recevait, la plupart du temps, l'impulsion qu'il croyait donner; seulement, on y devait mettre beaucon[) d'adresse; on était perdu, s'il s'apercevait qu'on visait à le dominer, et il finis-
' 1. Mimoiret de GoarvUle^ p. S78. — JMn». de Ctiobt, p. 608.
[i68S] LE PELLETIER ET LOUVOIS. 5
sait ordinairement par s'en apercevoir. C'est là rexpllcatîon de celle inconstancê qui lui a éià reprociiée envers ses millilitres, et aussi (le la faveur qu'il liuil par accorder à des hommes que leur médiocrité mettait ;l Taliri de telles ambitions, l ue seule personne garda sur lui, jusqu'à son dernier jour, un pouvoir, sinon illimifé, du moins inébranlaljie ; mais celte personne était madame de Maintenon et la vie entière de Maintenon lut le chef-d'œuvre de Tesprit de conduite.
Louvoîs , comme avait fait autrefois Golbert , tenta de prendre le roi par ses goûts. A peine installé dans la surintendance des arts et b&timent8,il voulut faire oublier Golbert par de gigantesques travaux. Il poursuivit avec vigueur Tachèvement de Versailles, où hi cour était installée à demeure depuis 1682 , le roi ayant cessé de partager son temps entre cette résidence principale et les autres cliàtcaux'. Louvois comj)léta le palais de Versailles en élevant les deux ailes, les éeuries et la magnifique orangerie abritée entre les deux escaliers babyloniens de la i)ro(ligieuse terrasse La construction de l'aile du nord fit disparaître la Grotie de Thétù;, théâtre et monument symbolique des amours du royal soleil. Louis sembla effacer ainsi les souvenirs de sa jeunesse, au moment où il passait des bras de La Vallière et de Montespan sous la pieuse discipline de Mamtenon.
L'architecte de Versailles, Hardonin-Mansart, édifiait, sur ces entrefaites, une nouvelle résidence royale sous les ordres de Louvois. Avant même que d'être fixé tout à fait à Versailles, Louis,
par moments « lassé du beau et de la foule,» s'était persuadé / € qu'il voulait quelquefois du petit et de la solitude ' » : il avait parcouru les collines piiini i si|!ii > , i* > merles châtaigneraies, les vallons abrités et profonds qui s étendent entre Versailles et Saint- Gennain, et là, près du lieu où l'on construisait la fameuse machine destinée à élever les eaux de la Seine au niveau du pla-
1. Il (Nintinua oepencUnl d'aller paner chaque année aoe partie de l'automne à
F(/otainebleaa.
2. La diapoeitiim de la temune et du donble escalier rappelle la oolHne UllUe ofti^élevait le palab rojal de Persépolis (TclieUniDar). Le voyageur Chardin en avait nipprirté récemment loa dessins, qui purent fournir tirs inspirations à Aiaiisarl et à Lcnostrc. Nous devons cotte remarqae au savant M. Ciuigniaut.
S. Saiutr Simon, t. XIII, p. 89.
e LOUIS XIV.
tean de Versailles, il avait choisi Tétroit yallon de Marli pour s*y bâtir un ermUage* Marli devait être pour lui un abri où il se dé* lasserait quelquefois de la vie publique par la vie libre et intime. Mais Louis ne pouvait plus être simple : la pompe de son rôle le
suivait partout comme malpv lui, et rerraitagé devint un palais, à la vri ité, un palais silciicioux et cacîiô. Mansart l'icva sous les omiji ai^t's <le Marli un splenili<le parvillon pour le roi, avec douze pavillons moindres pour los couiiisans admis à la faveur de suivre Louis dans cette retraite privilégiée; c'était encore le symbolisme mythologique de Versailles : le royal soleil reparaissait là entouré des douze signes du zodiaque. Des abiines de verdure, dont la fraîcheur était entretenue par une cascade vraiment incomparable * et par des bassins sans nombre , enveloppaient ce féerique séjour. Il régnait là une somptuosité voilée , une sorte de clair-obscur en rapport avec le secret que la cour, après la mort de la reine ne tarda point à soupçonner entre le roi et Maintenon. Marii et Maîntenon, ce sont là deux noms qui ne se peuvent séparer dans notre mémoire: ces deux noms nous rapp. llcnt comme un demi-j )ur où l'on nr parle qu'à demi-voix, quel(|ue tliosc de discret, de reposé, de précautionnoiix , nn long crépust ide après l'éclat nam-> boyant des premiers temps du g^rand rr^ne.
à l'époque où nous sommes parvenus, ic crépuscule est pourtant loin encore : le soleil de Louis est à son zénith , et Marli n'est encore qu*une modeste succursale de Versailles , qui rayonne de toutes ses splendeurs.
Terminer Versailles, embellir Marli , ce n*est encore que continuer Golbert* : ce n*est point assez pour Torgueil de Louvois. Le nouveau surintendant s'ingénie à trouver quelque création qui lui appartienne en propre. L*insufllsance des eaux qu'amènent à Versailles les conduites d'eaux pluviales et la iii uliiiie de Marli lui fournit roccasion qu'il cberclic. La machine de Marli , tant admirée à cause de ses proportions colossales, dépensait une force énorme pour un médiocre résultit: la mécanique hydraulique Il était point encore assez perfectionnée pour de telles entre-
1. Elle tombait du haut de la coUiae le lon^; de 63 degrés de marbre blauo* 9. Mane Thérèse éUit morte le 30 juillet 1683. 8. Marli avait été commeiioé dès 1679.
Il«8f-m6] MABLI. AOUEDUCS DE M A IN TENON. 7
prises; mais ce qu'on était très en état do faire, c'était de déloui'ner une rivière par un système d'aqucdurs et de canniix. Déjà, sous Colberl, le créateur du canal de Languedoc, le célèbre Riquet, avait eu Tidée hardie de faire venir les eaux de la Loire à Versatiles par-dessus les hauteurs de Satori. Uélode des niveaux fit juger le succès impossible. Louvois, à peine installé dans la surintendance des bâtiments, fait prendre par le géomètre La Hire les niveaux de la rivière d'Eure, beaucoup plus élevés que celui des jardins de Versailles, et demande un plan à Vaiilt in pour amener rKiu'e de vingt-sept lieues jusque dans les bassins de la résidence rouille. Apiès beaucoup d'bésilation, Vauban reconnaît le |)rojet réalis«ible : les travaux sont à confondre l'imaj^ination ; c'est ce que demande Louvois, et il se trouve que sa fastueuse entreprise est en même temps un habile hommage à Tamie du roi, une de ces flatteries immenses comme les vizirs des antiques despotes orientaux en avaient pu seuls offrir aux favorites de leurs maîtres.
Avant la fin de 1684, on commença de creuser à TEure un nou» veau lit, à partir de Pontgoin, à vingt-six kilomètres au-dessus de Chartres. Dans le courant de 1685, 22,000 soldats et 8,000 ouvriers furent répartis sur toute la lijrne des îravaiiv « t aehe\èi«'Mt la nouvelle rioière, de Pontirnin à P»t'i'( Iières (di\ licurs) ; le (iiiai tier général de eette armée tut établi à Mainlenon, sur le doniaiiic et sous les fenêtres du cbàleau de la favorite, et Ton entama la ( (instruction d'un aqueduc, qui, dans le fond du vallon de Maintenon, ne devait pas avoir, sur une longueur d'un kilomètre, moins de trois rangs d'arcades s'élevant ensemble à deux cent seize pieds (soixante-douze mètres). La longueur totale de l'aqueduc devait dépasser quaure lieues , de Bcrchèrcs à HoudrevîUe, où se retrouvait la pente de terrain nécessaire pour conduire les eaux par un simple canal jusqu'à Tétang de Trappes, un des réservoirs de Vei*sailles. t C'est un beau spectacle, écrivait madame de Mainteimi, <i que de voir une armée entière travailler à rcmbcllisscment « d'une terre ! » Il est vrai qu'elle ajoute : « Les hommes sont bien a lous de se donner tant de soins pour end)ellir une demeure < où ils n'ont que quelques jours à loger > Elle est tout entière