Sue, t. IV, p
[im] SEIGNELAl. TOliB VILLE. 137
ii*avait point amolli nos marins; on en eut bientôt la preuve! La flotte, oontmriée durant quelques jours par le vent, entra, le 29 juin, dans la Manche.
Le :J i jum, le It'inkiiiaiii du jour où Tourville avait quitté le mouillage de Brest, Guillaume HT rtait flébarqué en Irlande. Retenu jusque-là par les graves débats politiques de l'Angleterre, par les élections et les premières discussions d'un nouveau parlement, Guillaume avait envoyé successivement à Schomberg toutes les forces dont il pouvait disposer» et il allait enfin se mettre à la tùte de son armée ppur en finir avec Jacques II par un coup décisif. .
Ce choc, Louis XIV avait conseillé à Jacques de l'éviter. Le Grand Roi avait proposé à son allié un plan excellent : c'était de ne point accepter la bataille et de traîner la guerre en longueur; les frégates françaises, détachées de la flotte, iraient enlever, sur la cAte dlrlande, les transports qui avaient amené Guillaume et couperaient ses communications avec rAnf;lelcrre; pendant ce temps, la lluUc française devait attaquer la Hotte eiuiemic dans la Manche cl s'efiorcer de déterminer en An<rlelerre ce soulèvenieiit royaliste que prouicttaient les partisiins de Jacques 11. f^a flotte française se mit en devoir de remplir le rôle qui lui était assigné dan:ce plan. Le 2 juillet, elle fut en vue des ennemis, dans les eaux de l'Ile de Wight. Les Anglais et les Hollandais réunis étaient inférieurs aux Français, sinon par le nombre des canons, au moins pai' le nombre des navires : ils n'avaient que cinquantC'-cinq à soixante vaisseaux de ligne, pour la plupart, à la vérité, d*un trèsfort échantillon. Les deux grandes puissances maritimes n'avaient pas cru qu'il fùi nécessaire de déployer toutes leurs forces, et l'amiral Herbert, qui commandait la flotte combùiée, avait eu ordre de combattre sans attendre un renfort préparé en Hollande.
Cette présomption devait coûter cher aux dliés. Après quelques jours d'évolutions, la flotte anglo-batavc, favorisée par le vent, prit l'ofTcnsive (10 juillet). Toiirville, quoi(pie sous le veut de renneuii, accej)ta le ehoc, et la bataille s'engagea en vue de Bea- ( h\ -Ilead, que nous nonmions le rap Bévesiers, sur la cAte de busbcx. Les vin^^t vais'^cauxde l'eseadre hoUtUidaise, (jui forinaicnt l'avaat-garde enuemie, sous l'amiral Evertzen, arrivèrent à toutes
fHrilea avec plus d'aidenr «{«e de pradeiifl^ «t Wis itfoloiiger asses leur ligne pour présenter tm Iml égal à eelui de Tavant- garde française. ChAteau-Aenaud, conumndaninle ravant-^gai^ française, profita de cette fau(o, fit revirer sur les Hollandate la tdte de
son escadre, qui leur fîaiç:na le vent, et les rail entre son feu et le feu du corps de bataille que du iizeait Tuui'villo. Rien ne saumit exprimer la violence et ropiniàireté de celle effroyable canonnade, qui dura, sans interruption, huit heures. Le corps de bataille ennemi, commandé parTarairal anglais Herbert, ne tenta que faiblement de dégager les Hollandais, écrasés par l'artillerie française : la plupart de cette escadre n'approcha pas plus près qu'à la grande portée du canon. L'arrière- ^arde anglaise, que oonduisait lord Russeli, attaqua lieaucoup plus vigoureusement Tarrière- garde française, aux ordres de Yiotor-Marie d'Estrées, fils du vieux marédial d*Estrées, mais sans gagner aucun avantage sur elle. Dès le milieu du jour, la fortune de la bataille n'était plus doib» teuse. Un vaisseau hollandais de soixante-huit canons avait été pris et brûlé. L'escadre hollandaise semblait entièrement perdue, et le feu des Anglais se i*alentissait devant le feu supérieur des Français. Le calme qui sur uni empêcha les Français de pousser leur avantage et leur lit regi etter vivement l'absence desgalères que le ' gros teini>s avait empêchées de siii\ i e la Hotte. Un peu avant le soir, on avait mouillé de part et d'autre. Vers dix heures, le vent étant venu, les ennemis levèrent l'ancre pour s'enfuir. Tourville en fit autant et les suivit avec son escadre. Malheureusement, son signal ne fut point aperçu par ses deux vice^amiraux, qui restèrent à l'ancre» et, le lendemain matin, Tourville perdit du temps pour les attendre. Les Anglais en profitèrent pour opérer leur reti^aite vers le Pas-de-Calais et la Tïmûse. La plupart des Hollandais, ' mutilés, démâtés, rasés, ne purent suivre leurs alliés et se jetèrent à la côte. Les Français les y assaillirent et les brûlèrent ou les réduisirent à se brûler eux-mêmes. Du 10 au 15 juillet, quinze vaisseaux de ligne sautèrent ou coulèrent au pied des falaises d'Angleterre. Sur les quinze, il n'y avait, à ce (pi'il semble, que deux anglais. Les Hollandais payaient du r riiorineur d'avoir f.iil un roi d '.Angleterre. Pour apprécier l^iniporlance matérielle d'une ^ pareille vicloire, il faut se rappeler que, dans la graudc journée
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[imi BATAILLE DE BEACUX-UEAa «Sf
de Fleuras, on atalt enlevé une eût^oantaint de canons à l'en* nemi, et qne les quinae vaisseaux détruils en portaient iirobable* ment un millier 1 Golbert eût ^ bien heureux d'assister à un
tel spectacle 1
A ces g:!orieuscs nouTcllos, Seignelai, désespéré d'être retenu à Versailles jjai la fièvre, qui minait ses forces, mais non son énerg'ie morale, ne rêva plus qu'invasion de la Taujisc et dcseente en Angleterre. La consternation était extrême autour de la reine Marie, re^'ente du royaume en l'absence de Guillaume. Les jacobites s'agitaient et une contre-révolution paraissait probable. L'amiral Herbert sauva l'Angleierre d'un extrême pd'ril en faisant enlever toutes les bouées et les balises de la côte et de la Tamise. Tour* ville, dépourvu de |illotes qui pussent suppléer, jusqu'à un certain point, à la disparition de ces indispensables indices, ne voulut pas exposer sa flotte à naufrager dans les sables de lau Tamise : ne voyant plus d*ennemis qui tinasent la mer devant lui , il envoya quelques vaîsseaux en Irlande, se rabattit sur la c6te méridionale d*Angleten'e, brûla la bonr^itde maritime de Teignmouth en Devonsbîre , avec quatre frégates et un certain nombre de navires marchands; mais rellioi qu'il répandit ne servit qu'à montrer à quel point la cause de Jacques 11 était itiipopulaire : les provinces du sud se levèrent en masse contre l'invasion attendue '.
Pendant que Tourville se couvi-ait de ,i:loire, sans pouvoir rc-aliser tous les vœux de riini»ctueux Seignelai , Jacques II perdait tout en Irlande. Le lendemain de la bataille de Beacby-Ilead, une autre bataille s'était livrée stu- terre, avec un succès bien opposé (li juillet). Jacques II n'avait tenu aucun couq)t(^ des avis de Louis XIV. Lorsque Guillaume III, débarqué dans l'Ulster, marcha droit à lui avec une armée supérieure et par le nombre et par la qualité, Jacques II refusa de se retirer sur le Stumnon , au cœur de l'Irlande celtique , prétendit couvrir Dublin et attendit l'ennemî près de Drogbeda, aux bords de la Boy ne. Guillaume avait
1. L.Guériii.t. II, IT--'^ E. Sue, t. IV, p. 98-125.- Saiute-Croix, Ilist. (U la putstance nivale Je l' Anjieierrt, 1. 11, p. 17, 3H I, — Helulion de Jn ijnet II, ilans les Mêiitoii fs d«Benriok, U 1", p. 435. — Man. de Villettc, p. tiû. — Uém. Forbiii, p. 519.— 0 Qainoî, t. n, p. 314. — V. dans K. S«e, U relation de PetiuRenao. Un boulet Inl passa entre les jjimbes pendant qu'il traçait l'ordre de bataille. M. .Muc-Aulay réduit trop r importance de la joamée de Beadiy-Uead et o'eit p.-u ju«te enve» ToorvUle,
li i !ile-cinq à quarante mille excellents soldats, Anglais, Hollandais, Danois, Ultoniens (protestants de l'Ulster;, réfugiés tVanrais: Jacques avait une trentaine de mille iiuiiunes, Irlandais et Francrn<^ , et l'infanterie irlandaise n'était qu'un ramassis de paysans pillards qu'on n'avait pas pris la peine (le discipliner. Les FraiM^ajs se trouvèrent ainsi face à face, les uns sous le vieux Scbomberg, les autres sous le <x>mte de Lauzan , ancien favori de liouis XIVi longtemps disgracié par son maître et demeuré eé\i^e par ses romanesques aventures et son mariage secret avec la Grande Ma* demoiselle l'héroïne un peu surannée de la Fronde. Guillaujne fît remonter la rivière durant plusieurs milles par son aile di oite, as ce ordre de forcer le passage au pont de Slane et de tourner la gaueliu (ifs ealiioliques. Un régiment de dragons irlandais qui défendait ce passage fut culbuté. Lauzun courut arrêter icsassailr lants avec l'infanterie français^ et une partie de la cavalerie irlan* daise. Guillaume alors s'avani^ vers la rivière avec son aile gauche» tandis que Schomberg marchait à la tète du c^ntre, pirécédé par Ruvignl de Gaiflemotle, fils du demiei; député,-génénii des églises réformées de France et commandant des réfugiés huguenots. L'infanterie de Jacques II lâcha pied rien qu'à voir la contenance des assaillants; mais la cavalerie irlandaise chargea vaill;iitiiaont dans le lit de la rivière, fluvigni tomba blessé mortelleuu'ut, en criant h ses huguenots : « A la gloire]... à la gloire ! » comme pouj: Icm- offrir dans la gloire une compensation de Ifi patrie perdue.
Les réfugiés pliaient : le vieux Schomberg poussa son cheval dans les eaux de la Boyne : « Allons, Ueasieurs, allons;. volet vos per^ sécuteurs I > Il franchit la rivière et tomba à soii tour frappé de trois coups mortels. Mais, de toutes ports. Tannée protestante foiv çail le passage, et Guillaume avait atteint l'autre rive et se jetait ' au plus épais de la mêlée, la brave cavalerie irlandaise se lit hacher, taijil]< que rinfantcrie continuait de fuir. Les Français se retirèrent en bon ordre. Quant à Jacques, qui s'était tenu à distance, par un honteux contraste avec son rival, il fuit, quasi sans s'arrêter, jusqu'au havre de Rinsale : il y trouva dix des vingtcinq frégates destinées à nettoyer le canal de Saint -Geo^'ges et à
I. Y. Mém. «le madeinuiseUe dt; Moiilpenâier ; Leitre$ de madame de Sévigné, etc.
[tm] BATAILLE DE L A BOYNE. 444
couper GuUlauiiie d'avec rAnglelerre, oixTiition qu'une escadre de ligne avait tmi Tordre de venir ai)j)ii>L'r. Il les employa à 9e faire recoud uiit^ à Brest, d'où il retuuriia à Versailles prier LonisXiV de lui donner une aulre armée pour descendre en Angleterre, sous la protection du victorieux Tourville ' . Louis, indignù de son inconcevable désertion, ne voulut pas môme discuter un lel projet, déclara qu'il n'y avait plus rien à faire et rappela Tour-
."vHle à Brest, avec ordi^ d'envoyer en Irlande une escadre suffi- Wte pour ramener les troupes françaises. '
? ' Louis était certes bien excusable^ et, cependant, cet abandon 4le ririande fut une iliute. L'Irlande, ignominieusement délaissée par son roi, ne s'abandonnait pas encore elle-même : elle montra (qu'elle eût méftté un autre chef. L'armée irlandaise se reforma sur leSliannon. Guiliauinij maicha sur Limei ick, pnncij)al centre de Id résistance. Lauzun, général de cour, sans fermeté, sans capal'ilé militaire, jugeait tout perdu et ne songeait |)lus (ju';\ rctourjn'i- on France : il enniiena ses troupes à Galhvay, pour, y attendre adreiranraise. Un simiilr ( iiuLuin' mx gardes françaises, tioisselot, lit ce que son générai aurait dù laire : il resta dans Linu-rick et, de concert avec le brave et actif irlandais Sarsficld, il dirigea, avec autant d'intelligence que d'énergie, le courage inexpérimenté des Gaéls. Ces mêmes liguitassins, qu'une panique avait rompus si aisément à la Boyne, se montrèrent des béros quand ils eurent de dignes cbefo à leur tète. L'artillerie de siège, en route pour le camp de Guillaume; fut surprise et détruite par la cavalerie irlandaise; la garnison repoussa avec un grand carnage l'assaut tenté par les Anglais. Guillaume leva le siège de Limerick (tin août). Sur ces entrefutes, les vdsseaux français arrivèrent et Lauzun s'enibanjua, malgré ce retour de fortune qui lui faisait un devoir de rester. A peine tut -il parti, que les Anglais, conduits par Marlijornuîrh. prirent ('.orke et Kin^ale, et achevèrent ainsi d'occuper la cote orientale de l'Irlande ^.
1. Au moment du rctoor de Jac«)ue8, la France était à peine d<^sabus6e de la mort ptôt- ivlnc lîr 'iu'Uatimc. Un boulet ayant effleuré Tépaule de ce prince la veille (ie la butiuUe , le brait de sa mon avait volé jusqu'à Paris et le:» Pari»ii'iis •a ««aient fkit des d^MUiMuioes qui durant 1« Sattmr pliu que tout les innégjrriquea.
//, dnn.^ lo4 ♦/A,n. de Berwick, t. !•% p. 412. — Gordon, llisl^ d lrlautity t, ii, cil. xx&iu. — Mac-Auiay, GuUlaumt ///, t. JI, ch. 2,
Uî lÙtlSf XIV.' ' tl«M]
' îiè'ldéMstire de lacqm U fAittit |^ que conupeiutr fMnr Giiil- Iflume le grand édiec d«i la ^marine' anglaise, mais ne consolait pas Torgrueil anglais. Les Anglais, chassés de la Manche essayci cnt ' de se venger sur les colonies françaises d'Amérique. Une escadre de (rente- quatre voiles entra dans le Saint- Laurent et attaqua On* l ec par terre et j\^v oan. Le bi*ave gouverneur du Canada, Frontenac, à la téle des colons canadiens, aussi robustes et aussi ^ agiles qu'adroits tireurs, battit troupes de débarquement et obligea l'escadre à la retraite (18-20 octobre). LesAnglais n'obUo*» rent de succès qu'à Saint-Cliristopbe» où ils expulsèrent les Fran*^ çais de la moitié de file qui lewr appartenait (déeembce). •
Cette aimée, la plus ^lorlease ^'eât Jamait m li manne française, finit tristement pour elle r Seignelai s'éteisilH le 3 nonembiie, avant d'avoir accompli sa traite-neimèine amée; son oiiganifl»* don de feu 6*étdit rapidement coii5Um6ai par les eioès simoUanéa du travail et du plaiairi aa^'pensomndHé, sans-étn cniidle comme celle de Louvois, était absorbante et hautaine ; son impatient génie ne voulait j)oinl admettre d'obstacles et s'en prenait aux lioiiinies de la résistance des éléments; dans ses vastes et soudaines créalions, il sacrifiait trop peut-être au présent les ressources de l'avenir*. Le roi, qui supportait de plus en plu? dîffldicmcnt autour de lui les caractères spontanés et les volontés fortes, se sentit comme soulagé d'être délivré de cette fiévreuse activité. Quels que * fussent pourtant les défauts de Seignelai, sa perle ftit irréparable; il ne léguait à pei*sonne le secret de cette immense et admirable machine de guerre, de cette administration maritime, créée par son pèra, agrandie par lui. Le roi réunit la marine aux finances dans les mains de PÔotchartrain, qui voulut d'abord s'en excuser, sur ce « qu'il n'en avoit aucune connoissance, .» et qui ne prouva que trop qu'il avait dit vrai \ '
1. Ils avaient encore eu le dessous dans quelques engagements partiels ; ainsi, on Tai'iscna fniu<;.ii!« de 50 canons prit et brûla un nue-lais de 80, après tin furieux combat uii le» deux capitaiu(ij> furent blessés à i^rt. L. Guérin, t. li, p. 128.
2. Il était loin, toutcfon, d«. iië;;liger let intérêt* écotioiniqiiei. Alliai, malgré la guerre, il autorisa les lun ires fmnjâis ù continuer d'exporter d« gnlns en Espagne, afin d'empéchcr les AnL^liii.s de nous enlever îc:s bénéfices de cc« transport». 11 maintint aoigiieusemcal les privilèges coiumerclaux qu'avait notre pavitloa ao Biv^il. L. Guérin, p. 597.