Domoot, 2* pari., U VU, p
t« LOUfS XIV. 116841
donc ça^mù , au moins coiunie pussossioii de fait et à titre provisoire, deux places fortes de premier ordre et toute une province, le duché de Luxembourg. Deux antres provinces, l'cicclonil de Trêves et le Palalinat cisrhénan , étaient presque complètement sous la main de Louis XIV, grâce aux positions militaires que les arrêts des chambres de réunion avaient acquises à la France entre le Rhin, la Sarre et la Moselle. L*all!ance de Télecteur de Cologne étendait Vinfluence dominatrice de Louis XIV sur le reste de la rive g:auche du Rhin. La France 8*était rapidement rapprochée du but désigné par Richelieu, c restituer à la Gaule les limites Usées par la nature. »
La trtive de Ralisbonne marque le point culminant où soient parvenus ensemble la France mondrchi(pie cl i liouuiie qui la personnifiait. La France acceptait encore i)lcinruK'nt cctle ikm soiinification, et le prestige de.Louis le Grand n'avait rien perdu de son éclat. Tout prospérait à ce favori de la fortune. Tandis que sa grandeur personnelle s'épanouissait tricoiphalement , sa dy« nastie s'aiorermissait par la naissance de deux petits-fils, les ducs de Bourgogne et d*Anjou (6 août 1682—19 décembre 1683). L'ainé lui promettait un héritier, un continuateur; pour le second, il rêva peut-être, dès le premier jour , le royal avenir que Tétat incertain de la succession espagnole permettait d'entrevoir et de préparer. L'in-esse publique, qui s'était manifestée à la naissance de Talné de ces enfants, avait attesté u quel point la France croyait sa destinée liée à celle de bonis XIV '.
L'Europe éprouvait des sentiments bien ditTérenls pour ce monarque qu'elle avait tant admiré, qu'elle admirait encore, mais qu'elle craignait et qu'elle baissait. Elle ne su |)portait qu'en frémissant cette orgueilleuse domination qui foisait tout plier, qui s'imposait partout, mais par la force matérielle et non plus par l'ascendant moral. Au moment môme où l'Espagne et TEmpire courbaient la téte en signant la trêve de Ratisbonne , une catastrophe toute récente, le bombardement de Gènes, excitait au plus haut point l'irritation générale.
1* Les mémoire» de Soorehet, de Cholai, le ibnw palsMl, elo., donnent de eu*
rieux détaib sur la joie ciuséc par la naissance du duc de Bourgnf^ne , — Tenailtee ouvert aa pabliv; le Uraud iioi se UîsMint embnseer par toat le munde, etc.
fl«M! LA MAISON ROYALE. PROSPÉRITÉ. Î3
Le gouvernement français avait toujoui-s vu avec beaucoup de déplaisir Tintimité qui subsistait enti o TEspagne et Gènes depuis le temps de Gfaarles-Quint et d'André Doria. L'Espagne avait toujours ménagé avec soin les Génois, qui étaient à la fols ses banquiers et ses auxiliaires maritimes» bien déchus, il est vrai , de leur puissance navale. Les Génois, de leur c6té, avaient intérêt à entretenir de bonnes relations avec les possesseurs de Milan» de la Sardaigne et des Deux-Siciles. Louis XIV avait voulu rompre cette alliance et faire accepter aux Oéfïois son j)rotcctorat au lieu de celui du Roi Catholique. Gèm ^ s'y était refusée et avait resserré ses liens avec rKs|)a<^ne 11 en était ivsuUé de l'aî^rreur, et bientôt avaient surgi de ces «^n icis que les torts ne manquent jamais de trouver à point nonnué contre les faibles. Gênes venait de construire quatre galèfes pour les joindre, disait-on, à l'escadrille qu'elle entretenait, en vertu des traités, au service de r£spagne, Louis avait défendu à la Seignewriê de mettre ces galères à la mer: la Seigneurie avait désobéi. Les Génois avaient vendu des munitions aux Algériens en guerre avec la France. Ils avaient fait venir du Uilanals des soldats espagnols. Ils refusaient de laisser passer [)ar Savone les sels de France à destination du Montferrat et de Mantoue: ils refusaient de faire droit aux réclamations du comte de Fiesquc, protégé du roi et an ière-ncveu du fameux coii-piiateur Fiesqne de Lavag"na, dont les bi<*ns avaient été jadis Cfnili-qués et la famille proscrite par la Seigneurie de Gènes. Enlia, Us avaient tenu des propos irrespectueux pour la gloire du roi.
Les Génois avaient pu être imprudents en laissant transpirer des dispositions peu bienveillantes envers la France ; mais, pour trouver dans de pareils griefs un cas de guerre, il fallait admettre que Louis XIV eût le droit de traiter Gènes en vassale rebelle, parce qu'elle avait autrefois reconnu la suzeraineté de Charles YI
1. La mnrine ospnpfnole disposait prosqne du port de Gènes, comme s'il lui cflt appartenu. Sur ces entrefaites, les galères d'Elspagne, ao nombre de tretite-ciiiq, s'y ixmïïWÊÔwX k raaere, quand «n Icn Mtitit 40*011 vaiMeaa de goerre français éUlt nncim par teoftlme aoprèa d*ni« d'Elbe. ToMw tm galères sortirent pour l'cnlevtr. Ce raiss^an, appelé le Pon, capitaine Relîn^e, se défetidii d'ubord cini| heures contre douze galères, pui» presque tout le reste du Jour contre toutes les galères témàm* Jj» vffit wt lev» enSn «I I* Bon gafiia LlTcrorne siûq et sauf. Ces! un dee plm beaux ùàlé de noe «noelea maritimei* — F. L. Guérin , HiÊloin marilîm dt fnmcê, L X, p. 634.
n LOUIS XIV. Hei«]
et de Louis XIÎ. Louis ne le dit pas, mais il a^it comme s'il Toùt dit. Il ût mettre à la Bastille Tenvoyé de Gènes , comme il eût lait d'un sujet factieux. Ce procédé à la turque donna beau jeu aux pamphlélaîres hollandais et allemands de crier contre le gnmd Turc dit Fronf oit et la France lurdatiûé», qui p^^naient les manières de leurs bons amis les mécréants.
Louis , malheureusement ne 8*en tint pas à cette petite vengeance. Après le droit des gens, il allait fouler aux pieds la civilisation et r humanité. Cette fois, un autre que Louvois fut le tentateur. Le (ils de Colbert, le ministre de la marine, pris d'une émulation de violence avec Louvois, voulut faire sur mer ce que son rival faisait sur terre» pressa le roi de t foudroyer la superbe Gènes » et alla s*embarquer sur la flotte commandée par Duquesne, afin de recueillir en personne une gloire dont son père n'aurait pas voulu. On assure que Duquesne la lui laissa tout entière et que ce grand marin , blessé de voir le jeune ministre lui enlever la conduite des opérations, s'enferma dans sa cabine et ne donna aucun ordre. Ce qui *'st certain, c'est que Duquesne ne servit plus depuis. La flotte appareilla des îles d'Hiércs le 12 mai 1(38 i et arriva devant Gènes le 19. Dix galiotcs à bombes, arinci ^ ch.icime de deux mortiers, se mirent en ligne, à une portée de canon des murailles, depuis la tour du fanal jusqu'au faubourg de Bisagno. Elles étaient soutenues par quatorze vaisseaux de guerre , vingt galères et deux brûlots. Le lendemain matin, le sénat envoya des députés & Seignelaî , qui leur signifia Tultimatiun du roi. Il fallait livrer les quatre galères lancées malgré la défense de Sa Majesté, accorder le transit du sel par Savone et dépêcher au roi quatre sénateurs pour lui demander pardon ; sinon les Génois devaient s'attendre à la désolation de leur ville.
La Hère rilé nr jna se résoudre à un tel abaissetneiil. Seigiielai ne reçut pas de réponse et, les galiotcs s'élant avancées à^m le port malgré l'invitation que le commandant des gralèrcs génoises leur ût de se retirer, les Génois ouvrirent le feu. Les terribles engins de destruction répondirent et ne cessèrent de vomir nn« cendîe et la mort pendant quatre jours ; du 18 au 22 mai, cinq mille bombes éclatèrent sur Gènes. Le palais du d<^c, le palais de la banque Saint-Georges, rarseiia],le magasin général, une grandi
[ieS4] BOMBARDBMBNT DE 6ÊKES. S5
partie de la basse mU \ s'(^crouIèrenl dans les flammes. Le 22, Seignelai rennmf l i sl's propositions. Les agents espap:nols, secondés par l'exaspération populaire, empêchèrent le sénat de céder. Le 23 , le bombardement recommença. Le 24 , une descente fut opérée dans le faubourg de San-Pier d*Arena ( Saint-Pierre de la Grève) « qui s*éUBd à Fouest de la viUe , au delà du fanaL ilprès une vigoureuse résistance qui coûta la vie au clief d*escadre Léri , le faubourg fut emporté et réduit en cendres ; on fit sauter avec des barils de poudre les somptueux palais des nobles et des négociants génois, qui faisaient de oe faubourg un des plus beaux lieux de l'Europe. Du 25 au 27, on fit pleuvoir les bombes avec une telle furie, que, le 28 au matin, l'immense approvisionnement de la flotte se trouva épuisé. On avait lancé, depuis le 18, 13,300 de ces effroyables projectiles ! La plupart des palais qui avaient valu à Gènes le nom de la ville de marbre, étaient eflbndrés ; quoique Gènes ne fût pas une ville aussi artiste que Florence ou Venise» ce qui avait péri en objets d'art était inestimable. La basse ville, la Gènes du Moyen Age, était détruite presque en totalité ; la haute vîUe» la Gènes de la Renaissance, rétait en grande partie.
La Qotte remit à la voile, du 28 au 29 mai. Tourville resta en croisière sur la côte de Ligurie avec quelques b&timents, pour indiquer que le Grand Roi ne lâcherait sa victime que rendue à discrétion. Gènes n'y parut point d*abord disposée; exaltée plutôt qu abatlue par le désespoir , elle conclut uue ligue oITensive et défensive avec l'Espagne et appela dans son port les ;^aléres espagnoles. Vain recours à un protecteur qui ne pouvait se protéi^'cr lui-inénic! L'Espagne ne réussit même pas h faire comprendre les Génois dans la trêve de Ratisbonne ; menacée sur les côtes de Catalogne par la Hotte qui avait fait l'exécution de Géne's, elle abandonna ses malheureux alliés. C'était la première fois qu'elle se résignait à une telle honte , car la tldélité aux alliances avait été généralement le côté honorable de sa politique. Les Génois invoquèrent la médiation du pape , qui s'interposa, quoique étant lui-même très-mal avec Loids XIV. Louis adoucit ses exigences matérielles: il cessa de réclamer les quatre galères, à condition qu'elles fussent désarmées et que Gènes renvoyât les troupes espagnoles et renonçât à toutes les ligues et associations contractées
S6 LOUIS XIV. li«U]
'depuis le l*' janvier 1683. Il ne parla plus du transit du sel, se contenta de 100,000 érus pour son protcgi!' Ficsque, ot vuiihil bien ne pas imposer d'iiult innité pour les pertes souflerles par les coniinrrçaiits français qu'avait pilles le peuple de Gènes, inoyonnant que la république consacrât l'équivalent do celte iiKleuiuilé à réparer les édifices religieux ruinés par les bombes ; niais il fit acheter ces concessions aux Génois par la plus grande humiliation que pût subir un état libre. 11 exigea que U magistrat suprême, le doge de Gênes, en dépit des lois qui lui Interdisaient de mettre le pied hors de la cité , vtnt en peesonne , a?ec quatre sénateurs, < témoigner, au nom de la république de Gènes, Fextréme regret qu'elle a d'avoir déplu à Sa Majesté, avec les expressions les plus soumises cl les phis respectueuses, t
La résistance était inq)0ssiblc : le traité fut sig^né à Versailles le lévrier 1G85. Le 15 mai, dans ce même palais de Versailles, le cbef (le la sciîineurie de Gènes, le doirc Inqiei iale Lescaro, comparut devant le trône de Louis XIV et présenta les soumissions de sa république au monarque, < qui a surpassé en valeur, en grandeur et en magnanimité, tous le? rois des siècles écoulés, et qui léguera sa puissance inébranlable à ses descendants. » C'était Seignelai qui avait dicté toute ces hyperltoles et Fétiquette de Taudience. Louis, du reste , tâcha de faire oublier au doge et aux sénateurs, par son accueil bienveillant, ce que leur mission avait de plus pénible , et les traita beaucoup mieux que ne firent Louvois, Croissi et Seiimelai. « Le roi, dit le do^e Iiui)eriale, ôle à nos u cœurs la liberté par la manière dont il nous reçoit; mais ses c minislrcà nous la rendent. »
Quollc que fût rinqu ession personnelle des noljles voyageui*s à l'égard du roi, l'eflet moral de la guerre de Gènes fut déplorable. 'Cette stérile satisfaction d'orgueil , extorquée par des moyens si barbares , iit plus d'ennemis à la France que la conquête si utile et si nationale de Strasbourg et de Luxembouiig * .
L'expédition de Gènes fut suivie d*autres expéditions maritimes et d^autres bombardements plus justifiables contre les Babaresques. Les régences africaines étaient en proie à une anarchie
1. Qiiinci, H'sMre militaire de / oui. XIV, 11, 86. — Dumont, t. VII, 2« part,, 87, — L. Ouvriu, I, 153. — £. bue, Hiitoirt de la maritu (rançaitt, 111, 444.
II<8t-168S| TRIPOLI ET ALCER BOMBARDÉS. V
qnî ne i)orinetlait d .ivuir avec elles liin uin b irlatiuiis régulières : les Iraiti's ètatcnt violés aussilùt qup contins. Les Tripolilaiiis avaient déjà oul)lie la |)eur (|ue Duquesne leur avait faile à Ghio et recomuiencé à pirater aux dépens du commerce kmcais. Le vice-amiral d'Estrées, que ic roi avait nommé maréchal de Ffance, fut chargé d'alier les châtier avec une escadre que Tourviile commandait sous lui. Les terribles galiotes firent contre Tripoli leur effet ordinaire. Après trois jours de bombardement (22-2 î juin 1685), les habitants implorèrent la paix et se soumirent à payer 500,000 livres de dédommagement pour leurs brigandages : ils reUk'hèrent leurs esclaves français ou pi is sous le pavillon de France cl l'ecorimu'cnl la iiréciuincncc du pavillon français sui" tous les aulrcs. Au rctnur de 'rri}»('!i, l'rscadie se présenta devant Tunis, qui avait donné (|iicl(]ues sujets de plainte et qui se hâta de les réparer en renouvelant son pacte avec la France (30 août 1685). Tourviile fut détaché vers Alger, qui lit également satisfaction de quelques infractions au traité de l'année précé^ dente.
Avec les-Barbaresques, c'était toujours à recommencer : Alger, si rudement cbAtié, était incorrigible. Sur de nouvelles déprédations, d'Estrées Ait chargé, en 1688, de renouveler Texpédition de 1683 : Tonrville, avec l*avant-garde de la flotte, rencontra, par
le travers d'Alicante, le vice-amiral d'Espagne, Papachin ; les instructions du roi prescrivaient d'exiger le salut de toutes les marines étrangères, exccplé de la marine anglaise, à laquelle on ne devait ni 1 r denjaiulei" ni l'accorder. Tourviile réclama le salut de Papacliin ; l'Espagnol refusa. Papachin avait deux vaisseaux de 74 et 54 canons; Tourviile en avait un de 54, un de 38 et un plus petit: il attaqua sans hésiter et força les deux navires espagnols à amener leurs pavillons (2 juin 1688). Ce ne fut pas le seul fait d'armes de ce genre que suscita la question du pavillon. Tout en admirant la valeur de nos marins, on doit reconnaître que c'était là une imitation malheureuse des prétentions anglaises à la tyrannie des mers.
Trois semaines api ès, les galiotcs à jjombes re|)arurent dans la rade d'Alger. L'exécution fut encore plus elVrosahle que sous iiuqucsne ; ou ianya dix mille Lombes en seize jours sur cette
t8 LOUIS \IV. flWÎ
ville d'une étendue médiocre. Toutes les constructions qui avaient échappé à la destruction en 1683, ou qui avaient été Felevées depuis, ftirent brûlées, écrasées, pulvérisées» Six vaisseaux furent coulés dans le port (juillet 1688). Il s'ensuivit un nouveau traité en septembre 1689, traité aussi mal assuré que tous les précédents. Une bonne descente, un sérieux essai de conquête , n'eût pas coûté plus que ces expéditions sans cesse réitérées ; mais on était engagé dans une autre direction et dans d'auti'es lulles; aussi les ambassades barbaresques qui vinrent à diverses repri:;es porter au Grand Roi des paroles de paix et de soumission, furent;^lle9 plus flatteuses pour son orgueil que fécondes en résultats*.
De fréquentes députations de pays lointains, attirées par le renom du roi de France et par la multiplication des relations, se succédaient ainsi à la cour et faisaient pour ainsi dire, partie obligée
des pompes de Versailles. Déjà , avant la guerre de Hollande, l'envoyé d'un chef delà côte de Guinée, du na noir d'Ardi i, ivait été reçu avec autant d'apparat qu'eût pu l'être le représerUant d'une Jurande puissance. Deux ambassades moscovites avaient pani devant LouisXlYen 1668 et 1681 K £n 1684, il vint, des extrémités de l'Orient, une autre députation qui excita la plus vive curiosité et fiatta singulièrement le roi. Un aventurier nommé Constance Phaulkon,Grcc de naissance, élevé parmi les Anglais, était devenu le ministre du roi de Slam, le prince le plus puissant de la presqu'île orientale des Indes. Constance cbercha un appui , entre les étals maritimes de l'Europe , et pour lui et pour le royaume qu'il gouvernait. Le roi de Si nti était en guerre avec tous les primes indiens, ses voisins, et impiiL lé par les Hollandais, qui possédaient Malacca et qui dominaient l'archipel de la Sonde; le progrès des établissements français dans l'Hindoustan avait attiré ses regards: Constance le décida à solliciter l'amitié du roideFrance. Des en- . Toyés siamois, dès 1681 , s'embarquèrent sur un vaisseau de la corn*
1. C^uinci, t. II, p. 118-147. — L- Goérfal, U I, p. 640. — £. Sue, t. III, p. 503. — Donont, t. VII, 2* pan., p. lOS.
2. Louis XIV aoToyii, de son c£té, on mvai en Russie et détoanui, dit-on, les dem '
Jcunfs ty.nrs, Ivan et Pierre, de s'unir à rempereur et à la Polo^^nc contre les Turcs. — V. la Cour de t'rance furb^ni», p. IHM. — Il vittt une troisième ambassade mosco» • Yile en 1685; K. les J/^m. de Sourches, t. IV, p. 118.
(1«éMm] LES FRANÇAIS A SIAM. %9
pagnie d'Orient : ils périrent dans un naufrape. Une seconde dùputalion arriva en France dans rauloiniic de 1081 ; elle n'était point adressée directement au roi, mais scuieuiciit aux uiinislres. Constance les priait d'»'ii^aj;ci' leur niailre àexpédifT une ambassade au sien et faisait enlundrc que ie monarque indien pourrait être amené à embrasser la religion chrétienne. Là-dessus, le zèle ooaYertisseur prit feu : les jésuites, qui^ depuis quelque temps, étaient parvenus à s'introduire à la Chine en qualité de mathéma* tictens et d'astronomes, crurent voir un nouvel empire déjà soumis à leurs misrîonnaires. Six d*entre eux, destinés pour la Chine, se rendirent d*abord à Siam avec renvoyé de Louis L'ambassadeur Chanmont reçut le plus brillant accueil du roi indien : la liberté du commerce et le libre cnseii^iicnicut du christianiMiic furent accordés, et Constance otlrilde recevoir f^amison française dans deux places admirablement situées pour le connucire; c'étaient Bankok, près de renibouchure du Mei-nam, le grand lleuve de Siam, et Mergbi, sur b golfe du JBengaic. Une nouvelle ambassade, plus solennelle, repartit pour la France avec M. de Chaumont et eut audience de Louis XIY le l**^ septembre 1686. La physionomie, le costume, le cérémonial des ùpras (mandarins) siamois alimentèrent long^emi» les conversations de la cour et de la viUe. Louis XIV expédia à Siam six vaisseaux portant deux agents politiques , quatorze jet;uites et un corps de troupes. Bankok et Mergbi furent fidèlement remis aux Français (septembreoctobre 1087).
Le débiit était brillant : la suite y répondit mal. Le roi de Siam, grand prolecteur des étrangers, mais très-impopulaire paru jI ses sujets, fut pris d'ime maladie mortelle. Le prosélytisme envahissant des jésuites et la faveur accojdée aux Français avaient excité une vive irritation parmi les populations siamoises, qui professaient le bouddhisme, ia grande religion de l'Asie cêntrale et orientale. Un des qpros, ou grands du royaume, se mit & la téte d'une conspiration, secondée parles prêtres bouddhistes (talapoUis); le chef même de l'ambassade revenue de France fut un des princi- |pauX( agents du complot : le favori Constance fut massacré près du lit de mort du roi ; le chef des conjurés s'empara du trdoe, et les petites gaïuisons iiaaçaises de baiikok ci de Mergbi,
perdaes an milieo d'un peuple entier soalerdt forent réduites à capituler et à se rembarquer (novembre J688). La propagande
religieuse fit ainsi crouler un établissement qui eût pu réussir, s'il eût été seulement politique el commercial, comme ceux des Hollandais et des Anglais *.
Ce di'iuiiii lient était bien éloigné des espérances conçues quatre ans auparavant, à l'arrivée des premiers envoyés siamois. A cette époque, c'est-à-dire pendant les premiers mcûs qui suivirent la trêve de Ratisbonne, la politique de Louis le Grand ne prévoyait d'échec sur aucun point de l'horizon. Saut lerève de l'Empire* qui reculait à mesure que Louis s'efforçait de le fixer, les projets du roi étaient en voie de succès, et tous sdi ennemis paraissaient hors d'état de lui nuire. L'autorité du prince d'Orange semblait trèsaffaiblie dans les Provinces-Unies, et la campagne de 1684 avait été malheureuse en Honjrric pour les armes austro-germaniques, malgré les diversions opt-rées par les Polonais en Valarhie et par les Yéiiiliens en Grèce. Les Turcs avaient forcé le due de Lorraine et rélecleui" de Bavière à lever le siège de Ilude avec une très-grande perte (novembre 1684). En Angleterre, sauf quelques oscillations, tout allait selon lesvuesde Louis XIV. Charles 11, depuis qu'ilavait dissous son parlement en 1681, avait vogué à pleines voiles vers le pouvoir absolu, aidé par les écus de la France et par la réaction royaliste qui s'était produite dans les hautes cbisses de la société anglaise. Le duc d'York, naguère en butte à tant d'orages, avait été rappelé sans obstacle d'Écosse à Londres par son frère (juin 1G82), après que le parlement écossais eut déclaré l'ordre de succession inviol.ilile sous peine de haute (raliison. Le fils naturel du roi, le duc do Monmoulli, le chef le plus ardent du parli opposé au duc d'Ynik, fut emprisonné, cl de violentes persécutions furent diri^c<^s contre les principaux des whigs, qui avaient projeté quelques mouvements en Angleterre et en Écosse. De même qu*ils avaient naguère accusé les catholiques d'avoir voulu assassiner le roi pour élever au tréne le duc d'York, ou les accusa d'avoir trempé dans un complot tramé par quelques fona-
1. }f 'm. (Il' f^tioisi, p. 610 (Choisi fit \):\ri'n- il- rrmtliassade de Chanmonl). — ffelation du cheval cr de Cliaumont, np. Archices çuritusfa, 2* si'ric, i. Y. — Flaisan, t. lY. p. 73. — La Martioiére, t. lY, p. 363. — Lami, t. U, p. 76.
(im-IMM PERSÉCUTION DB« WHIGS. 31
tiques pour tuer le roi et son Irère au jji uiil dn prince d'Orange, de Monmouth ou dé la république. Shaftesbury prit la fuite, et alla mourir ix l'étranger ; le comte d'Essox se tna dans la prison; lord Russe 11 fut condamné à mort : il eût probablement obtenu sa grâce s'il eût consenti à reconnaître que la résistance armée contre l'arbitraire n'est jamais permise; il refusa et mourut martyr du droit de résistance. Après lui monta sar l'échafaud Algernon Sidney, qui, poursnifant un idéal plus élevé, mais moins accessible qae ne faisaient les antres chefs de Topposition, n'avait jamais cessé d'aspirer a» rétablissement de la république, quand ses amis ne visaient qu'à im changement de dynastie (juillet-décembre 1683). Il linit stoïquement, en se faisant gloire de mourir pour la bonne vieille cause. Le lils du roi, Moamoutli, acheta son pardon par de honteuses révélations sur les projets auxcjuels il avait participé et par d'humbles soumissions envers sou père et son oncle. Il se relira en Hollande. Le jfuir méiue du suppliée de lord Hussell, T université d'Oxford lança i'auathème sur la doctrine qui veut que l'autorité civile procède originairemc nt du peuple et que la violation du contrat social parle prince délie le peuple du devoir de Tobéissance. L'obéissance passive était partout enseignée parle clergé anglican, et les tribunaux punissaient toute allégation contraire comme un crime de haute trahison. Les vieilles libertés du mo^en égeéhdent de toutes parts battues en brèche. Les franchises de la cité de Londres et de beaucoup d'autres corporations furent supprimées, moins, à la vérité, pour les abroger définitivement, que pour les rétablir sous une au're forme au prolit des tories en Excluant les whij^s. Le duc d'York rentra au conseil du roi (juin lG8i) : en môme temps, les persécutions contre le papisme se l'aient! rent : les condamnations capitales prononcées contre les prêtres catboliques furent commuées; les lords catholiques, détenus depuis cinq ans, furent relùchés, et Titus Ootes^ le dénonciateur du fameux complot papiste, fut mis au pilori comme calomniateil^. Charles II, il est vrai, aûn do rassurer Tan- ^licanisme, obligea le duc d'York à marier sa seconde fille, la * princesse Anne,frotes|ante comme son aînée, à un prince protestant, an frèrf» du roi de Danemark.
Sur lu iiu de 1684, le mobile Charles 11 laissa entrevoir quelques
3S • LOUIS X ÏV. [1685)
syaiptômes d'uu nouveau rcvireiueiit : le zèle cuiporté de son frère fiitiguait son insouciance, et Louis XIY avait cessé de payer sa pension depuis la trêve de Ratisboane. Il promit secrètement à Monmouthde le rappeler et de congédier derechef York; il eut, dit-on, quelques velléités de convoquer un parlement. Qoci qnMI en fût» le temps lui manqua pour revenir sur ses pas. U fut pris d*une attaque d'apupleitie le 12 février 1685, éluda Toffre des sacrements que lui fit un évéque anglican et les reçut en secret d'un prôlre catholique mandé par le due d'ïoï k. li mouiuL eu caliiulique tiède, après avoir vceu en épicurien (IG lévrier).
Le dUi- d'York, devenu le roi Jaecpies II, oeeupa, sans la moindre opposition, ce Irùne d'où un parti puissant avait prétendu l'exclure. Il exerça aussitôt son culte avec éclat dans sa chapelle royale et ouvrit les prisons auxcatlioliques et aux dissidents qu'on^ y avait entassés pour refus de serment; mais, par compensation, il protesta qu'il maintiendrait le gouvernement légal de TÉglise et de TÉtat, et convoqua des parlements en Angleterre et en Écosse. L*opinion publique lui en sut gré, quoiqu'il eût débuté en même temps par la prorogation arbitraire des impôts éteints avec Charles II. Le parlement d*Écosse donna Texemple du royjUisine au parlement d'Anj:;:leterre. Il rejeta avec horreur les maximes contraires à l'autorité S'icri-c cl 'ibsolac du monarque, et lui accorda l'impôt pour toute la durée de son règne. Le parlement anglais octroya également l'inqxM viager. Sur ces entrefaites, une double attaque fut tentée du dehors contre le nouveau roi. Le duc de Monmouth et le comte dWrgyle, à la téte de quelques centaines dewliigs, de dissidents et de républicains réfugiés en, Hollande, descendirent, l'un en Angleterre, Tautre en Ecosse [ mai-juin 1685). Les autorités municipales d*Amslerdam avaient fermé les yeux sur les préparatifs des réfugiés, et Monmouth, qui prétendait avoir des droits à la couronne d'Angleterre, Charles n ayant, disait il, épousé secrètement sa mère, avait promis aux républicains anglais de ne pas s'arroger le titre de roi s'il réussissait, mais d'attendre la décision du parlement. Monmouth, débariiué le 2j juin sur l;i cùie de Dorset, langa une proclamation contre . c< 1 u>urpateur Jacques d'York », qu'il accusait de toutes sortes de crimes, cuire autres d'avoir cm^oii>onné Glmrl^ Il ; il ramo&sa
tim JACQUfiS II BT JEFFREYS. 33
quelques miUiei*s d'hommes dans les comlésdu sud-ouost, prît le titre de roi malg^ré ses enjîagements, perdit la bataille de Sedgeluoorle 15 juillel, fut arn^ti^ dans sa fuite et déeapilt'' le 24. Son allié Argyle avait eu le môme sort trois semaines auparavant. Les parlements d'Angleterre et d'FlIcosse avaient soutenu le roi par des subsides extraordinaires et des mesures énergiques. Les capi* taines et les magistrats de Jacques îl châtièrent les fauteurs réels ou supposés de U rébellion avec tme barbarie qui a Youé à une «CnreuseoélébritèlesnomsdesKIrke et des Jethreys. Des femmes qui étaient Tobjet du respect de tous furent brûlées vîtcs pour avoir donné asile à des proscrits. Les misérables agents de Jacques II n'avaient pas même l'excuse du fanatisme et joignaient à leur férocité la cupidité la plus basse. Le grand-juge Jeffre^s eel resté dans l'histoire l'idéal du mauvais ju^e. Son maître, digne de lui, ^e lit lord-chancclicr en récompense d'actes qui méritaient mille morts.
• Il semblait que Jacques II, menacé par ses proches, dévoué aux projets les plus périiieui, dût s'appuyer sans l éserve sur le roi de France. Il n'en fut pas ainsi» et Louis XIV, qui s'était hété, à Tavénement de Jacques, de lui oiToyer 500,000 livres pour aider à ses premiers besoins, puis quelque autre somme destinée à corrompre les députés, ne voulut pas lui promettre le rétablissement de la pension qu'avait eue son frère, sans être assuré de SCS bonnes intentions. Il avait été informé que Jacques, tout en exprimant sa reconnaissance en vassal plus qu'en souverain, avait bien accueilli les protestations du prince d'Orange contre Monmouth et négociait avec les États-GéîiéraiiX. En effet, le traité défensif de mars 1G78, entre l'Angleterre et les Provinces-Unies, fut renouvelé le 17 août 1585. Jacques, en même temps qu'il travaillait à opérer dans son royaume une contre -révolution Insensée, impossible, eut à diverses reprises des velléités d'indé* pendance vis-à-vis de Tétranger. Le peu qu'il gardait de bons sentiments devait concourir à sa perte
1. F. Ifao-Aidsy, HMotn ^Àn^tkm itjmf* faUmnmi dêJaefuu /f, olwp. iv-v.
A partir de Fépoque où commence cet excelleiit ouvrage, il n'y :i ptun d'autre yuide à chervhf r pour Ic^ nn^iircs d'Ângleterro. Il faut seulemeut faire quelqta^ réserves war ce qui rei^arde la France.