‹ Historie De FranceChapitre 55 sur 168 · De U Qudian de S»int-Aigiiaa · texte numérisé non relu

De U Qudian de S»int-Aigiiaa

186 ^ LOUIS XIV. [\mi

« puisqu'il Tout être gouverné. » Tout un ordre d'idées nouvelles se développait à t'ombre ménie du trOne. Le moment n'est pas venu encore d'exposer Tensemble de ces idées ni les caractères si diTers du génie de Fénelon. Il n*est besoin de signaler ici que celles de ces idées qui concernaient la guerre et la. politique extérieure. Ces idées étaient à la fois très -hardiment novatrices sous un rapport et rétrogrades sous un autre ; ainsi la grande maxime de Fénelon : c Paime mieux ma famille que moi-même, ma « patrie que ma famille, le genre humain que ma pairie, » si elle restait insuflisuinnient expliquée et délinie, i)uiivait comliiireà sacrifitT les dioils de la i)atric à une vague philaiiUiropie. D'une autre |> «r( , l'étieluii , tliercliaul à fonder sur le droit les relations enlio les elals, n'avait pas vu poindre un aufre dioil (jue celui qui fournissait encore les formules des proloculeb diplomatiques, mais que personne ne res[iectait ni ne pratiquait plus ; suivant Fénelon, un prince qui enlevait une province à un autre prince, prenait le bien d autrui Fénelon, ne sortant pas du vieux droit Jiéréditaire et féodal, considérait les provinces et leurs habitants comme les biens patrimoniaux des maisons souveraines et ne soupcoimait même pas les causes finales des existences nationales ni les droits naturels qui résultent de ces causes finales ^ c'est-^-dire le nouTeau droit des gens que devait enfanter le principe des nationalités, et qui lutte encore pour se &ire reconnaître. Il jugeait donc la politique de Louis XIV avec cette sévérité que témoigne toujours la génération nouvelle envers la génératior) qu'elle vient remplacer et contre laquelle elle réagit, jet il était sévère tout a 1 1 lu; s il un point de vue philosophique et progressif cl à un punit de vue rétrograde.

Mécontent des inéiiagcincnts que gardaient madame de Maintenon et même le duc de lîeauvilliers, Feneion employa un moyen détourné et violent pour tâcher d'émouvoir fortement le roi et de conuer/tr chez Louis l'homme politique, da môme que Jiaintenon avait converti l'homme privé.

Dans le courant de 1693 , Louis reçut une lettre anonyme, qui, dans la pen<\ée de l'écrivain , devait être pour le Grand Roi le ifonè- Thecel'PkafU du festin de Balthazar et qui, tout au moms, retentit à Toreille de Louis comme une terrible dissonance

iim] LETTRE DE FÉNELON. W

parmi ks bymmes perpétuels de VersaiUes Le i^niiui style et la religieuse dignité dont cette lettre était empreinte ne permettaient pas de la confondre avec les pamphlets inspirés par la

haine. Lï'crivain débutait par des protestations d'attachement à la ])oi*soi)no du roi, en ternies (l'op sim[)îes et trop nobles poni' n'èlrc pas sincères ; puis il élal;iit devant Louis, avec une vene intlexiblc, un bien sombre tableau de son règ:nc. % Vous c êtes né, Sire, disaitril , avec un cœur droit et équitable ; mais c eeux qui tous ont élevé ne tous ont donné pour science de « gouverner que la défiance, la jalousie, Téloignement de la Tertu«

< la crainte de tout mérite éclatant..., la hauteur et Fattention t à votre seul intérêt. » Il lui rcproeluiit ensuile le renversement (les ;inciennes règles d'état au [h ulil de sou bon plaisir et surtout du despotisme de ses ministres ; la France entière appauvrie pour introduire à la cour un luiie monstrueux ; les ministres écrasant tout, au dehors comme au dedans, jusqu'à ce que le ndm du roi et de la France fût devenu odieux à tous les peuples Toisins, €t jusqu'à ce qu'on eût perdu tous les anciens alliés, qu'on Toulait changer en esclaves. La guerre de Hollande, poursuivait-il, a été injuste, et par const^pieul toutes les acquisitions faites à roccasioti de cette guerre sont injustes. Il en est de jUL iue pour l€6 réunions opérées depuis la paix de Niniègue^ œuvres U'usur* pstiott et de Tiolence. « De là, la durée de ia ligue formée contre «TOUS. • Les alliés aiment mieux faire la guerre arec perte, que de conclure une paix qui, dans leur opinion, ne serait pas ikneux observée que les autres. Bt, cependant, le peuple meurt de faim : la culture des terres est presque abîindonnée; tout commerce est anéanti. « La France entière n'est plus qu'un

< grand hôpital désolé et sans provision ; le peuple , qui vous a • Uuilaimé, coinmenoe à perdre l*amitié, la coatianoe et même f le respect. lies émotipns psputoirss, qui étaient inconnues depuis <sl longtemps*, deTienaent fréquentes. Paris même n'en est

1. On hii alluffioo, <luif OfftU lettre, à malheurs qvâ ne penymt être que la

bataille rie La ITonçar pt rînvasioii du l);iuiihiti<^ , et, lî'nnR atitrp pnrt, l.i famti.o Uwit [aile la Icttrp, i>c peut être qiie colle de 1693. Y. UEuvru de Féuelou, udiU Lefevre et Pourrai; l«3B, t. V, p. IB2.

S. Ced n'Mt pat tout à lUi eatact : ^*<m ■« rappelle le» tronblee de U goerre de OoHende!

#88 Inouïs XIV. ' imm

t pas exempt. Les majîistrats semt contraints ^de foléKrTImotQiioe « des mutins, et de faii'e couler sous main quelque monnoie pour « les apaiser. Vous êtes réduit à id (k'j)lorable extrémité ou de « laisser la s^-ditiuu impunie, ou de faire massacrer des peuples « que vous mettez au désespoir... et qui périssent, tous ies jorirs, « des maladies causées par la fauiine. Pendant qu'ils manquent « de pain , vous manquez vous-même d'argent, et vous ne voulcij I pas voir l'extrémité où vous êtes réduit.... Vous vous ilattOE sur c les succès journaliers , et vtras n'envisagez point d'une mt « "générale l6 gros des afTaires, gui tombe insensiblement sans < resBonroe..... Diea tient ton hm levé sur voos; maii il est knt € à vo» (kapper, parce qu'il a 'pitié prfnoe qui «'été «wte' c 6a vie obs&déi de^flatteuisv^ pam que, d'ailiem» vm muumb m loftf OU*» Ui 9iené {h» ptni»siakiÈ)i Mai» il' eanra' bm séparer c<Ki caufle juste â%Tec tonrôtre qui ne l'est pas , et rwm imm»* c lier pour yùm oonveMir; car tous ne rseveE-dirétien que -dan» , d'humiliation. Vous n'aimez point Dieu; ▼ères ne le craignez « môme que d'iuie crainte d'esclave : c'est i' enfer, et non pas <x Dieu, que vous craignez. Votre religion ne consiste qu'enr « superstitions , en petites pratiques superficielles. Vous rap* u fiortez tout à vous, comme ei tous étiez le iiieu de la' « terre » . - . ,

L'écrivain 'anonyme déplore la faiblesse du conseil, qui ne sait pas tirer le roi « de ce chemin si égaré, » et la timidité det madame de Maintenon et du duc de Bcauvilliers, qui se Mmh nofwil en nf osant parlei^ flrancbeinent.t < Ce qu'ils devraient vous c dire, et ce qu'ils ne tous -disent' paa« s-éoriMril enfin^ levoici-s c II faut demander) la>'paixi «t-cKpiir'.pav>'cell8. bontér toute- 1» € gloire dont vous'a?ca fkitTQtreiAski;tiV£uit Tendmaa plus tét c à vos eonemist pour saaftir Fétia'^ de»c»iiqiiêles que vons m c poaveoE ntenlrsansînjnstke I

L'auteur de là lellfe !ra«t> deaic qoe Ja jnmiieistanKlie ksnouvessix iiieinliFe9'<doiit tfest aecM'idepuis'laiguenre'^e. Hollande : logiquement, il devrait peut-être, comme la coalition, remonter jusqu'au traité des Pyrénées, les conquêtes opérées par la CriLerre des Droits de la Reine étant fort contestables au point de vue do. droit féodal l II veut que la France rende à r£spagae les

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provinces françaist\s de iaaj^ue, d'origine «'t de territoire, que les accidents bizarTcs de l'hérédilé avaient données à la maison d'Autriche: il condamne tout dans la politmue de Louis le Grand, exeepté la plus funeste et la plus coupabk aolioa du r^ne»la révocation, qu'il couvre de son silence.

Cette lettre , véritable manifeste d'une nouvelle ^coie politique, avBÎI dépassé le but : les exagérations qui s*y mêlaient à des nfiroches trop mérités étaient de mlure € à irriter ou à découfiger le roi pinMit le mewr» » comoM récrivait , qoelqna umps eprts, madeine de MainteiMm *. Les itaprtsilûiiB moiiis vielenles, unis oontiniies, ^ue doDiiaient à Louis oeia dont F^neton aoemait le faiblesse , étaient pins efficaces. Toutefois, une partie de la letta» était maibenieosement Inconteitable ; le roi ne le voyait que trop: (fêtait ce «lui fegardait la détresse du peuple et la pénurie du trésor. Ainsi que le dit éncrgiqueinent Voltaire, « oii jjérissait de misère au bruit des Te Deum ». Tout concourait à donner à la misère des proportions effrayantes ; l'aggrayation des impfMs et cliarges de toute espèce; la décadence duconimen e ( t de l'industrie, causée par la iruerre et par de mauvaises mesures éconofuiques ; la suppression des mesures protectrices de l'agriculture ( la défense de saisir les bestiaux, maintenue jusqu'à la mort de Golbert, n'avait pas été rsnomelée d^uis) * ; le aauypie de bras que Ja guerre enlevait par cent mille anx travaux des ohamps* A' ces- nuniz » oumga des-honmesy se joignaient tes fléaux de la iiatniv. Ia lécoUa de l^wfiitélé gâtée par les pluies; eeU»'4e 109$ &'«Tait pas été meUisun » et, eomme toi^oui»» la panique gésiérale et TavidUé des; tnfiîquanis pectaieat bsdKité iDrt au delà du défldt réd ; le goumef nement lui-méaie était 'd'aUleura» par néeessilé, le gr<md aeeitpart»,.é,€8in9t des vnstes magasins qu'exigeait la subsistance des armées. Le roi commença par taxer ks grains, c& qui n'ab^juiit qu'à rendre les marchés vides; le roi alors prescrivit un recensement général des Ecrains apj)artenaiit soit aux communautés, soit aux pnrticiilitM s , et enjoicmit à chanm d eQvoyer au marché» à raisi>n ceriaïue quatUUû par >emiuuey

I . LeUre fttt cardinal de K^ouSm; 16SS, ap. Battùèie, p* 3S7.

t\ d'y vendre au prix courant la moitié du bit- qu'il possédait, raulto luoilie resiant à la libre disposition du possesseur'. 11 prohiba l'exportation des gniius, sous peine des galères; en môme temps, il envoya des vaisstMux acheter des blés en Afrique pour les répandre h prix modique sur les marchés. Les elTorts du gouvernement ne portèrent qu'un faible et tardif remède à la disette, qui engendra de cruelles épidémies, suite ordinaire de i'épuîscniont populaire. On prétend (sans doute le chiffre est exagéré) qu'il mourut cette année, à Paris, quatre-vingt-seize mille personnes *.

Un motif d*nne tout autre nature contribuait encore puissamment ft disposer le roi en (breur de la paix, un motif, non pas de renoncement et dliumilité , comme le voulait Fénelon , mais liîen d*arobition, au contraire. Le roi d'Es^Ki^ni , Charles II, après avoir franchi, contre toute attente, l'enfance et la jeunesse, décrépit à trente ans, ne pouvait prolonger beaucoup sa vieillesse IH'ématurée; la femme que lui avait donnée Louis XIV, rinlortunée Marie-Louise d'Orléans, était morte en 1689, cui|ioi>r)uuée, à ce qu'on cru! en France , jiar le parti autrichien, qui avait bientôt api ès r cniarié Charles à la tiilc de l'électeur palatin , un des ennemis les plus acharnés de Louis XIY. Si Cliarles II venait à mourir pendant la guerre, tandis que l'Europe < ( lif mne contre la IVance , la succession d'Espagne échapperait infailliblement à la maison de Bourbon \ 11 était donc nécessaire que la paix vint dissoudre la coalition et permettre à I^uis de se refoire des alliés en Europe et un parti en Espagne même.

Dès Touverture de la campagne, Louis avait donc commencé à protester de ses dispositions pacifiques dans un manifeste répandu en Allemagne : ses circulaires aux évêques, pour leur ordonner de remercier Dieu de ses victoires, exprimaient les mêmes seiitiuients. Au mois de juillet, il a\;ii[ cuiiiiiiiuiiqué à la Suède et au Danemark, comme puissimces médiatrices, des propositions de paix avec l'Empire. Ces deux états, tout en fournissant d'abord quelques troupes auxiliaires à la coalition,^

1. Cénx qui ii*ftval«iit da blé qae pour leur oomoDinaUiNi d» six mois élidmt ««torliés n le frar Irr - Ancitnnt* Loû françaimt t. XX, p. 198; S sepiembr* 1093.

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