‹ Historie De FranceChapitre 66 sur 168 · Àctt$ d« Ix paix de Byiwick, t. I*', p · texte numérisé non relu

Àctt$ d« Ix paix de Byiwick, t. I*', p

2. Qnhiei, t. II, p. 3.51-3HH. — Le chef d*e«c«dre N«smund fit, pendtiQtce temps, puux 6 iiuUioQs de prises sur les ÂugUU.

m LOUIS XIV. 116971

Ce n*étail là toutefois qu'un lointain épisode de la guerre : l'Es*

paprne fut frappée de plus près et sur son propre sol. La guerre de Ciitaloi^nc avait pris un caraclère tout nouveau. Le duc de Vendôme, avec une trentaine de mille hommes, s'était présenté, le 0 juin, devant Barcelone, pendant que le vice-amiral d'Estrées fermait le port avec dix vaisseaux et frégates, trente gali-res et deux gaîiotes h bombes, et débarquait l'artillerie de siège et les approvisionnements de l'armée. Les assiégeants ne pouvaient s avitailler par terre, à cause des miquelets qui interceptaient toutes les routes : le siège eût été impossible si les Français n*eussent été maîtres de la mer. Ils le furent. Les Anglo-Bataves, appelés par les Espagnols, ne parurent pas. L'entreprise était néanmoins bien difficile encore : il fallait, pour y donner chance, toute l'audace de Venddme , tout l'élan qu'il savait inspirer à l'armée; douze mille soldats, que renforcèrent quatre mille milidens triés parmi les Barcelonais comme les plus attachés à la cause espagnole, défendaient la place : une douzaine de mille hommes occupaient deux camps à peu de distance, l'un, composé de cavalerie, aux bords de Llobrp^%it , l'autre, d'infanterie et de miquelets, sur les montagnes; ils eojiHiiuniquaient librement avec IJareelone par la citadelle dvt Mont-Juich, que Vendôme n'avait pu invtbhr en même temps que la ville, faute de forces suffisantes. Uien ne rebuta les assiégeants : la tranchée fut ouverte, le 15 juin, devant la Vieille-Ville * : du 4 au 6 juillet, le chemin couvert fut emporté après deux assauts sanglants, les galiotes secondant l'armée de terre en lançant des bombes sur la ville; le 14 juillet , deux gros •détachements français assaillirent à Timproviste les deux camps espagnols , les emportèrent et rejetèrent les deux corps ennemis, l'un au delà du Uobregat, l'autre sur la cime des montagnes ( 14 juillet). Une partie de la cavalerie battue parvint à se jeter dans Barcelone; mais les Français n'en prirent pas moins d'assaut deux bastions le 22 juillet. Il n'avaient plus devant eux que la vieille mais forte enceinte du moyen âge , qui fermait la gorge d'^<: bastions. On l'attaqua par la sape et la mine. Le 5 août, les mines étant prêtes à jouer, Vendôme fit sommer la place. Le gou-

1. Barcelone eti divtiée «n VieiUe-Ville, NouveUe-ViUe et Mout^uicb.

[16071 PRISB DB BARCELONE. «Î9

verncur avait reçu de Madrid l'ordre de ne point attendre la dcr^ nièrc extrémité pour capituler ; la capitulation fut sifmée le 10 pour la ville et pour le Mont-Juich. Se[)t mille soldats, reste de la garnison, sortirent avec trente- six canons el mortiers; la ville conserva ses privilèges et ses institutions, sauf l'inquisition, que Vendôme ne voulut pas s'engager à mainteni.*. L'armée du destructeur de i'ÉdU de Nantes avait pour chef un de ces hommes qui commençaient à opposer à Tepprit de pen6cuUon un sceptl- %me et une indiflSêrenoe systématiiiues, et qui rachetaient en quelque sorte, par des sentiments d*bumanilé sincères, le scandale de leurs mœurs épicuriennes ^

La conquête de Barcelone avait coûté huit ou neuf mille hommes; mais elle fut décisive. La monarchie espagnole craquait : TAragon X était prêt à se soulever; la Caslillc demandait la paix à grands

cris. Le parti qui ne vuiilail pas sacnlier l'Espagne aux intérêts autrichiens, longtemps comprimé par la reine et par les agents de l'empereur, avait pris le do^as dans le cabinet de Madi id avant même que Barcelone eût succombé, et avait mieux aimé faire rendre cette grande cité que de la laisser enqiorter d'assaut. Les ministres, malgré la reine, demandèrent une trêve : déjà des instructions pacifiques avaient été envoyées au plénipotentiaire espagnol à Ryswick. Le terme ûxé par la France pour l'acceptation de l'ultimatum expira sur ces entrefaites : le l*' septembre, la France signifia aux alliés qu'elle ne voulait point profiter de ses avantages ni retirer ses offres ; que, cependant, elle les modifiait sur un point, c'est-à-dire qu'elle n'offrait plus à l'empereur et à l'Empire le choix entre Strasbourg et un équivalent, mais qu'elle rendrait FreyhourgetBrisach et gardenût Strasbourg, en rasant Kebl et les forts des tles du Rhin , de manière à ce que le chenal du fleuve redevînt libre : tous les ponts construits sur le lUiia seraient détruits, sauf la partie du pont de Fort- Louis entre la rive gauche et le fort; la France garderait Fort-Louis; la tête de poiil de IMiilipsbourg sur la rive gauche serait détruite. La frontière du Rhin, qui avait éU> dépassée par la France, serait ainsi exacte-

I. Tons n'avaieni paa oetto licence d« mœurs, oomioe nont le vemmt do plot iDostre, de Bayle. — Nooft reTieodroiu sur VeodSin» et nir Ift tooiété dn Tenipit* ^ Sor le SMg« de BaneUme, V. Qoliid, t. U, p. SSMSO.

m LOCIS XIV, 11697)

ment rétablie de Honîngue à Landau. Si la France se fût prononcée sur Luxembourg comme sur Strasbourg et qu'elle eût signifié la résolution de garder Luxembourg moyennant la cession de

quatre villes beljres qu'elle avait proposée en équivalent , il est probable que rEs]Kigne eût cédé. Les contemporains accusent le premier plénipotciUiaii e, ilarlai, d'avoir perdu celle grande question par sa fail)lf'ssc.

Lo ?0 soptcaibrc lut lixé comme terme pour accepter l'ultimatum ainsi modilié. Dans rinlervalle, les alliés protestants intercédèrent auprès de Louis XIV pour le rétablissement des protestants français en leurs droits, privilèges et liberté de conscience. Une requête anonyme très-touchante avait été en môme temps adressée à Louis de la part de ses t fidèles sujets de la religion que les édits nomment prétendue réformée. » Les plénipotentiaires français passèrent outre. Les alliés n'avaient tenté cette intervention que par bienséance et sans espoir de succès *.

Le 20 septembre» à minuit, les Hollandais signèrent la paix les premiers. Ils rendirent Pondichérl à la compagnie française dés Indes -Orientales. Au traité de paix fut joint , comme à Nimègue, un traité de commerce t iuiclii pour \ ingt-cinq ans. Les conditions de Nimègue étaient renouvelées cl fort améliorées encore pour la Hollande. L'égalité de traitement, quant au roinun ice, enlre les sujets des deux états , était interprétée par la su[ipression de tout droit d'ancrage sur les navires boliandais, par l'autorisation aux navires hollandais de faire le trafic du licvant à Earscille et dans nos autres ports, et d'Importer librement le bareng. Le tarif de 1664 était expressément rétabli. Quad l'un des deux états serait en guerre, les sujets de l'autre étaient autorisés à exercer par mer, avec les ennemis de la partie guerroyante, non-seulement le commerce direct, mais le commerce d*un port ennemi à un autre (c'était ce que lés Danois et les Suédois n'avaient pu, tout récemment, obtenir de TAngletcrre et de la Hollande). Le droit de 50 sous par tonneau était aboli sur les navires hollandais, à moins qu'ils ne chargeassent dans un port de France pour un autre port français. Gelait là un pacte bien désavantageux à notre marine,

1. Pair de Ry^wick, t. II, p. 512; 111, p. 47-101. — Saint-Simon, t. II, p. 10. — iftfin. du comte de Earrach (ambuaadeur d'AnUriche à Madrid), U I, p. 74 et sair.

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livrée, sans aucune protection, à une concurrence écrasante.

Les Anglais signèrent iinnicdiatiihiii ijirès. Leur trarté obligeait Louis XIV à n'assister directement m indirectement aucun des ennemis du roi de la Grande-Bretagne, et à ne favoriser en aucune manière les cabales, menées secrètes et rebellions qui pourraient Sttrveoîr en Angleterre. Le commerce entre les deux nations fut rétabli aux conditions antérieures. On. se rendit réciproquement ce qu'on s'était pris en Amérique La France recouvra la moitié de rile Saiiil-Chrislophe; les Anglais purent relever leurs établissements de Terre-Neuve.

Un troisième traité fut signé, dans la m^me nuit, entre la France etTEspagoe, La France faisait, sans compensation, des restitutions immenses : c'étaient la moitié de la Catalogne, la ville et duché de Luxembourg et comté de Ghini, Gharleroi, Mons, Ath, Gonrtrai, avec leurs dépendances, et les dépendances de Namur; enfin Dinant; cette dernière place rendue à l'évèché de Liège*.

Aux trois liaités était annexé un article s^'paré par lequel la France accordait à l'empt^eur et à l'Empire un nouveau délai jusqu au 1*^'. novembre pour accepter rullimatum. Une suspension d'armes fut en môme temps ronvenue. L'empereur sentit Tinutilité de prolonger la lutte, puisque l'Espagne avait cédé et que la question de la succession espagnole éti^ît écartée. Laisser expirer le dernier délai, c'était se faire retirer pour le moins Prcyboiu^et Brisach. Après avoir chicane le leri ain sans prand succès jusqu'à la fin de la trêve, le 30 octobre, les pléniputerui.iii es de l'empereur cl de ri'jiipire se déclarèrent prêts à signer. Les Français {irésentèreal alors une nouvelle clause portant que, dans tous les lieux qui seraient rendus à l'Empire, la religion demeurerait en l'état où elle se trouvait présentement, c'est-à-dire que l'exercice du culte

1. Le traité stipulait la restitution «lu fort Bourbon on Nelion et des autres lieux <ie îa baie d'Uudaon enlevé» par les An^îlais aux Français : cet article fut inutile; au moment où ron siguait le traité, le lir.ive Canadien d'Iberrille venait de roprenin le fort Bourbon, après avoir soutenu dans la baie un des plus beaux combats de ■os ênouàm maritimes. Afee vn aenl veisseaii de SO canons, il avait eoaié un vaieieau anglais de 52 , pris une fré^'ate de 32 et mis en fuite nne antre frégate d*égale tatùt fseptenibre 1697). Il avait, l'anix'^p i r 'cédenie, de concert avec Brouillan, comman» dant des postes français de Terre-Neuve, détruit le bour^ et le fort de Saint- Jean ^ principal établissement des Anglais dans cette grande île.

S. Àeltt df fa pais éê Rytwick, t. TU, p. 1<I9-^L

Ï3t LOUIS XiV. II697J

catliolique serait maintenu là où les Français l'avaient établi. Les protestants allemands , soutenus par le médiateur suédois , déclarèrent que c'était là une violation du traité de Westphalie et refusèrent de signer. Les plénipotentiaires de l'empereur et des princes catholiques signèrent; les représentants de quelques princes et . villes protestantes Toîsines du Ahin cédèrent à la peur des armes françaises et suivirent cet exemple. Six semaines furent accordées aux autres protestants pour donner leur signature.

Par le traité du 30 octobre , la France rendait tous les lieux situés liors de l'Alsace qui avaient été occupés tant par ses armes duiaiii la présente guerre, qu'auparavant par voie d union et de réunion, le roi cassant tous les décrets, an ùts et déclaraiiujj» laits et pui)Iic's sur ce sujet par les clianibres de M* t? ot de l{esiaM(;oii et parle conseil dcBrisarli. Les restitutions et cessions conqirenaient Trêves, Gcrniei-sheiui, Deux-Ponts, Veldentz, Monlbuliard, Kehl, Freybourg, Brisach', Phillpsbourg, l'empereur et l'Empire cédant en écliange Strasbourg au roi de France en toute souveraineté. La France s'obligeait à démolir toutes les fortifications qu'elle avait élevées sur la rive droite du Ahin et à rendre les terrains aux anciens possesseurs; de plus, à raser les fortifications qu'elle avait faites à Trarbach et Mont-Royal, sur la Moselle, età Rimbourg, sur la Nahe, TËmpire rasant, de son côté, la tète du pont de Philipsbourg et les fortifications construites par les Français à Ebemboui g, sur la Nahe. Louis XIV avait consenti à se relâcher un peu de la rigueur du traité de Nimègue vis^-vis de l'héritier du duché de Lorraine, neveu de l'empereur par sa mère; il rendait an jenne duc Léopold son héritage dans l'état où Charles IV l'avaii possédé avant la conquête française de 1670, c'est-à-dire qu'il rendait Nanci, mais on laissant seulement snlisisler les remparts de la Vieille-Ville et en rasant tout le re>le des fortifications sans (|n'on j)ûl les rétablir; il gardait Marsal, place inlcneure propre à tenu la Lorraine en bride, et de plus Sarre-Louis, place frontière qui séparait la Lorraine des provinces germaniques; il

1. Louis XIV" a'enup^o.-i im^no,en cerUuit l>fi>ach, h faire démolir la Ville-Xeuve ou Neuf-Briaauh, bAtio sur la nvc t(<*ucbc du Rhin ou face le Vieux-BrUacb, avec le foH de rn« du Rhla, «Dtre les deux vUtea. La Fnuioe g»rd» tealenient, aor is rive ganolM, 1a fbitmppélé la Uortier,

(mil PAIX DË AÏSWICK. S33

rendait Bitsche et Honibourg démantelés, sans qu'on pût les réta-

blir, i't gardait Long^vi en échange d'un domaine de pareille valeur tlaris un des Trois -ÉvlcIh's; onfm, il ne réclamait plus, comme à Nimègue, quatre grandes routes stratégiques à traversin Lorraine et se contentait que le passage fût toujours ouvert à ses troupes. La maison de Lorraine fut ainsi rétablie dans ses états après vingt-sept ansd*exil. L'empereur, de son côté, rendit au cardinal de Fûrstenberg, évêque de Strasbourg, et à ses parents et amis, tous leurs droits , biens et honneurs, le prince Clément de Bavière dcmcuraiit on possoiion de Télectorat de CoUtgne. LVlec tcui' pakiliii s'obligea de payrr à la ducli» s,^e d'Oiléans 200,000 fr. par an pour ses droits liéréditaires, en alb udant que le pape eût prononcé comme arbitre sur le fond de la question.

Les princes et états protestants, ne pouvant lutter seuls contre la France, finirent par se résigner au rétablissement du culte catholique dans les lieux restitués, mais en gardèrent longue rancune à l'empereur

Ainsi se termina cette vaste guerre, dans bàquelle les deux partis avaient déployé, sur terre et sui" incr, di s forces incomi)arableloentplus grandes que toutes ccilcs qu'avait jamais vues en mou- Teioent l'Ëurope moderne : les armées prenaient des proportions eflhiyantes; la France, pour tenir téte k la coalition, avait presque doublé son état militaire depuis la Guerre de Hollande Le résultat de ces gigantesques efforts avait été pour elle une gloire stérile: seule contre l'Europe [iresque erilicre, elle avait eonliiiué de vaincre ; luais elle avait ^aincu sans accroîlre sa puissance. Pour la première luis, au conlraii i', depuis l'avènement de iiicheiieu, elle avait reperdu du terrain et reculé dans l'œuvre de son complément territorial. Ëlie se retrouTait, en 1697, fort en deçà de 1684, et retournée aux limites de 1678, si ce n*est qu'elle avait acquis une grande position défensive, Strasbourg, en échange de positions offensÎTes, ce qui était un avantage pour la vraie politique.

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