I.OUIS XIV (sirin
WOlTEMF-KT ISTEI.LErTt'KI. i;T MORAT.. — Lr<5 MirTRES, LES SClKNCr.S RT I F«»
Aurs ù la Ad do xvn« t»iécle et 4 1 entrée du xviit*. — État Dii.» CRorANCh^ BT OH nÉMB, — Pog«t. 0-* t* Brvyèr*. Racihi à SalnUCyr. S$tker et il(Jka/j«.
Fin de la g^rande poésie classique. — Lesage. — QuertlU du aniietu et dcê moderne», Fontenellc et Perrault. — Sdcirté du Tcmjile. Esprits forts. — ï\ru(îlti(Mi. Droit, L'abbé Fic-iiri. Moiufitucuu. Launcre. Do.mat. — Sc iences exactes et naturelles. Deliiile. Tournefurt. — Réaction des grands génies étrungers sur la France. K«irtoii. Leibn». ~ Marche do cartésianiflinfi. MALKBftAMCHX. Spinoia. Locke. — • Deniers temps de Bossuet. Ses combats contre lea novatann et les protestants. Jurieu. îlicliani Simon. Fknei.on et riÎDUCATiON i>u duc t»e BourcnoM:. Tfit'nnque. Madame 'loyon Qui<Hisu>e. Lutte de Bossuet et <Je Fi^ne'on. Du»gràc« de i^^éueloo. — Bayle. Invuaion du Sctpticiîme. — Mort du Du:M»uet.
Le traité de Uyswick , salué parles peuples épuisés comme la promesse d*UD long repos, ne doit être qu'une trêve entre deux immenses guerres. Ce couçt intervalle suspend la marche des éféaements. Nous en profiterons pour jeter les yeux sur un autre face de l'histoire et pour ne pas laisser riiistoire des idées en retard sur l'histoire des faits.
Nous avons vu la i i iince inldlcctuelle du xvii' siècle naître et grandir : nous Tavons contemplée ensuite dans son complet épanouissement; nous allons assister à sa décadence et à sa décomposition, encore ralenties par de glorieux efforts» et voir poindre un autre siècle et une nouvelle société.. lie caractère distinctif de la période précédente , c'était ridentificatton du grand siècle avec le Grand Uui. Le soleil royal était le centre dalUaclion de tout ce système planétaire dans lequel se mouvaient tant d'astres éclatants. 11 n'en sera plus ainsi. Le soleil de louis XIY décline : les étoiles qui lui faisaient cortège s*éteignent les unes après les autres ; les astres nouveaux qui s'élèvent n*ap-
136 LOUIS XIV. (««t-16M)
pailininont plus à son inllm ncc et quelques-uns sont comme les précurseurs d'un monde eunemi.
Parcourons les divers domaines delà pensée, de la science et de l'art, et vo\ons où en s^onl le cœur et l'esprit de la France.
Les beaux-arts ont été frappés les premiers , dans la personne du chef d'école qui les avait si rigoureusement disciplinés. Iiebron est mort dès 1690. Louis XIV ne peut le remplacer. Personne n*a plus cette inépuisable fécondité, ni* cette force de domination » quoiqu'il reste un artiste sopérieur à Lebrun en tant que peintre» ce Jouvenet qui rappelle en quelque manière le Véronèse par Tétendue de ses compositions, artiste grafe et sage avec une certaine majesté, qui e9t à Poussin et à Lesneur ce qu^ sont les Garraches et le Dominiquin à Léonard et à Ra^ phafil. Le premier de noe maîtres du second ordre, Joavenet, est l'intermédiaire, non par les années, mais parle style, entre Poussin et Lebrun ; s'il a perdu la noblesse et l'ampleur de geste qui signalent le prenùer, il est plus viai , plus simple, plus profond que le second. Souvent faible d'exécution, il ne rend pas tout ce tiu'il sent, mais il a de grandes intentions*.
Lorsque le domaine de Lebrun est démembré après sa mort, ce n'est pas Jouvenet, mais l'octogénaire Mignard, l'élégant portraitiste des daines de la cour, qui reçoit du roi la direction offlcieile de la peinture, de même que fie n'est pas le vieux Puget, mais Girardon, le docile lieutenant de Lebrun, qui est nommé inspecteur des ouvrages de sculpture. Trop fier et trop grand pour plier sous Lebrun, Puget avait passé sa vie loin de la coor, tantôt en Provence, sa terre natale, tantôt à Gènes, sa seconde patrie. Louis XIV savait pourtant bien , suivant Taltlère expression de rartiste lui-même, « qu'il n'y avoit |>a8 en France plusieurs Pugets. » Goibert avait fait rappeler Puget de Gènes à Toulon , en 16G9, pour lui (jluuucr à diriger la décoration des vaisseaux du roi ; en 1683, on lui acheta, pour Versailles, son ùiacux Milon de Crutone : l' Androviède fut envoyée de Marseille en 1C85 : le roi accueillit dignement le lils do l arliste, qui lui avait amené ce beau
1. Ké «n 1647, à Koaen; mort en 1717. Sm prloolpans ovmgct «mi ta D«m«»m
df rrnti, la .Vad«'«ine chez i$ Pharinm,\m Kindtar» AilMipIf , la fioM mineuUmt «i la ikiurreciion di lautn*
*tt6»M7iB] JOUVENET. PU JET. t37
groupe: « — Monsieur, s lui dit- il. « volro père est grand et « illustre; il n'y a personne dans 1 Lui ope qui le puisse égaler. » Louis laissa répondant le pi-and scul])(eur dans la gône à Marseille. Puget ne parut à Paris et à la cour qu'en 1688 et retourna mourir h Marseille, eo terminant son bas- relief de la Peste de Milan [tm).
Le vieux Mignard disparut bientôt après et eut pour successeur, dans la direction des ouvrages de peinture, un homme qui, comme lui , excellait surtout dans les portraits de femmes, LargiUière (1695). Biignard et Largillière avaient eu pour rival un artiste d'un talent moins délicat et plus vigoureux, Rigaud, qui É*illuatra en léguant à la postérité les vivantes images de plusieurs des grands hommes du siècle.
Luui> ne laissait pas non plus la sculpture, ni la grande peinture murale et de décoi ili jm, lu itiqucr d'objet ni d'ouvrafre. Il avait beaucoup réduit, mai» non interrompu la dépense des bâtiments pendant le fort de la £:uerre : après la guerre, il s'était mis en devoir d'achever Versailles et les Invalides, par la construction de la chapelle et du dOme; il moditlait, il augmentait Marli, malgré les représentations un peu timides de madame de Maintenon ' ; il recevait de la viUe de Paris le somptueux hommage d*un colosse équestre en bronze sur la nouvelle place Vendôme ( 1699) Jouvenet, Goypel, La Fosse , les BofUlongne , couvraient de vastes compositions la chapelle de Versailles et Féglise des Invalides : Goisevox, les deux Goustou, Lepautre, Van-Glève, peuplaient de statues les bosquets de Marli. De remarquables talents soutenaient donc encore l'honneur de Técole française; cependant le goût s'altérait peu à peu. Le portniit, genre diflicile et profond, mais que le positif de son objet préserve des altérations auxquelles est exposé l'idéal de Tart, acquérait une assez jurande supériorité relative, bien que Largillière et Higaud lussent loin d atteindre à la
1. <« On l'ait encore ici ua oor^ de logU Marli sera bientôt un second Vcr-
flsillcs. Je n'ai pas plu dans nna eoDveraation snr les bAtimcntt. Ha donleor est d'avoir fâché sans fruit. 11 n'y a qu'à prier et souffVlr; mais le peuple, que deviendra-t-il ? >• LcUre de madame de Maiateooa, da 19 jutUet 1698. V. Biwt réimpeairt, i. II» p. 337.
8. Cette stattte, tbadoe par KeDer enr to modAte de Gimdon, a été détruite à la BtTolation.
138 hOViS XiV. (mM696}
hauteur des Titien et des Rembrandt. La forme s*amolljssait et se
maniérail chez la plupart des peintres et des sculpteurs : l'auiplciir et la gravité, qui avaient signalé le Siècle de Louis XIV, tcntiaicnt à d(^Ç('nércr en cette grâce affcrtéc qui aiuioncc la décadence des arts et qui avait déjà paru un moment chez nous à la fin, du XVI* siècle : Tomementisme se contournait et se tourmen* tait en recherches mesquines : la sculpture s'égarait dans l'abus des détails et perdait la belle simplicité des lignes et des ajuste* ments. L'esprit du xvn* siède É*éteignait dans les arts avant que le Grand lloi fùl descendu au tombeau.
La poésir f't les lettres avaient encore vu de beaux jours de^juis la splendide époque dont nous avons essayé de retracer l'esquisse ' . Nous nous étions arrêté au moment où Molière venait de disparattre, où Racine atteignait la perfection de son art avec PKtdn, où La Fontaine et Boileau avaient produit leurs fruits les plus précieux. Quelques années s'étaient ensuite écoulées sans enfanter d'œuvres capitales, le mouvement littéraire s'entretenant toutefois par l.i publication d'une foule d'ouvrages qui reproduisaioul, à un moindre doi^ré, les qualités essonliollcs de la litléralurL' réyiuuilo, l'ordre, la clarté , le jugement et cette belle langue qui fuit reconnaître, dès la première page, les écrits de cette génération.
La scène comique avait été quelque temps abandonnée à des talents inférieurs : au bout d'une vingtaine d'années, il y reparut quelque chose du génie de Molière, au moins à la surface : on crut y entendre résonner parfois le dialogue éclatant du maître. C'élail ce Regnard , dont les romnnes(juos aventures avaient rappelé celles de l'auteur de Don Quickotte et qui , après avoir passé' sa jeunesse à errer de l'Atlas à la mer Glaciale , revint consacrer son âge mûr à la scène française. Regnard fut, quoique à bien longue distance, Théritier direct et apparent de Molière; cependant un prosateur étranger au théâtre eut peut-être plus de part effective à l'héritage. Nous voulons parler de l'auteiu* des Caractères^, de l'iniitateur et du vainqueur de Tliéophraste. Si Regnaj'd tient à Molière par la forme, La Bruyère y tient par le fond : si le