Lu CaracUres, etc.; 8* édit.; 16W; p
t, « Dire... que le prince est in«ttre absolu de tooe le» biens de ses si^ets, sans égards, saiM eonple ni discussion, c'est le langage de la flatterie ;.c*est roplnlon d*an
ferori qui se dédira à l'agonie. » Caractèm^ 8* édition, p. 39R, Il ne sarait pas qnc Louis XIV avait écrit d»- <f\ propre main la maxime qu'il combattait ni frîinchpmeîit. Et ailleuM ; - Le faste et le luxe dans un souverain, c'est le berger habillé d'or et ^
de pierreries, la houlette d'or en ses mains; son chien a un collier d*or, ete Que
sert tant dV à son tronpean, on contre les loops? » P. 399. « Le penple manque d'esprit} les grands manquent de coenr; décidément je me fau penple. «
Tandis que Regnard soutenait la haute comédie, un comédienauteur, Dancourt, déployait dans la force une verre et une originalité qui ne permettent pas de l'oublier dans l'histoire des lettres. La comédie gardait ainsi un certain éclat, bien que descendue des sommets où l'avait portée Molière et sur lesquels personne ne devait plus çravir. La tragédie avait fait plus. Elle avait , pour un moment, retrouvé les jours innuurtels de Polyeucte et de PhHre.
La trag^îe, c'était Racine, et Racine avait ité, pcn i ml douze ans, perdu pour le théâtre. Depuis Phèdre. { 1G77) ,"5(0 iituse avait gardé un opiniâtre silence. Était-ce la crainte de ne jilus pouvoir s'égaler lui-même, de redescendre, comme avait fait son prédécesseur, le grand Corneille, qui l'arrachait de la carrière , à trente-sept ans, dans toute la fleur de son génie? Ëtait-ce, comme on Ta prétendu, le dépit d'injustes critiques, bien compensées par la faveur du public et par celle du roi? La biographie de Racine et sa correspondance attestent qu'il fut enfratué par des sentiments d'une tout autre nature. Le souvenir des mattres sévères qui avaient élevé son enfance le troublait souvent au milieu de ses triomphes mondains : &me tendre et religieuse, la vie extérieure ^ la société des hommes, ne lui suffisait pas; il ne pouvait se passer de Dieu; or, la religion et l'art lui apparaissaient comme une antithèse inconciliable; ii ne voyait la religion que sous la forme de l'inflexible jansénisme. Il se décida : il rompit avec sa gloire et, dans la première violence de la léaction contre sa vie passée, il voulut s'ensevelir dans une chartreuse pour expier ce qu'il nommait si's crijiies , plus impitoyable qu'Antoine Arnaud lui -iin'iiie, qui avait approuvé Phèdre. Sauvé de sa propre rigueur i)ar un directeur sensé, il resta dans le monde et s'unit à une femme vertueuse, mais hors d'état de comprendre ce génie dont il reniait les fruits. Louis XIY l'empêcha d'abandonner entièrement les lettres, en le nommant son historiographe, pour moitié avec Boileau mais il abandonna sans retour les ébauches des pièces qui avaient été destinées à succéder à Phèdre, embryons de chefsd'œuvre qui ne devaient jamais voir le jourl On n'eut pas même
1. En ramplMeoMOt de Pelltsiott, puâaé à la dinotion des économats, c'est-à-dire h In cnUso âr^. c onvenions. PellinoD avait pouaé lliiatc^fa de Louis XIY Jusqu'à la paix de Nimégue.
[IflMl RACE NE. SAINT-CTR. 1141
la faible compensatiim d*UDe cmvre historique : les travaux maniiscrits de Racine et deBoileau sur l'histoire de Louis XIV ont péri dans un incendie.
Tout espoir seinbluil j)crdu : ce grand suicide senililait consommé, quand une inspualion (ju'il faut ù jamais bénir rouvrit la iK;ène à Racine au nom <le !a religion même. C'est à madame de Maintenon que la recuiinaissance en est duc : cela peut faire pardonner bien des choses! Depuis quelques années, un bon sentiment avait porté madame de Maintenon à obtenir du roi la fondation d'un établissement réservé à une grande célébrité. Le souvenir de sa jeunesse si longtemps pauvre, dépendante, exposée, lui avait £ùt souhaiter de préserver les autres des périls qu'elle avait surmontés à si grand'peine. Elle réunit & Noisi, sous la direction de religieuses augustines» pluskurs filles de pauvres gentilshommes morts ou usés dans le service militaire, pour les y iUre élever de sept à douze ans jusqu'à vingt, et fit mettre en commende la riche mense abbatiale de Saint-Denis pour en attribuer les revenus à la nouvelle maison, qui fut bientôt transférée à Sainl-C>r, près de Versailles .lOb'G;. Le nombre des pensionnaires lui poi II aticux cent cinquante. Madame de Maintenon, quiavail, au plus i)aul deyrc, le goût et la faculté de l'enseig^nement , de la direction , de la discipline, et que son zèle à ^ Hinniscer dans les affaires des couvents faisait accuser de vouloir s'ériger en jnire Je i' Église, devint du moins, on fait, la véritable supérieure de Saint- Cyr, fil de cette maison ses plus chères délices et y consacra tous les moments qu'elle put dérober au roi A Vexemple des collèges des jésuites, elle introduisit les exercices scônfques dans le plan d*éducation de ses jeunes filles et s'avisa un Jour de leur faire Jouer Andromaque , tandis que Vauteur d*Andromaque reniait son œuvre comme un pédié mortel. Le contraste était piquant, mais le choix assez étrange : madame de Maintenon trouva que les jeunes pensionnaires avaient trop bien Joué ce drame passionné
1. V. 17/û/oir« dt la Maùon dt Saint-Cyr, de M. Th. Lavallée. — Nous avons parl<^ .lillouri (le riiuperfectioti des diverses éditions dos Letiru de Madame de Mainlcnou » j>l. LavaUé« m duuiie reevtiiiucQt, en deux voiuines auâsi correcU et aussi rcslitiiét que poMibte, les LtUm /bbtonfiiM tt idifUmiu d« ectte ftmiM célébra : lift publié éiçalement les ConstiU auj Jetuo>»eUes et \ei tint retient sur l'éducation des filles , te qui funne un ensemble qw'oa pourrait intituler i Otwru d« madame de MaiiiMion. XIV. lu
S4S I.pUl$ XiV. : (1<9»)
et, cherchant un moyen d'accommoder se$ scnipiiles taidife avec les divertissements auxquels elle ne vjoulait pas renoncer, elle invita Racine à donner une forme dramatique à un sujet purement' religieux, qui ne paraîtrait pas sur un autre théâtre que la pieuse
maison de SainMlyr,
De cet incident naiiiiirenl deux créations impérissables. Kacmtj put concilier son ^a'-nie et sa foi.
Au coinnienceinent de Kii^'J, avec Estlier apparut dans Saint-Cyr une forme de tragédie à la fois nouvelle pour le xvii« siècle et inspirée de l'antiquité. Racine, tout en quittant les sujets grecs pour les sujets de la Bible, s'était rapproché des formes et de Te»* prit du théâtre d*Atbènes inHuiment plus qu'il ne ravail encore fait. Les chœurs, cette grande voix du peuple et de rhumanilé, qui domine les passions individuelles dîans la tragédie astique, reparaissent dans Sither, moins prépondérants, mais plus essentiellement li^ à l'action, et avec eux, la poé^e lyrique et ses trésors oubliés <; la simplicité de Faction, la brièveté des proportions offrent un rapport de plus avec les anciens; la dévotion a dicté à Racine une sévérité que l'art avait naguère réclamée de lui eii vain; le goût romanesque, les amours obligées, fléau de notre théâtre, ont disparu radicalement; l'art dramatique est [)unfié. La voici, la vraie tragédie lyrique dont Quinauit n'avaU montré que l'ombre! Ce n'est pas l'emportement sublime, le vol foudroyant de la poésie biblique; ?nais c'en est la simplicité profonde et la religieuse émotion; c'est la beauté la plus touchante et la plus harmonieuse; c'est de l'hellénisme chrétien.
Le roi, puis les princes, puis toute la cour, à tour de rôle, vinrent admirer Esther : voir Esther, n'était pas une moindre faveur que d*étre admis à Marli le roi en personne présidait à Tadmis-
1 . T,«»« stances du CiJ et de Polyeuclf, ?'ïf»n «tipéricurcs, il faut !e dir*', aux chœurs d'Eiiher, attcsteut le désir qu'eut Coroeille de trouver place à l'élément lyrique dans la traicédi*.
2. Il fallait une invitation spéciale p«iur suivre le rcû dans Mt retraites à Marli, où l'étiquette de Versailles (Muit t'oi t l elâcliée et où régnait une sorte d'intimité et de liberté reUtivea. — Aux repré»etiUiiuii& d'£«lA«r, le roi faisait nue liste comme pour les voyages de Marli. Il entrait le premier et se plaçait à la port», tenant la feuille d'une main, et, de Tautre, levant sa canne, comme pour donner une barrière. H y rcst;iit juh.jvi'h qtie tous ceux qui étaient inscrU- fu-spiit piitrt s. — I.a troisième rvprédC. tutiun fut destinée au P. iuiuhiuseï û un certain nombre de prélats
(1689-1691] ESTIIER. ATHALIE. U3
sion des élus. Le prodigieux succès d'Esther à la cour fut contesté à la ville, quand la pièce [);irut iiiiiu imée : la ville s'était vue avec jalousie exclue de ce rare spectacle, et l'esprit d'opposition s'éveillait d'ailleurs. C'est à cet esprit qu'il faut attribuer ces allusions À ' LouTois, à la Révocation , etc., qui n'étaient point dans la pensée de Racine.
Le drame, dans Bsther, avait peut-être perdu quelque chose de ce qu'avaient gagné la poésie et le lyrisme, quoiqu'on ait fort exagéré un prétendu manque d'intérêt dans ce 1)^*1 ouvrage. Racine préparait un autre poérae qui ne devait pas encourir la même imputation, un second drame religieux, bien phis vaste, plus savamment ordonné, plus puissamment inspiré. £n 1691 , Àthalie suœède à Esiher, Voltaire l'a proclamée le cbef-d'oeum de l'art : la postérité la plus reculée ne démentira pas Voltaire. Il n'y a jamais eu de composition scénique aussi accomplie dans toutes ses parties ; jamais les conditions du drame régulier, la plus difficile et la plus savante des formes de l'art , n'ont été si parfaitement remplies. Cette constante candeur de situations, d'idées et d'images, qui transporte et maintient le spectateur dans une région si élevée pendant toute la durée de la pièce, ce sublime sonteoQ, est digne d'être comparé avec le sublime de trait qui éclate chec Corneille : on ne peut rencontrer dans les annales de l'art un plus beau sujet d'étude que de metlre Athalie eu face de
Aihalie, pourtant , ne fut pas si heureuse qu'Esthrr. I/éclatanl succès ù'Esthet avait été plus glorieux pour l'art dramatique que profiiable à la discipline de Saint-Cyr : les rigoristes, et, à leur tête, le confesseur de madame de Maintenon, l'évéque de Chartres, Godet-Desmarais, s'étaient récriés, non sans quelque apparence de raison, contre l'inconvenance de donner ainsi les vierges de Saint -Cyr en spectacle ii toute la cour. Madame de Maintenon n'osa passer outre. Aihalie ne fut jouée que deux fois, sans costumes et sans décorations, devant le roi et quelques personnes choisies. Racine comptait du moins sur l'impression; mais Athalie
1 1 <ie jésuites, et à la famcus^c madame de Miranvîon îivec ses religicusea. • Atijour- «i huij n disait aiadame de Maiiiltnion, « ou ne jouera ^uc pour les saiuU. » Œ!uirei de J. B^ae, avee eonuMDt^ftpir Geoffrui, t. V, prtfoc* du ootnmentateur, p. 8.
«44 LOUIS XIV. (ini.l7l1]
ne rencontra que des prérentions dé^vorables ; on la lut peu ;
cet ouvrage, qui devait ùire une dos gloires de l'esprit humain , tomba sans bniit à la cour conuiie a la vill»^; il no commença de se relever dans l'opinion ([U après la mor\, de l'auteur, qui descenlit au luniijeau en doutant de son œuvre. LVnticre réhahilitation ne devait venir (ju'apnH trente années, avec une génération toute diUérenle, qui, bien que fort étrangère à la piété exaltée de Racine, jugea impartialement, au point de vue littéraire, Athalie enfin transportée sur le Théâtre- Français.
Un tel accueil fait & un teï ouvrage annonçait assez que le xvii* siècle expirait et qu'il se préparait d'étrange^ nouveautés. C'était la tragédie biblique, la pièce dévote et protégée par madame de Maintenon, que repoussaient rindifiérence des uns, rhostilité des autres. La dévotion régnait dans les faits; elle ne régnait déjà plus dans l'opinion.
Il ne s'était guère écoulé plus d'un demi -siècle cnli'e le Cid et Atlialie : l'ère de la trauédii hai^aise est enfennée entre deux termes. Athalie fut comme un immense jet de Hamme qui éelaire tout le ciel, et après lequel tout retombe dans mu' nuit traversée çà et là de quchpies douteuses lueurs. Raeinr ur In-sa pas même, comme Moliêie, un Kegnard après lui : des médiocrités dont le nom ne mérite pas les honneurs de l'histoire occupaient la scène tragique ; au bout d'une quinzaine d'années, il parut un dramaturge à l'imagination forte et sombre, Grébillon; mais on ne peut* guère dire que ce fût un écrivain ni un poète *. -
Ce ne fut pas seulement la tragédie, mais la haute poésie, qui finit avec Racine. Racine mourut en 1699; La Fontaine l'avait précédé au tombeau (1695); Boileau survécut plusieurs années à ses amis (jusqu'en 1711), mais il se survivait à lul*mème : il avait donné presque tous les heureux fruits de sa veine avant 1677, l'année de Phèdre. De 4692 à 1693, avaient disparu mesdames (le La Sablière et de La Fayette, Pellisson et Bussi-Rabutin , ces deux derniers mentioimés ici comme deux des lioumie» (jui ont le mieux manié la prose française; La. Bruyère et madame de
1. ÀMê «f n^ifwli est de 110T. — Rhaian^ a Zénobtti la plus fortemeat conçue
'les pièces de Créliilloti, est 1711, — l'n nutrc ouvruije de uiérilf, le }fanlius de La Fusse, est un peu antérieur i mais ce mériie u'eat pas non plu:» celui de lu poi^ie.
lim-1709J J.-B. KOliâSËAU. LES AGE. 245
Sévigné moururent en 1696 : cette génération à jamais illustre s*éteignaît lumière par lumière.
Un habile versilicaleiir, qui avait rctciiu le vôteiiienl, mais non l'âme de la j h sie, remontée au ciel comme Élie sur le char de
feu, et un excellent prosateur, qui fit descendre le roman d'un monde imaginaire dans le monde réel et qui porta également sur la scènei^oii vlgouren sentiment de la réalité, marquent la dernière période des lettres sous Louis XIAT; ce sont Jean-Baptiste Rousseau et Lesage. Jean-Baptiste aTait reçu tous 1^ dons extérieurs du po<*te, la pureté du langage , le nombre , le rhythme savant et hai niunieux; il ne lui manque que ce qui ne saurait se définir ni se ren)placer, la vie, l'enllicjusiasme vrai; quand il paraphrase les psaumes, la pensée hibiiquc remplit le large moule de ses Tcrs et peut laice illusion , quoiqu'on ne sente point là le souffle qui respire dans les chœurs d'Esther et d'Alhalie; mais, s'il T«it chanter ses propres pensées dans des odes originales , il ne sait plus évoquer d'autres muses que des allégories glacées, que des abstractions de rhéteur, à la voix sonore et creuse; il chante à vide. Quoi(]u'en aient dit ceux qui l'ont surnommé le Grand Roussenu, la grande poésie classique était bien morte.
Lesage, au contraire^ atteignit complètement son but littéraire: apvès avoir débuté par un roman de mœurs qui signalait un rare esprit d'observation % 0 s'iUUstre par une comédie de caractère qui est à la fois un très-bon ouvrage et un acte de courage et de désintéresseiiient. Tumaret (1709) est supérieur aux œuvres de Regnard et par le caractère et \m' le but : ce n'est plus ici l'art pour l'art; Lesage, dédaigneux de ses intérêts privés, avait vaillamment attaqué les traitants échappés des mains de Colbert et redevenus plus puissants que jamais. Il a eu en récompense l'bonneor si rare de créer un type. Lesage ne put, malheureusement, persévérer dans cette voie quasi aristopbanesque : une nouvelle pièce qui touchait plus directement encore aux circonstances, la Tontine, ne ftit pas jouée; on ne tolér pas, d'un esprit qui allait au fond des choses, ce qu'on a\ait permis à Dancourt, qui ne songeait qu'à égayer le parterre aux dépens des incidents du jour.