‹ Historie De FranceChapitre 73 sur 168 · SnmOtn» tmr lapbtr^Mé det momlr · texte numérisé non relu

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fis LOUIS xtv. tim-t6Mi

ne connaissait sans doute le passage inédit de Pascal sur le progrès des sciences, où Pascal compare le genre humain à « im même homme qui subsiste fonjours et qui apprond < oiilinucllenient. » Cette idée leur revint sous une forme \i\u> romï<lexe et avec un caractère plus général. Ils posèrent d'al)ord en prinei|)e que la nature était toujours identique à e!le-inémc dans ses prodiirtions; qu'elle enfantait nécessairement autant de génies supérieurs aujourd'hui qu'autrefois; que les modernes, ayant de plus que les anciens le progrès des sciences el des arts, c qui sont un amas de règles et de préceptes toujours croissants», doivent être supérieurs , à égalité de génie. Le progrès, suivant eux , est continu, sauf les interruptions violentes des grandes guerres, des invasions barbares. Quand éclatent ces catastrophes, les sciences et les arts sont comme « ces fleuves qui viennent à rencontrer un gouffre où ils s'abîment tout à coup, mais qui , après avoir coulé sous terre... trouvent enfin une ouverture par où on les voit res^ sortir avec la même abondance qu'ils y étalent entrés*. > Le goure humain est pareil à un homme qui a passé par l'enfance et par la jeunesse, qui est parvenu à la virilité, mais qui u am a pas de vieillesse ni de déclin. Nos pères étaient les cnlants; c'est ikmis qui sommes les anciens*. L'imagination a dominé d'abord seule, puis le dévelopjH'ment de l'iiomme s'est complété; mais l'homme n'a rien perdu de ce qu'il a jamais j)0ssédé : il fait auinnrd'hni ce qu'il n'eiM pu faire autrefois j mais, ce qu'il a fait autrefois, ii |)cut toujours le refaire.

Certes, il est impossible de n'être pas snisi par la grandeur de - cette théorie , incontestable en ce qui regarde la marche des connaissances humaines, applicable au développement des sociétés comme au développement des sciences et au développement de la nature elle-même dans ses âges successifs comme «u développement des sociétés. C'était le dogme nouveau des temps modernes qui commençait de se révéler. Perrault et Fontcnelle. étaient loin d'avoir mesuré toute la portée de leur idée. Par mal-

• 1. Ch. Perrault, i'araiièU dt» ant Un*, etc., t.

2. Œwrti de Fontcnelle, t. IV, p. 191. — Cette pensée avait d<^Â été exprimée tmr Bacon. Dana la pmnièra vûxàVA du xrn* alAda, qaalqvaa éerifiUaa Italiena «t

anplaN .ivaieut déjà contesté la suprématie littéraire 'le-; uik îens, mais sans bff^ticoiip d'éclat ni de soccét. V. Hallam, Hist, d$ la LéUéruturt ds r£ur«>j4, t. IV, c. 1X| $ i.

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heur, ils avaient abordé cette grande théorie du progrès continu précisément jiar le côté le plus contestable : ils avaient jugé les

arts en savants et non en artistes; s*exagérantla valeur des règles et des pr^'-ceptes dans les choses d'imagination et apprériant fort bien l'avantage plus réel qm k développement des setiliiuents et des relations donne aux écrivains modernes, ils n'avaient pas compris, Perrault surtout y quelle immense compensation avaient trouvée les anciens dans l'élan de la poésie naissante, dans cette frateheur matinale de Fanrore des littératures, où tous les sentiments,toutes les idées essentielles et éternelles, ont été pour la première fois exprimés par la voix du poCle, où tout oc qui est devenu lieux communs était révélation et création. Nous ignorons ce que l'avenir réserve au genre humain, mais, si haut que se soient élevés les modernes, il est sûr que Fexpérience ne permet pas jusqu'à présent de prononcer contre les anciens dans la poésie et les beaux-arts.

Nous n'exposarons pas ici les phases de la querelle littéraire

Fontenellip, à défaut d'un goût pur, avait trop de ijncsse pour no pas garder qu('l(|ue mesure dans ses attaques; Perrault, plus hardi et moins habile, se montra tout a fait dépourvu de jugement littéraire et de sentiment de l'art, blaspliéma tous les grands noms de riieilénie, Platon aussi bien qu'Homère^ et que Pindaie, et opposa aux andans, non pas seuletnent' Corneille et Molière, mais encore, mais surtout Chapelain, Scudéri et Quinault, « le plus grand poète lyrique et dramatique qu'ait eu la France. » Bref, il souleva contre lui et son allié une < ilii»yjihle tempête. Chose piquante et pourtant naturelle, ce furent, i^rmi les auteurs vivants lat seuls dignes de rivaliser avec les ancien^ qui prirent parti pour les anciens. Racine, La Fontaine, La Bruyère, puis Boiieau, qui finft par soutenir tout le poids de la. guerre. Si les assaillants

1. V. rintêres&ant gurrage publié récemment par M. Rijj;aut ; Q^rtlie du anciens et de» vMdtnus. ^ s. 11 eut le premier qol lit ezprinié des doute» »nr l*exleteiic« mène d'Homère et

qni ait avancé que l'Iliade et VOdjssée pourraient n'ôtre •< qu*ane collection de jilufienrs jK'tits poëmes de divers auteurs. >- t 'i't iit dit-il, l'opinion d'excellents critiques : Tabbé d'Aubignac avait lÀ-dessus des ineinuirei» tout {iréta. — Parallèle, etc., t. UJ, p. 32. Voaa n'a fait que reprendre et commenter cette idée. C'était le coip« oNocement de cette redoutable oritl^ moderne qui t'attaqv^t en même tempe, HOU le vemna tout à rheiue, 4 dce ol^eta p! je périttenz encore.

n'entendent absuluinent rion à la poésie primitive, ce n'est pas (jue les déreiiseurs la cotnprennnit fort clairement cux-mômes. Boileau sent très-bien la beauté de la langue et des images diez Homère ; niais , quant aux sentiments et à 4'état social des temps homériques , il ne s'en rend guère plus compte que Perrault luimême. Seulement, là où celui-ci accQse Homère de grossièreté et de trivialité, Boileau s'efforce de prouver que les termes dont Homère s*est servi étaient fèrt nchles en gne quoique ignoUiïS en français, et il ne soupçonne pas que ces distinctions amenées par le rafGnemcnt des langues et des sociétés aient pu être ignorées dans la simplicité des dges héroïques*. Le xvii* siècle , trop original pour hien apprécier l'originalité d*«utrui, n'avait en rien cette compréhension du passé que nous possédons aujourd'hui : c'est le dédonunagement des générations qui ne créent plus.

Les grands portes de Louis XIV avaient eu raison de défendre les anciens; car les hostilités ne Uirdércnt pas à tourner contre la poésie elle-même. On avait d'abonl prétendu surpasser les anciens dans la poésie; on en vint, par un nouvel excès de l'esprit scientifique, à nier la poésie dans sa forme nécessaire. Déjà Fontenelle ne voyait dans les règles des vers que des dii'ticullés arbitraires; bientôt après, un nouveau champion, La Mofte-Hbudart, esprit distingué, penseur ingénieux, mais qui, très-bon prosateur, avait eu le tort de se faire poète m^dèpU dApoUon, attaqua systématiquement la versification comme une vaine entrave 'et im onement parasite de la pensée. Les novateurs eurent à cet égard un auxiliaire hien autrement redoutable que La Motte, un homme de génie qui prêcha d'exemple en faisant un poème en prose. Fauteur de TéUinaqae.

Quelles qu'aient été les hérésies littéraires de Perrault et de ses amis, il ne faut j)as méconnaître T importance de leur rôle dans l'histoire de la pensée française. Perrault, moins b|;illant (]ue Fontenelle, a obtenu moins de justice; pourtant, l'homme qta awiit entrepris, dans son Pamiicle, d'examine r « toutes les si icnces et tous les arts, afin de voir à quel degré de perlcclion lis étaient (larvenus dans l'antiquité, et ce que rcxpèrience du genre humain

1. V. le» Œttwn de BoilMV, éôA. Lefèrra{ 1834} t. lU, p. 195, 2û2, S73.

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y a depuis ajouté », cet bomme, quoiqu'il n*ait pu remplirce programme immense, ii*était point assurément un esprit vulgaire. Si son nom se rattache à la décadence de la poteie, il se rattache,

par compensation, au progrès de la philosophie, et Ton doit lui savoir gré d'avoir été en France un des apôtres du dogme de la jwrfectibililé, au nioniont ai«}uic où Lcifmiz, en Alleniagné, raine- ^ oaut dans la philosophie le principe de la succession et du développementy c'est-à-dire de la vie elle-même» à cété de ïalmlu de Descartes, donnait de ce même dogme de si magnifiques formules S non point en reniant les anciens, mais au contraire en les reliant aux modernes dans la chaîne continue de la pensée humaine*.

La querelle littéraire n'était i>as le sig-nal le plus mennrant de la révolution qui coinnicnçait à s'optier dans les esjjrits. Le petit groupe. des esprits forts, dont nous avons signalé les origines', longtemps abrité dans Tombra et le silence contre les splendeurs intolérantes du Grand Siècle, se ravivait, oqrtait de sa retraite, envahissait rapidement autour de lui. Le Temple était le quartier général; messieurs de Vendôme étaient les chefs et les hôtes * de cette société où régnaient les lettres et les plaisii's, la licence s|)irituelle et rincrédulîté. Le jeune duc de Chartres, nt seu du roi, destiné ^tenir une trop grande place dans l'histoire! le prince de Qi»uii, si populaii*e par son esprit et sa bravoure, s'y rattachaient, sinon de leurs personnes, au moins par leurs sentiments. Ghau-. lieu, La Fare, Saint- Aulaire , Vergier, madame Deshoulières, charmaient les soupers du Temple par le feu de leur esprit et par des vers piquants et faciles, où la poésie légère prenait déjà parfois ce toui et cette forme que Voltaire devait porter à la perfection. La Fontaine s'y plaisait fort. Fonteiidle, assez éloigné alors de hi circonspection un peu égoïste qui fut le cachet de sa longue

1. *• Lé «onltiitonMnt darabto eooslite dana on adieinineiiMtti oontinnel à une filqs grande perfection. — ViJetur hymo ad ptrfêetionÊm wntrt pout* — Le présent,

eiiçendré du passé, est srros do r avenir. »

2. Y. sa leUro : Dt AristoUlt recentimbu$ reconcUiabilt, à la suite de son cditiou de NiiolilM.

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