J DOM AT. LOIS CIVILES
de deux espèces : 1« ceux qui se forment par suite de l'union de l'homme et de la femme, c'est-^-dire la famille; 2* les engagements et commerces de toutes sortes, en tète desquels, à rexemp!e des sages de la Grèce , il place Tamitiè, le premier des engagements libres* Tous les troubles de la société proviennent de la désobéissance à la première loi, à l'amour de l'homme pour Dieu, qui a entraîné la violation de la seconde, ramoiir de l'homnio pour l'hoinme. L'amour-propre s'est substitué à l'auidiir nniUu i; mais l-)ieLi a pci iiiis que ce principe de division devint un lien par l'inlérél personnel même et qu'il réparât ainsi, du moins ini point fîe \iie de la société, une partie des maux qu'il avait causés. L'amour-propre, d'ailleurs, n'a pu étouHer les lumières de l'équité naturelle.
Doniat distingue ensuite les lois immuables ou naturelles et les lois arbitraires» c'est<èrdire celles où le législateur a dd s'arrêter À des bases apiuroximaUfes et sans certitude (par exemple, l'Age de nujorité). Les lois arbitraires que nous observons, dit-il, sont comprises dans quatre sortes de livres, le droit romain, le droit canonique, les ordonnances et les coutumes; quant aux lois immuables et naturelles, leurs règles n*ont été recueillies que dans le droit romain. Puis il donne, sur les grandes divisions du droit, le droit des gens uu inl* ; n itioiial, le droit publie, le droit privé ou civil, des dfetînitions plus claires et plus logiijues que n'avaient fait les anciens. Il conclut par la nécessité de rétablir dans l'étude du droit romain un ordre naturel, c'est-à-dire déduit logiquement des premiers principes, il rapporte toutes les matières du droit civil à deux espèces : les engagements, qui conservent l'ordre ôcla société dans tous les lieux, et les successions, qui le conservent dans tous les temps.
Le traité théorique des LaUs dont nous venons d'indiquer ivs principes, servit de préfiMse à l'oeuvre capitale de Domat, les Lois civiles dans Uur ordre tutfurel. Les Lois CitHies parurent en 1694 sous les auspices du roi, qui, sur la recommandation de d'Aguesseau père et d*autres hommes considérables, avait appelé à Paris et pensionné l'auteur pour lui donner les moyens d'exécuter son projet. Pendant onze ans de séjour à Paris, Domat n'avait pas pt rdu un jour, malgré les douieurâ de l'asthme et de la pierre. Quand XIV. 47
on le pressait de prendre quelque repos : « TraTaUlons, disait-il : nous nous reposerons dans le paradis jb. C'est une Tariante du mot fameux de son ami Arnaud. Presque septuagénaire en 1694, il survécut peu à l'éclatante apparition de son œuvre, qui fit dire à Boileau que la raison venait enfln de rentrer dans la jurisprudence. Le Droit Publie, publié en 1697 après la mort de Domat , ajoute peu, devant la postérili , a la gloire de rauteur des Luis Civiles; sauf ces axiomes généraux de morale qui se retrouvent là comme partout, comme daus la Polilique de l'Écriiure sainte eilomôme, 0uui.it ne fait guère, daus son Droit Public, que systématiser les faits de la société politique contemporaine. 11 confond, comme Bodin, comme Grotius, comme Bossuet, le droit et le lait, la souveraineté et l'exercice du pouvoir, la permission divine et rinstitution divine ; il nie à la fois le droit individuel et le droit collectif des peuples à transformer leurs institutions. En un mot» la notion du progrès manque à ce noble esprit» qui a si bien conçu la distinction de Tidéal et du réel, du parfait et de l'imparfiiit, mais qui ne voit pas comment Tidéal et le réel peuvent se rejoindre, ou plutôt qui y renonce, ainsi que Pascal, pour ce monde déchu. On peut aussi lui reprodier une lacune importante dans la définition des liens sociaux; il ne définit pas le lien de la patrie, à la place oiî il doit être, entre le lien de 1 humanité et le lien de la iaiinile.
Malgi'é CCS réserves, Domat restera, depuis Cujas, le plus grand nom de la jurisprudence française. Cujas avait débrouillé et connue recréé la matière du droit : Domat y donna l'âme. Un mot singulier et touchant atteste à la fois son humilité et le sentiment qu'il avait de son (Bu\tc. « Je suis surpris, disait -il, que c Dieu se soit servi d'un petit homme, d'un homme de néant » « comme moi, pour Caire un si bel ouvrage 1 » Cet ouvrage devait être la base et des judicieux travaux de la jurisprudence pratique au xvui* siècle et de la grande codification du xix*
1. V. rédition in-folio de 1735 et, sur la rie et les t'avoiix fie Domat, !cs î>-<"i»mtnU inidiu mut Domat, publics (lar M. Coxuiu ; liiiJ. Un cite de Domat quelque» peinéM ei nNudmcs doot U seatinent ei rea^râilon mèiM nppdhmt taofc à hit Pascal :
" N'y a-t-il pns q\ie1qiic coni'>.i<rriic oii l'on exnmine sur le bon sens comme sur la loi'/ — Le supotHu Uea riclies devrait servir pgur le D(k;eMaire det pauvres ; tuait»,
Hm] ACADÉMIE DBS SGIENGESL f:j9
Doraat, protégé par le roi, quoique janséniste, est, au moins i^ar la date de sa renommée, non- seulement la dermerc gloire de Port-Royal, mais le dernier des grands penseurs qui représenimi le génie propre du siècle de Louis XIV. Les esprits eiiiiaeriis qu'on verra désormais apparaître api>artieiidront plus ou moins complétcmt lit à un autre ordre d'idées.
Tandis qu'en France le génie du xvu* siècle tarit, les nations étrangères commencent à nous disputer la suprématie, Don point dans les belles -lettres, dans les arts ni dans la culture sociale, chose que l'Europe , qui nous copie senrilement, semble juger impossible, mais bien dans la philosophie et dans les sciences.
les grands inventeurs scientifiques appartiennent non plus à la France, mais & rMlemagne et à TAngleterre.
I<a France ne néglige pourtant rien pour mamtenir sa position et continuer ses conquêtes scientifiques. En 1699, l'Académie des sciences est fortement réorganisée par on règlement qu'approuve le roi et prend place parmi les corps officiels. Son nouveau règlement lui fait uDc loi de cette activité fLConde qui ne doit plus s'intcrroini)rc et l'éi ige en tribunal ciiarj^ré de juger les applications de la science à 1 industrie et de les rf i nm mander à la sanction de l'État. Les expériences, les l ecliertlics lailes aux frais du roî par les académiciens , araicnî été im bienfait : le bienfait devient un droit. L*Académie se divise dorénavant, non plus en cinq , mais en six sections, la section de mathématiques se subdivisant en géométrie ou mathématiques pures, et mécanique ou mathématiques appliquées. U est à regretter que h métaphysique n*ait pas trouvé place à côté des sciences eiactes et naturelles : c'est là le point de départ d*tme séparation entre la science générale et les
* tout au cuutiuire, le ncct»aait^ de* pauvres sert pour le superflu de» richeâ. — N'auni-Je Jannlt la oinBoiatloa éè rolr un pape ctarèlfan dan» la «bail* dtt ailnt Plem?*
Les dévotions extérieures, les scapulaires, etc., sont pour lui, dnn-i la Nouvelle Loi, ce qu'étaient, datis l'Ancieiuie, les trafîilions suiierîtivieuscâ des Pharisiens. " Nous n'agissons point, dit-il, par ruisun, meuê par iuuôur. Ceci semble dérobé au DUcouri tur k» pattkm di Famoinr.
Il lie f;iut jias oublier un des mérites dû Domat, qui est d'avoir mis le promier les lois romaines cm lririj.nu' fraiiij;ii-.c, parce que cette iang^uc, dit-il, « est aujourd hui dans une peri'euUuu qui égulu et surpasse même en beaucoup de choses les langues aneieumaa; qne, par oMte raiaoo, elle «tt devemift wmmam à toat«t les nations, et quelle a .•iin^,'uru''rfmcijt la ilarté, la justesse, l'exactitude et la dijçnité, qui eoDt les «aractéroa esMatieUi ai» expreMioiu des lois. « Préface des L<ri$ Cwilt4,
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sciences particulières, d'une fiagmeniation de la connaissance liuiiiaine, qui doit dans la suite des temps menacer d'abaisser l'esprit iitiiiiaiii. La dériance (|ue Descartes inspire au Grand liui y contribue sans iloiito
A l'époque de sa réo^^^•^^isat^OD , VAcadémic avait déjà, depuis deux ans, élu Fonteneilc pour son seifL-laire perpétuel; l'Académie n'eût pu mieux choisir pour sa propre gloire , pour la gloire de l'élu et pour l'inlérôl de la science. Fontcnelle est le mlgarisateur par excellence. Il met au service de la science im talent littéraire doué de toutes les qualités appropriées à cette fm » privé de toutes les (jualités qui eussent pu y nuire. Le dé&ot d'imagination et de passion» qui lieut de lui un médiocre poète, devient presque une Tertu pour Técrivain scientifique* Pendant cinquante ans, U est rtnterprète fidèle de l'Académie auprès du public européen. L'Histoire annuelle de l'Académie et les Ëloges des académiciens» qui forment le résumé de ta marche des sciences 4iurant un demisiècle, sont le vi-ai et impérissable honneur de cet esprit peu métaphysicioFi , mais éniinrnunr'nt scicnlili(iue, et par là vérilahle iniliateui du xvui* siècle. La préface des Èlo-j<'s est un petit cln td'tcuvre d'esprit et de bon sens ; i'iuiilé de la s< i^Mice, coinnie l'unité de la nature, objet de la science, y esl adnnraldcnieut comprise, et Fontenelle mérite bien ici le nom de philosophe.
Les mathématiques continuent d'être cultivées aiec éclat eu France ; mais ce n'est point toutefois parmi nous que se formule la grande découTerte qui ouvre un monde nouveau aux sciences exactes. Newton en Angleterre» Leibniz en Allemagne, ont formulé» chacun de leur côté » lè premier, sous le nom de calcul des ftuasiont, le second , sous le nom de cakal diffirmUkl et avec des formes à la fois plus générales et plus commodes à l'usage que celles de Newton, une nouvelle géométrie qui a pour objet, non plus les quantités connues et mesurables, mais les quantités inappréciables par leur petitesse infinie *. C'est eu quelque sorte l'inverse de cette astionumie iiouvelle qui voit les abîmes du ciel
L L'Académie des Inscriptions fut réglementée à son tour en juillet 170L V. 1m <k>ux rèt;Iemei)t8 dans les Aucitnnei Lois françatsey. t. XX, p. 326, 38t>.
2. Leibniz publia les règles, nuuà nuu les deuionsiniUuus du calcul différentiel, cii 16M. Neurkoo panil avoir éU ppwnMW éê mo Cainil te /iHstoM ièê IS66} ia»h U n'en «v«tl rien pobUé.
(I691-m«1 FONTENELL& DELISLE. TOURNEFORT. S6I
l'cliapiKT à SCS calculs i)ar la gramleiir incommensurable des quantités. Notre Format* avait posé le principe dont Leibniz et Newton tirent les consi-qnences ; un autre ^('•omèfre français, le marquis de L'Ilnpital, ainéliore et surtout répand la nouvelle méthode; il publie, en 1697, V Analyse des Infiniment Petits, et dévoile par là les Tr^yst^res de l'infini géométrique ef f]o Viv'lni de l'infini^ < en uh root» de tous ces différents ordres d'infinis qui s'élèvent les ans an-dessus des autres et forment Tédiftce le plus étonnant et le plus hardi ^e Tesprit humain ait jamais osé imaginer ». »
Dans les mathématiques appliquées et les sciences naturelles , les savants français soutiennent la gloire nationale : Lahire se montre le digne émule de Gassini; Sauveur perfectionne Tacons* tique ; le mécanicien Varignon découvre les causes de Téquilibre *.
Jusqu'alors, la géo^rraphie n'avait été qu'une science empirique, marcliaiil à tâtons sur les rapports des voyageurs : Delisle en fait une science exacte, en substituant la précision mathcuiaiicpie aux approximati iis conjecturales, gi'âee h la détermination des longitudes, due au\ observations de Cassiui sur les satellites de Jupiter (1699;. Ou peut juger par un seul fait de l'importance de cette révolution : avant Delisle, les géographes donnaient à la Méditerranée trois cents lieues de trop, du couchant au levant! La botanique devient, comme la géographie, une science française, par les heaux travaux de Touraefort. Quelques botanistes anglais et allemands avaient'essayé des systèmes de classification incomplets : Toumefort arrive te premier, en prenant la fleur pour base fondaraenttle, la flenr et le fruit réunis ponr base secondaire, à ooe classification vraiment générale (1694), que ses voyages dans le Levant, entrepris au fi^is du i\>i, enrichissent de milliers de plantes non décrites (1700 .
La renommée de ces modestes cl utiles labeurs, rpii transforment diverses branches de la science, est cunmie élouUée dans