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suet, si l'on ne contestait absolument Pcx istence de toute autorité infailllhle (-t si l'on ne proclamait, coniinu l'avaient fait depuis longtemps une partie des arminiens anglais , l'indépendance de la conscience individuelle. Sur un autre point capital , Jurieu fut encore le seul qui tint tôle à Bossuet. L'Histoire (h's Variations ye(>rochait aux églises réformées d'avoir autorisé la révolte pour la défense de leur religion, contrairement au irécepte (jj^'obéis^ sance aux puissances. Basnage louvoya^ Jurieu soutint nettement le droit de résistance à la tyrannie et proclama en termes exprès la souveraineté du peuple, ceci avant la publication du livre de Locke. Ce fut donc un écrivain français qui ramena le premier sur notre horizon ce principe délaissé en Prance depuis la fin du seizième siècle ( 1689). Bossuet dans sa réplique, nie toute souveraineté virtik'lh' vl aiilcricuro à la coublitutioii de la puissance pulilique, et cunlond entièrement la sou^raineté et le gouvcrneuicut
Quel que fût l'éclat de sa controverse , Bossuet ne pouvait se flatter de convenir cfs n fî/f//Vv qui avaient sacrifié biens, famille et patrie pour n slcr (ulrles à leur croyance ; mais il put quelque tenq)s espérer d'un autre côté un grand triomphe. Tandis que la Kcforme anglaise, hollandaise et française inclinait en majorité au rationalisme arminien , sinon au socinianisme , le protestantisme allemand primitif, la vieille église de Luther, glissait sur la pente opposée, yers Téglise catholique. Les traités qui consacraient la paix de religion dans l'Empire avaient toujours, comme chez nous Tédit de Nantes, réservé l'espérance du rétablissement de l'unité, et les diètes germaniques avaient parfois agité les * moyens de réaliser cette espéi'ance. Sur la fin du xvit* siècle, des négociations sérieuses eurent lieu entre catholiques et luthériens: les préjugés étaient bien diminués ; les équivoques dissipées ; YExposiiivn de la Doctrine de l'Église, de Bossuet, avait fait grand eiïet. L'empennir Léopold, en 1691 , investit l'évéquc de Nciistailt d'un plein [louvoir « pour traitiTavec tous les états, communaiili's ou liiènic particuliers de la religion protestante, et travailler à leur réunion en matière de fui >. La branche électorale de Sase,
I. V. Arerti.'seiuettU aux protutauU. — Les Avrrti^mnil» aux pnManlê «OUt les ré|iliques d« boMuet aux eriU%a«a de Jurieu contre mu livre.
(I«9M69S] BOSSUET ET LEIfiNIZ. SUl
et la maison de Bruiiswic'k, que la juoiiiesse d'un nouvel élec toi .it reliait à l'empereur, parurent entrer dans ses vues. Le directeur des églises consistoriales <ie Ilaaov^'e, Molaaus, docteur renom nié éenks luthériens, «igâgea une correspondance avec l'évéque de Keustadt,qui recourut bientôt au grand prélat que les catholiques (TAllemagne , aussi bien que 'de France , regardaient comme la colonne de l*orthodoxie. Louis XIV promît de favoriser la pieuse entreprise. Bossuet et Molaims anivèreul à s'entendre sur la justification et l'eucharistie, et même sur la primauté papale, Cos-, suet admettant l'usage de la longue vulgaire dans une partie de Tofiice divin, la communion sous les deux espèces, pourvu qu*on D*en fit pas un point de foi et c le retranchement de tout ce qui sent la superstition et le gain sordide dans le culte des saints et des images ».
Sur ces entrefaites, intervint dans la négociation un pcrMum ïge plus fait que Blolanus pour Irailer d'égal à égal avec Busbuet. Ce fut Leibniz, toujours Leibniz ; on le retrouve partout où s'agite uoe idée capable d'influer sur le monde intelligible ou sur le monde réel. C'est encore son génie lyncrétiste qui l'engage dans • cette importante aCfâire. Il veut concilier Rome etÂugsbourg» comme Aristote et Descartes. Son penchant pour l'unité le rapproche de Bossuet; il aime l'ordre et l'hannonip ; il admire l'esprit urganisateur et les puissantes inslilulions de l'église romaine; mais c'est là une sympathie politique, au fond, plus que religieuse, et qui s'applique à la convenance des choses plutôt qu'à leur vérité absolue. S'il parait disposé à un rapprochement facile sur le dogme, c'est qu'il n'attache pas une grande importance aux points qui séparent les deux communions. Son unité, d'ailleurs, n'est pas celle de Bossuet : sî, par un retour vers le double idéal ilu moyen âge, il réve quelquefois une Europe confédérée par la médiation et sous la suprématie du pape et de rcmpereur, c'est avec des réserves de tolérance religieuse que Bossuet rejetterait tien loin'.
L 11 venait de soutenir contre Tellisson une très-belle discussion sur la tolérance. Cette correspondance a été pttblitc dv^t luD2. D apiu;» un ducuuicut publié dans le iiflWfA dtia SoeiVtf rftfftM. du pnttUantimt français (mai-juin 1BS8), PelliasoR, qui noarat en 1093, aurait fini daiu une etpèoe éo relonr à la foi protestante de «a •jenncMe.
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La question du coociic de Trente fut la pierre d'achoppement. Les luthériens ne Toulaient pas reconnaître l'autorité de cette assemblée ët proposaient une réunion préliminaire » en réservant certains points de doctrine et en attendant un nouveau concile.
C'était une question plutôt nationale que théologique, cl personne ne comprenait ceci aussi clairement que Leibniz. Aussi profond en hintoire qu'en philosophie, il voyait l'Europe chrétientje partagée en ti'ûis groupes par une division à la fois cUinographique et religieuse: le groupe latin ou catholique, le gronpe teutonique ou protestant, le groupe slave ou de rite grec.jLeur réunion eût été son utopie ; mais il n'admettait pas la soumission des uns aux autres. Or, le concile de Trente avait été formé non-seulement par les Latins seuls, mais, entre Ir^ I ;i tins, presque exclusivement par les Italiens et les Espagnols. U^uique Leibniz parût ranger la France dans le groupe latin et calltoiique, cependant il sentait qu'elle n'était pas latine comme l'Italie ou conune TEspagne que son esprit était plus complexe, et, arec une haute intelligence de son rôle dans le monde, il l'appelait à servir de médiatrice entre les ultramontains et les peuples du Nord. « Dieu voulut-», dit-iL que la victoire de Rome en France (au xvr siècle ) ne fût paseiiliri r, que le f^^'ule libre de la nation française ne lût ])as tout à Idit supprimé et que , nonobstant les cllorts des papes, ia réception du concile de Trente ne pasS&t jamais en France'. » H presse donc la France et Bossuet', qui la représente si glorieuse» ment, de travailler à la réintégration de l*unité, en provoquant un concile vraiment européen et universel.
La France ne devait pas être sous cette forme la médiatrice de l'Europe. Bossuet nr pouvait acoopter le terrain de Leibniz sans rompre avec Uome. Il soutint le concile de Treute comme légi-^ timement convoqué et comme reçu <(e fait en France quaot à la foi, et déclara impossible une réunion préalable sans un parfait accord sur la doctrine. La négociation, après une asset longue correspondance ( 1691-1694), fut interrompue, puis reprise
1. De niùinc que l'Anfçlelerrc, qui a tout d'éléments celtique-, et f rançais, n'est pas teutonique comme r Allemagne . On sent bien qu'une teile Uivisiiou ne peut être d'une vérilé absolae et qa'il y fmt dm «éiervesV det «xpliiaition». '