‹ Historie de la constitution civile du clergéChapitre 7 sur 42 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

§ I. Conséquences de la journée du 9 thermidor. — Elle n'est point une victoire des modérés. — Elle leur profite par la division des terroristes. — La lutte recommence entre les catholiques et les constitutionnels. — Les thermidoriens sont fort opposés à la liberté religieuse.

§ II. La convention, après avoir étendu à tous les constitutionnels le secours accordé déjà aux apostats, proclame que la république ne salarie aucun culte. — Elle ratifie ainsi l'abolition de l'église officielle. — Les révolutionnaires comptent encore venir à bout du christianisme par la famine. — Ils favorisent les prêtres constitutionnels dans une certaine mesure. — L'argenterie des églises dilapidée par les jacobins.

— Les thermidoriens cherchent à instituer des fêtes républicaines destinées à déchristianiser la France. — Progrès du parti modéré.

§ III. Rapport de Boissy d'Anglas sur les cultes. — Il conclut à une tolérance étroite et précaire, fondée sur le mépris de tous les cultes.

— D'après lui, le devoir de l'Etat est de faire triompher la philosophie et d'arriver graduellement à l'anéantissement des religions. — Restrictions très intolérantes à la liberté des cultes. — Loi du 3 ventôse votée d'après ces principes. — Elle ratifie presque toutes les mesures persécutrices de la Terreur. — En réalité elle n'accorde aucune liberté.

La France ne sut point se débarrasser du régime de la Terreur : elle fut sauvée seulement par les divisions du parti terroriste. Depuis la fête du 20 prairial, Robespierre médite une nouvelle épuration, il veut se débarrasser de Legendre, Tallien, Préron, Thuriot, Vadier, Vouland et plusieurs autres ; Billaud et Gollot eux-mêmes commencent à craindre pour leurs vies, et engagent contre Robespierre une lutte désespérée. Leur adversaire jouit d'une popularité immense, il dispose en mattre absolu de la commune, des jacobins, de la populace de Paris, et n'a qu'un mot à dire pour pulvériser ses ennemis; mais il veut les assassiner par décret, avec des formes légales : le 8 thermidor, il de-

mande à la convention des proscriptions nouvelles, sans désigner encore aucun député. Mais cette fois la mesure est comble, le désespoir donne de l'audace aux conventionnels menacés. Robespierre, tout à l'heure si arrogant, recule, refuse de s'expliquer, et rien n'est décidé. Les montagnards épouvantés s'assurent à grand'peine le concours ou, pour mieux dire, la neutralité de la plaine, et le lendemain, Robespierre, de dénonciateur, de proscripteur, est réduit bien vite au rôle d'accusé, et chaque fois que le tyran déchu réclame la parole pour se défendre, la sonnette du président couvre sa voix : Thuriot le traite comme Herman a traité Danton au tribunal révolutionnaire. Délivré par ses partisans, il ne sait point tirer parti des ressources immenses dont il dispose : cet homme, qui a si souvent fait preuve contre ses ennemis d'une habileté infernale, montre une irrésolution et une incapacité pitoyables, et se laisse misérablement surprendre par les partisans de la convention. La France, si cruellement tyrannisée depuis longtemps, salua le supplice de Robespierre et de ses dignes amis Saint- Just et Cou thon, par une immense acclamation de joie, qui surprit et inquiéta vivement leurs vainqueurs.

Nous n'avons pas à rechercher ici pourquoi Robespierre, qui, après tout, n'était pas le plus criminel des terroristes, est devenu, pour ainsi dire, le bouc émissaire de la révolution. Ce fait, assez singulier au premier abord, devait se produire pour beaucoup de raisons ; il y en a deux qui nous semblent particulièrement dignes d'attention. D'abord Robespierre ne s'est pas contenté de faire voter des lois atroces et de proscrire une masse de citoyens ; il a systématisé de la matière la plus odieuse le régime de la Terreur, il a fait de ses plus horribles procédés autant de dogmes politiques ; il a voulu être regardé comme la personnification du gouvernement révolutionnaire ; et la France l'a pris au mot ! et la postérité a ratifié le jugement des contemporains !

Mais cette réprobation effroyable qui pèse sur la mémoire de Robespierre est en partie due aux déclamations des terroristes. Il n'a pas seulement opprimé et décimé les prêtres, les royalistes, les girondins : il a été l'instrument bien involontaire de la justice divine, en terrorisant les

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terroristes, en envoyant à l'échafaud de grands révolutionnaires ; et il n'est tombé que pour avoir essayé de proscrire certains proscripteurs. Aussi les partisans d'Hébert, la queue de Danton, ses anciens rivaux des comités, se sont-ils acharnés après sa mémoire! Tandis qu'on s'ingéniait & pallier, à nier même les forfaits les plus honteux de Danton et de tant d'autres, on dévoilait avec horreur ceux de Robespierre, et l'on mettait sur son compte tous les crimes de la Terreur, afin de diminuer la responsabilité de ceux qui avaient été si longtemps ses complices. Plus on avait été compromis dans la Terreur, plus on déclamait contre Robespierre au nom de l'humanité! Ses théories religieuses lui avaient en outre, bien plus que ses proscriptions, attiré la haine de nombreux jacobins : les thermidoriens incrédules et matérialistes les poursuivirent longtemps de déclamations haineuses et de sarcasmes amers !

La révolution de thermidor mit fin au régime de la Ter^ reur, empêcha la mise en pratique de la constitution de 1793, ralentit la persécution religieuse, et au bout d'un certain temps ramena les révolutionnaires modérés au pouvoir. Les montagnards ne s'attendaient guère à la voir produire de pareils résultats. Mais il en est un peu de même dans toutes les révolutions : très souvent elles vont au delà du but poursuivi par leurs auteurs ; quelquefois même ceux-ci se trouvent n'avoir travaillé que pour un autre parti; en général, ils sont obligés tôt ou tard, pour conserver le pouvoir dont ils se sont emparés, de le partager avec de nouveaux venus, ou d'anciens concurrents dont l'alliance leur est devenue indispensable. La révolution de thermidor a été faite par des hommes qui ne voulaient aucune des conséquences qu'elle a entraînées. Elle est l'œuvre des proscripteurs du 31 mai ; et elle a bien vite abouti à la rentrée triomphale des députés proscrits dans cette fatale journée. Elle est l'œuvre des persécuteurs et des prêtrophobes, et, malgré tous leurs efforts, elle a notablement amélioré la situation religieuse de la France. Elle a obligé des terroristes émérites à dévoiler et flétrir publiquement les turpitudes et les crimes de la Terreur, à punir ses agents, et à défaire ses lois les plus iniques.

On aurait donc grand tort de juger la journée du 9 ther-

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