‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 17 sur 69 · IV · texte numérisé non relu

IV

Chramne eurent bientôt rempli toute la Gaule et passé jusqu'à Clotaire, au-delà de l'Elbe. Il est impossible de dire si elles lui parvinrent avant ou après cette fameuse bataille contre les Saxons, où les Franks l'ayant traîné malgré lui , furent taillés en pièces; mais, dans l'un comme dans l'autre cas, il était obligé de rester sur l'Elbe avec ses principales forces pour contenir l'ennemi. Tout ce qu'il put faire, relativement aux troubles d'Aquitaine, fut d'envoyer à deux de ses fds, à Cbaribert et à Contran , Tordre de marclier contre Cbramne avec tous ceux de ses leudes qu'ils pourraient réunir, et particulièrement avec les Burgondes qui apparemment ne l'avaient pas suivi en Saxe. L'ordre fut exécuté rapidement; Cbaribert et Contran passèrent la Loire et se présentèrent d'abord en Arvernie où ils s'attendaient à rencontrer leur frère rebelle. Ne l'y trouvant pas ils allèrent le cbercber en Limousin. Il y était en effet, et à l'approcbe des Franks et des Burgondes il s'avança jusque vers le massif de montagnes d'où descendent la Vienne , la Creuse et la Vezère, alors nommé la Montagne- Noire , et s'y établit dans une forte position. Ses frères l'eurent bientôt atteint et campèrent à portée de lui. Ils commencèrent par lui envoyer un message portant sommation de restituertoutce qu'il avait envabi des États paternels, avec injonction, en cas de refus, de se préparer au combat. Cbramne répondit, d'une manière évasive et ambiguë, qu'il

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ne pouvait rendre les pays dont il avait pris possession en en faisant le tour, mais qu'il comptait les garder avec le bon plaisir de son père. Peu satisfaits de cette réponse, ses deux frères se disposent à l'attaquer et lui se prépare à la défense. On vit, quelques moments, des deux côtés les apprêts, les menaces et les mouvements d'une grande bataille, et il n'y eut point de bataille. Une tempête soudaine , accompagnée d'obscurité , de foudres et d'éclairs, et dont Grégoire de Tours parle sans donner à entendre s'il la prend ou non pour miraculeuse, empêcha, dit-il, les combattants de se mêler; chaque parti retourna à son camp comme il en était sorti, et il est permis de croire que ni l'un ni l'autre n'avait eu une grande envie d'en venir aux mains *.

Tout était encore incertain entre Chramne et ses deux frères, lorsqu'une nouvelle, adroitement semée dans le pays par le premier, arrive d'écho en écho jusqu'à ceux-ci, une nouvelle qui les consterne autant qu'aurait pu le faire une défaite, celle que Clotaire a été tué en combattant contre les Saxons. Ils lèvent précipitamment leur camp et prennent la rouie la plus directe vers la Burgondie. Chramne, charmé du succès de sa ruse, les poursuit avec ardeur, passe la Loire derrière eux, se jette sur Châlons, l'assiège, s'en empare, et prend

(i) Oreg. Tur. lue. cil.

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de là sa route vers le Nord, impatient de rejoindre Clîildebert, qui l'attendait sans doute avec le même empressement.

Son entreprise faisait de plus en plus du bruit dans la Gaule, et tout le monde en attendait l'issue avec inquiétude et curiosité. Je crois voir un indice de cette agitation générale des esprits dans ce qui se fit à l'église de Dijon , lorsque Chramne s'y arrêta à son passage. C'était un dimanche et au moment des solennités ordinaires en pareil jour. Les prêtres de cette église, ne résistant pas à la tentation d'avoir quelque augure de la destinée future de Chramne , le clierchèient par un procédé que le christianisme avait approprié à cette intention encore assez païenne. Il était d'usage à la messe de faire ce qu'on appelait trois lections ou lectures, tirées l'une de la Bible, la seconde des écrits des apôtres et la troisième de l'Évangile ; et quand on cherchait une illumination prophétique sur un événement à venir, on convenait de prendre pour présage de cet événement ce que portaient de concorde ou d'analogue entre eux les trois premières phrases des trois différentes lectures. Les augures ne furent pas favorables à Chramne; la lecture de l'Évangile, qui lui fut appliquée dans la pensée des prêtres, commençait par ces mots : « Celui qui n'écoute pas mes paroles ressemble à celui qui a bâti sa maison sur le sable; la pluie est tombée, les torrents ont coulé, les vents ont soufflé et ont

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battu contre cette maison, et elle est tombée, et grande a été sa ruine. » Et les passages des deux autres lectures n'étaient pas moins menaçants que celui-là *.

Du reste rien ne transpira de ces augures; tout en cherchant àsavoir siChramne serait long-temps roi , le clergé de Dijon le reçut comme s'il l'eût toujours été, et le rebelle reçut la communion des mains d'un prêtre que l'histoire nomme saint Tetricus.

Arrivé à Paris Chramne se présenta aussitôt devant son oncle Childebert, à qui il renouvela les serments déjà faits de ne jamais se réconciher avec son père. Les circonstances continuaient à élre on ne peut plus favorables aux conjurés. Excités en secret et avertis par Childebert de tout ce qui se tramait en Gaule contre Clotaire, les Saxons ne laissaient pas respirer ce dernier et l'avaient réduit à une défensive laborieuse. Enfin le bruit de sa mort, qui s'était répandu dans la Gaule comme une nouvelle sérieuse, n'était que l'exagération des dangers qu'il avait courus.

Childebert qui, selon toute apparence, n'attendait que l'arrivée de son neveu pour envahir avec lui les États de Clotaire , se mit aussitôt en marche avec ses leudes, et s'avança d'abord à travers la Champagne, prenant, selon l'usage, possession du

(i) Gregor.Tur. loc. cit.

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pays par le pillage, le dégât et l'incendie. 11 remonta jusqu'à Reims, dont il s'empara de la même manière; le reste de sa marche n'est pas connu; mais il est probable qu'il ne s'arrêta qu'après avoir soumis et ravagé une grande partie du nord-est de la Gaule. Toutes ces hostilités de Childebert et de Chramne contre Clotaire appartiennent à l'année 556, et il paraît qu'elles se prolongèrent encore toute l'année suivante.

Il faut croire que, pendant ces deux années, Clotaire resta aux prises avec les Saxons, sans pouvoir opposer de résistance à son frère et à son fils. Du moins l'histoire ne fait-elle pas mention de lui, durant cet intervalle, ni d'aucun effort de sa part pour reprendre ce qui lui avait été pris; mais en 558 les choses changent d'elles-mêmes, et comme par enchantement. Childebert meurt, et avec lui tombent les espérances de Chramne, incapable de fixer à lui seul le dénouement encore suspendu de sa conspiration. Clotaire reparait tout d'un coup, et non-seulement il recouvre ce qu'il avait perdu de ses États, il s'empare de ceux de Childebert, mort sans enfant, et pour la première fois depuis Clovis la monarchie des Franks est réunie sous un seul clief.

On ne sait point ce qui arriva aux Aquitains instigateurs de la révolte. L'histoire ne fait plus mention d'eux après le retour de Clotaire, et ce silence semblerait attester leur impunité plutôt <{uc leur châtiment. Quant à (]hramnc, il se soumit

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