DES FILS DE CI.OVIS. 1 5(J
à son père qui lui pardonna ou qui en eut l'air; mais soit que ce jeune homme eut des défiances à cet égard, soit que les habitudes du pouvoir et des intrigues d'ambition l'eussent dégoûté d'une existence privée et soumise, il se révolta de nouveau contre son père. Les détails et le théâtre de cette seconde rébellion sont ignorés. Grégoire de Tours se contente de dire que Chramne , voyant qu'il ne pouvait échapper, se réfugia en Bretagne. Or, ces paroles impliquent des faits antécédents, la réorganisation d'un parti en faveur du jeune chef, et cela dans un pays limitrophe ou voisin de la Bretagne, probablement encore en Aquitaine. Elles supposent une nouvelle guerre, ou du moins les apprêts d'une nouvelle guerre du rebelle contre son père*.
La retraite de Chramne chez les Bretons est un fait remarquable, comme le seul bien constaté à raison duquel les fils de Clovis aient eu quelque chose à démêler avec le reste des vieux Celtes armoricains. Ce peuple avait assez bien maintenu son indépendance contre les conquérants de la Gaule, mais en devenant de plus en plus barbare. Dans les premiers temps de l'indépendance bretonne, les chefs du pays s'étaient succèdes avec une certaine régularité, et chacun de ces chefs avait régi la totalité de la Bretagne ; mais en 54 5 , l'un d'entre eux, Hoël I", eut, en mourant, l'idée
(i) (iregor. 'fur. lY. îo.
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d'imiter les rois des Franks et de diviser son royaume par portions égales entre tous ses fils. Il y en avait cinq, dont l'un, nommé indifféremment Cannao ou Connober, fut bientôt le plus fameux. Il rétablit l'unité de l'État et s'y prit pour cela comme s'y prenaient de temps à autre les enfants de Clovis pour prévenir le trop grand morcellement de leur empire. Il fit mourir trois de ses frères , tint long-temps le quatrième en prison , et finit par régner seul sur toute la Bretagne*.
Il y régnait encore en 56o, lorsque Cliramne, fuyant devant son père, y vint chercher un refuge avec sa femme Kalle, et deux filles dont la plus âgée ne pouvait guère avoir plus de trois ans. Cannao l'accueillit très bien , sachant le risque où il s'exposait d'attirer sur lui la vengeance de Clotaire. Celui-ci, en effet, ne sut pas plutôt son fils en Bretagne qu'il prit, en grande colère, la route de ce pays. Cannao et Chramne s'étaient préparés de leur mieux à le faire repentir d'y être venu. Selon une tradition populaire fort douteuse, ils étaient campés dans le voisinage de Dôl, lorsque Clotaire parut devant eux, avec son armée. Une journée entière se passa en escarmouches , ou en préparatifs de bataille. La nuit venue , Cannao voulait, à la faveur de l'obscurité, fondre sur le camp des Franks , se croyant sûr de le surprendre et de le tailler en pièces. Il communiqua son projet à
(i) Gregor. Tur. IV./,.
DFS FILS DE CLOVIS. iGl
Cliramne, et Grégoire de Tours lui prête en cette occasion des paroles remarquables, qui attestent que, si barbare qu'il put être, le vieux chef Breton éprouvait une répugnance pieuse à avoir pour compagnon de guerre un fils armé contre son père. « Je crois, lui dit-il, qu'il serait injuste à loi « de t'avancer en armes contre ton père. Laisse- « moi donc fondre seul sur lui, cette nuit, et l'ex- « terminer avec toute son armée*^.» Le jeune Frank n'approuva ni les scrupules de Cannao ni son plan, et la bataille fut remise au lendemain 2,
Les Bretons la perdirent; Cannao y fut blessé mortellement et Cliramne prit la fuite du côté de la mer qui était peu éloignée, et où il avait un vaisseau tout prêt à l'emmener. Mais un moment retardé par le soin de sauver sa femme et ses enfants, il fut surpris avec eux par un détachement de l'armée franke, qui envoya aussitôt annoncer cette nouvelle à Clotaire, en lui faisant demander ce qu'il voulait qu'on fit de ces prisonniers. Il y avait là, sur le champ de bataille, quelques chaumières de paysans bretons; Clotaire ordonna d'enfermer la femme, les deux filles de Chramne, et Chramne luimême dans une de ces chaumières, de les y attacher tous solidement de manière qu'ils ne pussent ni fuir ni se mouvoir, et de mettre le feu à la chaumière. Tout cela fut fait de point en point.
(ij Grcgor. Tur. IV. 2(1.
(2) Id. loc. cil.