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était un bouleversement plus capricieux que les précédents, tant des divisions primitives de la -vieille Gaule que des circonscriptions plus récentes de l'administration romaine. On ne disait, dans ce morcellement sans fin , qu'à l'égalité matérielle des divers lambeaux de l'Empire. Il n'y avait point de limite, si naturelle ou si ancienne qu'elle pût être, qui ne fût négligée ou traversée dans cette vue d'un moment.
Néanmoins, il s'était formé peu à peu en Gaule durant la conquête, et par suite même de la conquête, des divisions territoriales moins arbitraires et moins variables que celles qui résultaient des partages journaliers de l'empire, et il ne fallait à ces divisions, d'abord sans importance et comme inaperçues, pour leur donner de la force et de l'effet, qu'une circonstance qui exigeât le partage de la monarchie en trois parts distinctes. Or, cette circonstance se rencontra à la mort de Charibert. Les trois frères survivants eurent alors à partager de nouveau entre eux les conquêtes des Franks, et, par une coïncidence singulière, les trois portions obligées de ce nouveau partage se trouvaient comme faites d'avance. La première, sous le nom d'Austrasie, comprenait le nord-est de la Gaule; la seconde, nommée Neustrie, en comprenait tout, le nord-ouest, à l'exception de la Bretagne armoricaine; la Burgondie formait la troisième portion.
C'était un usage caractéristique de toutes les Iribus germaniques issues d'une même souche ,^
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quand elles venaient à se multiplier et à s'étendre un peu dans un pays et dès l'instant où naissait pour elles le besoin de se diviser, de se diviser d'abord en deux moitiés, à raison de leur position orientale ou occidentale. Nous avons vu celte division primitive s'établir parmi les Golbs, sur les bords du Danube; elle ne tarda pas à s'introduire cbez les Franks de la Gaule, une fois qu'ils eurent poussé leurs conquêtes jusqu'à la Loire. Ceux-ci la trouvèrent cbez les Saxons. Le premier document bistorique où je vois marquée, ou du moins sousentendue, la distinction des Franks de la Gaule en orientaux et en occidentaux, est un acte de l'an 558*; mais il est très probable qu'à ceUe époque la distincti(fh dont il s'agit était déjà en vogue; elle remonte, selon toute apparence, à des temps très voisins de Clovis, et il n'y aurait rien d'étrange à supposer qu'elle se fit sous le règne même de ce conquérant. Seulement, loin d'entrer pour quelque cbose dans les divers partages de l'empire entre les fils de Clovis, cette distinction avait été au contraire perpétuellement troublée et comme effacée par ces partages.
On avait appelé Austrie^ ou Austrasie ^ la portion orientale de la Gaule située le long du Rbin , à prendre le cours de ce fleuve à la pointe méri-
(il C'est un dii>!ômp de Ciiildebcrt en favenr du monastère de Saint- Viin«-nl de Puis. — Il se fronve dnii» le .',' vol. dn recueil dfj Hi.storien» dcFraner^, p f»-2v.
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dionale de l'Alsace, pour le suivie jusqu'à son embouchure dans l'Océan. Il aurait fallu, pour observer exactement l'usage germanique, donner le nom de Westrie ou de JFestrasie à la portion de la Gaule qui s'étendait des limites occidentales de l'Austrasie à la Bretagne et aux côtes de l'Océan ; mais on se contenta de désigner cette portion d'une manière plus implicite et plus vague, par la dénomination de ISeustrie, dénomination purement négative par laquelle on entendait ce qui n'était pas l'Austrie.
Du reste ce nom de Neustrie ne me paraît point un synonyme exact de celui de Westrie. Je serais plus tenté de le croire destiné à désigner un pays distinct de l'Austrasie par quelque chose àe plus que par sa position géographique, un pays moins complètement conquis et possédé par les Franks que ne l'était ce dernier. Aussi, dans ce même document où se trouve pour la première fois ce nom de Neustrie, les Austrasiens sont-ils désignés par le litre simple et absolu de Franks, comme par opposition aux Neustriens qui, dans ce cas particulier, ont à peine l'air d'être regardés comme les frères des premiers ^.
Du reste, que l'on eût voulu ou non l'exprimer par les termes de Neustrie et d'Austrasie, la différence énoncée entre la partie occidentale et la par-
fi) Ego Childeberlus Re.v, uiià ciiin consensu et volunlalc Francoriim el NeusUasionim, etc.
lie orientale de la Gaule n'en était pas moins un fliit, L'Austrasie renfermait les provinces gauloises les premières occupées par les peuples germains , celles où les Franks s'étaient d'abord établis après avoir franchi ce fleuve, où leur population s'était fortement concentrée et avait fini, sur plusieurs points, par exclure ou absorber totalement l'ancienne population, celles enfin où la langue, les mœurs et les institutions germaniques avaient tellement prévalu que tout le pays semblait plutôt une extension de la Germanie elle-même qu'une simple conquête des Germains.
C'était de là que les Franks étaient partis, comme de chez eux, pour envahir la Neustrie, et c'était là que, cette conquête faite, leur masse était restée plus compacte, plus forte et plus germaine. En Neustrie, au contraire, la grande majorité delà population était gallo-romaine, et de cette première différence s'ensuivaient naturellement beaucoup d'autres. La division formelle et permanente du nord de la Gaule en Neustrie et en Austrasie n'était donc point une division insignifiante et purement nominale ; elle était l'expression et le résultat d'un fait persistant. Elle était elle-même un feit notable qui, selon toutes les apparences, devait finir par avoir quelque influence sur l'avenir. Il était à présumer que, dans le cas où la lutte entre les rois et leurs leudes en se prolongeant viendrait à s'exaspérer, la Neustrie et l'Âustrasie n'y joueraient pas précisément le même rôle.
Le parti anti-germanique, qui poussait ou laissait marcher les rois franks vers un pouvoir tout autre que leur pouvoir primitif, avait bien plus de moyens et de chances de succès en Neustrie qu'en Âustrasie. Ici , au contraire , îe parti germain, plus fort et plus entreprenant que nulle autre part, j pouvait opposer plus de résistance aux progrès de la royauté absolue. Toute guerre accidentelle entre les deux pays devait tendre naturellement à une guerre politique dans laquelle chaque pays porterait la prétention de faire triompher celle des deux causes pour laquelle il se sentait îe plus de penchant et le plus de forces.
Pour ce qui est de la Burgondie, moyennant l'adjonc'ion d'Orléans et de quelques autres cantons de l'ancien royaume de ce nom, elle formait une troisième division de la Gaule, égale en étendue à la ÎSeustrie ou à l'Austrasie, et avait comme celles-ci, par ses antécédents, son unité, sa physionomie et ses tendances propres. Depuis qu'elle avait été soumise par les fils de Clovis, elle avait été plusieurs fois partagée et morcelée, mais en conservant son nom et une sorte d'individualité. Devenus sujets des Franks, les Burgondes n'avaient point été dispersés ; ils avaient continué à vivre en corps de nation, sous leurs propres lois, sous des lois faites exprès pour eux et que le temps et l'usage avaient déjà commencé à leur rendre chères. La partie romaine du pays n'avait pas subi plus de changement; de sorte ({ue , pour faire de la bur-
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gondie un royaume de tout point semblable à celui qui avait été détruit sous Godemar, il ne s'agissait que de lui donner un chef indépendant. Quant aux tehdaiices politiques de la Burgondie , c'est au\ événements à les signaler; il suffira dès à présent d'observer qu'elles devaient être un peu diverses selon les localités. Le nord de ce pays, en contact avec l'Austrasie et la Neustrie , ne pouvait pas rester indifférent à leurs querelles; mais ses parties méridionales n'aspiraient, comme l'Aquitaine et tout le reste du midi de la Gaule, qu'à se soustraire à la domination franke et qu'à conserver, comme elles sauraient et pourraient, les débris de leur existence romaine.
De ces trois grandes portions de la Gaule, que le temps et les événements semblaient avoir faites comme à dessein pour les trois fils de Clovis survivants à Charibert, l'Austrasie échut en partage à Sigebert, la Neustrie à Chilpéric, et la Burgondie à Contran , qui rétablit aussitôt dans ce royaume toutes les formes de son ancien gouvernement, et de préférence celles qui tenaient à des réminiscences romaines.
Paris était censé partie de la IN'eustrie; mais il y eut relativement à cette ville una bizarrerie à noter, à cause des graves événements qui devaient s'y rattacher. Il fut convenu qu'elle appartiendrait par tiers à chacun des trois co-partageants, mais que nul d'entre eux n'y pourrait venir sans l'autorisation des deux autres, sous peine d'en perdre sa part.
Reste maintenant à savoir ce que devinrent les contrées de la Gaule regardées comme des sortes d'appendices de l'empire frank et dont il était convenu de faire des partages séparés. C'ét^fient, à l'époque où nous en sommes , la Provence, l'Aquitaine et la Novempopulanie.
La Provence fut affectée à la moitié orientale de la Gaule et partagée seulement entre l'Austrasie et la Burgondie, à l'exclusion de la Neustrie. Sigebert eut Avignon et le territoire environnant; Gontran fut reconnu pour le maître d'Arles et des parties occidentales de la Provence. Marseille, probablement à raison de son importance spéciale comme port de mer, fut divisée en deux moitiés, l'une austrasienne, l'autre burgondienne.
Pour ce qui est de l'Aquitaine, elle fut alors, pour la première fois, divisée en trois portions égales ou censées égales, dont cbacune forma une petite Aquitaine, l'Aquitaine propre de cbacun des trois royaumes principaux. Mais à ce nouveau partage, non plus qu'aux précédents, on ne sut, ou plus probablement l'on ne voulut pas faire de chaque part un ensemble , un tout dont les parties fussent contiguës. Chacune des trois Aquitaines fut composée de plusieurs districts séparés par des districts appartenant aux deux autres.
Dans l'Aquitaine austrasienne on fit entrer l'Arvernie, la Touraine, le Vêlai, le Gévaudan , le Rouergue, l'Albigeois et le Poitou. A l'Aquitaine neifslrienne on donna le Berri, le Limousin, le
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Qiiercv et la ri\e droite de la Garonne (^à l'exception d'Agen et de son territoire) , jusqu'à Bordeaux inclusivement. L'Aquitaine burgondienne fut composée de deu\ parties, l'une à l'est, qui prenait la longue bande de sol montagneux entre le Rhône et la Loire, désignée plus tard par le nom de Vivarais; la seconde à l'ouest, comprenant les villes d'Agen, de Saintes, d'Ângoulême et de Périgueux, avec leurs territoires respectifs*.
Si morcelée que fut l'Aquitaine par ce partage, il y eut cei^endant d'anciennes circonscriptions de territoire qui persistèrent dans leur intégrité ou avec des modifications qui n'allèrent pas jusqu'à les faire disparaître; c'étaient les circonscriptions ecclésiastiques et particulièrement celles des évêcliés, qui en général représentaient les divisions romaines par cités, divisions elles-mêmes fondées sur les distributions primitives du sol de la Gaule entre une multitude de peuplades diverses, plus ou moins indépendantes les unes des autres.
Il faut se souvenir qu'avant d'être conquises et gouvernées par les Romains, ces peuplades étaient entre elles dans un état habituel de jalousie, de discorde et de guerre , et que cet état n'avait pas complètement cessé sous la domination romaine. Plus tard encore, dans la seconde moitié du sixième siècle et près d'un siècle après la conquête Iranke,
(i) Voir sur Ions ces morceUements du Midi l'histoire de Languedoc, par les Bénédictins de Saint-Maur. C'est là qu'ils ont été pour la première fois discutés et débrouillés.