‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 21 sur 69 · II. lU · texte numérisé non relu

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on est ëtonné d'apercevoir entre certaines villes de la Gaule, mais plus particulièrement entre celles de l'Aquitaine, des discordes, des antipathies violentes qu'il est difficile de concevoir autrement que comme une suite prolongée, une vive réminiscence des vieilles discordes celtiques.

Le bizarre morcellement de l'Aquitaine, morcellement dont il résulta que des villes épiscopales, très voisines l'une de l'autre, se trouvèrent faire partie de royaumes, non-seulement distincts, mais rivaux^ contribua probablement à entretenir ou à raviver les antiques inimitiés entre celles de ces villes qui avaient été jadis chefs-lieux, de populations celtiques. Une circonstance particulière acheva le mal et fit de ces vieilles rancunes des causes actuelles de désordre et de guerre.

Clovis et sans doute aussi ses successeurs immédiats, ses quatre fils, n'avaient mené en guerre que des Franks; mais à mesure que les rois mérovingiens avaient eu plus de motifs de suspecter la foi des leudes, chefs naturels de leurs armées, dont dépendait presque absolument celle des simples guerriers, ces rois s'étaient rapprochés déplus en plus de la population gallo-romaine; ils avaient fini par avoir besoin d'elle et par l'employer à la guerre. En Aquilriine et dans le midi de la Gaule, où il n'y avait presque pas de Franks, ce besoin s'était fait sentir plutôt ([u'ailleurs et y amena plus tôt et plus complètement l'espèce de révolution par laquelle les Gallo-Komains vaincus recouvrèrent les armes

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et le droit, d'en faire usai^e que la conquête ieui avait d'abord enlevés.

On ne saurait dire l'époque précise de ce grand changement dans la condition des Gallo-Romains, sujets des Franks; seulement il est certain qu'il était fait en Aquitaine dès l'année 566, cinq ans au plus après la mort du dernier fils de Clovis. Siirebert, qui voulut cette année-là s'emparer de la ville d'Arles, dès lors soumise à Contran, employa à celte expédition deux armées, dont l'une n'était composée que d'Arvernes, lesquels y marchèrent sous le commandement de leur propre comte Firminus. L'entreprise tourna mal aux agresseurs: ils furent battus et culbutés dans le Rhùne qui en engloutit un grand nombre. En confirmîrtion et en complément de ce premier fait, je puis ajouter que , dans cette même rencontre , les Arlésiens, sujets de Contran, combattirent avec son armée et eurent pour le moins autant de part qu'elle à la victoire. Ces observations générales jet eront, je présume, quelque jour sur divers incidents remarquables des guerres que nous verrons bientôt éclater en Aquitaine, entre les trois États dans lesquels elle fut morcelée par le partage de 567.

Ainsi que l'Aquitaine, la Novempopulanie fut comprise dans ce mémorable partage ; elle fut divisée entre Sigebert et Chilpéric, à l'exclusion de Contran. Les détails de cette division sont fort mal connus; on voit seulement que Chilpéric obtint,

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au-delà de la Garonne, outre Bordeaux et Dax, le Béarn et le Bigorre. LeConserans, sur la rive droite et non loin des sources de la Garonne, est mentionné comme appartenant à Sigebert, aussi bien que le Lapurdum. Il est très probable que la ville et le district des Convenues firent aussi partie du lot de ce dernier.

Maintenant , quels étaient en réalité le genre et le degré de pouvoir que les rois mérovingiens, liéritiers de Clotaire I", exerçaient sur ces pays? C'est une question importante et difficile que je ne cbercberai point à résoudre ici; l'occasion convenable de la discuter se présentera un peu plus tard. Je reviens au récit du règne des trois fils de Clotaire.

Des trois royaumes qui, en vertu du partage de 567, composèrent l'empire frank, celui de Burgondie fut le premier dont l'existence nouvelle et les forces subirent l'épreuve des événements.

Le mouvement des peuplades barbares du Nord et de l'Est vers les anciennes provinces de l'Empire romain ne s'était point arrêté aux irruptions des Abares ; les Lombards, autres Barbares plus redoutables que ces derniers, les suivant de près, prirent leur route droit vers l'Italie.

Les Lombards étaient une peuplade geimanique qui, comme beaucoup d'autres du même corps de nation, avait d'abord séjourné sur la rive septentrionale du Danube, tour à tour en guerre avec les Romains et avec diverses populations barbares,

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surtout avec les Hérules, dont ils avaient été longtemps tributaires , mais du joug desquels ils s'étaient à la fin affranchis. Au sixième siècle, vers l'an 5^6, l'empereur Justinien leur assigna de nouvelles habitations en Pannonie , les rapprochant ainsi de l'Itjlie, comme s'il eût eu dès lors le projet de les employer à la conquérir. Ce ne fut néanmoins qu'au bout de quelques années que l'on vit cet empereur s'allier aux chefs lombards , et ceuxci descendre en Italie, comme auxiliaires de l'Empire d'Orient, dans la guerre contre les Goths. C'est dans cette guerre que l'histoire montre pour la première fois les Lombards en contact et en hostilité avec les Franks; mais il y avait eu plus anciennement entre les deux peuples d'autres querelles et d'autres guerres sur lesquelles l'histoire ne fournit aucun renseignement. Au dire de Procope , ce serait l'eunuque Narsès qui, pour se venger d'un propos insultant de l'impératrice Sophie, femme de Justin P', aurait excité Alboin , alors chef de la nation lombarde , à conquérir l'Italie, La chose n'a rien d'improbable, et les Lombards ne seraient sans doute pas les premiers Barbares que le gouvernement de Constantinople aurait poussés contre l'Occident. Mais, d'un autre côté, l'expulsion des Goths avait laissé un grand vide en Italie, et toute population barbare à portée de tenter l'aventure devait se précipiter d'elle-même vers cette heureuse terre, sans qu'il fût nécessaire de l'y attirer par des intrigues.

Quoi qu'il en soit, Alboin à lu tète de tout sou peuple, guerriers, enfants, vieillards et femmes, renforcé encore par une grande horde de Saxons, fondit en 568 sur l'Italie, la traversa sans y trouver de résistance et vint camper dans les riches plaines de Bénévent. Il n'y eut d'abord, dan s cette invasion, aucune apparencede dessein politique, rien qui annonçât l'intention de fonder un pouvoir nouveau dans le pays envahi. La horde saxonne et la horde lombarde, chacune de son côté, ne firent, durant les cinq ou six premières années de leur séjour, que parcourir et fouiller l'Italie en tout sens , pour la rançonner, la piller et la dévaster, n'épargnant, quoique chrétiens depuis près d'un siècle, ni les églises ni les monastères.

Dès la seconde année de leur descente, le butin étant déjà devenu rare pour eux au-delà des Alpes, ils franchirent cette barrière en corps d'armée et se jetèrent sur la Provence et sur les autres parties orientales de la Gaule qui composaient le royaume de Burgondie, pour y exercer les mêmes brigandages qu'en Italie. Jusque là, repousser les nouvelles invasions des Barbares et défendre contre eux les conquêtes et l'empire franks avait été la tâche exclusive des Franks eux-mêmes et particulièrement celle des Austrasiens, qui s'étaient par-là, en ([uelque sorte, constitués envers la nation entière responsables de sa défense extérieure. Il n'en fut })as de même à l'irruplion des Lombards; par une singulaiil*' assez remarquable, la tâche de les re-

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pousser échut à celui des trois royaumes franks où il n'y avait point ou presque point de Franks, et où c'étaient des généraux gallo-romains qui commandaient à la guerre.

La première descente des Lombards en Burgoudie eut lieu en 570, mais on ne sait pas sur quel point. J'ai dit ailleurs que les institutions de ce royaume attribuaient le commandement suprême des armées à un officier décoré du titre romain de patrice; et c'était un Romain, un certain Amatus, personnage inconnu d'ailleurs, qui occupait cet of fice, lors de cette première invasion lombarde. A la tête de nombreuses milices, composées de Burgondes et d'anciens habitants du pays , il marcha contre les envahisseurs; mais il fut battu et périt dans la déroute des siens. Elle fut complète et des plus sanglantes, àenj uger d'après Grégoire de Tours , au dire duquel il aurait été impossible de compter les morts restés sur le champ de bataille. Après cette victoire, les Lombards reprirent à leur aise et en toute sécurité le chemin des Alpes, chargés de butin et emmenant avec eux des milliers de captifs.

L'issue de cette première expédition était l'annonce infaillible d'une seconde plus ou moins prochaine, et le roi Contran s'y préparade son mieux. Le plus important était de mettre à la tête des milices un homme fait pour la circonstance et capable de relever les courages abattus. Cet homme , Contran l'avait auprès de lui, mais encore obscur, encore confondu dans la foule des officiers de son

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palais. Il eut la sagacité de le deviner et l'appela an poste où il pouvait montrer ce qu'il était.

L'homme dont il s'agit est nommé Ennius par Grégoire de Tours; mais il était beaucoup plus connu par le surnom deMummole, sous lequel il figure dans l'histoire et que je lui conserverai. Il était hls de Pœonius, comte d'Auxerre, et avait séjourné long-temps dans cette ville; peut-être même y était-il né; l'histoire nes'explique pas avec précision sur ce point. Il était d'usage pour les comtes des villes gauloises soumis aux rois mérovingiens, à certaines époques réglées et dans des circonstances accidentelles où ils avaient à craindre la perte de leur emploi, de faire auprès du souverain dont ils dépendaient des démarches pour le conserver, et des dons en argent étaient une partie obligée de ces démaiches. Dans une de ces circonstances, Pœonius, ayant besoin d'agir pour se flùre maintenir comte d'iVuxerre, envoya pour cela au palais du roi son fds Mummole, qui ne pouvaitétre encore qu'un très jeune homme. Arrivé à la cour deGontran , 31ummole agit, intrigua, sollicita et réussit à merveille , mais non pas au gré de son père; il demanda et obtint pour lui-même le comté d'Auxerre, et revint tranquillement en prendre possession. Le trait n'était pas d'un bon fds; mais il annonçait un homme décidé à s'élever, n'importe à quel prix ni par quels moyens.

Il se distingua probablement dans son office de comte d'Auxerre, puisqu'il passa bientôt de là à des

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postes plus éiuinents; et tout annonce (ju'il figulait dans un haut rang parmi les officiers du palais de Gontran, quand celui-ci le nomma patrice et lui confia le conmiandement de la guerre contre les Lombards, dans le cas oij ces Barbares descendraient de nouveau en Burgondie.

Ils n'y manquèrent pas. Au printemps de Tannée 672, plusieurs de leurs bandes, réunies sous un chef particulier, remontèrent le long de la Doire jusqu'au Mont-Genèvre, de la brèche duquel ils se précipitèrent dans la vallée delà Durance, suivant le cours de la rivière jusqu'à Mustiacalmes, lien aujourd'hui inconnu, mais indiqué comme voisin d'Embrun. Là ils Rrent halte. Mummole, prévenu de leur descente et déjà prêt à les recevoir, ne leur laissa pas le temps de se remettre en marche. Autant qu'il est possible de comprendre et de préciser ce que Grégoire de Tours dit vaguement de ses manœuvres, il s'avança avec deu\ corps de troupes, dont l'un , remontant la Durance jusqu'auprès d'Embrun, intercepta facilement aux Lombards, par des abatis d'arbres et de rochers , la route de la Provence, tandis que l'autre , fondant à l'improviste sur leur flanc par des sentiers détournés à travers les montagnes, les attaqua avant qu'ils eussent pu se mettre complètement en défense. Le gros de leur bande fut égorgé; ceux que l'on fit prisonniers furent envoyés au roi Gontran, cjui les dispersa en différents lieux de son royaume. Quclfjups-uns seulement parvinrent à s'échapper et por-

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tèreiit à leurs compagnons d'Italie la non v elle de leui mésaventure.

Un incident de cette bataille mérite d'élre rapporté ; on y vit figurer deux frères, Salonius et Sagittaire, tous les deux évéques , le premier d'Embrun, l'autre de Gap. « On les vit, dit Grégoire de « Tours, armés, non de la croix céleste , mais du « casque et de la cuirasse terrestres, tuer beaucoup « d'hommes de leurs mains. » C'est là , je crois , le premier exemple cité dans l'histoire de la Gaule de prêtres chrétiens allant à la guerre pour y verser du sang, et c'est un exemple frappant de la rapidité singulière avec laquelle la discipline ecclésiastique s'était altérée sous la domination des Barbares. Du reste, le scandale que donnèrent en cette occasion Salonius et Sagittaire est le moindre de tous ceux par lesquels ils se signalèrent dans la suite et auxquels je ne puis m'arréter ici. Je me borne à prendre note de l'existence et des gestes de Sagittaire, qui contracta, ce semble, en cette occasion, une liaison intime avec le patrice Mummole; aussi les retrouverons-nous bientôt engagés de concert dans une entreprise des plus aventureuses.

La nouvelle portée en Italie aux Lombards de la destruction d'une de leurs bandes auprès d'Embrun leur ôta, pour cette année, Tenvie de tenter une nouvelle expédition en-deçà des Alpes; mais leurs compagnons d'émigration , les Saxons, piqués peut-être par la vanité de se montrer plus braves qu'eux, résolurenl de prendre à leur tf)ur le che-

uiiu de la Gaule et d'y fuiie leur pari de butin.

Ils partirent au nombre de \ingt-cinq ou vingtsix mille combattants, et Grégoire de Tours donne à entendre qu'ils franchirent nls Alpes par les défilés du Mont-Genèvre. Cependant c'est à Estoublon, dans le voisinage de Riez , qu'il signale leur appalition, ce qui semblerait indiquer qu'ils étaient venus par les montagnes de l'Argenlière et de l'Arche, d'où le torrent de la Sturase préci])ite sur les plaines du Piémont.

C'est à deux journées de marche de ces montagnes, sur les bords de la rivière d'Asse, au diocèse de Riez, qu'ils firent halte. Ils dressèrent là un camp d'où, comme d'une citadelle, ils se répandirent de tous côtés dans les campagnes de la Provence, enlevant partout ce qui pouvait être enlevé, brûlant et détruisant tout le reste.

Averti de leur descente, Mummole s'avança aussitôt à leur rencontre, et tels furent le secret, la précision et la rapidité de sa marche, qu'il lesenvelo{)pa dans leur camp, avant qu'ils eussent songé à se mettre sur leurs gardes. II les tailla en pièces jusqu'à la nuit. Mais, à la faveur de l'obscurité , les Saxons se remirent un peu de leur trouble; le matin venu, ils parurent dans leur camp en ordre de bataille et prêts à faire acheter chèrement à Mummole le reste de la victoire.

Le combat allait recommencer, lorsque, par l'entremise de négociateurs des deux armées, un arrangement pacilique fut conriu riilre elles; il fut con-

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venu d'abord que les Saxons retourneraient en Italie sans être inquiétés ni poursuivis , mais sans rien emporter du butin qu'ils avaient fait en Provence. Il fut stipulé Èe plus qu'ils rentreraient sous le gouvernement des Franks et iraient occuper de nouveau en Saxe le territoire dont ils avaient émigré en compagnie des Lombards. Ils ne repassaient donc en Italie que pour y chercher leurs femmes , leurs enfants et leurs trésors, avec lesquels ils devaient redescendre l'année suivante en Provence pour prendre de là le chemin de leur terre natale, à travers la Gaule.

Dès le mois de mai 5^4 ? ïoi^t ce ban de Saxons émigrés était réuni en Italie, au pied des A.lpes, formant une masse d'environ deux cent mille individus; ils se partagèrent en deux troupes, dont l'une traversant les Alpes maritimes, vint tomber sur Nice d'où elle se dirigea vers Avignon. Arrivée sur le territoire de cette ville, elle y trouva la seconde bande qui l'avait devancée par le chemin pluscouit de la Durance.

Les Lombards, en voyant les Saxons se détacher d'eux avaient fondé sur leur départ un nouveau plan d'irruption en Gaule , qui offrait plus de chances de réussite que les précédents. Ils avaient bien compris que Mummole ne laisserait pas une multitude de deux cent mille Barbares traverser les plus riches covitrées de la Burgondie sans les observer de très près et avec de grandes forces. Il y avait donc beaucoup d'a])paience que, fondant à

l'improviste sur ce royaume par les passages des Alpes les plus septentrionaux, ils n'y trouveraient point d'armée pour les empêcher de butiner à l'aise. En conséquence ils fiient une irruption dans le Valais et vinrent prendre poste au monastère de Saint-Maurice.

L'issue de leur expédition ne répondit pas au début ; au moment où ils s'y attendaient le moins, ils furent attaqués à Rex , et avec tant de vigueur qu'ils restèrent presque tous sur la place; à peine une fuite rapide en sauva-t-elle quelques-uns. Le seul historien qui parle de cette victoire en fait honneur aux Franks; mais le nom de Frank paraît devoir être pris ici dans un sens vague et général, plutôt que strict et précis. Le territoire envahi par les Lombards appartenait au royaume de Burgondie, et c'était aux Burgondes à repousser l'invasion. Non-seulement l'histoire ne dit nulle part que les INeustriens ou les Austrasiens les aient secourus en cette occasion, nous verrons par la suite qu'au moment même où les Lombards se jetaient sur le Valais, les Franks de Sigebert et ceux de Chilpéric étaient trop occupés les uns par les autres pour prendre une part active aux guerres de la Burgondie. Mais revenons aux Saxons que nous avons laissés sur le territoire d'Avignon.

Bien que pacifique, le passage de deux cent mille Germains vagabonds, et depuis long-temps accoutumés à ne vivre que de pillage, ne devait pas différer beaucoup d'une invasion de guerre. Les

Saxons étaient arrives en Provence vers la fin de la moisson et dans un moment où les riches produits du sol étaient encore sur pied, prêts à être récoltés ou déjà amoncelés dans les champs et à la porte des métairies. Ils avaient pillé tout le blé encore en gerbes, l'avaient eux-mêmes battu et moulu pour en faire du pain; ils avaient égorgé et mangé tout le bétail qui leur était tombé sous la main; enfin ils n'avaient rien laissé aux malheureux laboureurs, ni de la récoite nouvelle, ni des récoltes passées, et ce ne fut qu'après avoir tout dévoré ou tout détruit c|u'ils songèrent à se retirer et à passer le Rhône pour gagner l'Aquitaine austrasienne. Leur retraite fut plus désastreuse encore que leur séjour, car ils brûlèrent partout les habitations sur leur passage, arrachèrent les vignes et abattirent les oliviers par le pied.

Sauf quelques cantons de peu d'étendue, le ler- 1 itoire ainsi dévasté par les Saxons appartenait à Sigebert, ce qui explique très bien pourquoi Mummole, qui était là, en observation devant les Barbares, avec des forces suffisantes pour s'en faire craindre, n'avait pas fait un geste pour arrêter leurs brigandages.

Jusque là donc tout allait au mieux pour les dévastateurs; mais quand ils arrivèrent au Rhône pour le passer, la scène changea tristement pour eux. Us trouvèrent sur les bords du fleuve le redoutable patrice à la tête d'une armée de Burgondes , qui, d'un ton menaçant, leur demanda compte de

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tout le mal qu'ils venaieut de l'aire sur les ten-es de (Tonlran, et leur déclara qu ils ne passeraient à l'autre rive qu'après avoir payé des dédommagements convenables pour leurs dégâts. Mummole avait pris ses mesures pour donner du poids à ses menaces; elles produisirent leur effet, et les Saxons ne traversèrent point le fleuve avant d'avoir payé une rançon de plusieurs milliers de pièces d'or, partie considérable de leur butin d'Italie. Je ne les suivrai point cliez les Arvernes, encore moins sur les bords de l'Elbe, où les attendaient des mésaventures plus tragiques que les précédentes; je me hâte de revenir aux Lombards.

Plus irrités qu'abattus de leurs précédentes défaites, ils avaient résolu de tenter encore une fois la fortune des armes en-deçà des Alpes; mais l'expérience leur avait appris que, pour se donner des chances de succès contre un adversaire tel que Mummole, il fallait l'attaquer plus habilement et avec plus de moyens qu'ils n'avaient fait jusque là. Ils passèrent, à ce que l'on peut croire, Tannée entière de 576 à fliire les préparatifs de cette expédition décisive; elle fut en effet conçue sur un plan plus vaste et plus hardi que les premières. Ce ne fut plus, comme l'avait été chacune de celles-ci, l'entreprise d'une bande isolée d'aventuriers volontaires, guerroyant pour leur compte, mais une véritable expédition nationale, où les Lombards s'engagèrent par une sorte de point d'honneur et avec réiile de lciu"s forces.

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Leur armée arriva au pied des Alpes cotieniies divisée en trois corps, sous trois chefs différents dont les noms nous ont été conservés, circonstance i[ui semble impliquer que c'étaient des chefs de renom. Le premier est nommé Amo, le second Zaban et le troisième Rhodane. Ala manière vaguedont Grégoire de Tours décrit leur marche, il y a lieu de présumer que ces trois corps franchirent les Alpes ensemble et par le même passage, par celui du Mont-Genèvre; mais une fois dans la vallée de la Durance, ils se séparèrent pour suivre diverses directions.

De Gap, Zaban et Rhodane prirent la route de Grenoble, à travers les montagnes qui séparent les bassins de la Durance et de l'Isère. Rhodane s'arrêta devant Grenoble pour en faire le siège; mais Zaban poussa plus loin et descendit le long de l'Isère jusqu'à \alence, qu'il assiégea pareillement. Quant à Amo, il continua à longer la Durance, et, débouchant par la plaine d'Avignon, il vint planter ses tentes à Machoville, peut-être dans l'intention expresse de braver Mummole , à qui ce teiritoire appartenait. Après avoir fait là et aux environs tout ce qu'il avait voulu, il poussa jusqu'aux murs d'Arles. Ses forces n'étaient probablement pas suffisantes pour attaquer cette ville; mais il en rançonna aisément d'autres moins considérables et moins fortes, et en particulier celle d'Aix, qui, menacée d'un siège, s'en racheta moyennant vingt-deux livres d'aigent. Amo entra dans le fameux champ de

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pierres, depuis nommé la Crau, et en enleva d'immenses troupeaux de moutons qui, selon un usage probablement de la plus haute antiquité, y paissent l'hiver et au printemps, en attendant la saison d'être menés sur les Hautes-Alpes, dans des pâturages plus abondants et plus frais.

Mummole était probablement à la cour de Contran, à Mâcon, ou dans quelque autre des villes du nord de la Burgondie, lorsqu'il fut informé de celte triple invasion; il accourut avec sa rapidité ordinaire pour la repousser. 11 avait le choix de marcher contre Zaban, campé sous Valence, ou contre Rhodane qui assiégeait Grenoble ; il se décida à attaquer d'abord celui-ci, comme étant le plus rapproché des Alpes, parce qu'il se donnait par-là une forte chance de couper le passage de ces montagnes à Zaban, qui s'en trouvait assez éloigné.

Rhodane et les Lombards étaient campés sur la rive gauche de l'Isère, ce qui leur donnaiî pour défense le cours rapide et profond de celte rivière. Heureusement pour Mummole il découvrit un gué à une distance convenable, au-dessous du camp lombard , de sorte qu'il passa l'Isère sans être inquiété et marcha droit à l'ennemi. Celui-ci avait été averti à temps et sortit de son camp en bataille pour le recevoir. L'action fut vive, mais la victoire n'abandonna point Mummole; les Lombards furent taillés en pièces. Rhodane, blessé d'un coup de lance, eut peine à se sauver, avec cinq cents hommes, sur des hauteurs escarpées et couvertes de

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forêts dans lesquelles il s'enfonça et disparut aui yeux des vainqueurs.

Dans sa position désespérée, ce chef prit énergi- (juement l'unique parti qui lui restait; il se dirigea sur Valence, dont il n'était éloigné que de deux marches, et alla porter à Zaban, campé devant cette place, l'annonce de sa défaite et du péril commun.

Ces nouvelles frappèrent Zaban de terreur; il leva le siège de Valence et reprit à grandes journées le chemin de l'Italie, après avoir néanmoins achevé de piller le pays circonvoisin.

Il est à présumer qu'au moment où toutes ces choses se passaient, la saison était peu avancée et que plusieurs des défilés des Alpes étaient encore impraticables pour une armée chargée de butin. Celui du Mont-Genèvre, de tout temps l'un des plus faciles, était pour lors, à ce qu'il semble, le seul praticable sans trop de dangers. Ce fut pour le gagner que Zaban et Rhodane descendirent vers Avignon et prirent, le long de la Durance, la route qui y conduit. Mais Mummole avait bien calculé leur marche et avait la moitié moins de chemin à faire qu'eux pour venir de Grenoble leur couper, où il voudrait , la route du Mont-Genèvre. Il se trouvait à Embrun , avec une forte armée, lorsque les Lombards se présentèrent devant cette ville. Pour passer outre il fallait livrer une bataille et la gagner; ils la perdirent; il n'y eut de tout leur corps que les chefs et un petit nombre de soldats qui parvinient à s'échapper. Tout le reste fut taillé eu

pièces et leur butin resta pêle-mêle avec les moils sur le champ de bataille.

Arrivés à Suze, Zaban et les débris de son armée se croyant désormais erf sûreté, se flattaient de prendre quelque repos; mais 3Iummole, qui se complaisait à pousser à l'extrême la terreur qu'il leur avait inspirée, ne leur laissa pas ce relâche. î\e pouvant les poursuivre jusqu'à Suze, qui était alors censé appartenir à l'empereur d'Orient, il y envoya un de ses esclaves avec l'ordre de répandre le faux bruit de son approche. A ce bruit, Zaban et les siens, repris d'épouvante, se remirent en fuite et se dispersèrent de divers côtés.

Amo, le troisième chef de l'expédition lombarde, dès les premières nouvelles qu'il eut des revers de ses deux compagnons, se mit en retraite pour ne pas éprouver le même sort. Mummole l'attendait probablement aussi lui, sur la route du Mont-Genèvre; mais Amo préféra les risques d'un mauvais passage des Alpes à ceux d'une bataille. Il se retira, on ne sait par quel défilé; mais il ne fut guère plus heureux que Rhodane ou Zaban. Ce que ceux-ci avaient perdu à combattre, il le perdit à travers les précipices, les torrents et les neiges des Alpes; il y laissa tout son butin et le plus grand nombre de ses guerriers. Ce fut encore là une victoire de Mummole, puisque c'était lui qui, par ses manœuvres et par la terreur de ses armes, avait réduit le chef lombard à tenter une voie si dangereuse.

Cette quatrième ou cinquième invasion des Lom-

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bards dans l'empire frank fut la dernière. La lutte des deux peuples ne finit pas là; mais c'était sur le sol même de l'Italie qu'elle devait se continuer, et le résultat en fut en quelque sorte décidé d'avance par Mummole.

Quoique étrangères à la marche intérieure de la conquête et du gouvernement des Franks dans la Gaule, les expéditions dont il s'agit s'y rattachent d'une manière assez positive, en ce qu'elles fournirent au patrice victorieux l'occasion d'acquérir la haute renommée qui en fit, comme nous verrons par la suite, le personnage pohtique le plus actif et le plus influent de son époque.

Tandis que Mummole défendait glorieusement la Burgondie contre les Lombards, une autre guerre beaucoup plus horrible, beaucoup plus complexe dans ses causes et dans ses suites, éclatait au Nord de la Gaule, entre Chilpéric et Sigebert. Ces deux frères étaient l'un et l'autre si enclins à cette guerre qu'il importe fort peu de chercher lequel des deux fut l'agresseur. Du reste il paraît que ce fut Chilpéric qui, maître jusqu'à un certain point de choisir le théâtre des hostilités, le choisit en Aquitaine.

C'était là dans la politique des descendants de Clovisun parti tout nouveau dont l'histoire n'explique point les motifs, et ce parti fut pour les Aquitains la cause des calamités les plus grandes et les plus diverses. Nous allons voir pendant long-temps ces peuples employer à faux, les uns contre les autres,

l'énergie et les forces qu'ils avaient jus(jue là essayées ou tenues en réserve contre leurs conquérants.

La guerre dont il s'agit commença en 573 par l'invasion de la Touraine et du Poitou. Ces deux pays appartenaient, comme bn s'en souviendra, à l'Aquitaine austrasienne. Chilpéric les fit occuper l'un après l'autre par une armée de Franks, aux ordres de son fils Clovis. Contran n'était pas immédiatement intéressé à cette violence de Chilpéric; il crut néanmoins devoir prendre parti entre les deux adversaires, et se déclarer pour Sigebert, avec lequel il conclut une alliance dont le résultat fut l'envoi en Aquitaine d'une armée de Burgondes et d'Austrasiens, chargée de remettre la Touraine et le Poitou sous l'obéissance de Sigebert. Le patrice Mummole était déjà dès lors célèbre; il venait de repousser la seconde invasion des Lombards dans la Haute-Provence, et dans un intervalle où sa présence ne semblait pas nécessaire en Burgondie, on lui donna le commandement de celte armée austro-burgondienne, envoyée en Touraine et en Poitou contre le fils de Chilpéric.

Les détails manquent sur cette nouvelle expédition de Mummole; tout ce que l'on en sait, c'est qu'elle fut ^heureuse comme toutes celles où il commandait. Clovis fut battu en Touraine et obligé de fuir; mais au lieu de repasser la Loire , il se retira à Bordeaux, l'une des villes de son père, où il fut quelque temps tranquille et en sûreté. Mummole, après avoir exigé des habitants du Touis uu

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nouveau serment de fidélité au roi Sigebert, se dirigea sur Poitiers, pour y faire la même justice.

La conduite des Poitevins en cette rencontre est à remarquer. Il parait c|ue l'échange qu'ils avaient fait de la domination "ustrasienne pour celle de la Neu strie leur avait été agréable; peut-être même avait-il été la suite de quelque mouvement ou de quelque intrigue de leur part. Il est au moins difficile d'expliquer autrement ce qui se passa dans celte ville lorsque Mummole s'y rendit pour la soumettre de nouveau au roid'Austrasie. Les citoyens, bien c{ue réduits à leurs propres forces, avaient résolu de lui résister; ils sortirent en armes à sa rencontre, pour lui livrer bataille, sous le commandement de Basile et de Syagrius, deux personnages puissants parmi eux , et probablement deux de leurs chefs municipaux. L'action fut vive et sanglante; mais les Poitevins, c[ui n'avaient pas même pour eux l'avantage du nombre, furent enveloppés de toutes parts et horriblement battus. Mummole etitra à Poitiers sur les traces des fuyards , et y fit, sans autre obstacle, reconnaître Sigebert pour roi. Ce fut sans doute lui qui établit ou rétablit alors dans cette ville , en qualité de duc austrasien, ce même Gondebaud que nous y retrouverons tout à l'heure.

Peut-être Mummole prit-il aussi dans cette campagne la ville de Cahors , qui dépendait du royaume de Neustrie, ou peut-être cette ville, mécontente du gouvernement de Chilpério , profita-t-elle du

moment où celui-ci était battu en Aquitaine pour se donner à l'un de ses deux adversaires. Toujours paraît-il qu'elle profita de l'expédition de Mummole pour changer de souverain.

Les victoires de l'heureux patrice en Aquitaine furent suivies de quelques tentatives pour le rétablissement de la paix entre Sigebert et Chilpéric. Contran réunit à Paris un certain nombre d'évéques pour délibérer sur les différends des deux frères et y mettre fin par leur décision; mais cette assemblée se sépara sans avoir rien prononcé ou sans avoir été écoutée.

Ce fut probablement alors que saint Germain, évéque de Paris, écrivit à Brunehautune lettre qui nous est restée et où le saint exhortait la reine à faire usage de son crédit sur Sigebert pour le détourner de la guerre. 11 y a dans cette lettre quelques expressions d'une franchise assez noble qui commençait à devenir rare, même de la part des évéques, et d'une tristesse qui peut passer pour un reflet de celle de tous les hommes un peu cultivés à des époques si violentes et si barbares. « Bien que ces contrées soient déjà faites au malheur, dit saint Germain, et que nous touchions désormais à notre complète destruction , je n'aurais cependant pas désespéré de voir la miséricorde divine suspendre encore ses châtiments dans l'attente de notre amendement, si ce n'était le règne absolu de ces volontés qui engendrent la mort, de celte cupidité , racine de tous les maux , et de cette fu-

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leur qui anéantit tout sentiment de prudence. » On ne sait pas quel effet cette lettre produisit sur Bnmehaut, ni par elle sur Sigebert; mais il est à noter que ce ne fut point celui-ci qui recommença les hostilités; ce fut encore Cliilpéric. Il envoya une nouvelle armée en Aquitaine pour y leprendre les villes et les pays que Mummole venait de lui enlever, et donna à l'aîné de ses fils, à Théodebert, le commandement de cette expédition. Elle fut remarquable par la barbarie avec laquelle s'y comportèrent les Franks de INeustrie. Ils s'y montrèrent beaucoup plus indisciplinés et plus inhumains que ne l'avaient été les compagnons deClovis , quand ils avaient conquis ce pays sur les Visigoths. Tours, la première des villes de l'Aquitaine censées ennemies qui se rencontrait sur leur passage, fit quelques démonstrations de résistance et leur ferma ses portes. Ils se répandirent alors dans les campagnes, détruisant tout par le fer ou par le feu, et ils avaient déjà fait un désert hideux d'une grande partie de la contrée lorsque Tours se rendit à eux pour éviter la dévastation du reste.

Des bords de la Loire les Neustriens marchèrent sur Poitiers où ils trouvèrent le duc Gondebaud, qui essaya de les arrêter avec les milices du pays. Il n'était pas à présumer que celles-ci, rentrées à contre-cœur sous la domination de l'Austrasie, combattraient avec bravoure pour y rester; elles se défendirent mal et se laissèrent aisément mellre en déroute; mais elles curent bientôt sujet de s'en

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repentir. Les Neuslrieiis entrèrent à Poitiers connue clans une ville prise d'assaut et y massacrèrent une bonne partie des habitants; ceux qui restèrent reconnurent de nouveau Cliilpéric pour niaitre.

L'expédition des Neustriens ne finit point là ; ils se répandirent dans d'autres parties de l'Aquitaine, poi'tant partout la même épouvante et les mêmes lavages, incendiant les églises après les avoir pillées, massacrant les prêtroB, dévastant les monastères, pourchassant les moines, violant les religieuses, et, selon Grégoire de Tours, suscitant partout à l'église une persécution pire que celle de Dioclétien. Parmi les provinces de l'Aquitaine oii les rSeustriens firent alors le plus de mal, on cite le Limousin et le Quercy. Le premier appartenait à Sigebert , et il était tout simple qu'il fût dévasté. Il semble qu'il n'aurait pas dû en être de même du Quercy , (jui faisait partie des domaines de Chilpélic; mais il y a tout lieu de croire que ce dernier pays avait donné aux Neustriens quelque prétexte d'être traité avec barbarie, et c'est le fait même de ce traitement qui m'a induit plus haut à conjecturer que Cahors s'était un moment soustrait à la domination de Cliilpéric, durant la campagne de Mummole.

Pour ce qui est des villes de l'Aquitaine burgondienne, l'histoire ne dit point expressément qu'il yen eût aucune d'envahie par ïhéodebert; mais il résulte implicitement de divers faits, (|ui trouveront leur place ailleuis, (ju'il dut s'enqjarer au

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moins d'\ngouléme, et que ce fut même là ou près de là qu'il s'établit avec son armée pour veiller à la garde de ses conquêtes et attendre les événements.

Le temps oii ces choses arrivaient en Aquitaine était celui du passage en Provence des deux cent mille Saxons qui, aux termes de leur convention de l'année précédente avec le patrice Mummole , devaient retourner dans leur pays. Cela explique pourquoi Contran n'envoya point alors d'armée outre Loire. Quant à Sigebert, il ne lui était pas facile de faire la guerre en Aquitaine. Plus il avait besoin des habitants du pays et moins il pouvait compter sur eux. Il lui fallait presque nécessairement, pour la moindre opération militaire, offensive ou défensive, y envoyer des Franks d'Austrasie, ce qui était toujours long à cause des distances et impossible dans le cas où il était, brouillé à la fois avec le roi de Neustrie et avec celui de Burgondie, car il ne pouvait arriver à la Loire que par les Etats de l'un ou de l'autre. Quelque importance qu'il attachât donc à ses possessions en Aquitaine, il ne prit alors aucune mesure pour les défendre directement; il se contenta d'y envoyer, avec le titre de duc et un petit corps de troupes austrasiennes, un de ses leudes noamié Sigulfe, dont la conduite peu connue présente quelque chose d'assez mystérieux.

Nous avons vu que le fds de Chilpéric, Clovis, rliassé de Tours par le j)atricc Mummole, s'était

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réfugié à Bordeaux où il se croyait en sûreté. Au lieu de chercher d'abord à reprendre les villes récemment conquises par Théodebert , Sigulfe se jeta sur l'Aquitaine neuslrienne et s'empara de Bordeaux, où il prit Clovis au dépourvu, si bien qu'il l'en expulsa, le pourchassant comme un cerf aux abois, dit Grégoire de Tours, et resta mailre de la ville et du pays. L'histoire ne dit pas ce qu'il y fit; mais il y eut vers cette même époque, dans la partie méiidionale de l'Aquitaine neustrienne, un personnage de même nom que lui et qui a bien l'air de n'être pas autre que lui, lequel essaya de se faire déclarer roi indépendant de toute la contrée jusqu'à Toulouse inclusivement et périt presque aussitôt dans son ambitieuse tentative. Malgré l'impossibilité de rattacher ce fait par des détails à l'histoire des Aquitains, je le cite comme remarquable en lui-même et en preuve de la disposition constante de ces peuples à seconder toutes les rébelhons qui tendaient à les détacher de l'empire frank.

La querelle de Sigebert et de Chilpéric ne pouvait pas se décider en Aquitaine. Dans l'impossibilité où était le premier de défendre immédiatement ses domaines d'Outre-Loire, il était réduit à faire une guerre de diversion et à tourner ses efforts contre la Neustrie elle-même. Dans ce dessein il appela à son secours les populations geimaniques d'Outre-Rhin qui lui étaient soumises. Elles accounnent avec empressement, attirées par l'espoir

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