‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 22 sur 69 · IX^H RÈGNE · texte numérisé non relu

IX^H RÈGNE

du pillage , et l'armée austrasienne , doublée par elles, prit à grandes journées le chemin de la Neustrie, sous la conduite de Sigebert.

Informé de sa marche , Chilpéric se hâta d'assembler ses forces, en même temps qu'il envoyait à son frère Contran un message pour lui annoncer ce qui se passait, l'exhortant, au nom de l'intérêt commun, à se joindre à lui contre ces hordes de Barbares prêtes à ravager le centre de la Gaule. La demande de Chilpéric était dans les idées de Contran, qui y souscrivit sans hésitation et sans délai. Une alliance venait d'être conclue entre les deux frères contre le troisième, lorsque celui-ci parut, avec ses Austrasiens et ses Barbares, sur la rive droite de la Seine; mais il trouva devant lui, sur la rive opposée, l'armée de Chilpéric prête à lui disputer le passage. Jugeant l'opération hasardeuse, il délibéra un instant et pensa qu'il y avait meilleure chance pour lui à menacer Contran, pour en obtenir de passer le fleuve en Burgondie. 11 fit donc un mouvement à gauche, vers la frontière de ce dernier royaume, et envoya demander à son frère la liberté de traverser la Seine sur ses terres, lui dénonçant, en cas de refus, qu'il allait fondre sur lui avec les terribles bandes de Germains qu'il liaînait à sa suite. Contran n'osa point braver la menace, et, par le même motif d'intérêt qui lui avait fait naguère agrée)- l'alliance de Chilpéric contre Sigebert, il accepta alors l'alliance de celuici contre le premier.

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Sigebert passa donc la Seine burgoïKlieniie où bon hii parut et lâcha ses bordes de Barbares sur les parties orientales de la Neustrie. Chilpéric apprit en même temps la défection d'un de ses frères et l'approcbe de Tautre. Ne se sentant pas le cœur ou les forces de faire face à l'orage, il se retira du côté de Chartres, où Sigebert vint le chercher eu lui proposant la bataille.

A cette proposition Chilpéric, de plus en plus alarmé, répondit par des offres de paix qui furentaccueillies contre toutes les apparences. Il s'engagea à restituer sur-le-champ à Sigebert tout ce qu'il lui avait enlevé en Aquitaine, à la condition que celuici se retirerait aussitôt avec ses auxiliaires d'Outre- Rhin. Cette dernière condition du traité n'en était pas la plus facile à remplir. Les Barbares n'avaient suivi Sigebert que dans l'espoir de piller en toute liberté les contrées où il les menait, et les renvoyer sans butin c'était leur manquer de foi. La plupart d'entre eux s'en plaignirent hautement à la face de Sigebert; d'autres, auxquels les plaintes ne suffisaient pas et qui ne voulaient rien perdre à cette paix imprévue , se répandirent dans les campagnes et dans les villages des environs de Paris, les pillèrent, en emmenèrent les habitants captifs, après quoi ils y mirent le feu. Ce ne fut qu'à force d'intrépidité et de fermeté que Sigebert réussit à modérer un peu cette ardeur de brigandage et à renvoyer au-delà du Rhin ces périlleux auxiliaires qui l'avaient passé si volontiers. Toutes

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ces choses arrlvèi-ent dans l^coui-s de l'année 574.

Clîilpéric, en traitant avec Sigebert, l'avait joué; il n'avait voulu que se donner un peu de loisir pour se mieux préparer aux représailles. A peine donc vit-il les forces de son adversaire dispersées ([u'il conclut avec Contran une nouvelle alliance, fit attaquer de nouveau les possessions de Sigebert en Aquitaine, tandis que lui-même, envahissant l'Âustrasie, s'avança, le fer et la flamme à la main, jusqu'à Reims.

Sigebert furieux rappelle en toute hâte ses leudes austrasiens et ses Barbares de Germanie. 11 force pour la seconde fois Contran à rompre son alliance avec Chilpéric, et, fondant de nouveau sur la Neustrie , il vient camper sous Paris , d'où il se dispose à marcher contre son ennemi, résolu de lui livrer une bataille décisive. Chilpéric n'était déjà plus en mesure de l'accepter; tous ses leudes l'avaient abandonné. Suivi d'un seul d'entre eux il court s'enfermer à Tournai avec ses enfants et sa femme Frédéçfonde. La Neustrie est ainsi abandonnée à Sigebert qui, pour en prendre possession, n'a besoin que de la parcourir. Il cherche principalement à s'assurer des villes et des places situées sur les bords de la Seine , et descend le long du fleuve jusqu'à Piouen , sans trouver de résistance nulle part.

Il y eut dans ce bouleversement de la Neustrie un incident à remarquer, parce qu'il signale clairement et en grand les défiances réciproques des rois

d'Austrasie et de leurs leirJes. Sigebert \oulut donner aux peuples d'Outre-Rhin les villes qu'il venait de conquérir en Keustrie, et peut-être les leur avait-il promises. C'eut été une sorte de révolution politique; c'eût été admettre aux bénéfices de la conquête et au rang de conquérants de la Gaule de nouveau-venus qui, bien que Germains de race, n'en avaient pas moins été jusque là les sujets des Franks. Les Austrasiens ne le souffrirent pas; ils firent tant que la concession projetée n'eut pas lieu.

De Rouen Sigebert revint à Paris, où Brunehaut le joignit avec ses enfants, pour mieux jouir d'un triomphe qu'il ne tenait qu'à elle de regarder comme une vengeance de l'assassinat de sa sœur Galswinta. Ce fut là que les leudes neustriens entrèrent en négociation avec lui. Dans la position où ils se trouvaient entre les deux rois belligérants, il n'y avait pour eux que deux partis: se rallier spontanément au vaincu et combattre avec lui pour leurs intérêts communs, ou traiter de leurs intérêts personnels avec le vainqueur en le reconnaissant pour maître. Ce dernier était de beaucoup le plus expéditif et le plus aisé; ce fut celui qu'ils prirent. Ils offrirent à Sigebert de le faire roi de Neustrie, à condition de conserver sous lui les terres et les offices qu'ils tenaient de Chilpéric; et leur proposition fut acceptée aussitôt que finie. Sigebert leur donna lendez-vous à Vilriac, où il fui convenu qu'il serait par eux proclamé roi apiès

quoi l'on marcherait sur Tournai, qui n'était qu'à peu de milles de là, pour y assiéger Cliilpéric. Il envoya en attendant des troupes devant lui pour commencer le siège, et partit bientôt après pour yitriac.

Les Neustriens le suivirent de près au rendezvous, et le jour vint où il devait être couronné. La cérémonie se fit selon les usages germaniques; on promenait Sigebert, élevé sur un pavoi, à travers l'armée neustrienne qui le proclamait son chef, sous le titre de roi. Deux jeunes Franks s'avancent, comme ayant des fonctions à remplir dans la cérémonie. Ils s'approchent de Sigebert, se postent l'un à sa droite, l'autre à sa gauche, et aussitôt le nouveau roi tombe, en poussant un grand cri, de son pavoi , frappé dans chaque flanc d'un long couteau empoisonné. Les premiers d'entre les siens qui accourent pour le soutenir le trouvent déjà mort. Les deux assassins succombent au même instant, percés d'autant de coups qu'ils en peuvent recevoir; mais une mêlée, un combat s'engage autour de leurs cadavres ; d'autres sont frappés, sont égorgés, et ce sont des amis de Sigebert. Charogesile, son chambellan et son favori, est jeté mort sur la poussière; un autre de ses leudes, un Goth, nommé Sigila, est traîné sur la place, horriblement déchiré et laissé pour mort. Toute la foule qui remplissait le camp se dissipe en un clin d'œil , et de tant de sujets austrasiens , neustriens, germains qui, un moment plus tôt , semblaient jouir de voir Sigebert

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promené comiue roi sur leurs lètes, il n'en est pa:i un qui songe à enlever son cadavre pour l'ensevelir.

Les deux assassins de Sigebert étaient deux serviteurs de Frédégonde, auxquels cette femme avait su inspirer le dévouement féroce dont ils venaient de faire preuve. Mais le tumulte général qui suivit leur action semble démontrer qu'ils furent soutenus par un nombreux parti de Neustriens, peutêtre même d'Austrasiens.

La nouvelle de cette étonnantecatastroplie arriva bien vite à Tournai. Quand Chilpéric la reçut, il délibérait sur les moyens de sauver, non plus son trône, mais sa vie. On conçoit aisément quelles furent sa surprise et sa joie. Cependant il lui importait de ne pas perdre un moment ; il partit en toute hâte de Tournai, pour revenir à Paris, ne s'arrêtant en chemin que le temps indispensable pour faire enteiier son frère. Mais il n'en fallut pas davantage pour que le bruit de sa miraculeuse délivrance le devançât aux bords de la Seine. Ce bruit lui rendit subitement une foule de serviteurs, dont chacun s'évertua à lui donner des marques de sa fidélité renaissante. Ce furent eux sans doute qui, au premier bruit de la tragédie de Yitriac, s'assurèrent de Brunehaut et de toute sa famille, afin qu'à son arrivée Chilpéric put en disposer comme bon lui semblerait.

Au nombre des prisonniers se trouvait le fils unique de Sigebert, Cliildebert, enfant de cinq ans,

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