AU NOM DE GONDOVALD. CONTINUATION DE LA
GUERRE d'aquitaine. PROGRÈS DE LA CONSPIRA- TION DK GONDOVALD. ASSASSINAT DE CIIILPERIC.
CATASTROPHE DE GONDOVALD.
Une circonstance à noter dans les dernières guerres d'Aquitaine, c'est que riiomme de guerre de l'époque , le vainqueur des Lombards , des Saxons et des Neustro-Aquitains , le patrice Mummole n'y avait point figuré. Des armées burgondiennes avaient combattu au-delà de la Loire et ce n'élait pas lui qui les avait commandées ; elles avaient été battues, et il n'était point venu les remettre sur les voies de la victoire. Il y avait dans son oisiveté quelque cliose de suspect, le présage de quelque grande nouveauté.
Tout s'expliqua en 58 1. Dès le commencement de cette année Mummole, abandonnant le service du roi Contran, se retira, avec sa femme, ses enfants, sa nombreuse suite et ses immenses trésors , dans la ville d'Avignon , qui appartenait à Cliildebert^. Les circonstances de cette retraite sont trop
(i) Grpg. Tiir. Hist. VI. i. — IVIarii Chroi.ir. ad. A. 58i.
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peu connues pour qu'il soit possible de la qualifier l)ien exactement et de dire si elle était, de la part de Mummole, une trahison spontanée, ou si le roi Contran y avait donné quelque prétexte. Ce qui est sûr, c'est qu'elle fit grand bruit, non-seulement en Burgondie , mais dans la Caule entière. Les chroniqueurs contemporains les plus concis en ont tenu note comme d'un événement capital, comme d'un fait aussi grave à leurs yeux que la mort ou l'avènement d'un roi , que l'apparition d'une comète, qu'une année de peste ou de famine.
Un concile des évéques de Burgondie s'assembla alois à Lyon, et si ce ne fut exprès pour délibérer sur la fuite de Mummole, au moins cette fuite futelle le sujet dont il s'occupa le plus. Crégoire de Tours dit qu'après avoir réglé quelques affaires ecclésiastiques les pères de ce concile se rendirent auprès du roi Contran , s'entretinrent beaucoup avec lui de la retraite du patrice et traitèrent en passant des discordes dont elle était la suite*.
Cette retraite était en effet le résultat de discordes très compliquées et d'intrigues fort obscures sur lesquelles j'aurais besoin de jeter un peu de jour. Il me faut pour cela reprendre les choses de plus loin et revenir un moment sur le passé.
La lutte morale et politique de la royauté mérovingienne contre l'ancien esprit germanique . cette
(i) Loc. cit.
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lutte , qui avait commencé en Austrasie sous Thierry, y était devenue plus vive sous Sigebert. Plusieurs des incidents de la catastrophe de ce dernier sont une expression manifeste des défiances et de l'opposition qu'il avait rencontrées dans ses leudes ; et comme il est sur que Brunehaut avait eu beaucoup de part aux résolutions les plus absolues de son époux, il n'est pas douteux non plus qu'elle n'eût été comprise dans les résistances que ces résolutions avaient provoquées.
Sigebert n'avait laissé pour lui succéder qu'un enfant de cinq ans; or, avoir un enfant pour roi et la tutelle de cet enfant, c'était , pour les chefs du parti de l'indépendance germanique, tout ce qu'ils pouvaient souhaiter de plus heureux. On s'en aperçut bien au zèle avec lequel ils enlevèrent le petit Childebert de sa prison, le portèrent en Austrasie, le saluèrent roi et se nommèrent ses tuteurs. On s'en aperçut encore à l'empressement avec lequel plusieurs leudes de Sigebert qui s'étaient donnés à Chilpéric, abandonnèrent les riches possessions qu'ils avaient obtenues de ce dernier, pour retourner en Austrasie aussitôt qu'ils la virent gouvernée par un enfant.
Lorsque Brunehaut, remise en liberté par Chilpéric, retourna auprès de son fils, elle trouva tous les postes de l'ambition et de l'intrigue occupés autour de lui et bien gardés. Tout ce pouvoir royal dont elle avait une opinion si haute, auquel elle se croyait des droits sacrés, elle le trouva aux
DE GONDOVALD. auD
mains d'hommes qui la craignaient ou la détestaient, et bien décidés à ne point le partager avec elle.
Parmi ces tuteurs de Cbildebert, ennemis de sa mère , l'histoire en signale plusieurs. Gontran-Bozon en est un, ce même duc que nous avons déjà vu en Aquitaine, commandant l'armée de Sigebert. Deux autres jusqu'ici moins connus sont Ursio et Berktefried, auxquels il faut ajouter Gogo, le maire du palais*. Le chef de ces leudes turbulents, l'ame des intrigues auslrasiennes, était un GaIIo-R.omain, Gilles ou ^gidius, évéque de Reims. Tout le mal que ce personnage faisait ou voulait à Brunebaut s'explique de reste par ses liaisons avec Frédégonde, à laquelle il était pleinement dévoué, jusqu'au point, croyait-on , de l'avoir secondée dans tout ce qu'elle avait fait pour perdre un des fils de son époux , le jeune et malheureux Mérovée^.
Dans ces circonstances si difficiles, Brunebaut ne perdit point courage; elle parvint, à force d'adresse, à réorganiser autour d'elle un parti royal à opposer à celui des leudes auslrasiens. Mais on ne connaît guère que le chef de ce parti; ce fut Lupus, duc de Champagne, personnage éminent parmi ce qui restait alors des anciennes familles gallo-romaines. Il avait d'abord été duc de la Provence austrasienne pour le roi Sigebert qui, voulant en-
(i) Gre-oi. Tur. Hist. V. /jn.