‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 25 sur 69 · JJ. V · texte numérisé non relu

JJ. V

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suite le rapprocher de lui, l'avait fait pour cela duc de Champagne *. Il avait eu depuis l'occasion de se distinguer à la guerre et avait gagné sur les Danois et les Saxons des batailles dont les historiens ne parlent pas, mais que Forlunat a célébrées dans ses vers 2.

Divisée entre ces partis l'Austrasie avait dû perdre et avait en effet perdu presque toute indépendance et toute nationalité. Usurpée par des hommes qui n'avaient, la plupart, en vue qu'un grossier intérêt personnel, la force du pays appartenait par le fait à quiconque avait de quoi acheter ces hommes. Or, il y avait là deux puissances rivales qui avaient les mêmes motifs et un besoin égal de s'approprier celte force ; c'étaient les rois de Burgondie et de Neustrie, qui devenaient de jour en jour plus jaloux, plus ennemis l'un de l'autre, et dont l'un ne pouvait obtenir une supériorité décidée sur l'autre à moins d'avoir les Austrasiens pour auxiliaires.

Comme il y avait deux partis pour solliciter et acheter cette alliance, ceux qui pouvaient la vendre ou la procurer s'étaient divisés de même en deux factions dont chacune avait ses inclinations et ses répugrances. L'une de ces factions penchait pour le roi Contran, toutes les fois qu'il y avait nécessité de se déclarer entre lui et Chilpéric; c'était en gé-

(i) Greg. Tur. Hist. IV. ',7.

(2) Fortiinali Ticlav. Kp. Carmiria. VII. VIII.

DE GONUOVALD. ^l'j

néral la faction dirigée par le duc Lupus, celle même de Bruneliaut. L'autre, celle qui avait pour chef l'évéque .Egidius, était décidément livrée à Cliilpéric et à Frédégonde.

Bien que ces factions fussent d'ordinaire op- ])Osécs dans leurs intrigues et dans leur but, il y avait cependant des cas où elles avaient l'air de se rapprocher pour agir, intriguer et conspirer de concert. Tel fut , en particulier, le cas auquel se rapportait la retraite du palrice Mummole, et qui en renferme la seule explication possible. On en jugera par l'exposé des faits que je dois reprendre de plus haut.

Une femme qui prétendait avoir été admise au lit de Clotaire I, parut un jour devant Childebeit, roi de Paris, menant par la main un jeune garçon qu'elle nommait Gondovald et dont elle était la mère. « Voici ton neveu, dit-elle au roi en le lui « présentant; voici un fds du roi Clotaire, mais il «est odieux à son père; veuille donc bien le rece- « voir auprès de toi, car il est de ton sang. » Childebert n'avait point d'enfanls; il accueillit volontiers celui qu'on lui présentait et résolut de le garder auprès de lui, ne doutant point qu'il ne fût véritiililement son neveu. Clotaire, informé de sa résolution et voulant ou feignant de vouloir voir l'enfant, le fit demander à son frère par des messagers. Gondovald fut donc amené à Clotaire qui, le voyant, se prit à dire : « Je n'ai point engendré cet enfuit. » VX là-dessus, il oidonna qu'on lui

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coupàL les cheveux que l'enlaut portait flottanls* sur ses épaules, à la manière des Franks de race royale'^.

Après la morl de Clotaire, Goudovald avait été de rechef accueilli et reconnu pour neveu par Charibert; mais Sigebert, prenant scandale de cette adoption , avait de nouveau fait tondre le pauvre jeune homme et l'avait envoyé en exil à Cologne. Là ou ailleurs, celui-ci avait passé plusieurs années dans l'abandon et la pauvreté, obligé , à ce qu'il semble, de vivre de son industrie, et particulièrement de celle de peintre de décoration ; car l'usage romain d'orner de peintures les murs des appartements était encore alors très ordinaire. Ses prétentions et ses aventures avaient fait du bruit, si bien qu'il était partout connu sous le nom de Ballomer^ sobriquet gaulois qui parait signifier le faux prince 2.

Las à la fin d'être le jouet de la multitude et de ceux qu'il nommait ses proches, Gondovald avait passé les Alpes pour aller chercher fortune en Italie. C'était le temps où INarsès gouvernait ce pays qu'il venait de conquérir sur les Goths. Gondovald s'était adressé à lui, lui avait inspiré de l'intérêt, et il s'était marié sous les auspices de ce puissant protecteur. Quelque temps après, ayant perdu sa femme, il s'était retiré à Constantinople,

(i) Gregor. Tur. Hist. VI. ik- (2) LU lot-, cit.

DE GONUOWLD. ast)

avec deux, fils qu'il avait eus de son mariage, et, bien recommandé sans doute à l'empereur Maurice, il en avait reçu le meilleur accueil et s'était dès lors fixé dans la capitale de l'Orient, où il vivait heureux, considéré et n'ayant aucune raison de regretter la Gaule, encore moins ceux qui l'avaient repoussé loin d'eux et jeté à l'aventure dans le monde*. Tout porte à croire que Gondovald était vraiment le frère de Cliilpéric et de Contran. La répugnance obstinée de Clotaire à le renier pour son fils n'est pas une preuve suffisante qu'il ne le fût pas.

Les rois mérovingiens avaient des relations fréquentes avec Constantinople; ils y envoyaient souvent des ambassadeurs, et ceux-ci avaient naturellement l'occasion de voir Gondovald, de lui parler ou d'en entendre parler. Il y a donc apparence que ce royal fugitif n'avait jamais été complètement oublié dans la Gaule et que sa mystérieuse destinée n'avait point cessé d'y être un sujet de curiosité et d'entretiens. Cela supposé, on s'étonne un peu moins de voir cette destinée devenir tout à coup , à la cour d'Austrasie, le thème d'une conspiration des plus vastes et des plus hardies.

Il ne s'agissait de rien moins, dans la pensée des conspirateurs, que d'attirer Gondovald de Constantinople, de le produire inopinément dans la Gaule comme le fils déshérité de Clotaire, réclamant à ce titre sa part de l'empire paternel, et la

( i) r.reg. Tiir. lor. cil.

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