‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 26 sur 69 · CO]>fSPIRATJO]Y · texte numérisé non relu

CO]>fSPIRATJO]Y

réclaiîîaut avec les forces nécessaires pour la prendre. Le complot étant l'œuvre des Austrasiens, il était bien entendu qu'il devait se dénouer dans leur intérêt et aux dépens de celui des rois Iranks qu'il plairait aux conspirateurs de désigner pour victime à Gondovald.

C'est dans ces termes généraux et vagues que le projet de cette étrange conspiration fut adopté par la plupart des personnages influents du royaume d'Austrasie, de quelque faction qu'ils fussent, de celle des leudes ou de celle de Brunehaut; mais les données manquent pour préciser davantage le but du complot et pour dire s'il fut dirigé contre Chilpéric ou contre Gontran , car c'eût été folie de conspirer contre tous les deux à la fois.

C'était là un point capital sur lequel il n'était pas facile aux conspirateurs de s'entendre. Brunebaut et tous ceux de sa faction avaient beaucoup plus de griefs contre Cbilpéric que contre Contran, tandis que le cbef du parti germanique, l'évèque .^^gidius, était au contraire l'ennemi déclaré du roi de Burgondie. Or, comme cette dernière faction était indubitablement, du moins au moment dont il s'agit, la plus forte des deux , il y aurait bien lieu d'en conclure que la majorité des conspirateurs visait , dès le principe, à renverser Contran. Peut-être néanmoins, si important qu'il fût, ce point fut-il laissé dans le vague et les deux partis cbercbèrent-ils à se tromper l'un l'autre sur le but di'linitif rie leurs efforis. Cela rp pouvait d'autant

DE GO:>rDOVALD. 1)1

mieux que , pour êlie mené à bout, le complot demandait du temps, et ({ue clia({ue fiiclion pouvait se flatter d'avoir le loisir et Tlfabileté de conduire les choses au terme qu'elle avait en vue.

Quoi qu'il en soit, le plan d'attirer Gondovald de Constantinople dans la Gaule et de le mettre aux prises soit avec Cliilpéric, soit avec Contran, fut adopté à la cour d'Austrasie dans le courant de l'année 579.

La première chose à faire pour les conspirateurs était d'exciter Gondovald à entrer dans leurs vues, en réveillant en lui des idées de vengeance ou d'ambition que le temps avait sans doute bien auioities. L'occasion leur fut favorable.

L'empereur d'Orient, Maurice, venait de monter sur le trône avec le projet de chasser les Lombards de ritalie , et d'employer les Franks d'Austrasie à celte entreprise ; il entama de bonne heure, à ce sujet, des négociations qui donnèrent lieu à mainte ambassade. Gontran-Bozon, avant été choisi pour en conduire et en présider une, fut chargé par sa faction de voir Gondovald à Constantinople, de l'entretenir et de l'engager à repasser dans la Gaule, en lui démontrant et en lui exagérant au besoin les chances qu'il avait d'y être fait roi. On ne sait pas précisément à quelle époque Bozon partit pour sa double mission; mais ce dut être vers la fin de Syg, ou, au plus tard, au commencement de l'année suivante*.

(1. (Irrgor. Tiir. Hisl. MI. '.fi.

a'i'À COrsSPIR.VTIO]!f

Il fut convenu que Gondovald, s'il répondait à l'appel qui allait lui être fait^ débarquerait à Marseille. Théodore, l'évéque de cette ville, oii il jouissait d'une grande faveur parmi le peuple, était chargé de le recevoir à son arrivée, de le protéger, de le conseiller au besoin et de le faire conduire en sûreté à Avignon , oii le patrice Mummole le prendrait sous sa direction et comme sous sa tutelle*.

Mummole avait été choisi pour chef suprême de la conjuration austrasienne; c'était lui qui devait tout faire au nom de Gondovald, soulever les peuples , lever des armées, les commander et les mener où besoin serait pour le succès de l'entreprise. On voit maintenant pourquoi il avait abandonné Contran, pourquoi, en s'enfuyant de la Burgondie, il s'était jeté dans un ville appartenant à Childebert, et voisine de Marseille, dans une ville forte où il pouvait braver les défiances dont il devenait l'objet par sa défection.

Outre le patrice Mummole , quelques grands personnages du royaume de Burgondie étaient entrés dans la conspiration , et devaient la seconder au moment où elle éclaterait. Un ancien abréviateur de Grégoire de Tours en nomme deux, Syagrius, évéque d'Autun, et Flavius, évéque de Châlons.

Après ces opérations préliminaires et en attendant des nouvelles de Constantinople, les leiides austrasiens reprirent avec une ardeur nouvelle le

(i) (irey. Tur. loc. cit.

DE GO>'Df>VALD. 2^i

cours de leurs intrigues avec la Burgoudie et la Neuslrie.

L'alliance conclue en 677, entre Childebert et Contran contre Chilpéric, durait encore en 58o, au £;rand dépit de l'évéque ^-Egidius et des siens, qui travaillaient de leur mieux à la rompre. Les circonstances vinrent à leur secours. A la mort de Sigebert, Contran s'était emparé de la moitié de Marseille qui appartenait à l'x^ustrasie ; il possédait la ville entière et y avait établi, avec le titre romain de préfet, un personnage du pays nommé Dynamius, qui ne reconnaissait point Childebert. L'évéque, au contraire, ce même Théodore dont il vient d'être parlé, était dans les intérêts austrasiens. De là, entre les deux personnages, de fréquentes querelles qui troublaient toute la ville, chacun des deux adversaires ayant son parti. Par une combinaison assez étrange et qui devenait pourtant de plus en plus commune, Dynamius était soutenu par le clergé, et l'évéque par le peuple^.

Après avoir été assez mal mené dans ces débats, après avoir été arrêté deux fois et deux fois relâché, l'évéque, s'enfuyant de Marseille, se rendit en Austrasie, probablement pour conférer de sa situation avec les leudes dominants. Il avait compté ne faire ({u'une courte absence; mais son clergé et son ennemi Dynamius, le voyant loin d'eux, manifestèrent hautement leur résolution de ne phis le re-

(i) Grpj;. Tiir. Hisl. VI. ii.

^34 COJVSPIRAÏiOW

cevoir, de sorte qu'il n'osait retourner à Marseille, où il ne pouvait désoiiiiais rentrer que de force.

Ces démêlés entre le préfet et l'évéque d'une ville importante s'étendirent bientôt à la Burgondie et à l'Austrasie. Cliildebert , se plaignant de l'injustice par laquelle il était dépouillé de sa moitié de Marseille, se déclara pour l'évéque; Contran soutint son préfet, bien décidé à garder les deux moitiés de la ville. Les partisans austrasiens de Chilpéric mirent tout leur savoir et tout leur zèle à envenimer la querelle*; des événements imprévus achevèrent leur ouvrage.

Ce qui avait décidé l'alliance de Cliildebert avec Contran et ce qui devait la rendre durable , c'était l'appât de son héritage que ce dernier, n'ayant point de fils, avait pu offrir à son neveu. Chilpéric qui, lors de la conclusion de cette alliance, avait encore trois fils, n'en avait plus à la fin de l'année 58o. Deux que lui avait donnés Frédégonde étaient morts d'une maladie contagieuse, et Clovis, le dernier qui lui était resié de ceux qu'il avait eus de la reine A.udovère, avait péri par les manœuvres de Frédégonde. Chilpéric était dès lors en pouvoir de faire aussi à Childebert l'offre de son royaume, et celte circonstance acheva d'aplanir aux Austrasiens de sa faction les difficultés qu'ils avaient Irouvées jusque là à rompre l'alliance de leur roi mineur avec Contran.

[}) Grog, 'l'nr loc. ril.

DE GO^'DOVALl). tj3j

Au commencement de l'année 58 1 , une ambassade des piincipaux leudes austrasiens, ayant Tévéque .i^gidius à sa tète, se rendit auprès de Chilpéric, dans une de ses habitations aux environs de Paris. Là, reçus en audience solennelle , ils lui proposèrent, au nom du roi d'Austrasie, la paix et une alliance contre Contran. <c II ne m'est pas resté de «fils, leur répondit Cliilpéric; c'est une punition «de mes pécliés; je n'ai plus maintenant d'autre «héritier que le fils de mon frère, le roi Childe- « bert. Qu'il hérite donc de tout ce que j'aurai pu « acquérir; mais qu'il me soit permis, tant que je « vivrai, de conserver le tout sans contestation et « sans scrupule^, w

On voit que Cliilpéric ne voulait rien restituer de son vivant de ce qu'il avait pris en Aquitaine à l'Austrasie; le nouveau traité fut conclu sur cette base.

De retour en Âustrasie, ^î^gidius et les autres leudes de sa faction, encouragés parce succès, résohnent de s'emparer totalement de Childebei t, en écartant de lui les hommes dévoués à Brunehaut. Deux d'entre eux, Ursio et Berktefried, à l'instigation d'.Egidius, levèrent des troupes dans le projet d'attaquer le duc de Champagne Lupus, et de l'exterminer lui et ses partisans. Ces troupes étaient en marche, et le duc les attendait à la tète des siennes, lorsque Brunehaut, effrayée pour celui-ci fies chances de la bataille, se jeta intrépidement

(i) GiPf;. Tiir. \1. ',.

au-devant des agresseurs, les relenanl, les suppliant de ne point commencer, en haine d'un seul homme qui n'avait fait aucun mal, une guerre funeste au pays. « Retire-toi, 6 femme, lui répondit « Ursio, le chef de ses adversaires; qu'il te suffise « d'avoir régné sous ton mari ; ton fils règne main- « tenant, et son règne est sous notre tutelle, non « sons la tienne. Retire-toi, si tu ne veux être foulée « aux pieds de nos chevaux. » Ce discours, qui caractérise hien le parti au nom duquel il était tenu, n'épouvanta point Brunehaut; elle persista dans ses efforts pour empêcher le comhat et fit tant qu'elle y réussit. Les ennemis de Lupus se contentèrent, pour cette fois, de piller sa demeure et de vociférer contre lui les menaces les plus terribles. Le duc, averti par cet orage que son parti n'était pas le plus fort, jugea prudent de quitter l'Auslrasie et se retira en Burgondie, auprès de Gonlian qui lui fît bon accueil*.

Restés les maîtres du pouvoir royal et du roi, les leudes austrasiens se hâtèrent de faire demander à Contran, par une ambassade, la restitution de la moitié austrasienne de Marseille, le menaçant, en cas de refus, de prendre ailleurs sur lui d'amples dédommagements. Pour toute réponse à leur demande, Contran donna l'ordre de fermer aux Aus^ trasiens les chemins de la Provence par la Bur^. gondie^.

(i) Grog. Tiir. Hisl. VI. /,. .2 A/ VI. ti.

DR GONDOV.VI.D. ^Z'j

Cette mesure embarrassa les leudes de Childebert; ce n'était sans doute pas uniquement dans un intérêt général de politique qu'ils désiiaient recouvrer leur part de domination à Marseille. L'année 58i touchait à sa fin; on avait probablement à la cour d'Austrasie de bonnes nouvelles de Constnntinople, et le temps approchait où Gondovald devait faire son appaiilion sur les côtes de la Gaule. Il importait donc aux leudes conspirateurs de faire rentrer à Marseille et de rétablir sur son siège Théodore, cet évèque chargé de recevoir le mystérieux personnage; car, comme on vient de voir, Théodore était resté en Austrasie , n'osant retourner seul à son évéché.

Comme il avait un parti très fort à Marseille, on pensa qu'il suffisait, pour l'y rétablir, de l'y renvoyer sous la conduite d'un homme d'autorité, d'un homme habile qui saurait mettre en jeu les forces comprimées de ce paiti. En conséquence, le duc Gondulfe eut mission de se rendre avec Théodore à Marseille, de remettre, s'il pouvait, sous la domination de l'Austrasie, la portion delà ville qui lui appartenait, et en tout cas de rétablir l'évéque sur son "siège. Gondulfe était un Gallo-Romain méridional, de famille sénatoriale, lequel, suivant une mode qui commençait à devenir commune en Gaule, avait pris un nom germanique.

Les voies directes de l'Austrasie en Provence étant closes, Gondulfe et Théodore furent obligés»

de l'aire un long détour par la Neuslrie et par le pays des Arvernes, et d'entrer en Provence par Avignon. S'étant présentés devant Marseille et ayant été reconnus, les portes leur furent aussitôt fermées, etDynaniius leur déclara qu'ils n'entreraient ni l'un ni l'autre; il leur fallut recourir à la ruse. Gondulfe, ayant attiré Dynamius à un colloque dans une église hors de la ville, avait pris ses mesures pour que les portes fussent brusquement fermées sur le préfet dès qu'il aurait passé le seuil et sans donner à son escorte le temps d'entrer avec lui. Dynamius est de la sorte introduit et comme poussé dans l'église, où il est retenu prisonnier, tandis que sa garde est repoussée des portes qu'elle cliercbait à briser. Gondulfe fait alors appeler les membres de la curie et les citoyens de Marseille, pour leur demander d'être admis dans la ville, lui et l'évéque. Dynamius pressentant le résultat de cette démarche ne juge pas à propos de l'attendre; il traite avec Gondulfe, consent au rétablissement de Théodore et reconnaît la souveraineté de Childebert. Le reste n'est plus qu'une fête; les portes de l'église et celles de la ville s'ouvrent à la fois, et l'évéque exilé, escorté de Dynamius et de Gondulfe , rentre à Marseille aux acclamations de tout un peuple charmé de son retour. Mais ce concert de joies dura peu; la réconciliation de Dynamius avec Théodore était feinte; leurs querelles recommencèrent aussitôt après le départ de Gondulfe, et

DE GONDOVAI.D. 2 3^

les lesseiitinients qui avaient déjà éclaté à ce sujet entre Childebert et Contran s'aigrissaient de plus en plus*.

Chilpéric en profitait pour l'avancement de son projet favori, de conquérir toute l'Aquitaine. Aussitôt après son alliance conclue avec Childebert, il avait donné l'ordre au duc Didier, devenu son homme de guerre , de s'emparer des autres villes de l'Aquitaine burgondienne, les mieux situées pour arrondir le duché de Toulouse. Didier se mit donc en campagne et attaqua d'abord Périgueux, qu'il prit après avoir battu et mis en fuite Ragnovald, le duc burgondien chaigé de le défendre. Il marcha de là sur Agen dont il s'empara, à ce qu'il semble, sans coup férir. Enfin toutes les villes que Contran possédait dans l'Ouest de l'Aquitaine lui furent enlevées l'une après l'autre et prêtèrent serment de fidélité à Chilpéric, qui se hâta d'y exercer tous les droits de la souveraineté. 11 s'attribua les impôts que ces villes avaient jusque là payés à Contran, chassa de partout les comtes nommés par celui-ci, et leur en substitua d'autres de son choix, mais tous ou presque tous, il importe de le remarquer en passant, Callo-Romains comme leurs prédécesseurs. Quant aux anciennes institutions municipales, il n'y fut rien changé 2.

Il paraît, au silence absolu de l'histoire sur la

(i) Greg. Tnr. loc. rit.

(2} Id. VI. 12.

^4t) COlVSPlRATlOJr

résistance de ces villes de l'Aquitaine burgondienne, qu'elles en firent peu, à l'exception d'une toutefois, à l'exception de Bourges. Celle-là fit preuve dans cette guerre d'une ardeur belliqueuse d'autant plus étonnante que l'on ne peut guère l'attribuer à des sentiments d'affection pour le gouvernement de Cliildebert.

Rien ne porte à soupçonner qu'à cette dernière reprise des hostilités en Aquitaine, les habitants de Bourges eussent été inquiétés ou menacés. Il ne tenait qu'à eux de rester en paix dans leurs murailles; il leur plut de foire une expédition contre leurs voisins de Touraine, et ce fut seulement sur le bruit de leurs menaces et de leurs préparatifs que Berulfe , le duc neustrien commandant à Tours, crut devoir se mettre en défense. Il leva une armée avec laquelle il vint camper sur la frontière de la Touraine et du Berry , pour observer les mouvements de l'ennemi, qui ne tarda pas à l'attaquer. L'histoire ne donne point les détails de cette petite guerre civile; mais il y a lieu de croire qu'elle fut très vive et malheureuse pour la Touraine, dont deux cantons furent dévastés, celui d'Issiodore et celui de Berrave. On verra dans la suite par quelles terribles représailles Bourges expia cette victoire.

Le moment est venu de dire où en était la conspiration austrasienne et quel avait élé le succès de la mission secrète deGontran-Bozon en Orient; il avait été complet. Bozon arrivé à Constantinoplc, s'était présenté à Gondovald , qui lui avait demandé

DK GO:XD(>VALI). 1\\

des nouvelles de la Gaule et îles rois IVanks, q[riJ persistait à nomiuer ses tVères ; c'était aller au-de- >ant des propositions des conspirateurs. Bozon lui fît le tableau le plus sombre des désordres et des troubles de la monarchie franke; il lui dit à quel point les descendants de Clovis étaient dégénérés, lui peignit le mécontentement universel excité par leurs discordes, et en vint à lui déclarer que les hommes les plus puissants de l'Austrasie, après avoir délibéré en commun sur les moyens de mettre un terme à tant de maux, avaient jeté les yeux sur lui pour en faire leur sauveur et l'appelaient à régner à la place de ceux qui avaient compromis la gloire et la puissance de^Franks. Il finit par lui rendre compte de tout ce qui était déjà fait dans la vue d'assurer un changement si nécessaire.

Entraîné par un reste d'ambition , par les souvenirs de sa race et de sa patrie , par l'espoir d'obtenir une si haute réparation des cruels dédains dont il avait été l'objet, Gondovald céda aux propositions de Bozon. Seulement, comme il connaissait la perfidie des Franks en général et probablement celle de Bozon en particulier, il trouva prudent d'exiger de lui des garanties solennelles de la sincérité de ses paroles et de ses engagements. Il le mena donc successivement dans les douze églises ou autres heux réputés les plus saints de Constantinople, et l'obligea à répéter dans chacun le serment qu'il exigeait de lui. Il y a grande apparence que onze serments ne l'auraiôiit pas assez i\. iG

Q/j-a CONSPIRA riojf

rassuré. (ionhan-Buzon jura aulanl de fuis (jiie Ton voulut, il jura tout ce que l'on voulut, et (àondovald n'eut plus dès lors qu'à s'apprêter à partir pour la Gaule *.

Mais il devait trop de reconnaissance aux empereurs de Gonslantinople, et il avait eu trop de relations avec eux, pour prendre une telle résolution à leur insu ou même sans leur consentement. Il est sûr, bien que l'histoire ne le donne à entendre que très implicitement, que, dans le cours de ses négociations avec Bozon, Gondovald avait vu l'empereur Maurice, l'avait consulté sur les offres qui lui étaient venues d'Austrasie; et il n'est pas moins certain que l'empereur Maurice l'avait encouragé à accepter ces offres. Ce que les historiens insinuent de rénormité du trésor avec lequel Gondovald partit de Gonslantinople donne l'idée de richesses supérieures à celles du particulier le plus opulent, et tout autorise à supposer que ce trésor du roi futur de la Gaule avait été grossi d'une partie de celui de l'empereur d'Orient.

Maintenant Gondovald avait-il pris envers Maurice, en cas de succès , des engagements favorables aux prétentions de l'Empire d'Orient sur les anciennes provinces de l'Empire d'Occident? Cela me paraît très probable; mais on ne peut rien affirmer, encore moins rien préciser à cet égard. Ce qui est 'est qu'un grand bouleversement en Gaule

(i) Gregor. Bur. Hist. VII. ifi.

Dh GOAiDl)\ VI.U. 243

convenait au i;oiivernenient de Constantinople , ({u'il entrait dans les vues générales de sa politique relativement anx conquérants barbares de l'Occident, et cjn'il n'en fallait pas davantage pour l'intéresser au\ projets et aux succès de Gondovald.

On ne voit pas clairement si ce dernier partit de <>onslantinople avec Gontran-Bozon ni s'ils arrivèrent ensemble et dans le même navire à Maiseille. Je serais plus enclin à supposer qu'ils partirent séparément et que Bozon fut celui des deux (|ui arriva le premier. Quoiqu'il en soit , Gondovald débarqua au port de Marseille avec son trésor, au printemps de l'année 58-2. Selon ce qui était convenu, il se présenta à l'évèque Théodore qui, fidèle à ses engagements, lui fit le meilleur accueil et lui fournit des chevaux et une escorte pour se rendre à Avignon *.

Arrivé dans cette ville, il y fut remis et comme déposé entre les brasde l'aventureux général qui s'était chargé de le faire roi. Mummole était en mesure de le recevoir et d'agir; déjà même il avait agi, il venait de se donner un auxiliaire presque aussi influent que lui-même; c'était Didier, duc de Toulouse. Ce duc avait fait un voyage à Avignon, sans doute attiré par le patrice avec lequel il avait eu une conférence, et qui l'avait gagné à la cause (\o Gondovald 2.

(i) Grt-gor. Tiu. Hisl. VI, 24.

i-i) /^ VII 10

244 CONSPUIATION

Tout était prêt; l'instant semblait venu de donner le branle à la conspiration, lorsqu'elle fut entravée de la manière la plus imprévue par celui même des conspirateurs qui jusque là y avait le plus travaillé, par Gontran-Bozon. La vue du trésor de Gondovald avait bouleversé toutes les idées et tous les projets du clief austrasien. L'avarice était la plus forte, la seule constante de ses passions, et il avait résolu de saisir à tout prix une si rare occasion de la satisfaire et d'enlever de l'or de Gondovald tout ce qu'il en pourrait enlever. La cbose n'était pas sans difficulté dans une ville où, loin d'être en pouvoir, il était plutôt suspect en sa qualité d'Austrasien et d'ennemi du roi Gontran. Il lui fallait de toute nécessité intéresser à son projet le duc ou le préfet burgondien, en l'admettant au partage du trésor convoité, c'est-à-dire lui révéler toute la conspiiation.

Gontran-Bozon n'hésita pas; il dénonça Gondovald qui fut aussitôt publiquement signalé comme un usurpateur étranger, instrument d'un complot dont l'objet était de soumettre la monarchie franke à la souveraineté de l'empereur de Constantinople. On mit la main sur la portion de son trésor (|ui n'avait point encore été transportée à Avignon, et deux évéques furent arrêtés comme ses complices. L'un était Théodore, l'évêque de Marseille, et l'autre Epiphane, évêque de Pavie, actuellement réfu-

(ij Greg. Tui. \1. 'i4.

DE GO^DOVALD. ^45

£;ié h 31arseille à la suite de l'invasion des Lombards , lequel avait été mis dans la confidence de toute cette intrigue et y avait pris, on ne sait bien, quelle part ^.

Théodore prétendit se justifier en disant qu'il avait tout fait , non de son chef, mais sur les ordres des leudes gouvernants de l'Austrasie dont il produisit les lettres. Les deux évéques furent conduits par-devant le roi Contran, qui ne les trouva point coupables, dit Grégoire de Tours. L'assertion n'esl pas aisée à croire, et Grégoire la dément lui-même de la manière la plus formelle, quand il ajoute que les deux prêtres, après avoir été interrogés, furent retenus en prison, où l'un d'eux, Épiphane, mourut des suites de diverses tortures 2.

Déconcerté par la trahison de Gontran-Bozon, Mummole jugea son entreprise manquée pour le moment; il se tint immobile et sur ses gardes dans Avignon, et cacha Gondovald on ne sait où, dans une île de la mer, dit Grégoire de Tours, avec un vague qui semble annoncer que le secret de cette retraite fut bien gardé ^. Malgré ces précautions, la trahison eut des conséquences qu'il était impossible de prévenir et qui forcèrent Mummole à combattre isolément pour sa défense personnelle, au moment où il s'y attendait et le désirait le moins.

!i) Jd. loc. cil.

■1) l(i. lor. (;il.

\Vj J(l. loc. cil.

lli6 CONSPIRATION

Goiitraii-Bozon avait réussi à ce (|ifil voulail: if avait partagé avec le préfet burgondien de Marseille une bonne part du trésor de Gondovald , el s'était acheminé vers l'Austrasie, emportant avec lui , dit Grégoire , une charge énorme d'or, d'argent et d'autres objets précieux*. Comment il fut accueilli à la cour de Childebert par ceux au nom desquels il avait été chercher Gondovald à Constantinople, ce qu'il dit pour justifier ou expliquer sa conduite à Marseille, les historiens ne nous l'apprennent pas, et il ne serait pas facile de le deviner; le plus probable est qu'il trouva les meilleures excuses de sa perfidie dans le monceau d'or qu'elle lui avait valu.

Quoi qu il en soit, il ne lui en arriva rien de fâcheux; peut-être même fut-il promu alors à la dignité de duc des Arvernes. Ce n'est du moins que postérieurement à son retour de Constantinople qu'il est désigné par ce titre et qu'on le voit investi du pouvoir qui y était attaché. Après un court séjour en Austrasie, il partit avec sa femme, ses enfants et toute sa famille pour l'Arvernie; mais ayant eu l'imprudence de prendre le chemin le plus direct, par la Burgondie, il y fut arrêté et conduit par-devant le roi Contran.

Celui-ci, pour lors pleinement informé et des complots austrasiens et de la part que Bozon y avait, lui en fit des reproches pleins de colère et,

{ \^ Hreg. Tiir. loc. cil.

nt GONDOVA.LD. i^n

lui déclara qu'il n'échapj)eiait point vivaiU (rentre ses mains. Au ton de la menace, Bozon sentit qu'elle était sérieuse et qu'il n'avait point d'autre chance de salut que de flatter le roi de quelque service difficile et signalé. Après avoir rejeté sur Mummoletout cequi était arrivé au sujet de Gondovald, il s'engagea à lui livrer le patrice infidèle, et làdessus, présentant au roi son fils unique : « Voici « mon fils, lui dit-il; retiens-le sous ta garde, qu'il « soit près de toi mon otage et le garant de ma « parole, et fais-le mourir si je ne t'amène point « Mummole*. »

Gontran-Bozon avait frappé juste dans le cœm du roi , et sa proposition fut acceptée; il résulte même des faits subséquents que Contran promit au duc un i^nfort de troupes pour assurer l'accomplissement de sa promesse. Bozon part; il arrive en Arvernie et y lève en toute hâte une armée composée d'hommes du pays et du Vêlai, avec laquelle il gagne la rive droite du Rhône et s'achemine le long du fleuve vers la Provence.

Mummole avait su son arrestation , et il était informé de sa marche; mais il n'en prenait vraisemblablement pas beaucoup de souci. La place d'Avignon, où il s'était enfermé, était forte, et depuis plus de deux ans qu'il l'occupait il avait travaillé à la fortifier encore. Le Rhône faisait autour de la \ille ini vaste circuit qui l'embrassait ])resque

I Cl i-g. Tur. VI. 26.

248 COI\-SPJRATIO:X

entière, et ce circuit Mummole l'avait complété par un canal large et profond, de sorte qu'outre la défense de ses remparts la place avait celle d'un grand fleuve qui lui servait comme de fossé ^.

Arrivé près d'Avignon , à l'endroit où il voulait passer le Rhône , Gontran-Bozon trouva un grand nombre de barques sur la rive. La rencontre lui parut une bonne fortune; l'ordre fut donné de passer, et toutes les barques, aussitôt pleines d'hommes armés et de rameurs, se détachent du bord. Mais à peine engagées dans le courant, elles se déjoignenl de toutes parts sous le poids de leur charge, se rompent en pièces , et les combattants qu'elles portaient, flottent ou s'abîment péle-méle dans les gouffres du fleuve.

C'était un stratagème de Mummole; c'était lui qui avait fait jeter sur la rive droite du Rhône ces perfides barques que les Arvernes et les Vellaves avaient cru trouver si à propos. La plupart de ceux qui s'y étaient précipités périrent , et l'armée de Bozon se trouvait affaiblie et découragée avant d'avoir aperçu les remparts d'Avignon. En y arrivant ou peu de temps après, elle fut jointe par des renforts de Burgondie, et ces troupes réunies con>mencèrent le siège de la place 2.

(i) Id. loc. cit. — Il parait certain que le Rhône, qui ne fait aujourd'hui que raser une partie des remparts d'A.vignon, eu embrassait autrefois tout le circuit, au moyen d'un bras qui a été depuis détourné et desséché, .'5) Jd. loc. cit.

Dli c;OADOVA.LD. 2qg

Cette expédition, que le duc Contran entreprenait dans son intérêt privé, non-seulement sans l'ordre, mais contre la volonté du roi d'Austrasie, non-seulement contre Tami , mais de concert avec l'ennemi déclaré de ce roi, était un fiùt étrange, même à l'époque d'indiscipline et d'anarchie où il se passait. Le bruil en arriva bientôt en Austrasie, où il excita un grand mécontentement.

Il n'était pas dans les vues de ceux qui avaient attiré Mummole à leur parti , qui l'avaient élu chef d'mie entreprise sur le succès de laquelle ils comptaient toujours , malgré les obstacles, les contretemps et les délais , il n'était pas, dis-je, dans leurs vues de sacrifier Mummole à personne , encore moins au roi Contran, dont ils étaient, pour la plupart, les ennemis déclarés. En conséquence, le duc Condulfe, le même que nous avons déjà vu ramener l'évêque Théodore à Marseille, fut envoyé à Avignon avec la commission spéciale de délivrer le patrice. Condulfe ne trouva point de difficultés dans sa mission ou les. surmonta. Le siège fut levé, et Mummole , après avoir accompagné Condulfe jusque chez les Arvernes , revint attendre dans Avignon le jour de reproduire Condovald sur la scène*.

Cependant les bruits, les troubles , les mouvemenls qui avaient suivi la première apparition de ce personnage avaient probablement jeté quelque

I hJ. ihid.

COiVSPIRATlOiN

iiicertilude dans les relations de Cliilpéric avec l'Austrasie. Ceux des leudes de CbildeberL qui étaient dévoués au roi de Neustrie jugèrent donc à propos de resserrer leur alliance avec lui. Une grande ambassade, composée des principaux d'entre eux et présidée , comme à l'ordinaire, par l'évéque yEgidius, se rendit auprès de Chilpéric veis les derniers mois de l'année 583. L'évêque porta la parole. Il demanda d'abord, de la part de Cbildebert, le maintien de l'alliance déjà conclue entre les deux rois; il se plaignit ensuite de la conduite déloyale du roi Gonlrau envers son neveu, auquel il avait enlevé la moitié de Marseille, et aux leudes infidèles duquel il donnait asile. Enfin il proposa contre lui une expédition décisive, où les forces des deux alliés agiraient ensemble *.

Cliilpéric eut l'air d'accéder à des propositions probablement faites par son ordre , et l'union de l'Austrasie et de la Neustrie, confirmée par un traité nouveau, parut plus intime et plus solide qu'auparavant.

On voit que Cliilpéric s'apprêtait à pousser la guerre contre Contran avec plus de vigueur et d'ensemble que jamais ; il voulait, tout en poursuivant sa conquête favorite de l'Aquitaine, envahir aussi la Burgondie, et il avait résolu de diriger en personne les forces combinées pour cette invasion. Son aimée s'avança de Soissons sur Paiis et de là

1^ Clieg. Tur. YI. ji.

UE GO^DOVALI». 9.^1

sur Mclun. 11 a\ail clioisi cette ville pour poiiif crappui de ses opérations et s'y ajrêta pour attendre l'année d'Austrasie.

La guerre avait déjà commence en Aquitaine; l'objet de la campagne était de soumettre ou d'exterminer les habitants de Bourges, en représailles du mal qu'ils avaient fait, l'année précédente, à la Touraine,et aux grandes forces que l'on dirigea contre eux il parut bien que l'on s'attendait de leur part à la plus vigoureuse résistance. Le duc Berulfe entra dans le Berry, du côté du nord, à la tête des hommes de la Touraine, du Poitou , de l'Anjou et de Nantes , tandis que les ducs Didier et Bladaste , avec les milices de Toulouse et de Bordeaux, s'avançaient pour l'envahir au midi*.

Les hommes de Bourges et de son district ne furent point épouvantés du nombre de leurs ennemis; ils laissèrent dans la ville une force suffisante pour la garder, et marchèrent, au nombre de quinze mille, à la rencontre de Didier et de Bladaste. Les deux armées se lencontrèrent à douze ou quinze lieues au midi de Bourges, dans un lieu dont le nom antique de Médiolan se reconnaît encore aujourd'hui dans celui de Château -Mailan. Elles s'attaquèrent avec cet acharnement qui avait ses moments de relâche, mais qui en général caraetéiise toutes les guerres des A(|uilains entre eux. (Grégoire (le Toms dil qu'il \ eut plus de sept mille ht>mmes

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tués de part et d'autre. Si cela était , la moitié de l'ai-mée de Bourges serait restée sur la place, exemple assurément très rare de ténacité sur un champ de bataille^. Malgré tant de bravoure ils furent t)bligés de céder le passage aux Aquitains méridionaux et de se replier sur leur ville, dont ceux-ci continuèrent à s'approcher pour Tentouier.

Le dégât qu'ils firent dans leur marche à travers le Berry égale ou surpasse tout ce que l'histoire des guerres de ces époques offre de plus déplorable. De ce qui pouvait être détruit rien ne fut épargné; tout fut brûlé, renversé, arraché; il ne resta pas une maison , pas une éghse debout, pas un arbre, pas un plan de vigne en terre. Je ne dis rien de la capture des hommes , du pillage des biens et des troupeaux , incidents ordinaires et convenus de toutes ces guerres. A. travers les ruines qu'elles avaient faites, les armées de Chilpéric arrivèrent enfin sous les murs de Bourges, dont elles trouvèrent les habitants en armes sur leurs remparts et décidés à se défendre 2.

Tandis que ces choses s'étaient passées en Aquitaine , la guerre avait commencé en Burgondie ; mais Chilpéric était réduit à la faire seul. Son allié n'avait point paru ; les ducs austrasiens étaient seuls arrivés au camp neustrien, où ils avaient moins l'air des leudes de Childebert que de ceux

fr) Loc. cit.

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de Chilpéiic. Ce dernier employa le mieux qu'il put son temps et ses troupes à ravager les pays en avant de Melun. Mais Contran arriva bientôt à la tête de ses Burgondes, pour faire cesser ses ravages et pour en tirer vengeance. 11 attaqua brusquement un soir, et, à ce qu'il paraît, surprit l'armée de son frère dont il détruisit une grande partie. Celte défaite rendit un peu de modération à Cliilpéric. Dès le lendemain matin , des députés des deux armées eurent une entrevue dont le résultat fut une paix imprévue entre les deux frères. Le roi de Neustrie reprit la route de Paris, après avoir expédié à ses généraux d'Aquitaine l'ordre de lever le siège de Bourges et d'évacuer le pays^.

L'unique fait important de cette boutade de guerre s'était passé à l'armée austrasienne, qui n'avait pourtant point combattu. Childebert s'y trouvait en personne avec l'évêque^Egidius etqueiques autres grands leudes austrasiens du parti de ce dernier; mais il s'y trouvait certainement aussi des personnages du parti contraire. L'armée s'était tenue, durant toute la campagne, assez près de celle de Cliilpéric pour se donner l'apparence de vouloir la joindre et la soutenir au besoin, et n'avait cependant jamais fait un mouvement dans l'intention réelle de s'en approcher. Elle était dominée et comme retenue par une influence opposée à celle qui avait décidé la guerre, et cette influence

(i) Id. loc. cit.

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secrète n'alteiidail que l'occasion de se manifesler par un coup d'éclat.

Une nuit, l'armée ayant fait un mouvement, peut -être un mouvement sérieux pour joindre Clîilpéric j le gros de l'armée, les hommes du peuple, les simples soldats, se soulevant avec une grande rumeur, éclatèrent en murmures et en menaces contre l'évèque ^gidius et contre les autres seigneurs austrasiens présents dans le camp. « Que ceux-là, criaient-ils, disparaissent de devant la face du roi, qui trafiquent de son royaume, qui soumettent ses villes à une domination étrangère et son peuple à la souveraineté d'un autre roi. »

Ces cris significatifs n'étaient que l'annonce d'actes plus violents. Le matin venu, les mécontents se réunissent pour se jeter sur la tente du roi, où ils s'attendaient à trouver l'évèque et les hommes de son parti qu'ils voulaient tuer. Ceux-ci furent prévenus à temps pour se cacher ou se sauver. L'évèque s'échappa à cheval avec vuie grande frayeui-, en grand désordre, poursuivi par les clameurs d'une multitude furieuse et par une grêle de cailloux. Faute de chevaux pour l'atteindre, ses ennemis ne lui firent rien de pis *.

Que les sentiments manifestés en cette occasion par le gros de l'armée de Childehert fussent réelle-^ ment ceux de beaucoup d'Austrasiens d'un rang inférieur ou médiocre, c'est de quoi il n'y a pas à

I /</. loc. cit.

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doiiU'i- . c\ le fait est remarqual^ie comme le premier dans l'histoire des Franks où l'on puisse voir l'expression nette et décidée d'un intérêt et d'un patriotisme austrasiens. Je crois néanmoins que cette grande explosion de colère nationale contre le parti des leudes de Childebert vendus à Chilpéric n'eut point lieu sans les provocations et sans les manœuvres des leudes de la faction contraire , des amis, soit déclarés, soit secrets^e Brunehaut t)u de Contran lui-même.

Toujours est-il certain que la position de ces derniers était bien relevée par la défaite récente de Chilpéric et par l'éclatante mésaventure de l'évêque .iiigidius et de ses amis. Aussi ne leur fut-il pas difficile de rompre de nouveau l'alliance de Childebert avec Chilpéric et de s'accorder de nouveau avec Contran. C'est ce qui eut lieu au commencement de l'année 584, moyennant la restitution que fit le loi de Burgondie à son neveu de la moitié de Marseille qu'il lui retenait depuis dix ans. Cette ligue nouvelle fut, comme les précédentes, une ligue offensive de deux rois franks contre le troisième; son objet spécial était de reprendre les villes d'Aquitaine dont Chilpéric s'était emparé*.

Les mesures que suggéra à ce dernier le rapprochement de Contran et de Childebert porteraient à croire qu'il en fut cette fois plus alarmé qu'à l'ordinaire. Il envoya à ses ducs l'ordre de réparer les

(i)Greg. Tur. VI. ,',i.

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murs tîe leurs villes, de s'y renrermer avec leui-s familles et de s'y défeiidie vigoureusement en cas d'attaque, sans s'inquiéter des dommages personnels qui pourraient en résulter pour eux, parce que, leur disait-il, ils en seraient outre-compensés aux représailles. Et lui-même, donnant l'exemple de ce qu'il prescrivait, alla s'enfermer dans Cambrai avec ses trésors^.

ChildeberLet Contran ne firent rien qui pût motiver de telles précautions. Cbildebert, qui entrait dans sa seizième année et commençait à vouloir régner par lui-même, descendit avec son armée en Italie, comme pour remplir l'engagement qu'il avait pris envers l'empereur Maurice d'en chasser les Lombards; mais au lieu de porter la guerre à ces derniers il en reçut de l'argent , et, les laissant en paix, s'en revint au plus vite en Austrasie. Quant à Contran , il ne fit ni guerre, ni menace de guerre à personne; aussi Cbilpéric ne tarda-t-il pas à se rassurei-. Il était de retour de Cambrai à Paris au mois de septembre (584).

Il y a, comme nous le verrons mieux par la suite, . des raisons de présumer que les leudes austrasiens de sa faction avaient déjà repris le dessus à la cour d'Âustrasie et renoué secrètement avec lui leur alliance contre Gontran. Toutefois, Cbilpéric ne parut alors occupé que du mariage de sa fille Rigonlhe avec Reccarède , roi des Visigotbs, et du

Il /:/. loi-, cil.

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soin de la remellre au\ mains des dépurés c[ui étaient venus lacliercber au nom de ce roi*.

Rigonthe partit avec cinquante chariots chargés d'or, d'argent, de bijoux, de riches vêlements et d'objets précieux de toute espèce, dont une grande partie provenait des dons que les Franks, suivant leur usage national, avaient faits en cette occasion à la fille de leur chef. Le cortège donné à la fiancée pour sa garde et pour celle de son trésor était de quatre mille hommes de guerre, sans compter les leudes et les officiers de toute espèce qui en faisaient partie. Parmi ces derniers, les plus distingués étaient Bobo, fils du préfet du palais de Neu strie, Domegesile et Ansovald, grands leudes neustriens, et Waddo, le maire de la maison de Rigonthe. Ce cortège prit sa route par l'Aquitaine, vers Toulouse où il devait faire halte, avant d'entrer sur les terres des Visigoths.

Il était défrayé de tout par les villes où il passait; c'étaient des villes neustriennes soumises à la domination de Chilpéric; et cependant une armée ennemie qui aurait traversé leur territoire n'y eut pas fait plus de dégâts que ce cortège nuptial. Il pilla en passant les maisons et les chaumières et enleva de partout le bétail. On approchait de la saison des vendanges, mais il ne laissa sur son passage ni raisins ni vignes, n'ayant rien trouvé de

^i) Grcfi.Ti.r. VI. 45.

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