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envoya aussitôt à Guaroch, alors chef des Ainio-. ricains, une grande députation composée d'évéques et de comtes, pour exiger la réparation des dommages soufferts par les Neuslriens, et fit suivre cette députation par une armée qui, en cas de refus de la part des Bretons, avait l'ordre de leur faire tout le mal qu'elle pourrait. Guaroch était nn chef aussi barbare que ses adversaires, qui ne mettait pas au hasard d'une bataille les avantages qu'il pouvait s'assurer par une ruse ou par une perfidie. H ne contesta lien aux ambassadeurs de Chilpéric ; il leur promit mille sous de dédommagement et de s'abstenir désormais de toute excursion hostile sur les terres de la Neustrie. Sur ces belles paroles, les am- })assadeurs se retirèrent satisfaits; mais à peine furent-ils partis avec l'armée qui les accompagnait, que Guaroch recommença ses courses et ses dégâts aux environs de Nantes*.
Irrité au dernier point de cette insolence bretonne, Gontran donna l'ordre à son armée de se remettre en marche pour la Bretagne ; mais cet ordre fut aussitôt révoqué ou resta sans exécution , de sorte qu'il fut constaté pour les Bretons que le tuteur de Clotaire II n'avait pas la force de réprimer leurs brigandages. Encouragés par cette conviction, ils firent l'année suivante (588), dons les campagnes de Nantes et de Rennes, une troisième irruption plus désastreuse encore que les précé-
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dentés; ils enlevèrent ou détruisirent toutes les récoltes et emmenèrent captive la population de plusieurs villages.
Ce n'était pas uniquement pour le plaisir de braver un roi frank et de faire du mal à des voisins qui ne parlaient plus la même langue qu'eux, que les Bretons se jetaient si fréquemment et avec tant d'audace sur les terres de la Neustrie. Ils étaient entraînés à ces expéditions par un attrait plus direct et plus sensuel, par cet attrait du vin qui a rendu conquérant maint peuple barbare. La saison de la maturité des vignes aux environs de Nantes et de Rennes , était l'époque ordinaire de ces expéditions, et l'enlèvement du produit des vignes en était l'objet principal; tantôt ils vendangeaient eux-mêmes les vignobles étrangers et faisaient surplace le vin qu'ils emportaient ensuite comme un tropbée dans leur terresauvage. Tantôt ils n'envabissaientles pays à vignobles qu'après la vendange, et s'en retournaient cbargés du vin qu'ils avaient laissé faire aux sujets des Franks. Quelquefois, plus pressés, ils s'en tenaient à dévorer à la liàte, sur les lieux, la récolte des vignes,ou l'emportaientsansla convertir en boisson. En général , dans toute cette lutte des premiers Franks et du dernier restedes populations celtiques, ce sont celles-ci qui jouent vis-à-vis des autres le rôle des Barbares, qui vont sans scrupule cbercher sur la terre ennemie tout ce qui leur manque; ce sont eux qui ont recours à la ruse, au parjure et à lous les oxpédients des faibles contre les forts.
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Ce fut seulement en 590 que Contran se crut en mesure de châtier les Bretons. Il envoya contre eux une nombreuse armée sous le commandement de deux ducs, de Beppolène et d'Ébracbaire. Beppolène était ce même leude neustrien dont j'ai parlé tout à l'heure et à qui Cliilpéric avait confié la marche de Bretagne. Après la mort de Chilpéric, il était resté quelque temps attaché à Frédégonde; mais ensuite mécontent d'elle on ne sait pourquoi , il avait passé au service de Contran qui lui avait rendu son ancien commandement de la frontière de Bretjjgne, dont il était resté depuis en possession.
L'autre duc, Ebrachaire, était un ambitieux , jaloux de Beppolène qu'il avait résolu de supplanter; et il avait fait son plan pour cela. C'était de chercher querelle à Beppolène, de s'isoler de lui, de le laisser battre par les Bretons et de tomber ensuite sur ceux-ci, qu'il se flattait de trouver fatigués et hors d'état de lui résister.
Ce plan réussit à merveille; Beppolène, insulté, contrarié, joué par son collègue, se décida à atta- (pier sans lui les Bretons avec la partie de l'armée ([ui voudrait le suivre. Ce n'en fut pas la moitié; mais il crut que ce serait encore assez pour battre l'ennemi, auquel il marcha droit, ^uidé par un prêtre breton.
L'armée de Guaroch était forte; outre les hommes du pays, il avait à ses ordres une bande de Saxons de la colonie de Bayçux qui, velus t't tondus à la
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luauière des Breluas, n'avaient point l'air, dans leurs rangs, d'auxiliaires étrangers. C'était Frédégonde qui, prévenue de la marche de Beppolène contre Guarocli, avait envoyé à celui-ci ce puissant renfort.
lieppolène, aussitôt qu'il eut joint les Bretons, les attaqua avec bravoure, en tua un certain nombre et mit le reste en fuite, ou pour mieux dire, ceux-ci ayant l'air de fuir se firent poursuivre par lui deux jours entiers, et au troisième l'attirèrent dans des marais profonds, où il ne fut pas plutôt engagé qu'ils l'enveloppèrent de toutes parts. Son armée y périt tout entière, plutôt dans la faiige que par le glaive, dit Grégoire de Tours, et luimême, quoique déjà blesiié, combattant toujours au milieu d'un groupe de Bretons qui le pressaient de plus en plus, tomba enfin sous leurs coups*.
Ebracliaire, qui jusque là s'était tenu immobile et à l'écart, apprenant la défaite et la mort de Beppolène, se mit en marche avec ses troupes pour entrer à Vannes, où il fut reçu comme en triomphe par l'évéque. Guaroch, affaibli par les pertes cju'il venait de faire durant trois jours de bataille contre Beppolène, vint trouver Ebracliaire pour traiter avec lui. 11 s'engagea à ne plus commettre d'hostilité contre Le roi Gontran , donna des otages en garantie de sa parole, et se crut dès lors en droit de presseï- Ebrachaire d'évacuer la Bretagne.
Pour regagner les terres de la Neuslrio, l'armée de
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GoiUraii avait à traverser la Vicinone(i'Oust), petit fleuve rapide et profond, qui se jette dans l'Océan entre Vannes et l'embouchure de la Loire. L'élite, c'est-à-dire la cavalerie de l'armée, passa la première; la soldatesque à pied, pour qui le trajet était plus difficile, était restée de l'autre côté du fleuve et cherchait en désordre et en tumulte les moyens de passer, lorsqu'une armée fond tout à coup sur elle, tue ceux qui résistent et charge de liens ceux qu'elle trouve sans armes. Une partie considérable de l'armée d'Ebrachaire -fut ainsi reconduite prisonnière en Bretagne; une autre partie pour ne pas subir le même sort, précipita comme elle put son passage et perdit beaucoup d'hommes et de chevaux qui furent roulés par le fleuve dans la mer voisine. L'armée assaillante était celle de Guaroch, commandée par Cannao son flls; c'était ainsi que le chef breton tenait sa parole et craignait les Franks*. Gontran vécut encore trois ans après cette dernière insulte de Guaroch, sans songer à en tirer vengeance ou sans le pouvoir. Il légua cette tâche . avec son héritage, à son neveu Childebert, qui poursuivit en effet la guerre contre les Bretons. Il y eut en 594 une grande bataille entre ces derniers et les Franks, bataille où Frédégaire raconte qu'il se fit un grand carnage des deux côtés , sans dire quels furent les vainqueurs. Les résultats le diseni, j)lus nettement qu'il n'aurait fait lui-même-.
(l) Id. lor. cil.
(y.) Chronic. X\ .
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 dater de celle balaiile, les liéiitiers de Clovis laissèrent les chefs armoricains se comporter comme bon parut à ceux-ci, sans rien exiger d'eux et sans plus songer à les soumettre. Les villes de Nantes , de Vannes et de Rennes, sur lesquelles ils avaient exercé une domination réelle, bien que souvent interrompue, dès lors conquises par les Bretons, devinrent des villes bretonnes. Le cercle des invasions hostiles de ce peuple, jusque là renfermé dans le district de ces mêmes villes, s'étendit alors jusqu'à la Sarthe et souvent même plus loin.
Pour compléter ce tableau des tentatives de conquête des Franks , durant la période que j'ai en vue, il me reste à parler des dernières expéditions (le Childebert et des Austrasiens en Italie. J'ai indiqué ailleurs comment Childebert avait prétendu gagner les cinq mille écus d'or que l'empereur Maurice lui avait payés pour chasser les Lombards de l'Italie. Pressé par des commissaires grecs de restituer cette somme ou de faire sérieusement la guerre dont elle était le prix , le roi d'Austrasie se décida pour ce dernier parti. En 585, il fit en Italie une seconde descente, sur laquelle l'histoire ne donne aucun détail ; il est seulement constaté qu'elle n'aboutit à rien, ce que Grégoire de Tours attribue aux discordes des ducs austrasiens entre eux.
Trois ans se passèrent sans que Childebert songeât à faire la guerre aux Lombards; mais, en 588, il assend)la contre eux une armée nombreuse sur
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laquelle il fondait de brillantes espérances. Tout en paraissant continuer cette guerre pour le compte de Fempereur Maurice, son objet réel était, à ce qu'il semble, de reprendre en Italie les pays que son père Sigebert y avait autrefois conquis. Ce fut le molif qu'il allégua à son oncle Contran, en lui demandant des secours que celui-ci lui refusa. Les Austrasiens , ayant marché seuls contre les Lombards, furent taillés en pièces et subirent une défaite que Grégoire de Tours donne pour la plus grande que les Franks eussent essuyée jusque là*. Malgré ces revers Childebert était , dès le commencement de l'année suivante, sur le point de mener une nouvelle armée en ftalie. Les Lombards, en étant informés, envoyèrent des ambassadeurs avec des présents pour lui demander la paix, en s'engageant à lui payer un tribut et à le servir, à sa réquisition , en qualité d'auxiliaires. Il y a lieu de croire que ces offres suspendirent l'expédition , puisque l'histoire n'en dit plus rien.
Mais ce ne fut là qu'un court répit donné aux Lombards. Childebert, persistant dans son dessein de faire des conquêtes en Italie, y envoya en 590 une armée composée des troupes de vingt ducs. Grégoire de Tours nous apprend comment ces ducs se conduisirent, en Austrasie même, dans les lieux qu'ils traversèrent , et il faut le savoir
(l) Tantaqnc ihi fuit slriii:^es de FiJinconim i>\ci*itii , nt nlim similis non lecolaltir. 1\. '/">.
pour acliuver ùe se l'aire une idée de ce qu'élaienl alors les Tranks au milieu des Gallo-Romains. «Le duc Audovald,dit Grégoire, conjointement avec le duc Winlrio, menait en guerre les populations delà Champagne. Etant arrivé à Metz, qui se trouvait sur son passage, il s'y livra à tant de pillages, de meurtres et de tueries , qu'on aurait dit que c'était là qu'il était venu faire la guerre. Et autant en firent les autres ducs, chacun avec ses troupes, si bien qu'ils dévastèrent leur propre pays et en mal menèrent les habitants avant de sons^er à vaincre l'ennemi^. »
Descendus en Italie, les Austrasiens s'y partagèrent en deux corps , dont l'un vint camper près de Milan, et dont l'autre prit une direction trop mal indiquée par Gi-égoire de Tours pour être reconnue. A leur approche les Loml^ards se renfermèrent dans les places fortes et les laissèrent battre à leur gré les bords du Pô, du Tésin et de FAdda. Les exploits de cette grande armée, pendant trois mois de campagne, se bornèrent à l'occupation momentanée de cinq châteaux et à quelques pillages. Exténués par la famine et la dyssenterie, les Austrasiens ne songèrent plus qu'à repasser les Alpes; mais ils trouvèrent partout, durant leur retraite, la faujine qui les chassait de l'Italie. Pour se procurer quelques vivres ils furent obligés de vendre leurs vêtements et jusqu'à leurs armes. Ce fut
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là la dei'iiière campagne des descendants de Clovis contre les Lombards*.
Ce n'était pas la bravoure qui avait manqué aux Franks ni même aux Gallo-Romains devenus leurs compagnons d'armes, dans tous ces essais de conquête contre trois peuples différents. De ces trois peuples, deux, les Bretons et les Lombards, étaient aussi barbares qu'eux, et tous les trois leur cédaient plus ou moins en valeur guerrière. Leurs nonsuccès et leurs désastres tenaient à des causes plus générales; ils tenaient à la désorganisation politique et sociale de la Gaule , désorganisation dont celle du service militaire des Franks avait été la suite immédiate et comme le complément.
Dès la fin du sixième siècle il était constaté que les rois mérovingiens n'avaient plus la force de pousser jusqu'à leurs limites naturelles les conquêtes de leurs ancêtres dans la Gaule , et cette incapacité était de mauvais augure pour la conservation de ces dernières. Aussi, dans le même intervalle où Contran faisait d'inutiles efforts pour chasser les Visigoths de la Septimanie et pour dompter les Bretons, une assez grande portion de la Gaule, une de celles soumises par Clovis, la Novempopulanie , achevait-elle de se détacher de la domination mérovingienne.
(i) /(/. loc. cit.