‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 36 sur 69 · VASCONIE · texte numérisé non relu

VASCONIE

ces contrées, pour indiquer soit les espèces de brèches ou d'échancrures par lesquelles on franchit la crête des Pyrénées, soit vaguement l'ensemble ou des parties de ces montagnes, n'ont point d'autre nom que celui de ports ou de puertos,que l'on a essayé assez ridiculement de faire dériver du mot grec -ooo;^ qui signifie trou, ouverture. Ces mêmes montagnes, les Basques les nomment portuac, ce qui est évidemment le même nom que ports, de sorte qu'il faut que ces derniers l'aient pris à leurs voisins de langue romane ou ceux-ci aux Basques. 3Iais ce dernier cas doit être le vrai, le terme dont il s'agit étant basque, et n'ayant dans aucune autre lan^e de signification appropriée à l'usage qui en a été fait. Portu, mortu ou fortu, (car le mot prend toutes ces formes), signifie en basque montagne et plus spécialement une haute montagne, un lieu d'aspect sauvage.

Maintenant il va deux questions opposées à faire sur l'ancienneté de ces dénominations géographiques tirées du basque, que j'ai cru reconnaître sur toute la ligne et dans le voisinage des Pyrénées. Remontent-elles, au moins quelques-unes à une époque d une antiquité inconnue où des peuples de langue et de race basques occupaient les lieux qui les portent? ou sont-elles toutes postérieures à l'année 687 , époque prétendue du prétendu établissement des Vascons dans les montagnes de la INovempopulanie?

le ne perdrai point de temps à développer les

I>DKPENDA?iTH. 3l\'J

iin [uiseiublances de cette dernière opinion ; j'énoncerai tout de suite un fait qui en prouve directement la fausseté; c'est l'identité des plus anciennes dénominations géographiques de la Gaule ibérienne avec plusieurs de celles auxquelles je viens de faire ici allusion, connue étant basques. J'ai donné ailleurs une série des premières; on n'a qu'à les rapprocher de celles-ci pour s'assurer qu'elles proviennent toutes de la même langue et qu'il est impossible d'assigner une date précise à aucune*.

Si l'on résume ces considérations philologiques pour en déduire les résultats historiques, on aura les suivants, que l'on peut, si je ne m'abuse, tenir pour certains, même a part tout autre genre de preuve et de témoignage.

r A dater d'une époque qui remonte pour le moins jusqu'aux temps de la domination romaine, les pays outré Garonne, compris par César sous le nom d'Âquitanie, furent occupés en totalité ou en grande partie par des peuples de même race que les peuples contemporains du nord de l'Espagne, et parlant, comme ceux-ci, une langue dont le basque actuel doit être regardé comme un reste immédiat et considérable.

Les Romains intioduisirent en Aquitanie, comme dans leurs autres conquêtes, l'usage du latin qui prévalut peu à peu dans les villes principales et

; I; Vojez à l'Appendicf les diverses listes de noms basques ijui t'oiistatent tous ces faits.

348 vAhcoMt:

dans les plaines; mais ne pénétra point dans les

montagnes.

1° Après la chute de l'Empire, le dialecte roman , qui s'était formé du latin et le représentait dans la bouche de la masse des Aquitaniens , se trouva en contact et en rivalité avec l'ancienne langue du pays, avec ce dialecte ibérien aujourd'hui représenté par le basque; il continua les conquêtes du latin sur ce dernier.

Le plus ou moins d'ancienneté , de rapidité ou de difficulté de ces conquêtes, est jusqu'à un certain point marqué par le plus ou moins grand nombre, par le plus ou moins de pureté des noms géographiques tirés du basque, et qui persistent dans des localités où le basque n'est plus parlé. Ces noms sont plus rares et plus douteux à mesure que l'on s'éloigne, plus nombreux et plus sûrs à mesure que l'on se rapproche des Pyrénées, indice certain que le nouvel idiome conquérant a prévalu plus difficilement, plus tard et plus incomplètement sur l'idiome envahi, dans les montagnes que dans les plaines.

3" Dans ce coin même de la France où la langue et la population basques sont encore dominantes, la langue et la population romanes ont déjà conquis sur elles divers lieux et des cantons entiers. Tout annonce que les premières finiront par abandonner à celles-ci jusqu'à la plus pauvre chaumière de leuj- plus sauvage vallée.

A tous ces faits j'en ajoute un en complément et

l. X DEPEND A JXTF.. ^49

en conlirmation de tous; c'est que l'examen des restes du basque, dans les provinces de l'Espagne où cette langue n'est plus parlée depuis des siècles, donne des résultats de tout point conformes à ceux que j'ai déduits de l'examen précédent, ou plus saillants encore, les vestiges du basque étant plus marqués et beaucoup plus généralement répandus dans la Péninsule qu'en France.

Je crois en avoir dit assez pour faire reconnaître, dans les montagnards novempopulaniens du sixième siècle, les descendants des Aquitaniens de César , les frères des Vascons, des Cantabres ibériens et les vrais ancêtres des Basques français. Il pourra être maintenant de quelque intérêt de dire des mœurs, du caractère et de l'bistoire de tous ces montagnards derace ibérienne, ce que l'on en peut entrevoir. Ce n'est rien que de très incomplet et de très vague ; mais il s'agit des restes du plus ancien peuple de l'Europe, et cette circonstance peut donner un certain prix à des notices de peu d'imporlance par elles-mêmes.

Les Basques d'aujourd'liui, tant espagnols que français, se donnent à eux-mêmes et entre eux le même nom national; ils se nomment Escaldunac, mot dérivé de escara ou euscara, par lequel ils désignent leur langue. AinsiEscaldunac veut proprement dire ceux qui parlent la langue escara, la langue de la famille. Les Escaldunac d'Espagne et ceux de France se servent aussi du même terme, de celui d'edera, pour nommer, les premiers la langue espagnole , les

35o VASCONIK

autres la française. Edera signifie la langue des étrangers , de ceux qui ne parlent pas escara. Cette dénomination semble marquer dans l'histoire de la race basque l'époque où une partie des hommes de cette race commença à abandonner la langue nationale pour le latin ou le roman. Elle dut être destinée à élever une distinction et comme une barrière entre le parti qui cédait aux influences romaines et celui qui prétendait rester, fidèle aux mœurs et à la langue des ancêtres.

Telle qu'elle est encore aujourd'hui parlée, cette langue est à peu près l'unique chose à laquelle les peuples basques doivent encore une espèce de célébrité et qu'il soit convenu de tenir pour une grande singularité en son genre. En effet , bien que depuis long-temps envahie par les idiomes modernes et certainement déjà bien diverse de ce qu'elle dut être au sixième siècle , la langue basque est encore aujourd'hui, par tout ce qu'elle a de propre, un sujet piquant d'études pour quiconque considère les langues dans leurs relations avec les lois même de l'esprit humain ; mais ce n'est pas sous ce point de vue qu'il conviendrait de discourir ici du basque. J'en parlerai dans un but plus historique; j'y chercherai quelques-uns des indices qu'il peut renfermer encore du genre et du <legré de culture du peuple qui le parle; ceux de ces indices qui ont rapport à l'astronomie usuelle ne sont peut-être pas les moins curieux.

Il y a sans doute déjà bien long-temps que les

i\di:p£M)AATE. Sji

inoiilai;iiai'cls des Pyrénées occidenlales ont adopté pour division du mois la période de sept jours ou la semaine; mais ils marquent ces sept jours d'une manière qui leur est propre et qui constate qu'il fut un temps où ils divisaient le mois d'une toute aulre manière. Ils emploient pour noter les jours de la semaine deux sortes de noms : d'abord des noms nouveaux, étrangers à leur langue et adoptés pour cet office; en second lieu , des noms tirés de leur propre langue, et les mêmes qu'ils employèrent primitivement pour nommer lesjours de la période dont ils firent usage avant d'avoir adopté la semaine. Or, du nombre et de la valeur bien déterminée de ces derniers noms, il résulte clairement que les montagnards des Pyrénées n'eurent autrefois pour division du mois lunaire, qu'une période de trois jours qu'ils nommaient aste, et dont il fallait par conséquent neuf pour faire un mois lunaire.

Les trois jours de cette période se nommaient :

Astelehena;

Âsleartea;

Asteazquena; c'est-à-dire, le premier (jour) de l'aste, le (jour) intermédiaire de l'aste, ou le milieu de l'aste, et le dernier (jour) de l'aste; significations certaines qui ne laissent aucun doute sur le fait que j'en déduis.

Les noms basques des mois donneraient de même lieu à quelques observations assez curieuses; à l'exception de deux ou trois empruntés des idiome»

Page 1