JI
354 VA.«iCO?«JE
auxquelles il peut s'appliquer soient toutes assez modernes.
On a découvert dans ces temps derniers un chant cantabre* qui, à en juger par le fait sur lequel il roule, remonterait à une époque antéiieure à la domination romaine. Il est relatif à un incident de l'une des guerres qu'Auguste fit aux Cantabres. Il paraîtrait, d'après celte pièce, que l'armée romaine avait forcé ces peuples à se réfugier sur une hauteur où elle les tenait bloqués , espérant les contraindre par la faim et la soif à se rendre à discrétion ; mais les Cantabres auraient fait si bonne contenance qu'ils auraient obtenu des Romains une pacification honorable.
Il n'y a pas moyen d'affirmer sérieusement que la composition de ce chant remonte à la date de l'événemeht qui en est le sujet; mais il est sans aucun doute fort ancien et très curieux, ne fût-ce que par la inidesse sauvage de ton et de style qui le caractérise. C'est, dans toute la propriété du terme, un chant de montagnard, un vrai chant primitif, où l'art en est encore aux plus simples inspirations delà nature. On trouve aussi çà et là, dans divers ouvrages, quelques autres fragmenj^s des anciens chants ou des traditions poétiques des peuples basques 2; malheureusement ces fragments sont trop
( i) C'est à M. Guillaume de Humboldt que celte découverte est due. Voyez ce chant à l'appendice, où je le donne avec une version littérale et quelques éclaircissements.
(i) il y en a quelques-uns assez inlcressanls dan» le recueil des
l>DtlM:.NU\>TE. Jj')
rares, liop isolés, trop mutilc's, pour donner luxidée générale de la poésie à laquelle ils appartinrent et de l'existence dcla([nelle ils sont aujourd'hui l'uniijue témoignage.
Ces notions, auxquelles je regrette de ne poii- \oir donner plus d'ensend)le et plus d'intérêt, s'aj)pli(pient collectivement à diverses peuplades impossibles à distinguer les unes des autres, quand il s'agit de leur origine, de leurs mœurs et de leur (ulluie, mais divisées par des limites géographiques en deux groupes très distincts, l'un espagnol au-delà, l'autre gaulois en-deçà des Pyrénées. Je crois bien faire, avant de passer outre, de désigner au moins les principales tribus dont se composait chacun de ces deux groupes, aux temps que j'ai ei» vue.
Les grandes divisions politiques de la Gaule avaient beaucoup varié sous la domination romaine; mais il n'en était pas de même des circonscriptions de peuplades ou de tribus comprises dans ces grandes divisions ; elles avaient persisté pres- (jue intactes à travers toutes les variations des divisions administratives. L'ethnographie des Pyrénées avait peut-être moins changé que toute autre, soit au-deçà, soit au-delà de ces montagnes.
Ainsi, quand les premiers conquérants germani-
proverLes et des adages publié en i657, en un pel/t vol. iri-8", par Oihenart, recueil devenu très rare, et jusqu'ici le monument !« plus pnpulaiie et le plus curieux de la lanLjtie bajqup.
1) )() VA^SCONfE
ques arrivèrent aux déboucliés des hautes vallées d'où descendent l'Adour et ses affluents, les peuplades de ces vallées continuaient à porter les mêmes noms sous lesquels les Romains les avaient connues et soumises , et qui sont encore leurs noms d'aujourd'hui. Au sixième siècle comme depuis , c'étaient des Lapourdes, des Bigorres, des Subolates, des Benarnes, des Campones, qui habitaient la moitié occidentale des Pyrénées gauloises. Les Osquidates de Pline avaient seuls disparu, ou pour mieux dire sont les seuls dont le nom ne serait pas aisément reconnu dans quelque nom plus moderne.
Et il n'y avait pas plus de changement dans la nomenclature des peuples de la vallée de l'Ebre et du nord-ouest de l'Espagne, Les plus célèbres et les plus puissants de ces peuples continuaient à porter les noms de Vascons, de Cantabres, d'Astures et de Vardules, auxquels Isidore de Séville ajoute les Roccons, qui ne sont nommés par aucun des auteurs plus anciens que lui, et dont la position serait difficile à déterminer avec précision.
Ce sont ces diverses peuplades que nous verrons bientôt prendre l'initiative dans la résistance de la Novempopulanie à la conquête franke, et jouer, pendant plus de deux siècles, un rôle principal dans le midi de la Gaule. Nous les verrons, parfois réunies, agir de concert, et dans le même intérêt, comme une seule nation; plus souvent elles nous apparaîtront connne des peuples divers, ayant cha-
iJNDliPEN DANTE. '^D']
cuii ses intérêts et son but à part. Mais alors même, nous trouverons ces peuples animés d'un même esprit, d'un même instinct d'indépendance, de gloire ou de vanité, toujours prêts à s'entendre et à faire cause commune. Avant d'en venir au moment où leur histoire se rattache manifestement à celle de la conquête franke, je crois devoir résumer en (juelques mots le peu que l'on sait de cette histoire, à partii" des invasions germaniques. Je parlerai d'abord des basques espagnols , puis de ceux de la Gaule.
L'établissement des Suèves, des Alains et des Vandales en Espagne, n'avait rien changé à la condition politique des Basques de ce pays; ils étaient restés indépendants dans leurs vallées, sous le gouvernement d'oiïiciers romains. Aux Visigoths était réservée la gloire d'anéantir les restes de la puissance romaine dans les Pyrénées espagnoles et de mettre en péril continu Tindépendance des Vascons et des autres peuples de même race.
Théodoric II, roi des Visigoths, qui monta sur le trône en 4^6, fut le premier qui entreprit de soumettre ces peuples. 11 attaqua d'abord les Astures; mais la campagne qu'il fit contre eux se borna à quelque pillage , et au siège d'une forleresse qu'il ne prit pas. J'ai raconté ces faits ailleurs.
Les chefs romains se maintinrent donc dans les Pyrénées espagnoles jusque vers l'an 467, époque où le plus distingué des rois visigoths, Euric, ♦nonla sur le trône. Il jiassa do la Gaule en Espagne,
3 )S VA SCO AIE
avec une puissante armée, soumit d'abord la Lusilanie. De là, remontant, vers le Nord, il porta la guerre aux Vascons et à leurs voisins , et attaqua l'une après l'autre les deux principales villes de la contrée, Pampelune et Saragosse, La première était le chef-lieu des Yascons; la seconde était Ja capitale d'une tribu de même race et de même langue que ceux-ci, et qui entra dès lors dans la lutte générale des peuples de cette race contre les Germains.
Euric prit ces deux villes, et s'empara, disent les chroniques, de toute l'Espagne supérieure; mais c'est une conquête sur laquelle il ne faut pas prendre les chroniques à la lettre. Vexés par l'invasion d'Euric, et pressés de se débarrasser de lui, les Vascons le reconnurent pour maître jusqu'au moment où il aurait repassé leurs frontières. Il les repassa au plus vite, rappelé dans la Gaule par des affaires plus graves dont j'ai déjà rendu compte. Les Vascons et leurs voisins redevinrent alors aussi indépendants qu'auparavant, ou, pour mieux dire, ce fui seulement alors qu'ils le devinrent.
En effet l'expédition d'Euric dans les Pyrénées espagnoles eut du moins ce résultat, qu'eileacheva d'y détruire les faibles restes de la domination romaine. \lors les Vascons, les Àstures, les Can labiés, obligés de pourvoir d'eux-mêmes à leur défense, se constituèrent, comme bon leur parut, en petits Etats indépendants, dans les anciennes limites do leurs territoires respectifs. Os Etats furent régis chacun
lNUi;PtM)A.INTli. 359
par un chef unique , et il y a lieu de présumer que dans plusieurs ces chefs furent des officiers de l'Empire romain, qui, l'Empire détruit, se maintinrent en pouvoir par leurs propres moyens et pour leur propre compte.
Dès cette époque , que l'on peut placer par approximation de l'an 470 à l'an 480, il s'établit entre ces peuplades affranchies et les Visigoths une lutte permanente, où les uns et les autres furent tour à tour agresseurs et attaqués, dévastateurs et dévastés , vainqueurs et vaincus. Les expéditions de Recarède , de Gondomar, de Sisebuth, de Swintila, contre les Vascons, les Astures, les Roccons, etc., sont présentées dans les chroniques comme les plus grandes actions militaires de ces divers rois. Réels ou supposés, ces exploits n'eurent point de résultat décisif, et les x\rabes à leur arrivée devaient trouver les montagnards des Pyrénées espagnoles encore libres dans leurs forêts.
Quant aux montagnards novempopulaniens , il n'en est pas explicitement fait mention dans l'histoire, durant la plus grande partie de la période que je viens de parcourir. La domination des Visigoths s'étendit indubitablement à toute la partie basse et romanisée de la Novempopulanie ; mais pénétra-telle jusqu'à la crête des montagnes, et les habitants des âpres vallées d'Aspe ou de Baïgorri furent-ils des sujets bien dociles au trône visigotii de JNarbonne? c'est ce qui n'est pas aussi sur. Je trouve mainte difficulté à supposer ces montagnards si
)6o VASCONIE
énergiques, si remuants, tout-à-fait étrangers à kh lutte de leurs frères d'outre-mont contre les dominateurs communs. II est beaucoup plus probable qu'ils prirent une certaine part à cette lutte ou s'en prévalurent pour vivre dans une véritable indépendance.
J'ai dit ailleurs comment , par suite de la bataille de Vouglé , la Novempopulanie passa au pouvoir de Clovis et de ses successeurs. La domination des chefs mérovingiens sur cette contrée ne fut certainement ïii plus étendue ni plus assurée que celle de leurs devanciers visigotbs; il y aurait plutôt lieu de supposer qu'elle fut plus odieuse et plus précaire, le gouvernement des Franks étant plus violent et moins sage que celui des premiers.
Mais c'est là tout ce qu'il est possible de présumer à ce sujet. Les chroniques ne disent rien , absolument rien, ni des montagnards ni en général des habitants de la Novempopulanie, de 607, date de la bataille de Vouglé, à 667, époque du grand partage de la monarchie de Clotaire.
C'est néanmoins dans cet intervalle de soixante ans qu'il faut placer un fait des plus importants pour l'histoire particulière de la Novempopulanie , un fait auquel j'ai du faire fréquemment allusion dans le cours de ces observations, mais sur lequel il est indispensable de revenir ici d'une manière spéciale, pour le constater, le préciser et l'expliquer s'il est possible.
.le l'ai avancé ailleurs; les pays cntie la (iaronne
I^DÉPENDA^Tt. 36 1
et les Pyrénées perdirent , au sixième siècle , leur nom romain de Novempopulanie pour prendre le nom de Vasconie et ses habitants le nom de Vascons, c'est-à-dire les noms d'un pays et d'un peuple espagnols. Grégoire de Tours , qui écrivait vers la fin du sixième siècle, parle encore des villes novempopulaniennes; mais il désigne la Novempopulanie elle-même par son nom récent de Vasconie et ne fait en cela que se conformer à des exemples plus anciens,
Athanaride, un des auteurs gotlis cités par le géographe de Ra venue, étendait déjà le nom de Vasconie bien au-delà des limites de la JNovempopulanie ; il le donnait à l'Aquitaine entière , de sorte que, pour distinguer ces deux derniers pays l'un de l'autre, la simple dénomination de Vasconie n'était déjà plus suffisante. Aussi Eldebald, autre auteur cité par le géographe barbare, nommet-il la Novempopulanie Spano-Vasconie (Vasconie espagnole*).
Un troisième géographe du moyen-âge, inédit, presque aussi barbare et vraisemblablement plus ancien que les deux précédents, atteste d'une manière plus directe et plus précise qu'eux le fait que je voudrais établir. Cet auteur, décrivant la < îaule à une époque où il y a apparence que la Bur-
!i' Ju\ta ipsam Giiasconiam ponitur patria qu;c noniinatur Spar.o-Guasconia, etc. Anonyniiis Ravonnas de Gcogrnpliia. S. ('Inoro;;rnpliia.
3G>. VASCOi\lE
goiidie tbriiiait encore un royaume indépendant des Franks, par conséquent avant l'année 534, "e fait que très vaguement mention de la ISovempopulanie et sans la désigner par aucun nom particulier; mais il parle aussi des hautes vallées des Pyrénées, entre lesquelles il nomme celles de l'Adour et du Gabire (Gave), et dit expressément que toutes ces vallées sont habitées par les Vascons*.
11 suffira, je pense, de ces témoignages pour constater qu'au sixième siècle le nom de Vasconie avait été généralement substitué à celui de Novempopulanie. Il y aurait de la témérité à prétendre assigner à ce changement une date précise ; il ne put avoir lieu que peu à peu , que par degrés; et tout ce que je crois pouvoir affirmer de plus positif à cet égard, c'est que le nom nouveau avait déjà prévalu sur l'ancien dès la fin du sixième siècle.
Maintenant, de quelle manière expliquer un tel changement? Étaient-ce, comme on le dit et le croit généralement, les Vascons d'outre les Ports qui, ayant envahi une portion de la Novempopulanie, s'y étaient établis de force et y avaient apporté leur nom?
Je me suis déjà expliqué sur cette hypothèse. Outre ce qu'elle a d'arbitraire, elle dépasse, pour ainsi dire, le fait qu'elle veut expliquer, et dès lors
(i) (iabirius sicque Adurcus exilent de inontibus. Vascoiie-s incoluiil Irnain pardiver.sa valliuni.
lM)tPE>D\.^TE. 36!)
lie l'explique plus. Ce iie furent point, il imporlc de le noter, les Novempopulaniens qui se donnèrent, dans le principe, ce nom de Vascons, sous lequel ils allaient désormais figurer dans la Gaule franke; ils le reçurent des étrangers, de leurs voisins d'une autre race ou d'une autre langue qu'eux. Ce nom fut, à ce qu'il parait, adopté de bonne heure par lesiNovempopulaniens de la plaine, c'eslà-dire précisément par ceux chez lesquels on chercherait vainement la moindre trace d'une conquête vasconc aux temps dont il s'agit. Quant aux Tiovenipopulaniens montagnards, il est certain qu'ils persistèrent à se donner entre eux leurs antiques noms nationaux, et tout autorise à croire que, bien loin d'accepter la dénomination de Yascons, sous laquelle ils auraient été confondus avec la portion romanisée de leur race, ils eurent, dès le principe, pour cette dénomination, l'espèce de répugnance nationale qu'elle leur inspire encore aujourd'hui. C'est cependant chez eux et au milieu d'eux que l'on suppose un établissement de Vasl'ons espagnols !
Mais si ces dei-nieis ne firent pas proprement de conquête dans la ^ovempopulanie, s'ils ne s'établirent pas de force dans des vallées où il est sur qu'habitaient, de temps immémorial , des hommes de même race qu'eux, peut-être cependant jouèrent-ils, en-deçà des Pyrénées, un rôle qui avait quelque ressemblance avec celui de conquérants ; de sorte que, lesl reiule dans un certain sens ci