‹ Historie de la Gaule Méridionale sous la domination des conquérants germains (volume 2)Chapitre 45 sur 69 · I-T r.KLXEHALT. '^Sq · texte numérisé non relu

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le dépil de se lion ver un peu déchue de son pouvoir par la suite de la mort de son époux , et de voir son ennemie dans une situation qu'elle estimait plus prospère que la sienne. Le complot avait été découvert à temps, et Brunehaut s'était contentée de renvover à Frédégonde le clerc qui lui était venu de sa part*.

Ln an après, lorsque Brunehaut s'était hautement proclamée la gouvernante de son fils, Frédégonde en avait eu contre elle un nouvel accès de fureur. Elle avait fait fahriquer deux poignards empoisonnés avec un soin tout particulier, et en avait armé deux clercs, dont Fun devait frapper Chiltlehert, l'autre sa mère 2, Ce nouveau complot avait avorté comme le premier; mais les vieilles haines entre les chefs de TAustrasie et ceux de la Neustrie s'en étaient accrues, et partant les chances de guerre entre les deux royaumes.

De peu s'en fallut que cette guerre n'éclatât en 591, à propos d'une action de Frédégonde qui faillit à lui devenir funeste. Le fait mérite d'être rapporté, comme un trait de plus pour montrer quelle étonnante barharie il y avait encore dans les relations des rois franks avec leurs sujets germaniques, là surtout où ceux-ci étaient nombreux.

Ln Frank de Tournai, qui avait épousé une fille Iranke de la même ville, ne laissait pas pour cela

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(le fiéquentei' une maîtresse. Le frère de la jeune femme lui en fit des reproches, qui ne furent point écoutés. A quelques jours de là, le frère et le mari se rencontrent, chacun en compagnie de quelques amis. Le premier se jette sur le second et le tue; un des amis du mort tue alors le meurtrier; le combat continue entre les deux compagnies, et bientôt il n'en reste plus qu'un seul individu vivant. De là, entre les deux familles, une guerre furieuse qui pouvait devenir généiale dans la ville.

Frédégonde voulait faire cesser cette querelle; elle exhorta plusieurs fois les chefs de ces deux familles à faire la paix; mais il y avait trois hommes de l'une des deux cpii s'y refusaient obstinément. Voyant cela, Frédégonde prit son parti; elle donna un festin où elle invita beaucoup deFranks, et les trois récalcitrants avec eux. Le festin se passa gaîment; les convives, bien repus, restèrent à boire, à rire, à converser, et comme les autres, les trois querelleurs indociles, assis tous les trois de file sur le même banc. Cependant trois hommes, qui avaient leurs instructions, s'approchent en silence par-derrière, tenant à la main une hache que chacun lève et laisse tomber, dans le même clin d'œil, sur le crâne d'un des (juerelleurs*.

Les parents des trois morts se réunirent pour les venger. Il parait, d'après le récit très peu clair et très concis de Grégoire de Tours, qu'ils assiégèrent

(l) Ici X. 7.7.

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frédé^onde dans son palais et envoyèrent aussitôt en Âustrasie l'avis de ce qui se passait, exhortant les AusUasiens à marcher bien vile sur Tournai, pour enlever Frédégonde et en faire ce que bon leur semblerait. Sur cet avis, les Champenois se uiirenten mouvement; mais ils perdirent du temps en chemin, et dans l'inlervalle Frédégonde fut délivrée par les siens*.

Le mouvement des Champenois, dans cette circonstance, était une véritable hostilité de l'Aus- Irasie contre la Neustrie; mais Contran vivait encore et, de peur de lui déplaire, Biunehaut et son fils ne songèrent pas à convertir en guerre décidée cette menace de guerre. Ce ne fut qu'après la mort de Gontran, et après avoir été paisiblement installé comme son héritier dans le royaume de Burgondie, que Childebert se sentit libre d'attaquer l'Austrasie. Dans l'été de 693, Wintrio, ce même duc de Champagne que nous avons déjà vu figurer dans deux expéditions où il ne défit que les habitants désarmés des lieux où il passa, s'avança contre la -\eustrie,à la tète d'une grande armée d'Austro- Burgondiens. Frédégonde et Landric, son maire du palais, ne furent ni effrayés ni pris au dépourvu. Ils eurent bientôt rassemblé une armée avec laquelle ils arrivèrent à Brennac, sur la frontière de l'Austrasie, au moment où Wintrio venait de camper à Soissons.S'iljen faut croirr d'anciennes chronitpies.

I /^. lor. cil

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ce fat Frédégonde elle-même <|ui conçut le plan d'une attaque nocturne à laquelle les Austrasiens ne s'attendaient guère. Ce qui est certain, c'est que l'attaque réussit au-delà même des espérances des assaillants; une partie considérable des Austro- Burgondiens fut taillée en pièces, et le reste prit la fuite, poursuivi par les vainqueurs qui poussèrent jusqu'à Reims, brûlant, pillant et dévastant selon l'usage^.

Cette défaite inopinée des Austrasiens caima un peu l'animositébelliqueuse de Cbildebert et de sa mère contre Frédégonde. Celle-ci , de son côté, ne songea pas à tirer trop d'avantage de sa victoire. Contente d'avoir prouvé que le royaume gouverné par elle ne serait point une proie facile , elle persista à se tenir sur la défensive et donna ainsi à Cbildebert le loisir de faire en 694, contre les Bretons, la campagne dont j'ai parlé ailleurs, et une autre, l'année suivante, contre les Warnes, peuplade germanique d'Outre-Rbin, sujette desFranks, contre lesquels elle s'était révoltée et qui fut alors remise sous leur domination; mais les plans de Frédégonde cbangèrent bientôt avec l'état des affaires de l'Âustrasie.

Cbildebert mourut au mois d'avril 596, laissant deux fils (jue j'ai déjà eu l'occasion de nommer . Tbéodebert II, l'aîné, alors âgé de di.\ ans, el rbierrv II, qui en avait à peine neuf. Celui-ci était

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né tic la reine Faileuba, épouse légitime de Cliiidehert, l'autre d'une concubine. Tbéodeberl fut déclaré roi d'Austrasie, et Thierry vint régner en liurgondie, sous la tutelle d'un maire du palais nonuiié A arnakaire.

Théodebert lui-même avait besoin de tutelle, et ce fut à qui s'en emparerait. Les vieilles animosités entre Brunehaut et les leudes auslrasiens se réveillèrent et s'aigrirent encore à ce sujet , et il en résulta une nouvelle lutte oîi se trouva engagée une bonne partie des forces du pouvoir royal. Fréd(-gonde saisit ce moment pouî- faire une guerre offensive à son ennemie. Elle commença par s'emparer de la ville de Paris, dont un tiers appaitenait à Théodebert II et un autre à Thierry II. Foicant ensuite les frontières de l'Austrasie, elle s'avança jusqu'à Latofao, un peu à l'est de Soissons. Là, elle trouva une armée austro-burgondienne accourue pour l'arrêter; elle l'attaqua, la battit et l;i dispersa après en avoir fait un grand carnage. On ne sait jusqu'où elle aurait poussé cette grande victoire; mais elle mourut presque aussitôt après l'avoir gagnée, laissant son fils Clotaire II, âgé seulement de treize ans , sous la direction de son maire du palais, Landric *.

Le repos que la mort de Frédégonde rendit à l'Austrasie ne fit, à ce qu'il parait, qualTranchir de toute contrainte les haines nuituelles de BruiK'ii.'iiit el des c-licfs nnstrasiens. Il esl m"i! qii(- ces

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haines furent aussi actives que jamais; mais les effets en sont ignorés, si ce n'est la mort du duc de Champagne, Wintrio. Bruneliaut fit mourir cet odieux personnage à qui l'histoire n'attribue que des lâchetés et des brigandages. Rien n'avait d'abord signalé en lui un ennemi de l'autorité royale; mais en voyant comment et par l'ordre de qui il périt, on ne peut guère douter qu'il n'eût fini par se ranger du parti des leudes *.

La condamnation de Wintrio fut le dernier acte de pouvoir de Brunehaut en Austrasie, sous le règne de Théodeberl. Tous ceux qui haïssaient et craignaient la superbe reine se concertèrent pour faire contre elle un effort décisif, effort que seconda probablement son petit-fils, Théodebert lui-même. Brunehaut fut exilée d'Autrasie et passa en Burgondie, à la cour de Thierry IL Les particularités de cet exil, telles que les rapportent Frédégaire et les autres chroniqueurs, ont une certaine teinte romanesque qui les a rendues suspectes. D'après ces historiens, Brunehaut aurait été jetée et abandonnée, seule et dénuée de tout, sur les confins de la Neustrie. Dans cet état, elle aurait été rencontrée par un pauvre et compatissant Keustrien, sous la conduite duquel elle seiait arrivée en Burgondie, et qu'elle aurait fait ensuite évéque d'Auxerre, en récompense de ses bons offices 2. Cette dernière circonstance paraît difficile à concilier avec des do-

(i) 7r/. XVIII.

[■i) Id. XIX.

ET BKL.VEHALr. SqS

riiiiieiils auflieuliques concernant l'histoire des évéques d'Auxerre. Les autres n'ont, ce me semble, rien d'incroyable dans des temps et parmi des hommes tels que ceux auxquels on les rapporte.

Quoi qu'il en soit de ces particularités, il est sur qu'en 699 Bjuuehaut passa d'Austrasie en Burgondie, et que cette retraite fut une suite de ses cjuerelles avec les leudes austrasiens. Du reste, ces (juerelles étaient loin d'être terminées; elles n'étaient que suspendues jusqu'au jour où Brunehaut aurait prisa la cour de Burgondie l'ascendant qu'elle avait jusque là pris partout.

Lorsqu'elle arriva en Buigondie , le patrice du royaume venait de mourir et avait été remplacé par Rolène, personnage d'origine franke. Bientôt après était mort aussi le maire du palais, le Germain Warnakaire, dont le successeur fut de même un Burgondien ou un Frank, nommé Berthoald^. Rien, dans le peu que l'on sait des actes de ces deux officiers , n'annonce des hommes affectionnés à Brunehaut , ni par conséquent élus sous son influence ; il y aurait plutôt sujet de présumer qu'ils lui furent contraires et qu'elle eut à se garder d'eux.

Depuis leur commune défaite à Latofao, Théodebert et Thierry étaient restés unis et s'étaient préparés de concert à prendre de ce revers une revanclie lendue plus facile par la mort de Fréde»gonde. La première armée du septième siècle, ils

(i) Id. WIII. \\l\.

réunirent leurs armées, envahirent ensemble la INeustrie et s'avancèrent jusqu'aux, bords de la petite rivière de l'Ouvaine, près d'un lieu aujourd'hui nommé Dormeille, nom dans lequel se reconnaît encore aisément l'ancien nom de Doromelle. f. à, l'armée deClotaire, venue à leur rencontre, leur offiit la bataille qu'ils acceptèrent. L'action fut des ])lus sanglantes; les Neustriens y furent taillés en })ièces, s'enfuirent et se dispersèrent de toutes parts, livrant les bords de la Seine aux ravages des Austro-Burgondiens. Les villes situées le long du fleuve furent pillées, brûlées, saccagées et dépeuplées*.

Dans la détresse où l'avait réduit cette défaite , (^lotaire n'avait rien de moins fâcheux à faire que de traiter avec ses cousins aux conditions qu'il j)îairait à ceux-ci de lui imposer. Ces conditions furcjit rigoureuses; les deux vainqueurs se partagèrent la plus grande portion de la Neustrie. Thierry 11 garda pour lui toute l'étendue de pays entre la Seine et la Loire, jusqu'aux frontières de la Bretagne. Théodebert s'empara d'abord de tout l'espace entre la Seine , l'Oise et les frontières de l'Austrasie, et occupa de plus les pays au-delà de la Somme, de l'Océan à l'Escaut. Le royaume de Neustrie se trouva par-là réduit à douze comtés entre la Seine, l'Oise et la mer 2,

Thierry et Théodebert auraient mieux fait polili-

I /il. loc. cil.

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