T BKIWEirAUT. 3o
(|iiem('iit dv pousser ieiir victoire aussi loin ijnc possible et de détruire le royaume de Neustrie, (jue de s'en tenir à le mutiler. Bien que réduit à rétendue d'un duché, ce royaume, tant qu'il subsistait sous un nom auquel se ralliaient déjà des idées, des habitudes et des affections patriotiques, avait des chances de recouvrer son étendue et sa force premières.
Les résultats de la victoire deDoromelle n'étaient pas tous également favorables aux vues de Brunehaut. La fière exilée ne se résignait pas à l'humiliation et à la défaite qu'elle avait subies dans ses démêlés avec les leudes austrasiens; elle aspirait de tous ses vœux à rentrer en Austrasie pour se venger de ses ennemis, parmi lesquels elle comprenait désormais son petit-fils Théodebert , ne voyant plus en lui qu'un bâtard dénaturé, indigne du nom de roi. Il lui fallait pour cela décider Thierry 11 et les chefs burgondiens à rompre avec Théodebert et avec les Austrasiens, pour leur faire une guerre à outrance. Or la chose, qui n'était pas facile d'ellemême, l'était moins encore après une victoire qui avait démontré si bien les avantages d'une alliance avec l'Austrasie. Cependant Brunehaut ne désespéra pas, et dirigea habilement ses manœuvres vers le but qu'elle avait en vue.
Le parti germanique, opposé à la royauté romaine, n'avait jamais été très fort ni très compacte en Burgondie. Les (iallo-Romains , disposés à se-
3c)8 FRKDÉaONDE
conder le pouvoir monarchique dans ses prétentions et dans sa marche, y étaient encore nombreux; et c'était parmi eux que Contran , à l'exemple des anciens rois nationaux des Burgondiens , avait cherché d'abord des serviteurs. Mais la rébellion de Mummole avait amené des changements à cet égard; elle avait faitdonner, de préférence à des hommes de race germanique, ces mêmes offices oi^i l'on n'avait guère vu dans le principe que des Gallo-Romains; c'est ce qui était particulièrement arrivé pour l'office de patrice. Accoutumée à chercher et à trouver des auxiliaires parmi les héritiers des idées romaines plutôt que parmi les hommes de la race conquérante, Brunehaut se vit à peine transportée en Burgondie qu'elle s'y entoura de Gallo-Romains , aux plus dévoués et aux plus habiles desquels elle chercha à assurer les grands offices de l'État. Ainsi s'établit , entre la masse des leudes burgondiens et la vieille reine, une lutte plus directe el plus personnelle encore que celle où elle venait de succomber en Austrasie.
Ce Kolène, que Brunehaut en arrivant en Burgondie vit élever au poste de patrice , n'y resta pas long-temps. Fut-il destitué? Fut-il tué? on l'ignore. Mais en 602 il était remplacé par i^gila, dont le nom semble indiquer un Cermain. Il fut le premier des leudes burgondiens contre lequel Brunehaut essaya son crédit naissant; elle le fit destituer *»t condamner à mort. Frédegnire dit que ce fut par
KT T5RUXEH1UT. 399
avarice cL ])oui' s'emparer de ses licliesses ; il est beaucoup plus probable que ce fut par des motifs de politique et d'ambition *.
Vers le même temps , Bruiiebaut se ligua avec Aridius, évèque de Lyon, qui en toute rencontre la servit de tous ses moyens ; c'était un des plus puissants personnages du royaume. Enfin elle découvrit, parmi les leudes de Thierry II, un Gallo- Romain déjà en faveur, et dont elle résolut de faire l'agent de ses desseins politiques. C'était un nommé Prolade , que Frédegaire représente comme un homme habile, rusé, zélé pour les intérêts du fisc, mais dur pour les personnes et toujours prêt à les dépouiller; il était surtout l'ennemi des grands et opposé à leurs usurpations. En d'autres termes, c'était un homme qui entendait les intérêts du pouvoir royal, et doué de l'énergie nécessaire pour les faire prévaloir contre l'ambition anarchique des leudes. C'était l'homme qui convenait à Brunehaut : elle le fit d'abord nommer patrice 2.
Dans l'ordre légal des choses en Burgondie, cet office de patrice, si important qu'il fut, n'était néanmoins qu'un office dont les attributions toutes spéciales se bornaient au commandement des armées; ce n'était {{ue le second du royaume, le premier était celui de maire du palais. Avec les Jonctions générales du gouvernement, l'officier re-
(1) Fredeg. Chion. XXI.
(1] hl. XXIV.
/joo F^,^;I)L;Go^r)E
velu (le ce litre exerçait une sorte de pouvoir discrétionnaire sur ies personnes, et, sous un roi niineui-, il était de Fait le véritable roi.
Le palriciat n'était pour Protade qu'un premier pas vers le poste suprême, vers la mairie du palais; c'était là que Brunehaut souhaitait son favori. U fallait se débarrasser du maire actuel , de ce même Bertlioald , successeur de Warnakaire , et qui , comme je l'ai dit plus haut , était opposé à la vieille reine; mais la chose ne présentait pas de grandes difficultés. Bertboald était un homme timide et modéié, peu capable , à ce qu'il semble, de tenir contre des adversaires tels que Brunehaut et Protade. 11 se laissa d'abord donner la commission périlleuse d'aller, à la tête seulement de trois cents hommes , lever l'impôt des pays neustriens récemment soumis à Thierry U. Landric, le maire de Clotaire II, l'attaqua avec une armée , le chassa, et reprit dès lors sur la Burgondie une portion de la Neustrie. Bertboald fut envoyé une seconde fois contre Landric;, et lui livra une seconde bataille qu'il gagna , mais oii il périt. Frédegaire dit expressément (ju'il se lit tuer parce qu'il savait que Protade (Frédegaire aurait dû dire Brunehaut) avait résolu de le dépouiller de son office *.
Berthoald étant mort, Protade fut aussitôt éhi à sa place maire du palais, et remplacé dans son em-
(j) Duin senseratse do sui ^iailùs lioiioie à Profadio degrad.iiidmii. — Clironu-. XXV i.
KT lillLÎNEllAliT. ZjO [
ploi par un nommé Wulf. Comme ce VViilf était Germain et de la faction contraire à Brunehaut, il y a lieu de présumer que son élection et celle de Protade furent le résultat d'une transaction entre les deux partis.
Maire de Burgondie , Protade se trouva en situation de déployer toute son habileté et toute son énergie; aussi ne tarda -t-il pas à se rendre très odieux, mais plus terrible encore aux leudes du pays. Brunehaut crut alors le moment venu pour elle de faire déclarer la guerre à l'Austiasie. La guerre fui en effet déclarée, malgré l'opposition et les répugnances des ennemis de la vieille reine, et l'armée partit , sous la conduite de Protade et de Thierry lui-même. Arrivée à Carisiac (Kiersy) sur l'Oise, elle y campa, comme pour prendre haleine, avant d'entrer sur le territoire austrasien qui était en vue et de marcher contre l'armée de Théodebert , qui l'attendait peu loin de là.
Rapprochés tous par cette halte , les ennemis de Brunehaut en reprirent courage pour s'animer à de nouvelles tentatives. Ils supplièrent d'abord Thierry de ne pas pousser plus loin un projet de guerre funeste et de renouer son alliance avec son frère; mais Protade, organe fidèle des volontés de la vieille reine, soutint énergiquement qu'il fallait poursuivre la guerre, et Thierry se déclara pour lui. Piqués de cet échec, les ennemis de Protade eurent alors recours à des moyens décisifs; ils soulevèrent Ji, j.G
l'armée, et les soldats en tuniuile se mirent à cliercher de toutes parts le maire du palais pour le tuer.
Il était dans la tente de Thierry à jouer aux échecs avec Pétrus, premier médecin de celui-ci; mais Thierry n'était point là; ses leudes avaient eu soin de l'en tirer et le tenaient à l'écart , pour que sa présence ne gênât point les séditieux. Néanmoins il savait le péril que courait son maire du palais, et , voulant le sauver, il envoya Uncilène, un de ses officiers, à la soldatesque mutinée, avec l'ordre de ne point porter la main sur Protade.
Uncilène part, se piésente aux mutins, et avec une incroyable impudence leur donne, de la part du roi, un ordre contraire à celui dont il est porteur, l'ordre de tuer Protade. Aussitôt la tente royale est envahie, Protade est entouré de furieux, et tombe frappé de cent coups d'épée àla fois. Tout contristé, tout courroucé qu'il est de cette violence, Thierry est contraint à faire la paix avec son frère et à ramener son armée en Burgondie^.
Cette paix et l'assassinat de Protade étaient une grande victoire des leudes burgondiens sur P)runehaut, qui cependant n'en perdit point l'espérance; elle songea d'abord à se venger d'Uncilène et du palrice Wulf, qui s'était déclaré contre Protade. Sur des ordres indubilablement dictés ou
i) Fred.'ir. Cluon. XXVIÎ.
tr CRINFIJAIJ. 4*^^
pressés par elle, le premier eut un pied cuiipé et fut dépouillé de tous ses biens; Wulf fut tué àFaveruiac, entre Dijon et Auxonne*.
Après avoir été ainsi vengé , Protade fut remplacé, et ce fut encore par un Gallo-Romain nommé CJaude. C'était un homme moins énergique que Protade, moins prononcé contre l'avarice et l'anarchie des leudes, plus enclin que lui aux procédés conciliants , mais d'ailleurs habile aux affaires , poH , lettré et tenu pour un modèle de bon ne foi. Le patrice Wulf eut pour successeur Richomer, que son nom aurait certainement fait prendre pour un Germain , sans l'attention qu'ont eue les chroniqueurs de nous avertir qu'il était Romain 2.
Que ces deux nominations capitales fassent l'œuvre de Brunehaut ou du moins faites de son aveu , tout oblige à le présumer; car le crédit de la vieille reine s'accrut plutôt qu'il ne déchut sous ces deux chefs du gouvernement burgondien. Cependant des années se passèrent durant lesquelles elle ne put rien tenter de grand , et où toute son activité se consuma à des actes isolés de justice ou de police intérieure, dont quelques-uns, comme l'exil de saint Columban et la mort de Didier, évéque de Vienne, ont été pour ses ennemis le thème de déclamations bruyantes.
A la fin (en 610) les événements prirent ini tour
ij Jd. XXI\.
^^^ IJ. lor. cil.
/|(>4 FKlÎDliGOIVDi:
plus favorable à ses vues; Théodehert envahit inopinément, et sans aucune déclaration de guerre, l'Alsace que Thierry avait jusque là possédée en vertu d'une donation particulière de son pèreChildebert. De là , entre les deux frères , un grave démêlé pour la terminaison duquel un plaid fut indiqué à Saloissa (Seltz).
Il était convenu que chacun des deux rois se rendrait à ce plaid avec ses leudes et avec une simple escorte d'hommes de guerre. Thierry ne fut point censé manquer à cette convention en arrivant au plaid avec un cortège de dix mille hommes; mais Théodehert s'y présenta avec une nombreuse armée d'Austrasiens,à la tète de laquelle il se trouva le maître de dicter la décision du plaid. Il la dicta, et se fit déclarer souverain, non-seulement de l'Alsace, mais d'autres pays circonvoisins. Enveloppé avec ses dix mille hommes par toutes les forces de Théodebert , Thierry fut obligé de souscrire à tout; mais il en eut un ressentiment tel que Brunehaut pouvait le souhaiter pour l'accomplissement de ses vœux les plus ardents.
Le premier soin des conseillers de Thierry fut de conclure avec Clotaire H un traité portant que celui-ci ne se joindrait point à Théodebert contre Thierry. A cette condition , et dans le cas où ce dernier serait victorieux, le duché de Dentelin devait être restitué à la Neustrie*.
(i) W. XXXVIi.
ET lîRLMîHAUT. 4o5
Ce traité signé, Thierry convoque de toutes les parties de son royaume un nombre inmiense d'hommes de guerre auxquels il assigne Langres [)Our lieu commun de rendez-vous. De là cette armée se met en campagne, prend la direction d'Andelot, emporte en passant la place de Masium (jNaz sur la rivière d'Orne), et se rend à Toul où elle rencontre l'armée austrasienne. Les deux partis combattirent avec le plus grand acharnement, et perdirent l'un et l'autre l'élite de leurs guerriers; mais à la fin les Burgondiens l'emportèrent , et les Austrasiens furent mis complètement en déroute. Théodebert, obligé de fuir, traversa Metz sans s'y arrêter, passa les Vosges avec la même rapidité et ne fit halle qu'à Cologne. Décidé à poursuivre ses avantages, Thierry s'avança dans l'intérieur de l'Austrasie, traversa les Ardennes, et de là tournant à l'est, pour s'approcher du Rhin, vint s'établir à lolbiac, lieu déjà célèbre par une des grandes victoiies de Clovis*.
Théodebert avait levé à la hâte , au-delà du Rhin , des bandes de Saxons, de Thuringiens et d'autres peuples germaniques soumis aux P>anks d'Austrasie ; et sachant que son frère était campé à Tolbiac il marcha droit à lui, résolu de livrer une seconde bataille. Elle fut plus sanglante encore et plus disputée que celle de Toul. Les chroniqueurs franks, pour en donner une forte image, disent que les
(i) Id. \ XX VIII.
files des combattants étaient si compactes et si sellées que les morts, faute d'espace où tomber, restaient debout parmi les vivants, ayant l'air de combattre avec eii\ *.
Les Burgondiens battirent les Germains et les poursuivirent, la lance au dos, jusqu'au-delà du Rliin. Théodebertfut pris et amené devant son frère, qui le fit dépouiller de tous ses ornements royaux et conduire à Chàlons avec un fils encore enfant auquel on avait donné le nom de Mérovée. Ce dernier eut la cervelle brisée sur la pierre; quant à Tliéodebert, il fut dit-on , remis entre les mains de Brunehaut, qui le fit d'abord lonsurer et renfermer, puis mourir 2.
Ces victoires de Toul et de Tolbiac étaient, à tous égards , des événements de baute importance. Tbierry, devenu par elles le maitre de l'Austrasie, établit le siège de sa nouvelle domination à Metz, de sorte que Brunebaut était à la fin rantenée, comme en triompbe, dans le royaume dont elle avait été chassée; il lui restait probablement bien peu de choses à faire pour se venger des ennemis qui lui avaient fait cet affront. Plusieurs devaient être moris dans les batailles de Toul et de Tolbiac; d'autres, errants ou cachés dans leurs domaines, ne pouvaient guère ambitionner pour l'avenir rien de plus que d'être otibliés ou pardonnes.
i) hl. lor. cit.
[■).) Id. loc. cil.
ET BRI >hHALT. :|07
Du reste, les intérêts personnels de BrunehauL dans ses victoires se confondaient avec les intérêts généraux de la monarchie et de la conquête frankes. Le triomphe de l'ambitieuse reine était, par le fait, un triomphe de la royauté romaine sur la barbarie germanique, et un grand pas vers l'unité de l'empire. En effet, la Gaule franke appartenait tout entière à Thierry , à l'exception des douze comtés auxquels était réduite la Neustrie. Il y avait peu d'apparence qu'un Etat si faible se maintînt longtemps à côté d'un autre si fort, et l'occasion, pour celui-ci , d'envahir l'autre se présenta comme d'ellemême aussitôt après la bataille de Tolbiac.
Par le simple fait de la victoire de Thierry, Clotaire II s'était cru le droit de s'emparer du duché de Dentelin et s'en était emparé. Thierry soutint tpieClotaire n'avait point rempli les conditions auxquelles ce pays lui avait été promis, et le sonmia de l'évacuer, s'il ne voulait voir fondre sur lui toutes les forces de la Burgondie et de l'Austrasie. Clotaire ne tenant point compte de cette sommation, Thierry s'apprête à l'appuyer par les armes; il assemble une puissante armée; mais au moment de se mettre à sa tête, il tombe malade et meurt. Jamais mort n'entraîna des révolutions plus brusques, tant dans les choses que dans la destinée des individus. Thierry laissait quatre enfants, dont l'aîné, Sigeberl, n'avait pas plus de onze ans; le puîné était (;liildeljert , dont l'âge n'est marqué nulle paît;
4o8 FUIJDÉCONDE
Coibus et Mérovée étaient les deux plus jeunes, ce dernier n'avait guère que cinq ou six ans. Les chroniqueurs franks, tous ennemis de Brunebaut, ont laissé dans un grand vague ce qu'elle fit , à cette dernière période de sa vie, comme tutrice de ses petits -fils. Cependant, ce que l'on entrevoit de sa conduite est fort remarquable et propre à jeter quelque jour sur les vues politiques de cette femme extraordinaire. D'un côté , maîtresse de deux royaumes différents accoutumés à avoir chacun son roi et son gouvernement particuliers, ayant d'un autre côté quatre petits-fils dont chacun, selon les idées germaniques, pouvait et devait être roi, elle ne fit cependant qu'un seul royaume, qu'un seul roi, qu'un seul gouvernement, donnant ainsi le premier exemple formel de l'autorité de la victoire employée à substituer une véritable unité politique aux anciens partages de la conquête.
Des deux royaumes dont elle était en posses-^ sion, l'un, l'Austrasie, était pour elle un royaume conquis; l'autre, la Burgondie, le royaume conquérant; il était naturel que, dans la réduction des deux gouvernements à un seul, ce fût celui du pays victorieux qui fût donné au pays vaincu. Brunehaut choisit donc pour maire du palais auslro-burgondien un personnage probablement burgondien. Il se nommait Warnakaire et descendait peutêtre de cet auti-e maiie du palais de Bmgondie du HK'Uir nom. Les fonciicMis do paliice, jus([uo là
Kl BRLiVEHALT. 4^>9
pailiculières à ce dernier pays, s'étendirent à l'Austrasie, et ce fut un Gallo-Romain nommé Alellieus qui les exerça *.
Dans cet état de choses, Brunehaut était plus puissante qu'elle n'avait jamais pu raisonnablement espérerde le devenir; mais l'éclat de cette situation couvrait des périls imminents. Exaspérés de leurs récentes défaites, de la prépondérance de la Burgondie et de la mort de leur roi Théodebert , abhorrant et craignant plus que jamais la femme qu'ils accusaient de leurs pertes, les Austrasiens se liguèrent de nouveau contre elle. On vit alors figurer pour la première fois, dans cette conjuration permanente des leudes austrasiens contre l'autorité royale, deux personnages qui commencèrent en cette occasion, pour leurs descendants, une destinée plus glorieuse que celle de Clovis ; je veux parler d'Arnulphe et de Pépin, surnommé le Vieux, pour le distinguer de ses successeurs 2.
D'après les témoignages les plus anciens et partant les moins suspects, Arnulphe était issu d'une puissante famille de Franks- Austrasiens; mais le nom et la condition de son père sont ignorés. Il avait reçu son éducation dans le palais de Théodebert, et s'était distingué parmi les Franks, encore alors en très petit nombre , qui avaient quelque teinture des lettres romaines, avantagequi, parla suite,
r MXLII.
4 H) lRtDiiGO>Dli.
lui valut le siège épiscopal de Metz. Mais il déjjula par les honneurs temporels, et s'éleva de grade en grade jusqu'aux premières dignités de la cour d'Austrasie. Des chroniqueurs non contemporains disent qu'il fut maire du palais; c'est un fait très douteux et que l'on ne saurait guère à quelle date rapporter. Quelque chose de plus certain, c'est (ju'en 612 et 6i3, quand Brunehaut recommença à régner en Austrasie sous le nom de ses fils, Arnulphe était encore un des plus puissants seigneurs du royaume.
Jusqu'à l'époque où nous en sommes , la vie de l*épin-Ie-Vieux est moins connue encore que celle d'Arnulphe. Tout ce que l'on sait de son père, c'est qu'il se nommait Karlomann et avait été fait duc ou comte par un roi d'Austrasie ; seule circonstance d'où l'on puisse inférer qu'il descendait de quelqu'une des familles illustres des Franks. Quant à Pépin lui-même on n'en peut rien dire, sinon (jue les honneurs et le pouvoir de son père s'étaient plutôt accrus qu'ils n'avaient déchu entre ses mains , et qu'au moment où Brunehaut rentra en Austrasie , il n'y avait guère qu'Arnulphe d'aussi puissant que lui et d'aussi intéressé à la destinée du pays *,
Ce furent ces deux personnages qui se mirent à l;i tête de la nouvelle conjuration des Austrasiens
I Annal, ici . franci( ar. Mcllcns. I. — N'ila ripi'ini Diici.s a|>. F,o!l;ui.l. 7 1. Ichr.
tt: BnuNKHvui^ ^ i r
conlie Brunehiuit: conjuration (jui eut sans d()Ul(> de plus grands résultais que les précédentes, mais qui n'en diffère en rien par les motifs, par le but ni par les niovens. Comme leurs devanciers, Arnulplie et Pépin offriient la couronne d'Austrasie au roi de Xeustrie, à la simple condition de certains avantages personnels pour eu\ et pour leurs complices, et Clotaiiell accepta leurs propositions, avec un empressement proportionné au désir qu'il avait de se relever de l'état d'humiliation où l'avait réduit sa défaite à Doromelle*.
11 était important, pour les conspirateurs, de gagner les Burgondiens qui, comme Warnakaire et Aletheus, occupaient les premiers offices de l'Etat. Rien n'annonce que ces officiers eussent des griefs personnels contre Brunehaut; mais il semble qu'en vieillissant et en perdant sa beauté, cette femme eût perdu son ascendant et son génie, ;Warnakaire et Aléthée, ayant mis à leur trahison le prix qu'ils voulurent, entrèrent dans les projets des conspirateurs et leur gagnèrent un grand nombre de leudes et d'évéques burgondiens, les uns ennemis de Brunehaut, les autres amis de tout changement ^.
Ces dispositions préliminaires arrêtées, Clolaire entra en Austrasie avec la plus forte armée qu'il |>ùt lever, et, la traversant fout entière, vint pren-
I i FrrJcy;. loc. ri(.
4l2 F«El)EGONUK
dre poste sur la rive gauche du Rliin , à Antonnac, entre Bonn et Coblentz. De Worras, où elle se trouvait pour lors, Brunehaut envoya à Clotaire par des messagers une sommation de se retirer du royaume des fils de Thierry. A cette sommation, Clotaire répondit vaguement qu'il ferait là-dessus ce qui serait décidé par le jugement des l'ranks convoqués à cet effet. A cette réponse Brunehaut comprit qu'il fallait se préparer à la guerre, et, comme elle ne se fiait pas aux Austrasiens, elle résolut de lever une armée en ïhuringe et dans les autres pays d'Outre-Rhin, parmi les populations sujettes des Franks. Pour cela, elle envoya dans ces pays son fils Sigebert, accompagné du maire du palais Warnakaire et de plusieurs autres leudes, dont Alboin est le seul nommé ^.
On ne voit pas si Brunehaut avait déjà quelque connaissance de la perfidie de Warnakaire avant de l'envoyer outre Rhin, ou si elle n'en fut instruite qu'après son départ ; il est seulement dit qu'elle adressa à Alboin un ordre écrit de tuer Warnakaire. Alboin était sans doute , en cette occasion, l'homme en qui se fiait Brunehaut; néanmoins, l'ordre ne fut pas exécuté; il vint même à la connaissance de Warnakaire , qui n'en mit que plus d'ardeur à consommer sa trahison. Il dissuada toutes les populations d'Oui re-Rli in
.1) Id. Inc. -.il.
ÏÏT BRUAtllAll. 4'"^
(le suivie Sii;el)eit , et de tirer le glaive pour lui.
Réduite par cet abandon des Germains aux seules forces de la Buigondie, Bruneliaut y vint ellemême, avec ses quatre petits-fils et quelques leudes d'une fidélité équivoque, pour presser la levée d'une armée; et cette armée ne fut que trop tôt jirète, commandée ([u'elle devait être par des chefs vendus à Clolaire.
Elle se mit en marche sous le commandement de Sigebert, du patrice Aléthée, de plusieurs ducs burgondiens dont Frédégaire ne nomme que les trois plus distingués, Roccon, Sigoald et Eudelan. Des chroni({nes anciennes, quoique non contemporaines, ajoutent que le maire du palais lui-même, Warnakaire, se trouva à la tête de cette armée. Mais c'est une circonstance difficile à concilier avec le fait , mieux affirmé et plus probable , de la connaissance qu'avaient le conspirateur et la reine de leurs desseins réciproques *.
Les Burgondiens, prenant leur direction vers le nord, passèrent la Seine et la 3Iarne et s'avancèrent jusqu'à l'Aisne. C'était aux bords de cette rivière, dans une position qui n'est point mar({uée avec précision par les chroniques, que campait l'armée neustrienne, déjà grossie de beaucoup de leudes austrasiens.
(6i3) Les deux armées s'approchèrent comme pour combattre; mais à peine les Burgondiens fu-
(i) Id.XlAl.
:j |.| l-KI-UtGOMJfe;
reiil-iis à portée de leurs prétendus adversaires <jii';i un signal convenu ils tournèrent le dos et leprirent tranquillenietit la route par laquelle ils étaient venus, sans avoir tiré une flèche, et suivis, non poursuivis, parles Austro-iSeustriens , auxquels ils s'étaient engagés à livrer Brunehaut et ses quati-e petits-fds. Trois de ceux-ci furent pris, on ne sait comment, dans le voisinage de la Saône, et livrés à Clotaire ; le quatrième, Childebert, se sauva à cheval, et se réfugia dans la ville d'Arles, oii il paraît qu'il fut d'aboid recueilli par Rusticula, abbesse d'un monastère de celte ville. On ne sait ce qu'il devint par la suite; il ne reparut plus dans le nord de la Gaule *.
Quant à Brunehaut, ceux qui étaient chargés de s'emparer d'elle la trouvèrent à Orbe, avec sa fille Theudelane, et Clotaire ne s'était point encore éloigné des bords de la Saône quand les deux captives lui furent amenées.
Le premier ordre de Clotaire fut relatif à Sigebert et à Corbus; il les fit mourir tous les deux. Il épargna le jeune Mérovée qu'il avait tenu sur les fonts baptismaux; car le titre de filleul était le seul ([ue les franks, rois et sujets, respectaient dans leurs vengeances. Débarrassé de ses neveux, il put à loisir s'occuper de Brunehaut. 11 la tint trois joui-s entiers dans des tortures dont heureusement l'Iiis-
(l) Ici [or. cil.
M LRL'NKHVLT. |l >
toiie n'a point su ou point osé révéler les détails. Ce qui se passa, le quatrième jour, à la face du soleil et en présence de la nation entière des Franks, fut, selon toute apparence, la moindre des cruautés de Clotaire envers la vieille reine. Il ordonna d'abord de la promener, à travers tous les rangs de l'armée, montée sur un chameau ; après quoi il la fit attacher à la fois par les cheveux , paiini bias et par un pied, à la queue d'un cheval indompté, qui la traîna long-temps au galop, elle ou l'horrible je ne sais quoi qui restait d'elle^,
Brunehaut suppliciée, ses petits-fils morts, exilés ou réduits à la condition privée, Clotaire II se trouva, comme son aïeul du même nom, à la tête de l'empire frank , ou, pour parler plus exactement, à la tête de trois royaumes distincts dont chacun conservait sa personnalité. L'Austrasie et la Burgondie gardèrent, avec leur nom, leurs anciennes limites, et furent immédiatement gouvernées par un maire du palais, subordonné, ou censé l'être, au roi de INeustrie.
La mairie d'Austrasie fut donnée à Rado, personnage dont le nom est prononcé pour la première fois en cette circonstance, mais qui avait sans doute joué un grand rôle dans la dernière conjuration. A Warnakaire fut conférée celle de Burgondie, avec l'assurance, de la part de
(i) Itl. loc. cil.
4l6 FRÉDLGONDE ET BKl'NEHAUT,
Clotaire, de n'être point destitué de son vivant*. Pour ce qui est de la Neustrie, il est à supposer qu'elle avait aussi alors son maire du palais et que ce maire était toujours Landric, le même à qui Frédégonde avait donné cet office après la mort de Chilpéric.
: ï) Id. loc. cit.
clotaire ii chef unique de la monarchie fiianke.
rkgne de dagobert. — premiers ducs des
vascons indépendants. premier royaume
d'aquitaine.
La réunion des trois royaumes franks sous un seul sceptre était un événement aussi grand qu'imprévu, et, selon les apparences, tout à l'avantage du pouvoir royal. La fortune semblait avoir fait au profit de Clotaire II, pour le repos et l'unité de la monarchie mérovingienne , tout ce que Brunehaut avait pu concevoir et au-delà de ce qu'elle aurait jamais pu faire dans le même but.
Ces belles apparences furent de courte durée. Le triomphe de Clotaire , bien loin d'être celui de l'autorité royale, était au fond l'échec le plus marqué que cette autorité eût jusque là subi dans sa lutte avec l'esprit germanique. Et d'abord l'unité monarchique n'était qu'une pure illusion, la Burgondie et l'Austrasie ayant été rétablies chacune dans son intégrité, et sous un gouvernement particulier décidé d'avance à dépendre le moins possible du monarque. Le maire d'Austrasie en était plus que jamais le vrai chef, à la condition seulement de se montrer indulgent et complaisant pour les hommes puissants du pays.